Apollo 11 évoqué dans le journal Il Mattino del Lunedi

Le journal Il Mattino del Lunedi d’Asmara, alors en Ethiopie (depuis 1993 la capitale de l’Erythrée) dans son édition du 28 juillet 1969 évoque la mission Apollo 11 :

« Aujourd’hui nous ne sommes pas seulement admiratifs, nous exultons. Car cet exploit presque surhumain a été accompli par une société libre et pluraliste, par une société qui n’a pas une tradition oppressive et réclusive, par une société qui a fondé sa structure politique et constitutionnelle non pas sur une idéologie totalitaire mais sur la philosophie démocratique de la Déclaration d’Indépendance. Cet exploit a été accompli par une nation, la nation américaine, dont les caractéristiques sont la fusion de l’esprit de précision et de discipline avec l’esprit de liberté. C’est la raison pour laquelle nous exultons aujourd’hui. Car nous savons que la conquête d’Apollo 11 est au service de l’Homme et non pas pour l’oppresser. »

Frank K. Ellis, un candidat astronaute hors du commun

Sur les 5 000 candidatures reçues par la NASA pour le recrutement de son cinquième groupe d’astronautes en 1966, seulement 351 répondaient aux critères de sélection ; au final 159 furent retenues. 44 candidats subiront l’ensemble des tests et ce sont finalement 19 astronautes qui composeront ce groupe 5.

Parmi ces candidatures, l’une est particulièrement remarquable, il s’agit de celle du lieutenant Frank K. Ellis (1933-2016) de l’US Navy. Une candidature qui révèle une extraordinaire résilience…

Le 11 juillet 1962, à 29 ans, Frank Ellis est victime d’un effroyable accident aux commandes de son Grumman F-9 Cougar, alors qu’il se prépare à atterrir sur la base aéronavale de Point Mugu en Californie, la commande des gouvernes de profondeur ne répond plus, l’avion pique du nez, il va s’écraser… A 100 mètres d’altitude, il s’apprête à s’éjecter lorsqu’il aperçoit une zone résidentielle faisant partie de la base, et des personnes alentour, sur lesquelles son appareil va s’écraser, il manœuvre aussitôt pour les éviter, ce faisant il perd de précieuses secondes, l’avion continuant à perdre de l’altitude, Frank Ellis ne finit par s’éjecter qu’ à une hauteur d’environ 25 mètres, ce qui est beaucoup trop bas. Son parachute ne s’ouvre pas complètement, heureusement un eucalyptus vient quelque peu amortir sa chute, ce qui lui sauve la vie, avant de tomber à demi-inconscient sur le sol.

Les secours arrivent très rapidement sur les lieux et constatent que sous la violence du choc sa jambe droite est entièrement sectionnée sous le genou, et que sa jambe gauche est cassée en trois endroits. Les médecins ont peu d’espoir de lui sauver la vie.

L’héroïque manœuvre pour éviter à son Cougar en perdition de s’écraser sur le lotissement a sauvé de nombreuses vies, mais l’a très gravement mutilé…

Contre toute attente, sa pugnacité et une excellente condition physique par ailleurs, lui permettent de survivre, hélas après trois semaines d’efforts acharnés pour sauver sa jambe gauche, les médecins doivent se résoudre à lui amputer celle-ci également…

Après l’amputation, les douleurs insoutenables ont disparues et son état psychologique et physique sont en constante progression : « J’étais si reconnaissant d’être toujours en vie, j’aurais dû mourir dans ce crash ! »

En décembre il essaye ses nouvelles prothèses et n’a plus qu’un objectif : revoler avec la Navy. Passer le restant de sa vie à ne rien faire avec une pension d’invalidité, très peu pour lui… Il a perdu ses deux jambes, mais il veut retourner dans le ciel…

Il reçoit la Distinguished Flying Cross pour acte d’héroïsme après deux ans de convalescence.

Pour prouver qu’il peut revoler, il s’impose un entrainement sportif draconien, natation,  cyclisme, course d’obstacles etc… Et même un saut en parachute !

A force de persévérance et de détermination les responsables de la Navy, pour le moins réticents, finirent par lui redonner une accréditation de vol temporaire, puis définitive, mais uniquement sur des appareils à double commandes et en présence d’un co-pilote qualifié.

Lorsque Frank Ellis entend à la radio que la NASA cherche des pilotes qualifiés ne mesurant pas plus d’1 m 70, il se dit qu’il est le seul pilote à pouvoir faire varier sa taille de 1 m 60 à 1 m 85… « Par ailleurs peut-être que la NASA utilisera une petite capsule, juste assez grande pour le plus petit pilote de la Navy… Je peux laisser mes jambes sur le pas de tir » ironisa-t-il lors d’une interview.

Lorsque la NASA retourna à la Navy les candidatures la concernant pour valider les présélections basées sur leur dossier militaire, le nom d’Ellis figurait sur la liste des 50 pilotes retenus. Après le passage par le chef des opérations navales, son nom n’apparaît plus… Lorsque l’amiral David MacDonald renverra la liste à la NASA accompagnée d’une lettre d’explication, il écrira que Frank Ellis n’est pas techniquement qualifié pour être astronaute, mais du point de vue de la motivation, de la formation, de l’entraînement, et de l’expérience, il était classé cinquième sur la liste.

Déçu, il déclara que ne pas avoir de jambes ne diminuait en rien ses qualités de pilote, et que dans l’espace, en impesanteur, les jambes ne servent à rien !

Malgré toutes ses démarches Frank Ellis n’obtiendra jamais, non plus, sa certification solo…Il quitte la Navy le 31 octobre 1968 pour se consacrer à une carrière dans l’immobilier. Il est mort le 27 décembre 2016, laissant sa femme Christine, 4 enfants et 6 petits-enfants…

A ce jour aucun Homme handicapé n’est encore jamais allé dans l’espace !

“We Reach the Moon” : un livre sorti en librairie 3 jours après le retour d’Apollo 11.

A peine 76 heures après le retour sur Terre d’Apollo 11, Bantam Books et le New York Times sortent en librairie un ouvrage de 416 pages sur l’histoire du programme spatial américain de 1961 au triomphe d’Apollo 11, intitulé We Reach the Moon (que je traduirais librement par La Lune en ligne de mire ou Nous décrochons la Lune ou encore Objectif Lune). Un projet entrepris 2 ans auparavant. L’impression du livre a commencé le 24 juillet, juste après le retour des astronautes, pendant que le journaliste spécialisé dans le spatial, John Noble Wilford, terminait le texte. Les dernières pages furent envoyées à l’imprimeur de Chicago par Télex le 25 juillet. Cette première édition à couverture souple a été tirée à 375 000 exemplaires.

Au 31 décembre 1969, 1 million d’exemplaires auront été vendus aux Etats-Unis et à l’étranger.

Six records du monde pour Apollo 11

A l’issue de la mission Apollo 11, les Etats-Unis demandèrent l’homologation de 6 records du monde auprès de la Fédération Internationale d’Astronautique (International Astronautical Federation ou IAF) :

  • Pour la durée passée sur la surface de la Lune hors du vaisseau spatial, soit 2 heures, 21 minutes et 15 secondes, par Neil Armstrong.
  • Pour le temps passé en orbite lunaire, soit 59 heures, 27 minutes et 55 secondes, par Michael Collins.
  • Pour le temps resté sur la surface de la Lune, soit 21 heures, 36 minutes et 16 secondes, par les astronautes Neil Armstrong et Edwin Aldrin.
  • Pour le temps passé sur la surface de la Lune à l’intérieur du vaisseau spatial, soit 19 heures, 45 minutes et 52 secondes, par les astronautes Armstrong et Aldrin.
  • Pour la plus importante masse déposée sur la Lune, soit 7 211 Kg, par les astronautes Armstrong et Aldrin.
  • Pour la plus importante masse envoyée en orbite lunaire depuis la surface de la Lune, soit 2 648 kg, par les astronautes Armstrong et Aldrin.

Wernher von Braun s’exprime après le premier atterrissage sur la Lune

Lors du dîner célébrant le premier atterrissage sur la Lune, qui s’est tenu à Huntsville en Alabama, le directeur du Centre Spatial Marshall, Wernher Von Braun, fit ce petit discours :

« Nous avons travaillé ensemble, et ensemble nous avons accompli notre part de la mission. La Lune est désormais accessible. Un jour, grâce à ce que nous venons d’entreprendre, les planètes et les étoiles appartiendront à l’humanité. Atteindre le ciel, les étoiles, pourrait permettre à l’espèce humaine de s’affranchir de son confinement terrestre, peut-être même du système solaire, lui conférant ainsi l’immortalité dans cet espace immense et infini. Pour la première fois, la vie a quitté son berceau planétaire et la destinée ultime de l’humanité n’est plus liée à celle de la Terre. Lorsque le Mayflower a accosté les rivages de l’Amérique, les Pères pèlerins ne savaient pas ce que deviendrait cette nation. De la même manière nous ne pouvons pas entrevoir ce qu’engendreront ces empreintes de pieds autour de la base de la Tranquillité. »

Si Apollo a probablement été la plus grande réalisation technologique de l’Histoire de l’humanité, pour ce qui est d’ouvrir à l’Homme les portes du système solaire, ce fut un magnifique désastre. En effet, contrairement à une idée communément admise Apollo n’a jamais été une étape dans la conquête de l’espace, mais bien une fin en soi. Une réponse ponctuelle à une situation ponctuelle dans le cadre bien particulier de la “guerre froide”…