La Saturne V d’Apollo 9 subit une cure d’amaigrissement

La Saturne V (AS-504) d’Apollo 9 a subi quelques modifications pour son quatrième vol, puisqu’elle est désormais considérée comme opérationnelle, et non plus dans sa phase recherche et développement.

Décollage d’Apollo 9, le 3 mars 1969. Crédit photo : NASA

Par rapport à la Saturne V (AS 503) de la mission Apollo 8, la masse sèche (sans propergols) du premier étage S-IC est passée de 137,89 tonnes à 134,08 tonnes, (-3,81 tonnes). La masse avec propergols sera augmentée, passant de 2 177 tonnes à 2 243 tonnes (+ 66 tonnes). Des 891 capteurs de mesure du premier étage il n’en reste plus que 648 (- 243). Les caméras et leur alimentation électrique dans le premier étage ont été désinstallées.

Le deuxième étage, S-II, est également un peu plus léger mais plus puissant que les versions précédentes. La poussée dans le vide des moteurs J-2 é été augmentée de 102 tonnes à 104 tonnes chacun. (Lors de la mission Apollo 8 seul l’étage S-IVB avait été muni d’un J-2 aux performances augmentées). La poussée totale du deuxième étage passant de 510 à 521 tonnes. La masse sèche du S-II passe de 39,9 tonnes à 38,3 tonnes (- 1,6 tonnes), l’adaptateur inter-étage, de 5,35 tonnes à 5,29 tonnes (- 62 kg). La masse avec propergols est augmentée passant de 469,5 tonnes à 484,9 tonnes. (+15,4 tonnes) Le nombre de capteurs dans ce S-II a été revu à la baisse, de 1 226 à 927 (- 299). Les caméras du S-II avaient déjà été enlevées lors de la mission Apollo 8.

En ce qui concerne le S-IV B, la masse sèche passe de 11,98 tonnes à 11,47 tonnes, (- 510 kg) auxquels il faut ajouter la masse de l’adaptateur inter-étage, 3,6 tonnes. La masse du S-IVB avec propergols a également diminuée, passant de 119,38 tonnes à 117,63 tonnes ( -1,75 tonnes). Le nombre de capteurs passe de 342 à 280 (- 62).

Dans la « case à instruments » (Instrument Unit), on passe de 339 à 221 capteurs. (- 118). Par ailleurs, un chronomètre de gyroscope, une sonde thermique, un distributeur de mesure, un enregistreur à bande magnétique, deux transmetteurs radio, un suiveur de tension, une batterie et six casiers d’instruments de mesure ont été supprimés.

Au total le nombre de capteurs est passé de 2 798 à 2 076 (- 722), soit une diminution de 25,8%.

Au décollage la masse totale de AS 504 est de 2 942,41 tonnes, 120,24 tonnes de plus que AS 503 dont la masse était de 2 822,17 tonnes.

Tous les chiffres sont donnés en tonne métrique, à ne pas confondre avec la tonne courte américaine qui est égale à 2 000 livres (907,18 kg). La tonne métrique, 1 000 kg, est égale à 2 204,6 livres.

Spider, Gumdrop et Red Rover

Pour la première fois depuis Gemini 3, la NASA a autorisé l’utilisation d’indicatifs pour communiquer avec le module de commande (CM) et le module lunaire (LM), il s’agit bien évidemment de pouvoir différencier les deux vaisseaux spatiaux qui voleront de concert dans l’espace.

Lorsque les trois astronautes sont dans le CM, l’indicatif utilisé est Apollo 9.

Il eut été pour le moins malaisé et impersonnel d’utiliser les numéros de série, en l’occurrence CSM-104 et LM-3, ou les identifiants COSPAR (Committee on Space Research) pour cette mission ; 1969-018A pour le CM et 1969-018C pour le LM. (Le S-IVB étant répertorié 1969-018B et après la séparation des deux constituants du LM, l’étage de descente devient 1969-018D).

Le choix de Spider s’explique aisément, le module lunaire ressemblant à une araignée à quatre pattes…

La plus belle, la plus poétique description du Module Lunaire nous vient de l’excellentissime pilote, journaliste, écrivain, Bernard Chabbert :

« … le LM était superbe : il ressemblait à une araignée qu’on aurait trempée dans un bain d’or en fusion et ensuite amenée chez un coiffeur fou qui se se serait d’abord amusé à lui tire-bouchonner une mèche par-ci et deux poils par-là, puis aurait formé des pâtés et des macarons et, après avoir bien laqué toutes ces excroissances, les aurait soigneusement recouvertes de très légères feuilles d’or et d’argent. Les yeux de l’araignée se seraient retrouvés cachés derrière des lentilles de contact mordorées, et tout l’insecte soigneusement passé au vernis brillant. Puis on l’aurait posé sur quatre pattes largement écartées en croix, et les pattes se seraient à leur tour vues recouvertes d’or et finement haubanées, et au bout des pattes le décorateur aurait fixé des disques d’or fin. »

CHABBERT Bernard. l’homme FUSÉE. arthaud, 1982. 400 p. ISBN: 2-7003-0382-2. ET UNE NOUVELLE EDITION REVUE ET AUGMENTÉE A LIRE ABSOLUMENT ! editions privat, 2018. 514 p. isbn : 978-2-7089-9279-5.

… Celui de Gumdrop (boule de gomme, plus précisément un bonbon en forme de cloche, de tronc de cône. Drop = goutte.) a été choisi de la même manière, la forme du module de commande s’apparentant à celle de certains bonbons très en vogue. (Dans le langage familier gumdrop peut également vouloir dire : jolie fille)

Egalement, car le CM est livré à la NASA, recouvert d’un film en Mylar (polytéréphtalate d’éthylène) de couleur bleu, destiné à préserver la fragile couche de Kapton aluminisé qui recouvre sa paroi extérieure fabriquée par la Gilmore Tilmen Schjeldahl Company. Cette enveloppe protectrice ne doit être enlevée en totalité qu’avant la dépose du BPC (Boost Protective Cover), cette coque qui protège le module de commande lors du lancement, sur laquelle est installée la tour de sauvetage (Launch Escape Tower), équipée de trois moteurs à poudre, qui permet d’extraire le vaisseau spatial en cas de problème avec le lanceur. Les célèbres bonbons en chocolat Hershey’s Kisses (photo ci-dessous) qui ont également une forme en tronc de cône, sont chacun emballés dans une fine feuille de papier aluminium.

Hershey’s Kisses. Bonbons en chocolat, en forme de goutte (drop), enveloppés par une feuille d’aluminium.
Le CSM Apollo 9 et la livrée bleue du module de commande.
Le CM Apollo 11 à l’usine de Downey de North American Rockwell le 8 août 1968, juste avant sa livraison au Centre Spatial Kennedy

L’indicatif de Russell Schweickart lorsqu’il effectue la première sortie spatiale du programme Apollo, en testant la combinaison spatiale A7L et son « système portable de support vie » (ce que porteront les astronautes sur la Lune), est « Red Rover », red car il est roux, un clin d’oeil, et rover car tel le « vagabond », « l’itinérant », il est complètement autonome. (Lors de toutes les sorties spatiales précédentes l’astronaute était alimenté en oxygène par le vaisseau spatial.)

Anecdote dans l’anecdote : James McDivitt a commandé la mission Gemini IV au cours de laquelle Edward White effectue la première sortie spatiale du programme Gemini, accessoirement la première sortie extravéhiculaire américaine (EVA pour Extra-Vehicular Activity), et la mission Apollo IX qui permet à Russell Schweickart de réaliser la première sortie spatiale du programme Apollo.

Apollo 9, un rhume à 500 000 dollars

Le lancement de la mission Apollo 9 devait intervenir le vendredi 28 février, les astronautes ayant attrapé un rhume, ce dernier fut reporté au lundi 3 février. Le coût de ce report est estimé à 500 000 dollars pour une mission d’environ 340 millions de dollars. (Respectivement 3,44 millions et 2,34 milliards en dollars constants)

Ce surcoût est principalement lié aux heures supplémentaires payées aux équipes de lancement pendant le week-end et aux trois jours supplémentaires de déploiement de la flotte de récupération qui comprend quelques 9 000 personnes, (7 navires de guerre, 18 avions…) répartis sur 4 zones autour du globe.

La NASA a déclaré qu’elle n’avait pas fait appel à l’équipage de réserve car Charles Conrad, Richard Gordon et Alan Bean avaient deux semaines d’entraînement de retard, en effet lors des quinze derniers jours de simulation, James McDivitt, David Scott et Russell Schweickart, ont utilisé de manière exclusive les simulateurs reliés au centre de contrôle. Par ailleurs, la NASA a précisé que seul un problème grave conduit au remplacement d’un membre d’équipage à ce stade du compte à rebours.

Le rythme cardiaque des astronautes d’Apollo 9 au décollage

Quelque 11 minutes après le décollage, les astronautes d’Apollo 9 sont en orbite autour de la Terre.

Le directeur de vol Eugene Kranz leur dit alors : « Nous sommes fiers de vous. Tout le monde ici est heureux comme un poisson dans l’eau. » (en anglais : « Everybody here is happy as a clam. »)

Russell Schweickart le « bleu » fut exceptionnellement calme lors du lancement, lorsque les médecins lisent son électrocardiographe, ils s’aperçoivent que sa fréquence cardiaque n’a jamais dépassé les 72 battements par minute, juste 10 battements au-dessus de sa fréquence normale.

Le cœur des deux vétérans, qui avaient déjà effectué un vol spatial, James McDivitt (Gemini IV) et David Scott (Gemini 8) battaient respectivement à 135 et 120 pulsations par minute !

C’est John Young qui détient le record de la fréquence cardiaque la plus basse, avec 70 battements lors de la mission Apollo 16, mais il s’agissait de son quatrième vol spatial.

L’horoscope des astronautes d’Apollo 9

Le 10 mars, au septième jour de leur mission spatiale qui en comptera dix, le CAPCOM Ronald Evans communique aux astronautes l’actualité du jour, ainsi que leur horoscope. Pour James McDivitt et David Scott, tous les deux Gémeaux ; ils doivent privilégier les activités de groupe.

« Bon on va essayer Ron.» répond Scott.

« Au fait est-ce que trois personnes sont considérées comme un groupe ? » plaisante Russell Schweickart dont le signe astrologique est Scorpion.

Pour ce dernier, son horoscope du jour lui conseille d’être sélectif dans le choix de ses amis et de se décider rapidement pour réaliser un projet.

« Je pense que pour quelques jours encore, il aura du mal à choisir ses amis » ironise McDivitt.