Les astronautes et leur image vue par le New York Times.

« Sur les 73 astronautes sélectionnés, il n’en reste que 39, trois sont morts dans l’incendie d’Apollo 1, 4 dans des accidents d’avion et 1 à la suite d’un accident de voiture. 26 ont démissionné pour passer de la gloire au secteur privé ou retourner dans l’armée.

Certains se comportent de manière excentrique et troublante, il y a dans cela un aspect quasi mythologique, le héros voyageur de retour dans sa tribu, après avoir volé le feu sacré et affronté de terrifiantes créatures.

Les gens considèrent les astronautes comme les Byrd et les Lindbergh de notre temps.

Comme les priorités du programme spatial changent, il se pourrait bien que les astronautes tels qu’on les connaissait, deviennent une espèce en voie de disparition. Car il semble que l’astronaute, militaire et as du pilotage, est destiné à être remplacé dans les stations spatiales par des scientifiques dont l’entrainement sera réduit au sricte minimum, juste pour les expériences et les tâches qu’ils auront à accomplir. Les astronautes furent les héros voyageurs, essayant de nous unir avec leur vision de la Terre, sphère minuscule, flottant dans un univers infini, avec tous les Hommes comme passagers. Mais les astronautes n’étaient pas des poètes, et ils ont effectué leurs vols spatiaux alors que la Terre était le théatre de querelles intestines acharnées, et dont beaucoup de ses habitants décriaient le coût exhorbitant de leurs odyssées. Comme la plupart des héros, ils étaient des versions magnifiées de ce que nous sommes, des hommes audacieux et courageux, avec un féroce esprit de compétition, dont la perspective était plutôt corporatiste voire banale, et dont l’ingénuité était quelquefois profonde. Leur image, de symbole réconfortant de l’amérique moyenne, leur a causé du tort. »

Cet article date de décembre 1972 !

John Glenn Tiānshàng de rén

Le 2 février 1979, Deng Xiaoping (1904-1997), le dirigeant de la Chine, visite le Centre Spatial Johnson.  Le directeur du centre, Christopher Kraft (1924), lui présente John Glenn (1921-2016), en précisant qu’il est l’un des deux astronautes devenus sénateurs [(Le deuxième est Harrison Schmitt (1935), sénateur du Nouveau-Mexique depuis 1977 (à 1983)]

« Il fait maintenant partie des hommes célestes » lance Deng Xiaoping « mais il est mortel ».

« Il était très mortel lorsqu’il travaillait ici. » raille Kraft

John Glenn sourit à la remarque « céleste » du dirigeant chinois. « Mes électeurs de l’Ohio me donnent beaucoup de noms » plaisante t-il, « mais celui là n’en fait pas partie. »

En haut à gauche le sénateur John Glenn, au premier plan les mains jointes, Deng Xiaoping, à ses côtés sa troisième et dernière épouse, Zhuo Lin (1916-2009), en gros plan à droite Christopher Kraft.

 

John Glenn, sénateur de l’Ohio de 1974 à 1999, a fait son premier voyage politique en Chine en 1976, avec notamment le leader de la majorité du sénat Mike Mansfield. Il s’agissait d’une visite dans le cadre de la normalisation des relations avec Pékin, entammée en 1972 par Richard Nixon. John Glenn arrive en Chine le 21 septembre (Mao Zedong Le Grand Timmonier est décédé le 9 septembre, il avait exclu Deng Xiaoping du parti communiste chinois en 1968) et y séjournera deux semaines et demi. Il prendra part à d’importantes discussions au Palais de l’Assemblée du Peuple. En 1978 John Glenn devient membre de la commission des relations étrangères du Sénat et Président de la sous-commission des affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, dont fait partie « le Céleste Empire », nom que les Chinois donnaient à leur pays à l’époque impériale.

John Glenn Tiānshàng de rén = John Glenn l’homme céleste.

L'homme céleste : 天上的人

Le cheikh de Cincinnati

Neil Armstrong fut l’une des 200 célébrités invitées par une fraternité de l’université de l’Idaho, pour participer à un gala donné sur le campus, dont le thème était les Contes des Mille et Une Nuits.  L’invitation était libellée avec le vocabulaire approprié et Armstrong la déclina en ces termes : « Hélas, j’ai déjà des obligations dans une autre oasis. Si d’aventure quelqu’un portant mon nom devait se présenter, emmenez-le dans les dunes et enterrez-le dans le sable, jusque sous les narines. »

James A. Lovell reçoit la Légion d’honneur

Le mercredi 29 juillet 1970, la France, le plus vieil allié des Etats-Unis, rend un hommage très particulier au commandant de la mission Apollo XIII, James A. Lovell, 42 ans, qui est alors le seul à avoir effectué quatre missions spatiales, et le seul à avoir fait deux voyages vers la Lune. En effet, l’ambassadeur de France, Charles Lucet (1910-1990), lui a remis les insignes de Chevalier de la légion d’Honneur, la plus haute distinction française, dans les locaux de l’ambassade de France à Washington, en présence notamment de son épouse Marilyn, de l’Administrateur de la NASA Thomas Paine (1921-1992), du sénateur Charles Mathias (1922-2010). Lors de son discours, l’ambassadeur Lucet lui a rendu un vibrant hommage, ainsi qu’à ces collègues astronautes, sans oublier tous les hommes et toutes les femmes ayant rendu possible les succès du programme spatial américain.

Voici ma traduction du discours, à l’origine en anglais bien évidemment, prononcé par Son Excellence Charles Lucet :

« C’est un grand honneur pour moi d’avoir reçu pour mission par le Président de la république française [NdT : Georges Pompidou (1911-1974)] de vous remettre aujourd’hui l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur notre ordre national le plus important. Vous êtes conscient, commandant, de l’admiration, de l’anxiété et la fervente attention avec laquelle le peuple français, tout le peuple français, a suivi vos exploits ainsi que ceux des astronautes qui vous ont précédé.

Comme pilote de Gemini VII, vous et le colonel Borman avez réussi le premier rendez-vous spatial en décembre 1965. Vous avez même fait mieux en novembre 1966 lorsqu’à bord de Gemini XII vous avez pris les premières photos d’une éclipse de soleil vue dans l’espace. Puis est venu le temps des missions Apollo. Permettez-moi de vous dire en toute humilité que j’étais au Cap Kennedy le 21 décembre 1968 pour le lancement d’Apollo 8, la première mission lancée par une fusée Saturne V. Je me rappellerai toute ma vie cette vision inoubliable de ce si majestueux décollage. Visiteur assidu du Cap Kennedy, j’étais à nouveau présent en juillet 1969 pour le compte à rebours d’Apollo 11, une date historique des premiers pas de l’Homme sur la Lune. Armstrong, Aldrin et Collins sont également Chevaliers de la Légion d’honneur. Je souhaite ajouter également, Commandant Lovell, et le peuple français est d’accord avec moi, que le vol que vous avez commandé, celui d’Apollo XIII, fut largement aussi remarquable et admirable. Vous, et ceux qui vous ont accompagné, Haise et Swigert , avez dû faire face au plus grave incident que des hommes n’ont jamais connu, l’explosion de deux réservoirs d’oxygène, qui s’est produit à mi-chemin entre la Terre et la Lune. Nous avons toujours admiré, en toutes circonstances, l’efficacité américaine et l’incroyable précision de la technologie américaine. Mais dans ce cas bien précis, c’était autre chose. Ce n’était plus une question de machine, mais de courage, de sang-froid et de présence d’esprit, avec l’aide du contrôle de mission à Houston, et tous les services de la NASA. J’aimerais également rendre hommage à votre administrateur, le Dr Thomas Paine, vous avez été capable, face à un danger incroyable, de ramener la capsule et ses occupants à l’endroit et au moment voulus. Nous étions très inquiets mais votre calme et votre compétence furent remarquables. Quelquefois des demi-échecs sont plus grands que des victoires. Vous nous avez donné une leçon inoubliable. Même si les machines utilisées pour l’exploration de l’espace se sont révélées faillibles, exactement comme nous le sommes nous-mêmes, vous avez démontré que quelles que soient les circonstances, l’homme, l’audace de l’homme et son sang-froid, peuvent avoir le dernier mot. Grâce à vous, et aux astronautes qui vous ont précédé, et ceux qui viendront après vous, nous savons que l’espace peut être conquis et exploré. D’une certaine manière, la Lune, le sujet préféré des poètes, la première étape dans cette exploration, fait maintenant partie de la banlieue de la Terre et sera dans peu de temps le point de départ de nouvelles aventures.

Vous avez ouvert des perspectives inégalées pour enflammer l’imagination des hommes qui veulent toujours conquérir une nouvelle frontière. Cette frontière, grâce à vous, est maintenant le ciel étoilé. Bien sûr, la prodigieuse conquête n’a pas changé du jour au lendemain la mentalité de l’homme et ses travers. Il y a toujours des conflits entre nous, des guerres et la violence. Mais nous savons, et c’est parfaitement vrai, qu’il suffit de regarder vers le ciel pour voir où se trouve notre destin, savoir où la réconciliation de l’humanité peut être accomplie. L’espace avec tous ses dangers nous semble à tous un domaine illimité pour une véritable coopération internationale. Vous nous avez ouvert la voie. Vous avez montré de la grandeur dans l’adversité. Veuillez agréer nos sincères remerciements à tous. C’est pourquoi, au nom du peuple français et du gouvernement français, dont l’admiration pour vous et vos collègues est illimitée, je vais maintenant prononcer les mots traditionnels. »

« Commandant James Lovell, au nom du Président de la République,  et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur. » (A gauche en costume clair le sénateur Charles Mathias, à ses côtés l’Administrateur de la NASA Thomas O. Paine. A droite Marilyn Lovell.

Charles Lucet, ambassadeur de France aux Etats-Unis de 1965 à 1972.

1967 Annus Horribilis

1967 est l’année qui compte le plus d’accidents mortels « indépendants » dans les rangs du corps des astronautes, et non liés à une mission spatiale à proprement parler. L’explosion de Challenger en janvier 1986 constitue un seul accident même si l’on dénombre le même nombre de victimes… Il en va de même pour la désintégration de Columbia en février 2003.

Ainsi le 27 janvier, l’incendie de la cabine Apollo 1, lors d’une simulation, provoque l’asphyxie fatale des astronautes Virgil Grissom (41 ans), Edward White (37 ans) et Roger Chaffee (32 ans).

Quatre mois plus tard, le 6 juin, c’est Edward Givens, du cinquième groupe d’astronautes de la NASA, qui meurt à 37 ans dans un accident de voiture.

A nouveau quatre mois plus tard, le 5 octobre, c’est Clifton Williams du troisième groupe d’astronautes de la NASA, qui se tue à l’âge de 35 ans dans le crash de son Northrop T-38 Talion, il aurait certainement marché sur la Lune aux côtés de Pete Conrad lors de la mission Apollo 12.

Un mois et 10 jours plus tard, le 15 novembre, c’est Michael Adams (37 ans) qui se tue lors de l’unique accident mortel du programme d’avion spatial X-15, c’était le 191e vol du X-15, qui en compte 199 au total ! En novembre 1965 Adams avait été sélectionné dans le premier groupe d’astronautes de l’US Air Force, dans le cadre du programme de station spatiale MOL. (Manned Orbiting Laboratory)

Trois semaines plus tard, le 8 décembre, c’est son collègue Robert Lawrence qui perd la vie à 32 ans dans le crash de son F-104 Starfighter, lors d’un vol d’entrainement au cours duquel il devait effectuer un vol plané avec une forte inclinaison, comme ceux exécutés plus tard par la navette spatiale.  Lawrence est le premier afro-américain sélectionné dans un programme spatial, il faisait partie du troisième groupe d‘astronautes MOL de l’USAF, sélectionné le 30 juin 1967 !  Faisant partie des plus jeunes, il aurait certainement fait partie des astronautes MOL transférés à la NASA, et à coup sûr, volé sur la navette spatiale !

Enfin, n’oublions pas le cosmonaute Vladimir Komarov, décédé le 24 avril 1967 à 40 ans, dans le crash de Soyouz 1, la première mission habitée du nouveau vaisseau spatial soviétique. Le premier Homme à mourir dans l’exercice d’une mission spatiale !