Le Spoutnikburger

Sputnikburger

Après un boulanger de Milwaukee qui proposait des Sputnuts (doghnuts), c’est un restaurant d’Atlanta, qui en novembre 1957 essaya de profiter de la fascination engendrée par les « Spoutnik » soviétiques… Ainsi après l’envoi de la petite chienne Laïka dans l’espace, ce restaurant proposa un « Sputnikburger » garni de caviar et agrémenté d’une sauce à la Russe, composée de mayonnaise, ketchup, raifort, piments, ciboulette et d’épices !  Une grosse olive était piquée de trois cure-dents, en guise de satellite, et sur l’un d’eux une petite saucisse… Un mini hot… dog !

Spoutnik et Harry Stine

L’ignorance renforçant le sentiment de panique, un mois après son lancement, des sondages d’opinion montrent qu’une majorité d’américains considèrent que Spoutnik a porté un coup sévère au prestige de leur pays et un pourcentage sensiblement équivalent pense que les Etats-Unis sont derrière les soviétiques en matière de recherche spatiale, un nombre important de personnes étant même persuadé que le fossé qui les sépare est dangereusement large.

Ce sentiment fut validé par George Harry Stine dont le livre « Earth Satellites and the Race for Space Superiority » (Les satellites artificiels et la course à la suprématie dans l’espace) est paru quelques semaines avant Spoutnik. Stine est un ingénieur employé par la Glenn L. Martin Company, il travaille sur le missile balistique intercontinental Titan. Interrogé par la presse le soir même du 4 octobre (Bureau de la United Press à Denver), Harry Stine donne son sentiment :

« Pendant que les Etats-Unis trainaient des pieds, la Russie, en utilisant les V2 allemands comme point de départ se sont fermement engagés dans le développement de missiles. Nous savons dans le milieu de la fuséologie que les russes sont plutôt forts dans ce domaine. Ils ont récupéré les V2 et les ont immédiatement copiés et produits, nous, nous sommes contentés de les lancer, sans essayer d’en fabriquer ! Nous avons perdu 5 ans, entre 1945 et 1950 car personne n’a écouté les spécialistes en la matière. Seul un missile balistique intercontinental est actuellement capable de placer un satellite en orbite. Cela signifie que désormais les Etats-Unis sont très vulnérables, car susceptibles de subir une attaque de missiles, exactement comme le furent les anglais avec la V2. Nous devons absolument rattraper ces 5 ans de retard ou nous sommes morts ! »

Le lendemain matin les propos de Stine furent publiés dans les journaux. Plus tard dans la journée il fut convoqué par sa hiérarchie et viré sans autre forme de procès, avec effet immédiat. Ce ne sont pas ses propos critiques envers le programme de satellite artificiel de son pays qui lui furent officiellement reprochés, mais le fait de s’être exprimé publiquement sans l’autorisation du service des relations publiques de la société ! Un responsable de la compagnie précisera tout de même que les propos de Stine ne reflètent en aucune manière la position de la société !
Un sujet d’autant plus sensible que c’est la Glenn Martin Company qui développe la fusée Vanguard, qui doit envoyer sur orbite le tout premier satellite américain dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale ! Vanguard qui est au passage la première fusée américaine conçue dès le départ pour n’être qu’un lanceur orbital. Il ne s’agit pas d’un missile reconverti !

Le 7 octobre, la nouvelle du licenciement de Harry Stine est relayé par les principaux journaux du pays !

Spoutnik et Maxime Faget

Le jeudi 3 octobre 1957, l’ingénieur Maxime ”Max” Faget essaie de convaincre John Crowley alors Directeur de la recherche au sein du NACA (National Advisory Committee for Aeronautics) de la nécessité et de l’importance de développer un lanceur multi-étage à propulsion solide. Crowley n’est pas du tout convaincu. Dépité Faget lance : «  Et si demain les russes envoient un satellite dans l’espace ? »

C’est précisément ce qu’ils firent…

Spoutnik et John McCormack

A la Chambre des Représentants, le Démocrate John McCormack, alors chef des Représentants du parti majoritaire (Majority Leader) lance un cri d’alarme : « Les Américains risquent l’extinction nationale s’ils ne prennent pas rapidement les mesures qui s’imposent pour répondre à Spoutnik. On ne répétera jamais assez que c’est la survie du monde libre qui est en jeu ».
D’autres, tout aussi neurasthéniques, ne cessent de répéter que les réalisations soviétiques vont détourner les nations en voie de développement du modèle de la démocratie libérale.

Des mises en garde, que les déclarations de Nikita Khrouchtchev, qui affirme crânement que d’ici 15 ans le PIB par habitant de l’Union Soviétique surpassera celui des Etats-Unis, ne font que conforter !

Spoutnik et Edward Teller

Edward Teller, le père de la bombe à hydrogène, un homme qui ne mâchait pas ses mots, déclara, en parlant de Spoutnik : « Les soviétiques ont gagné une bataille plus importante et plus grande que Pearl Harbor ». Une analogie qui sera reprise par bon nombre de journalistes et de politiciens désireux d’utiliser une bonne formule pour qualifier cette catastrophe.