Le message des cosmonautes à l’équipage d’Apollo 10

Le 27 mai 1969, quelques heures après le retour sur Terre des astronautes d’Apollo X, un télégramme de félicitations, signé par cinq cosmonautes, est rendu public par l’ambassade soviétique :

“Nous, cosmonautes soviétiques avons suivi votre difficile mission avec attention. Nous admirons très sincèrement l’extrême précision avec laquelle vous avez mené toutes les manœuvres prévues, votre excellente préparation, et votre courage. »

Le message est signé par Hermann Titov, Andrian Nikolaïev, Alekseï Leonov, Georgui Beregovoï, et Vladimir Shatalov.

Bel hommage et beau fair-play.  Youri Gagarine eut-il été vivant, il aurait bien évidemment lui aussi signé ce message de félicitations !

Les regrets d’Oleg Gazenko sur le sacrifice de Laïka

En 1998 le Dr Oleg Gazenko (1918-2007), médecin militaire spécialisé en médecine spatiale et qui dirigea de 1969 à 1988 l’Institut des problèmes médico-biologiques de Moscou, a exprimé des regrets sur la manière dont Laïka est morte. A cette époque-là, dans les années 50, c’est lui qui dirigeait l’entrainement des “cosmochiens”.

« Travailler avec des animaux est une source de souffrance pour nous tous. Nous les traitons comme des enfants dénués de parole. Plus le temps passe et plus je le regrette. Nous n’aurions pas dû faire ça. Nous n’avons pas appris assez de choses avec cette mission pour justifier le sacrifice de ce chien. »

Américains et soviétiques s’échangent des échantillons de roches lunaires

En janvier 1971, Moscou, après des pourparlers avec l’académie des sciences de l’Union Soviétique, accepte d’échanger 3 grammes d’échantillons lunaires ramenés sur Terre par Luna 16 (sur 101 g) contre 3 grammes d’échantillons d’Apollo 11 (sur 22 kg) et 3 grammes d’Apollo 12 (sur 34 kg).  De très petites quantités, mais qui s’avèrent toutefois suffisantes pour effectuer des études scientifiques comparatives.

Le GIRD ou groupe d’ingénieurs travaillant gratuitement

En janvier 1931 de très talentueux passionnés d’astronautique dont Friedrich Tsander (1887-1933) fondent le GIRD (Grouppa Izoutcheniïa Reaktivnovo Dvijeniïa ou Groupe d’Étude de la Propulsion par Réaction), un groupe de recherche sur les fusées basé à Moscou. Lorsqu’en 1932 Tsander tombe gravement malade, c’est Sergueï Koroliov (1907-1966), qui le remplace. Ce groupe compte une soixantaine de personnes. Amateurs bénévoles, ne bénéficiant pas d’aides gouvernementales, ils s’en amusent en modifiant quelque peu la signification de l’acronyme GIRD en Gruppa Inzhenerov Rabotayushchikh Darom, c’est-à-dire, groupe d’ingénieurs travaillant gratuitement.

Du moins jusqu’à ce que les militaires s’intéressent à leur travail, puisqu’ en 1933 le GIRD fusionne avec leur GDL (GazoDinamitcheskaïa Laboratoria ou Laboratoire de dynamique des gaz) qui compte environ 200 chercheurs, dont Valentin Glouchko (1908-1989). Le GDL en charge du développement de la propulsion des fusées, bénéficie de moyens importants. Cette fusion forme en septembre 1933 l’Institut de recherche scientifique sur les moteurs à réaction ou RNII (Reaktivny Naoutchno-Issledovatelski Institout) dirigé par Ivan Kleïmenov (1898-1938), avec comme bras droit Sergueï Koroliov.

Zond 5 crée la panique

En 2006, sur les ondes de la radio « The Voice of Russia » (Radio Spoutnik depuis le 10 novembre 2014) le cosmonaute Pavel Popovich (1930-2009) rapporte cette anecdote :

« A la fin des années 60 nous nous préparions à effectuer une mission autour de la Lune. A ce moment-là nous envoyions les dénommées Zond, en réalité des répliques du vaisseaux Soyouz mais sans cosmonautes à bord. Chacune de ces sondes devait passer derrière la Lune et revenir vers notre Terre. Le problème crucial rencontré par ces sondes était l’atterrissage. De toutes les sondes lancées, une seule réalisa un atterrissage nominal. Lorsque nous réalisâmes que nous n’irions jamais vers la Lune, nous décidâmes de monter un petit canular. Nous demandâmes à nos ingénieurs de raccorder le récepteur radio de la sonde à un émetteur. Les vols lunaires étaient alors suivis par un centre de contrôle se trouvant à Eupatoria en Crimée. Alors que la sonde [Zond 5, septembre 1969]* – s’apprêtait à contourner la Lune, je me trouvais au centre de contrôle, aussi ai-je pris le micro et annoncé : « Le vol se déroule comme prévu, nous approchons de la surface… »

Quelques secondes plus tard, mon appel – comme s’il avait été émis depuis l’espace – fut reçu sur Terre, y compris par les américains. Le conseiller américain pour l’espace, Frank Borman, reçu un appel du Président Nixon qui lui demanda : « Comment se fait-il que Popovich parle depuis la Lune ? ». Ma blague a provoqué une véritable panique.  Environ un mois plus tard Frank est venu en URSS et je fus chargé de l’accueillir à l’aéroport. Il était à peine sorti de l’avion qu’il brandit son poing et me dit : « Eh, espèce de délinquant spatial ! »

* Cette précision est apportée par Colin Burgess et Rex Hall dans leur ouvrage : « The First Soviet Cosmonaut Team » paru en 2009 (page 318) qui mentionne également cette anecdote.

 

L’anecdote rapportée par Pavel Popovich est croustillante, mais comporte quelques erreurs de chronologie…

Contrairement à ce qu’affirment les auteurs du livre sus-cité, Zond 5 n’a pas été lancée en septembre 1969 mais un an plus tôt, en septembre 1968 (la mission s’est déroulée du 15 au 21 septembre 1968).

Il se trouve qu’à cette date Richard Nixon n’est pas encore Président des Etats-Unis, il ne le deviendra que le 20 janvier 1969 (Il est élu le 5 novembre 1968) et Frank Borman n’est pas encore son conseiller spécial pour les affaires spatiales. Le premier est encore en campagne électorale, le second prépare Apollo 8 !

Popovich précise qu’environ un mois après cette « blague » il accueille Frank Borman en URSS… Pas tout à fait, puisque le tout premier voyage de Borman en Union Soviétique n’intervient qu’en juillet 1969, 9 mois après les « faits ». Du 2 au 11 juillet 1969 Frank Borman, sa femme Susan, et leur deux fils Edwin et Frederick visitent l’Union Soviétique pour la toute première fois, sur invitation de l’ambassadeur Anatoly Dobrynin qu’il avait rencontré en janvier. Il est le tout premier astronaute à faire ce voyage. Un véritable événement qui donnera même lieu à une conférence de presse à son retour, le 12 juillet 1969, soit 4 jours avant le lancement d’Apollo 11 !

En réalité c’est un radiotélescope de l’observatoire de Jodrell Bank en Angleterre qui intercepte dans le nuit du 18 au 19 septembre 1968 une conversation entre les cosmonautes Pavel Popovich et Vitali Sevastianov (qui font partie des quatre équipages affectés au programme lunaire L1) supposément à bord de Zond 5, et le centre de contrôle des vols d’Eupatoria en Crimée**. Très vite la NASA se rend compte que l’origine de la transmission est “terrestre” et qu’il s’agit vraissemblablement d’un test du système de communication !  Bien que Zond 5 emporta végétaux et animaux il n’y avait aucun spécimen du genre Homo sovieticus à bord !

Pavel Popovich et Frank Borman – Juillet 1969

**Le six juillet 1969 Frank Borman visite le centre de contrôle d’Eupatoria.