Frank Borman annonce une bonne nouvelle à Chuck Yeager

Lorsqu’au printemps 1962 Donald Slayton téléphone à Frank Borman, alors pilote d’essai à Edwards, pour lui annoncer qu’il est accepté dans le corps des astronautes, celui-ci lève le poing en signe de triomphe et s’empresse de rentrer chez lui pour annoncer la bonne nouvelle à sa femme Susan qui le félicite aussitôt en le serrant très fort dans ses bras.

La prochaine démarche, certainement la plus délicate, est d’en faire part à son responsable, le légendaire Charles “Chuck” Yeager alors commandant de la base d’Edwards.

Lorsque Yeager le fait entrer dans son bureau, Borman lui annonce : « Colonel je viens d’apprendre une bonne nouvelle. »

« De quoi s’agit-il ? » rétorque Yeager en levant nonchalamment la tête.

« Je viens juste d’être sélectionné par la NASA pour rejoindre le corps des astronautes. »

Yeager opine du chef, reste silencieux quelque temps puis réplique « Borman, vous pouvez faire une croix sur votre carrière au sein de l’Air Force. » Sur ce, il baisse la tête et retourne à ses papiers.

L’entrevue s’est terminée ainsi.

Les astronautes sont vraiment de taille

Dès le début du programme spatial, la question récurrente posée aux astronautes est : « Comment allez-vous aux toilettes dans l’espace ? »

Avant Skylab, la Navette Spatiale et la Station Spatiale Internationale (lorsque les WC ne sont pas bouchés ou hors d’usage) les astronautes utilisaient, pour le solide, un sac en plastique muni de ruban adhésif que l’on devait se coler au postérieur, et pour le liquide, également un sac en plastique mais relié par un tube à une sorte de préservatif en caoutchouc, utilisé exactement de la même manière que le préservatif traditionnel. A l’époque le corps des astronautes ne comptait que des hommes*. Officiellement il existait trois formats ; Small, Medium et Large. Les astronautes ont insisté pour que l’on requalifie ces tailles avec des termes qui leur correspondent un peu mieux : Extra-Large,  Immense, et Incroyable.

* La première américaine dans l’espace, à bord de la navette spatiale Challenger, est Sally Ride (1951-2012), le 18 juin 1983.

Jacques Tiziou colle John Glenn

Lors d’un voyage en train pour se rendre à Angers, alors que John Glenn, sa femme et sa fille sont en compagnie du journaliste Jacques Tiziou, ce dernier pose une question à l’ancien astronaute :

« Colonel, savez-vous combien la Saturne V a de moteurs, au total, y compris les petits moteurs-fusées de stabilisation du vaisseau Apollo ?

– Non, répond le colonel, j’avoue l’ignorer. Si l’on ajoute aux cinq « F1 » de 680 tonnes de poussée du premier étage, aux cinq « J2 », du 2ème étage et au « J2 » du troisième, le moteur du module de service, et tous les petits moteurs de pilotage et de stabilisation, cela doit bien faire une cinquantaine ? Non ?

– Vous en êtes loin ! Il y en a quatre-vingt-quinze ! Pas un de moins ! Vous savez, personne n’avait fait le compte. Et si je connais ce chiffre, c’est tout simplement que les services du Dr von Braun me l’ont fait savoir, pas plus tard que hier matin !

– 95, répète John Glenn… Oui c’est impressionnant ; il faudra que je pense à caser ce chiffre dans ma conférence de ce soir à Angers.”

 

Le 26 mai 1966, John Glenn est venu à Angers à l’invitation de la municipalité et de la Société angevine de géographie et d’ethnographie. L’astronaute a été fait citoyen d’honneur de la ville.

John Glenn à Angers le 26 mai 1966. (Crédit photo : Le Courrier de l’Ouest)

John Glenn à Angers le 26 mai 1966. (Crédit photo : Le Courrier de l’Ouest)

“Le colonel Glenn qui devait donner à 18 h 30 une conférence au cinéma Les Variétés, à l’époque l’une des plus grandes salles obscures de France avec 1 500 places, était arrivé en gare Saint-Laud par le train de 11 h 23, en compagnie de son épouse Ann et de sa fille Lynn âgée de 19 ans. Massée sur les trottoirs du boulevard Foch, la foule des Angevins allait lui ménager un véritable accueil de chef d’État, sur le bref parcours menant à l’Hôtel de Ville où le maire Jean Turc l’accueillait au son de la Musique de l’Air américaine” (Le Courrier de l’Ouest)

John Glenn a visité le Japon en 1963 et a effectué deux voyages en Europe, en septembre-octobre 1965, et en mai-juin 1966, avec son épouse et sa fille. Son fils David n’est pas des deux derniers voyages, il fait ses études à Harvard.  Du 24 au 27 mai, John Glenn est en France.

La famille Glenn visite la Tour Eiffel, à gauche René Legrain-Eiffel, petit fils de Gustave Eiffel, le 24 Mai 1966. (Crédit photo : Pierre Godot – Associated Press)

Alain Bombard (1924-2005), Jacques Tiziou (1939-2017) et John Glenn (1921-2016) à La Tour d’Argent. (25 Mai 1966)

John Glenn dans le téléphérique de l’Aiguille du Midi (1966)

“Lyn”, “Annie” et John Glenn à l’Aiguille du Midi (1966)

Le New York Times, Tom Sachs, et Neil Armstrong

Dans le supplément annuel du New York Times intitulé « The Lives They Lived » (La vie qu’ils ont vécu ou la vie qu’ils ont mené) le journal évoque les personnalités qui nous ont quittés au cours de l’année.

Pour évoquer la vie de Neil Armstrong, décédé le 25 août 2012, une approche très originale a été choisie, en effet, en lieu et place de la sempiternelle eulogie, les éditeurs ont décidé de ne publier qu’un dessin, celui de l’artiste Tom Sachs, arguant que tant de choses ayant déjà été écrites sur Neil Armstrong cette image iconique lui rendrait au final bien plus hommage que ne pourrait le faire n’importe quel autre détail de sa biographie. Un choix pour le moins original et des plus pertinents.

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Crédit photo : Jens Mortensen – The New York Times

Tom Sachs s’est inspiré entre autres de l’ “Apollo Lunar Surface Journal” pour élaborer cette oeuvre.

Le jour où Virgil Grissom et Gordon Cooper ont failli se tuer

C’est à l’Institut de Technologie de l’Air Force (AFIT – Air Force Institute of Technology) que les futurs astronautes du premier groupe, Gordon Cooper et Virgil Grissom, se rencontrent et deviennent amis. Ils volent souvent ensemble.

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Ainsi en ce 23 juin 1956, c’est à bord d’un Lockheed T-33 Shooting Star que les deux pilotes s’apprêtent à décoller de la base aérienne de Lowry à Denver, Colorado. La piste se situant à 1 500 mètres d’altitude, est beaucoup plus longue que la normale pour compenser une pression atmosphérique moyenne plus faible qu’au niveau de la mer. Alors qu’ils sont à mi-piste, l’avion a soudainement un problème de puissance, Grissom réalise très vite qu’ils n’arriveront pas à décoller et le fait savoir à Cooper, qui a déjà commencé à annuler la procédure de décollage en réduisant les gaz et en abaissant le nez de l’avion, mais ce faisant le train d’atterrissage avant heurte un peu trop brutalement le sol et se casse. L’avion glisse sur environ 600 mètres avant de se briser en bout de piste et prendre feu. Ils s’extirpent rapidement, par chance indemnes, l’avion lui, est complètement détruit.

Le 28 août 1956 ils obtiennent chacun leur diplôme d’ingénieur en aéronautique et continuent leur formation à la base aérienne d’Edwards en Californie, La Mecque des pilotes de chasse ! Ils feront tous les deux partie de la Promotion 56D, une dizaine de pilotes, dont quatre seront convoqués à Washington DC pour les sélections du programme Mercury…