Fiers d’être américains

Une fois les astronautes d’Apollo 8 en sécurité sur le porte-avions USS Yorktown, il est temps pour le personnel du centre de contrôle de fêter la fin de la mission, et quelle mission… Nous sommes le matin du vendredi 27 décembre 1968, une fois les données télémétriques sauvegardées, les consoles éteintes, le moment est venu d’aller boire un verre… Certains iront au Singing Wheel (qui n’existe plus) à quelque trois kilomètres du centre spatial, dans la petite ville de Webster, le « repaire » préféré de Seymour « Sy » Liebergot, d’autres au Flintlock Inn sur la NASA Road 1 (ce restaurant n’existe plus non plus, remplacé par un mini-golf), d’autres encore au Holiday Inn, à côté du centre spatial, ou au Hofbräu House (désormais fermé lui aussi) dans la ville adjacente de Dickinson. Une fois la mission terminée, il faut décompresser, ce, quelle que soit l’heure ; dans la salle de contrôle qui ne comporte aucune fenêtre on n’a pas la notion du jour et de la nuit…

Au Flintlock Inn, l’un des meilleurs endroits pour une Splashdown Party, la première tournée de Bloody Mary est déjà servie, les cigares sont allumés… Au bas de l’escalier les contrôleurs de vol John Aaron (équipe verte) et Thomas Rodney « Rod » Loe (équipe noire) tous les deux à la console EECOM (Electrical, Environmental and COMmunication systems) , qui avaient aidé l’astronaute William Anders à écrire des règles de mission et des procédures, restent devant l’entrée, pas encore décidés à prendre part à la fête. Ils restent là, silencieux, à réfléchir calmement aux extraordinaires événements qu’ils viennent de vivre.

« Qu’est-ce que vous attendez ? » leur demande Milton « Milt » Windler, le directeur de vol de l’équipe marron. Loe prend son temps puis répond : « Nous sommes là à réaliser combien nous sommes fiers d’être américains ! ».

Aujourd’hui encore, « Rod » Loe a du mal à retenir ses larmes lorsqu’il évoque la mission Apollo 8.