Wernher von Braun offre sa Mercedes à son garagiste

Comme évoqué dans une précédente anecdote le constructeur allemand Daimler-Benz offrait régulièrement à Wernher von Braun le dernier modèle phare de sa gamme, un « accord publicitaire » important pour l’entreprise.

Tout début 1970, avant son départ pour Washington, von Braun a offert son ancienne Mercedes à son garagiste, Wolfgang H. Fricke (1927-1990), qui s’occupait de ses voitures depuis 1956, l’année où il a ouvert son garage agréé Mercedes, à Huntsville. Aujourd’hui South Side Motors Inc. est géré par sa fille Angela.

La blague préférée de Wernher von Braun

Joseph M. Jones et Wernher von Braun devant la Saturne V d’Apollo 11 (15 juillet 1969)

« Wernher von Braun était un homme extrêmement chaleureux qui aimait raconter des blagues » se souvient Joseph M. Jones (1931 -), journaliste de formation, qui fut pendant huit ans (de 1973 à 1981) le directeur du bureau des relations publiques du Centre Spatial Marshall, et avant cette nomination, le chef du bureau de l’information, pendant treize ans. Lorsqu’il travaillait à l’agence des missiles balistiques de l’armée (Army Ballistic Missile Agency – ABMA) il a notamment rédigé le dossier de presse (press kit) de la mission Explorer 1. Il a assisté aux 32 lancements des fusées de la classe Saturne.

Tel un aide de camp, Joseph Jones accompagnait très souvent von Braun lors de ses déplacements. Voici la blague qu’il a le plus entendue, le répertoire de von Braun n’étant pas illimité…

« Deux dames conduisant chacune une Volkswagen Coccinelle, sont arrêtées sur le bord de la route. La première étant tombé en panne, l’autre dame s’est rangée sur le bas-côté pour lui venir en aide. « Je pensais avoir un problème de moteur mais en ouvrant le capot je me suis aperçu que tout le moteur a disparu. » La seconde lui répond : « Vous en avez de la chance, l’autre jour j’ai ouvert le coffre et j’ai vu que j’avais un moteur de rechange. »

Explorer 1 revient sur Terre

Le 31 mars 1970, le premier satellite américain de 13,97 kg, Explorer I, lancé le 31 janvier 1958 du Cap Canaveral par une fusée Jupiter C est rentré dans l’atmosphère au-dessus du pacifique Sud. Le satellite qui a découvert la ceinture de van Allen, a parcouru en 12 ans et deux mois, 2,67 milliards de kilomètres en 58 408 révolutions autour de la Terre. Wernher von Braun qui est alors l’administrateur associé adjoint en charge de la planification à la NASA, et qui était le directeur technique de l’agence des missiles balistiques de l’armée de terre, au moment du lancement, déclara ce jour là :

« Comparé aux standards actuels, Explorer I fut un minuscule premier pas dans l’espace. Mais à l’époque ce fut un exploit extraordinaire réalisé en un temps très court, qui a permis au monde libre d’entrer dans la course à l’espace… Nous avons parcouru un long chemin depuis Explorer, comme le démontre le fait que la Saturne V, que nous utilisons actuellement, peut placer en orbite basse autour de la Terre, une charge utile environ 10 000 fois supérieure à la petite Jupiter C qui a lancé Explorer 1. »

 

Le 1er février 1958, lorsque la mise en orbite d’Explorer I est confirmée, (de g. à d.) William Pickering, James van Allen, et Wernher von Braun, brandissent une maquette du satellite.

Wernher von Braun et son épouse invitent Werner Dahm à dîner

Fraichement marié avec sa ravissante cousine Maria, depuis le 1er mars 1947, que le commandant James P. Hamill (1919-1984) avait surnommé la poupée de Dresde, en référence aux magnifiques poupées en porcelaine fabriquées dans la ville allemande de Dresde, Wernher von Braun encourageait les célibataires de son groupe à convoler en justes noces, pour ce faire, lui et sa femme organisaient fréquemment des dîners, pour leur montrer les bienfaits du bonheur conjugal et domestique. A ce moment là Wernher von Braun et son équipe se trouvent à Fort Bliss près d’El Paso, au Texas. (Ils n’arrivent à Huntsville qu’en avril 1950)

C’est ainsi qu’un jour, von Braun appelle son expert en aérodynamique Werner Dahm, (1917-2008) le plus jeune de son équipe, pour l’inviter à dîner. Ne s’étant pas expressément identifié, Werner Dahm est persuadé qu’il s’agit de son « chef » Ludwig « Lutz » Roth (1909-1967). Le jour convenu, Dahm arrive chez Ludwig et Brunhilde Roth, et ne peut que constater son embarrassante méprise… Chez les von Braun tous les autres invités sont bien venus. Dahm est bien évidemment très gêné par sa bévue. Son collègue Fritz Krämer lui donne un petit conseil avisé, achète un joli bouquet de fleur et va présenter tes excuses à madame von Braun ». Ce qui fut fait, et quelque temps plus tard une seconde invitation permit à Werner Dahm de passer une très agréable soirée chez les von Braun.

En définitive Werner Dahm ne se mariera la première fois qu’en 1955, à l’âge de 38 ans, avec Käthe.

Wernher von Braun menace de démissionner

Bien que la transition de l’équipe de Wernher von Braun de l’ABMA (Army Ballistic Missile Agency – Agence des missiles balistiques de l’armée de terre) vers la NASA, en juillet 1960, se soit relativement bien passée, compte tenu de l’ampleur de ce transfert, un problème de taille a vu le jour début 1961. Le différent concernait les prérogatives du Laboratoire Guidage et Contrôle dirigé par le Dr Walter Häussermann (1914-2010), au sein du Centre Spatial Marshall de Wernher von Braun. Alors que le laboratoire peaufinait le système de guidage et de contrôle de la Saturne 1 ainsi que tous les sous-systèmes avioniques, le quartier général de la NASA envoie une directive totalement inattendue au Marshall. Cette directive émane du Directeur des lanceurs spatiaux, le général Donald R. Ostrander (1914-1972), qui occupa ce poste d’octobre 1959 à août 1961.

Le document ordonne l’arrêt séance tenante du développement final du système de guidage de la Saturne 1, et son remplacement par le système de guidage de l’étage Centaur, qui consiste en une plateforme inertielle Minneapolis-Honeywell et un ordinateur Librascope Digital.

Une directive qui a bien évidemment causé une certaine consternation.

Les travaux sur le système de guidage avaient déjà commencé avant l’intégration de l’équipe de von Braun à la NASA… Le fond du problème et les implications de cette directive vont bien au-delà, puisque cela remet en cause les responsabilités techniques du centre par rapport au QG, et ne constitue ni plus ni moins qu’une ingérence.

Le Dr Walter Häussermann proteste en répondant à Ostrander que le système de guidage de l’étage Centaur n’est pas adapté à la Saturne 1. La réponse du général est sans appel, la directive doit être appliquée. Haueussermann menace de démissionner, Wernher von Braun essai de le raisonner et lui propose de l’accompagner à Washington pour une petite entrevue avec ce général.

Von Braun souhaite rencontrer le général entre quatre yeux, et demande à Häussermann de bien vouloir l’attendre. Au bout de 15 minutes von Braun sort du bureau de Donald Ostrander avec un large sourire : « La directive va être annulée. »

– Comment as-tu fait pour obtenir ce résultat si rapidement ?

La réponse de von Braun, tout sourire : « Je lui ai dit que si la directive n’est pas annulée, je démissionne ! »

L’ordre fut annulé, et le laboratoire continua le développement du système de guidage de la Saturne I (Plateforme ST-124 et un ordinateur ASC-15 d’IBM)… Le général Don Ostrander quitta la NASA quelques mois plus tard et retourna à l’Air Force.

(De g. à d.) Hans Maus, Donald Ostrander, Wernher von Braun.