Le New York Times, Tom Sachs, et Neil Armstrong

Dans le supplément annuel du New York Times intitulé « The Lives They Lived » (La vie qu’ils ont vécu ou la vie qu’ils ont mené) le journal évoque les personnalités qui nous ont quittés au cours de l’année.

Pour évoquer la vie de Neil Armstrong, décédé le 25 août 2012, une approche très originale a été choisie, en effet, en lieu et place de la sempiternelle eulogie, les éditeurs ont décidé de ne publier qu’un dessin, celui de l’artiste Tom Sachs, arguant que tant de choses ayant déjà été écrites sur Neil Armstrong cette image iconique lui rendrait au final bien plus hommage que ne pourrait le faire n’importe quel autre détail de sa biographie. Un choix pour le moins original et des plus pertinents.

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Crédit photo : Jens Mortensen – The New York Times

Tom Sachs s’est inspiré entre autres de l’ « Apollo Lunar Surface Journal » pour élaborer cette oeuvre.

Le jour où Virgil Grissom et Gordon Cooper ont failli se tuer

C’est à l’Institut de Technologie de l’Air Force (AFIT – Air Force Institute of Technology) que les futurs astronautes du premier groupe, Gordon Cooper et Virgil Grissom, se rencontrent et deviennent amis. Ils volent souvent ensemble.

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Ainsi en ce 23 juin 1956, c’est à bord d’un Lockheed T-33 Shooting Star que les deux pilotes s’apprêtent à décoller de la base aérienne de Lowry à Denver, Colorado. La piste se situant à 1 500 mètres d’altitude, est beaucoup plus longue que la normale pour compenser une pression atmosphérique moyenne plus faible qu’au niveau de la mer. Alors qu’ils sont à mi-piste, l’avion a soudainement un problème de puissance, Grissom réalise très vite qu’ils n’arriveront pas à décoller et le fait savoir à Cooper, qui a déjà commencé à annuler la procédure de décollage en réduisant les gaz et en abaissant le nez de l’avion, mais ce faisant le train d’atterrissage avant heurte un peu trop brutalement le sol et se casse. L’avion glisse sur environ 600 mètres avant de se briser en bout de piste et prendre feu. Ils s’extirpent rapidement, par chance indemnes, l’avion lui, est complètement détruit.

Le 28 août 1956 ils obtiennent chacun leur diplôme d’ingénieur en aéronautique et continuent leur formation à la base aérienne d’Edwards en Californie, La Mecque des pilotes de chasse ! Ils feront tous les deux partie de la Promotion 56D, une dizaine de pilotes, dont quatre seront convoqués à Washington DC pour les sélections du programme Mercury…

Les deux héros de Scott Carpenter

Lors d’une interview de l’astronaute – aquanaute Scott Carpenter (1925-2013), réalisée le 30 mars 1998 par Michelle Kelly dans le cadre du NASA Johnson Space Center Oral History Project (JSC OHP), (depuis l’été 1997 plus de 900 personnes ont été interviewées) cette dernière lui demande quelles sont les personnes qui ont le plus compté dans sa carrière, celles qu’il admire le plus.

Scott Carpenter : J’ai deux héros dans ma carrière. Le premier c’est Wernher von Braun, car son génie aveuglant nous a emmené sur la Lune. Ainsi que Jacques-Yves Cousteau, c’est mon deuxième héro. Kennedy également, bien sûr, a été déterminant pour les vols lunaires, car c’est son charisme qui a fédéré le pays autour de cette idée, mais mon vote va pour Von Braun en ce qui concerne l’espace et Cousteau pour l’océan.

Kelly : Que trouvez-vous le plus admirable chez ces deux personnalités ?

Carpenter : C’est l’intellect de Von braun, mais il avait également un extraordinaire charisme. Cousteau, pour tout le travail accompli, bien que son domaine fût loin d’être aussi médiatisé que l’espace, mais alors que Von Braun avait du charisme, Cousteau avait de la magie.

Carpenter a choisi la figure la plus emblématique de chacune des deux disciplines que sont l’exploration spatiale et l’exploration océanographique !

Jacques Yves Cousteau et Scott Carpenter 

Glenn et Titov débattent à la télé

Le dimanche 6 mai 1962, la chaine de télévision NBC diffuse son émission hebdomadaire « The Nation’s Future » enregistrée le vendredi précédent, dont le thème est : les défis liés à l’espace (The Challenge of Outer Space). Une émission diffusée au départ le samedi soir, qui ne durera qu’une saison ; du 12 novembre 1960 au 16 septembre 1961.

Les invités, au nombre de deux débatent dans un premier temps, puis sont soumis aux questions du public équitablement répartis entre les « pour » et les « contres ».

Ce soir là, il y avait exceptionnellement quatre invités : le Dr Hugh Dryden, administrateur adjoint de la NASA, John Glenn, le premier américain à avoir effectué une mission spatiale orbitale, (20 février 1962)… mais également le soviétique Gherman Titov qui a effectué le deuxième vol orbital de l’Histoire (6 août 1961) et Anatoly Blagonravov, scientifique russe qui a représenté l’Union Soviétique lors des pourparlers de l’utilisation pacifique de l’espace qui se sont tenus aux nations unis. Il a travaillé en étroite collaboration avec Hugh Dryden pour promouvoir la coopération internationnale dans l’espace et sera déterminant pour la signature des accords qui ont mené à la mission conjointe Apollo Soyouz…

La délégation soviétique est aux Etats-Unis du 29 avril au 12 mai 1962 dans le cadre du troisième symposium international des sciences spatiales qui se tient en même temps que la cinquième réunion plénière du Cospar (Committee on Space Research).

Le présentateur/médiateur de l’émission est le journaliste Edwin Newman. Il a fallu six mois de tractations à la co-productrice de l’émission, Lucy Jarvis, pour que les autorités soviétiques donnent leur accord.

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John Glenn, Gherman Titov, Lucy Jarvis, Edwin Newman

Pour l’anecdote, les russes ont refusé de participer à l’émission sans contrepartie financière, payable d’avance. La même somme a été proposée à Glenn et Dryden qui ont refusé.

Avec diplomatie mais fermeté John Glenn a évoqué la question de la fiabilité du programme spatial russe. Amorçant habilement la question en évoquant les problèmes rencontrés lors de sa mission il s’étonne que personne n’ait jamais entendu parler de ratés dans le programme spatial soviétique, alors que les américains n’ont jamais rien caché.

Titov a nié tout accident mortel lié au programme spatial habité. Ce à quoi Glenn a répondu que partager les problèmes rencontrés, même ceux qui ne sont pas des échecs complets, permettrait à chaque partie de tirer un bénéfice certain de l’expérience de l’autre.

Titov affirme que son vol s’est déroulé sans anicroche mais acquiesce sur le fait que les problèmes devraient être partagés.

Lorsqu’un journaliste du public lui demande combien il y a eu d’échecs, Titov répond qu’il y en a peut-être eu, mais que lui n’est concerné que par le vaisseau spatial et que pour savoir il faudrait demander aux experts qui s’occupent des fusées… De toute évidence Titov n’était pas autorisé à révéler quoi que ce soit « d’intérressant ».  Glenn a su mettre en exergue, un point incontestable, le fait que les américains oeuvrent au grand jour alors que les soviétiques travaillent dans le plus grand secret.

En dépit des sourires et de l’humour de façade, personne n’a été dupe des subtiles manœuvres politiques sous-jacentes.

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John Glenn, Edwin Newman, Gherman Titov

Deux femmes aux commandes dans l’espace

Le 23 octobre 2007 pour la première fois de l’Histoire, deux femmes dirigent simultanément deux vaisseaux spatiaux, mettant fin à plus de 50 ans de règne masculin.

Pamela Melroy est la deuxième femme après Eileen Collins, à commander une mission de la navette spatiale.  Discovery (Mission STS-120) doit s’amarrer à la Station Spatiale Internationale, dont la seizième expédition est commandée par le Dr Peggy Whitson.

Whitson s’est envolée vers l’ISS à bord d’un Soyouz (Mission TMA-11). Avant son envol un responsable lui a offert un fouet traditionnel kazakh pour symboliser son pouvoir !

Une première historique qui a inspiré l’ingénieur de la NASA et artiste, Larry Manofsky (il était instructeur pour les candidats astronautes, spécialisé dans les entrainements sur les divers simulateurs de la navette.)

Melroy et Whitson

© Larry Manofsky

Anecdote dans l’anecdote : Peggy Whitson est revenue sur terre le 19 avril 2008 à bord d’une capsule Soyouz (TMA-11) en compagnie de la sud Coréenne Ti So-Yeon et de Yuri Malenchenko. C’est la première fois que les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à bord d’un vaisseau spatial, ce, depuis le vol en solitaire de Valentina Terechkova en juin 1963 !