Cumul des heures de vol dans l’espace

Après le vol d’Apollo 7, le Président Lyndon Johnson remarqua que le cumul des heures de vol dans l’espace des trois astronautes (man-hours in space), soit 780 heures, (la mission a duré 10 jours et 20 heures, du 11 au 22 octobre 1968) excédait à lui seul le total obtenu, à ce jour, par l’ensemble des missions soviétiques… Il ajouta avec un sourire :

« Ils ne nous battent que pour le cumul des heures de vol des femmes dans l’espace »* (women-hours in space)

 

* Allusion au seul et unique vol d’une femme dans l’espace à ce moment-là en 1968, celui de Valentina Tereshkova, la première femme dans l’espace, qui resta 3 jours en orbite, en juin 1963, à bord du vaisseau Vostok 6. Une mission réalisée dans le seul et unique but de faire un coup médiatique, une première. Il faudra attendre 19 ans pour voir la prochaine femme soviétique dans l’espace : Svetlana Savitskaya, le 19 août 1982. (Juste avant Sally Ride, la première américaine dans l’espace en juin 1983, dont le vol fut annoncé en avril 1982 !)


 

Il faut lire entre les lignes !

 Après l’accident d’Apollo 1, l’administrateur de la NASA, James Webb, fit une déclaration pour le moins «prophétique», devant la commission d’enquête du Sénat. Alors qu’il commentait l’assignation de «Wally» Schirra comme commandant de la mission Apollo 7, il affirma : « Il sera le seul astronaute à voler sur trois générations de vaisseaux spatiaux, Mercury, Gemini et Apollo ». Il s’agissait probablement d’une remarque innocente rendant hommage à tout ce que Schirra a apporté au programme spatial, mais pour certains cette phrase a sonné comme si le sort de Gordon Cooper avait déjà été scellé. En effet il ne volera plus, lui qui avait tant espéré commander une mission lunaire…  (Cela fera l’objet d’une prochaine anecdote !)

Walter Schirra a un rhume « carabiné »

C’est au deuxième jour de la mission que Walter Schirra, le commandant de la mission Apollo VII, se réveille avec un rhume carabiné, résultat d’une partie de chasse au canard effectuée trois jours avant le lancement, qui s’est terminée sous une pluie battante… La visite médicale qui précède le vol l’avait déclaré apte.
Schirra souffre de légères céphalées, de courbatures mais n’a pas de fièvre. « Très vite le confortable vaisseau spatial a été transformé en boîte à Kleenex usagés», selon les termes de  Walter Cunningham. Il fait part de son état de santé au Centre de Contrôle et demande s’il peut prendre un antibiotique, le médecin lui recommande de commencer plutôt par un décongestionnant nasal, en l’occurrence… de l’Actifed.
La trousse à pharmacie du bord renferme 24 comprimés de 60 mg d’Actifed, la totalité du stock sera utilisé. Pour les missions Apollo suivantes le stock sera porté à 60 comprimés !
Par ailleurs, 48 comprimés d’aspirine sur les 72 seront utilisés.
Walter Schirra est le « premier malade dans l’espace » du programme spatial américain (le « mal de l’espace » ou « syndrome d’adaptation à l’impesanteur » n’étant pas une maladie à proprement parler).
24 heures plus tard Donn Eisele et Walter Cunningham présenteront les mêmes symptômes mais à un degré bien moindre.

De l’Actifed sera également prescrit lors des missions Apollo IX (12 comprimés sur 60), Apollo X (2/60), Apollo XII (18/60), et Apollo 17 (1/60)

Ainsi au début des années 80, le laboratoire pharmaceutique qui commercialise l’Actifed  fera appel aux astronautes Walter Schirra et Donn Eisele ainsi qu’aux astronautes d’Apollo XII, Richard Gordon et Alan Bean, pour des spots publicitaires. (A voir sur http://www.youtube.com)
Ces petits problèmes de santé auront des répercussions sur « l’ambiance » de la mission, mais ça c’est une autre histoire qui fera l’objet d’une prochaine anecdote…

Walter Schirra Apollo VII

On voit clairement sur cette photo que Schirra n’est pas au mieux de sa forme !

Un bon café bien chaud

Après la mort des trois astronautes d’Apollo 1, le comportement de Walter Schirra changea du tout au tout. Christopher Kraft le décrit désormais comme emporté et très irascible, il se plaint tout le temps, à propos de tout et n’importe quoi…
Ainsi, par exemple, il avait décidé qu’il fallait inclure du café dans les provisions de bord de sa dernière mission, Apollo 7… Devant la fin de non-recevoir qu’on lui opposa,  il aboya :
« Vous demandez à un gars de la marine de se passer de café ? »
Opiniâtre,  il fit valoir son point de vue jusqu’au sommet de la hiérarchie, ainsi lors d’une conférence au sommet à Houston, où étaient réunis quelques-uns des hauts responsables de la NASA, il s’arrangea pour qu’il n’y ait pas de café, sur le chariot à boissons, pendant la pause.
L’absence de ce breuvage stimulant ne manqua pas de soulever des protestations, Walter Schirra se leva alors et dit : « Messieurs, puisque vous avez décrété que l’équipage d’Apollo 7 ne serait pas autorisé à boire du café pendant la mission, j’ai pensé que vous pourriez vous en passer au moins une journée ». ( La mission Apollo 7 doit durer plus de 10 jours !)

C’est ainsi que tous rallièrent sa cause et qu’ Apollo 7 devint la première mission spatiale américaine au cours de laquelle l’équipage put boire du café chaud !

Les piles à combustible qui produisent l’électricité fournissent également de l’eau à 68°C.