Le coup de calcaire de Neil Armstrong

Neil Armstrong aurait aimé mystifier les sélénologues, en effet, le commandant de la mission Apollo 11, avait envisagé, sur le ton de la plaisanterie bien évidemment, de jouer un petit tour aux spécialistes de l’étude de la Lune :

« J’ai été tenté d’emmener un petit morceau de calcaire avec moi, pour le déposer parmi les échantillons ramassés sur la Lune. Cette trouvaille aurait causé une sacrée consternation parmi les scientifiques. Mais nous n’avons pas donné suite à cette idée. »

Sachant que le calcaire est une roche sédimentaire qui se forme essentiellement en milieu marin, et que le carbonate de calcium qui le constitue est un marqueur de la présence de vie, en trouver sur la Lune aurait pour le moins révolutionné la sélénologie…

Michael Collins a une idée en or

Quelque temps avant la mission Apollo 11, Michael Collins soumet une idée à Buzz Aldrin : « Tu sais Buzz, si tu veux garantir le succès d’Apollo pour le long terme, et faire que nous retournions sur la Lune encore longtemps, c’est très simple, il te suffit d’emporter avec toi une petite pochette remplie de poudre d’or et d’en saupoudrer certains des échantillons que tu ramasseras là-bas. »

Kenneth A. Young, responsable de la Mission Design Section au sein de la Orbital Mission Analysis Branch  ajoute : « On continuera à aller sur la Lune pendant les cent prochaines années pour trouver cet or. »

La réponse de Buzz Aldrin : « Oh non, je ne pourrais pas faire ça. Je ne pourrais pas faire ça. »

Le trajet des astronautes d’Apollo 11 sur la Lune à l’échelle d’un terrain de football

L’américain Eric Jones, le co-créateur de l’excellentissime  Apollo Lunar Surface Journal avec Ken Glover, et l’allemand Thomas Schwagmeier qui l’a traduit dans sa langue natale, ont eu l’idée géniale de reprendre, mission par mission, les trajets effectués par les astronautes sur la surface de la Lune et de les superposer sur des sites terrestres connus. Apollo Traverse Maps Superimposed on Terrestrial Sites

C’est ainsi qu’ils ont eu l’excellente idée de choisir un terrain de baseball, ainsi qu’un terrain de football, après une suggestion de Joseph O’Dea, pour visualiser précisément le chemin parcouru sur la Lune par les astronautes d’Apollo 11. Effectivement, pour nous, européens, le terrain de foot est beaucoup plus parlant…

a11_traverse_terrain de foot

 

Selon la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) les dimensions d’un terrain de football doivent être de 105 m de long et 68 m de large, selon l’UEFA (Union of European Football Associations) les dimensions doivent être comprises entre 100 et 105 m, et, 64 et 68 m… Dans ce schéma le terrain fait 102 x 65 m.

USGS1978Apollo11

Crédit : U.S. Geological Survey – 1978

C’est Neil Armstrong qui s’est rendu au bord Sud de Little West Crater, à 61 mètres de distance du Module Lunaire, pour faire des photos… Cratère survolé juste avant l’atterrissage…

Lors de la dernière mission sur la Lune, Apollo XVII, les astronautes s’éloigneront de 7,6 km du LM ; 124,5 fois plus loin !

Le programme Apollo devient une priorité nationale

Le 18 janvier 1960 le président Eisenhower (1890 – 28 mars 1969) confère au projet Saturne la plus haute priorité nationale : DX.  Dans le cadre du DPAS (Defense Priorities and Allocations System) il existe deux niveaux de priorité ; DX  (Highest national defense urgency – urgence maximale pour la défense nationale) et DO (Critical to national defense – crucial pour la défense nationale).

Le 13 mars 1962, l’administrateur de la NASA James Webb (1906-1992) demande par écrit au président Kennedy (1917-1963) de bien vouloir donner au programme Apollo une priorité DX. Une copie du mémorandum adressé au vice-président Johnson (1908-1973) qui préside le National Aeronautics and Space Council (NASC) est joint à cette missive.

Le 11 avril 1962, McGeorge Bundy (1919-1996), conseiller à la sécurité nationale du président Kennedy, par le National Security Action Memorandum n°144, informe ses récipiendaires que le président Kennedy, sur recommandation du NASC, a octroyé ce jour même au programme Apollo le niveau de priorité DX (incluant le vaisseau spatial, les lanceurs, les infrastructures).

Memorandum apollo DX bis

 

[On notera dans ce document que McGeorge Bundy utilise agency au lieu de administration lorsqu’il évoque la NASA (National Aeronautics and Space Administration). Effectivement, à l’origine il devait s’agir d’une agence, avant de réaliser qu’une administration avait plus de pouvoir discrétionnaire.]

A ce moment-là seulement 10 programmes bénéficiaient d’un classement DX : Atlas, Titan, Minuteman, Polaris, BMES, SAMOS, Nike-Zeus, Discoverer ; du Département de la Défense, ainsi que les programmes Mercury depuis mai 1959, et Saturn depuis janvier 1960, de la NASA. Sachant que le classement DX du programme Mercury doit s’achever à la fin de l’année calendaire 1962, et que de facto le programme Saturne sera intégré à Apollo, de même que certains pans du programme Gemini.

Une décennie plus tard le programme navette spatiale n’obtiendra qu’une priorité DO…

L’opération Overcast et Paperclip

L’opération Overcast est un programme secret (qui a généré beaucoup de fantasmes) sous les auspices de l’armée américaine, visant à faire venir aux Etats-Unis des scientifiques et des ingénieurs allemands, dans le cadre des réparations de guerre après le deuxième conflit mondial.

Dans un mémorandum daté du mardi 19 mars 1946 émanant du quartier général de l’armée, le nom de code « Overcast » en vigueur depuis le 19 juillet 1945, est remplacé par « Paperclip » avec effet rétroactif au mercredi 13 mars. Si Wernher von Braun et la plupart des membres de son équipe arrivent en Amérique sous l’égide d’Overcast, la majorité des scientifiques allemands entrent aux Etats-Unis alors que l’opération a changé de nom. Au final on parle pour tous « des scientifiques du projet Paperclip ».

Au mois de mai 1948, on compte 1 136 scientifiques allemands vivant aux Etats-Unis. Pour ce qui concerne les experts en fusées et missiles, 177 travaillent pour l’armée de terre, 205 pour l’Air Force, 72 pour la Navy, et 38 pour le Département du Commerce.

Dans son ouvrage « Science, Technology, and Reparations: Exploitation and Plunder in Postwar Germany » l’historien John Gimbel (1922-1992) estime que l’apport des scientifiques allemands a généré l’équivalent de 10 milliards de dollars (USD 1948) en brevets etc., ce qui représente 104 milliards de dollars en monnaie constante. Soit un peu moins de 5 % du produit intérieur brut de ce pays en 1948, qui était de 258 milliards de dollars (2 702 milliards en monnaie constante), et aurait permis d’économiser quelque 800 millions de dollars en recherche et développement, soit 8 milliards de dollars 2018.

A titre de comparaison, entre le 3 avril 1948 et le 30 juin 1952, les Etats-Unis ont prêté 13,3 milliards de dollars à l’Europe (140 milliards USD 2018) dans le cadre du plan Marshall (officiellement ; Programme de rétablissement européen – European Recovery Program.), l’Allemagne (République fédérale d’Allemagne à partir du 23 mai 1949) reçoit 1,4 milliards de dollars (14,6 milliards USD 2018), derrière le Royaume-Uni, la France, et l’Italie.

En tout et pour tout, entre 1 600 et  1 800 scientifiques allemands et leur famille seront accueillis aux Etats-Unis jusqu’à la fin des années 50.