Freedom 7 ne répond pas

Lorsque le décollage de Freedom 7 est confirmé, on annonce aux marins du porte-avions de récupération, le USS Lake Champlain, qu’en regardant vers l’ouest, ils pourraient voir le retour du vaisseau spatial, prévu dans quelques minutes.

A environ T+9 minutes les techniciens de la NASA présents sur le porte-avions essaient d’entrer en contact avec Shepard sur la bande VHF mais ils n’obtiennent aucune réponse, ils suspectent l’ionisation de la capsule lors de la rentrée de bloquer les ondes haute fréquence… A moins que la radio VHF ne soit en panne… Ou que quelque chose de plus grave ne ce soit produit  !

La capsule étant équipée également d’un émetteur récepteur UHF on demanda à Ed Killian, un controleur aérien de 20 ans, d’utiliser l’AR 15 de la tour de contrôle du porte-avions, pour essayer de contacter Shepard (une radio UHF installée seulement quelques mois auparavant pour servir de fréquence de secours en cas de panne du système VHF utilisé communément pour communiquer avec les avions.)

L’AR-15 n’étant pas connecté à des hauts parleurs, les conversations sont totalement confidentielles.

« Mercury, Mercury, ici Nighthawk, vous me recevez ? » (A l’origine, il n’était pas prévu que la tour de contrôle du porte-avions entre en contact avec le vaisseau spatial, les contrôleurs ne connaissent pas l’indicatif de Shepard ; Freedom 7)

Pendant de longues minutes Killian, écouteurs sur les oreilles, essaie de joindre la capsule… L’inquiétude est de plus en plus forte… Alors qu’il réitère pour la énième fois son appel, il entend un chuintement et un crépitement puis une voix exubérante : « Roger, Nighthawk, ici Mercury. La vache, quelle putain de chevauchée ! Putain de merde ! Nom de Dieu, ça a été quelque chose ! »

Killian est fortement surpris par le langage vert utilisé par le premier américain dans l’espace et le premier « spationaute » à revenir sur Terre dans son vaisseau spatial. Ce n’est pas le genre de langage que l’on entend habituellement dans la tour de contrôle !

Un peu plus tard, en serrant la main du Capitaine Ralph Weymouth, le pacha du porte-avion, Shepard lui répéta avec enthousiasme la phrase qu’il avait proférée, mais quelque peu expurgée : « Oh là là, quelle chevauchée » (« Boy, what a ride »).

C’est bien évidemment cette version qui sera reprise par les journalistes et qui fera la une des journaux !

Une dizaine d’années plus tard, Ed Killian dîne avec sa famille au célèbre restaurant d’Al Vargo à Houston, le Vargo’s, lorsqu’il aperçoit Alan Shepard entrer… Au moment propice, il se lève et va se présenter. En lui tendant la main il dit : « Amiral, je suis Ed Killian, nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais peu être vous souvenez-vous de : « Mercury, Mercury, ici Nighthawk, vous me recevez ? ».

Shepard sourit et répond : « Comment pourrais-je oublier ! … Alors c’était vous ? »

Killian acquiesce

– « Hmmm, j’étais passablement excité, n’est ce pas ?

– « Vous aviez des raisons d’être euphorique, nous l’étions tous »

Satisfait par cette remarque, Shepard en prenant congé lui lance un regard complice : « Très heureux de vous avoir rencontré ».