Le seul rollback du programme Apollo

Le seul rollback (retour du lanceur au VAB – Vehicle Assembly Building – Le gigantesque hall d’assemblage du Centre Spatial Kennedy) d’une fusée Saturne V (hormis bien évidemment la maquette utilisée pour tester les installations) s’est produit dans le cadre de la mission Apollo 16, en raison de la fuite d’un réservoir en Téflon de l’un des RCS du module de commande, décelée le 25 janvier. Il a fallu remplacer également les trois parachutes, ainsi que le dispositif pyrotechnique permettant la séparation entre l’étage de remontée du module lunaire et le CM, juste avant de quitter l’orbite lunaire et l’injection vers la Terre. Ce rollback a augmenté le coût de la mission d’environs 200 000 dollars (1 200 000 en dollars constants), principalement pour payer les heures de travail et heures supplémentaires des techniciens ayant travaillé deux week-ends de suite pour tout réparer.

Le coût total de la mission Apollo 16 est estimée à 445 millions de dollars (1972) soit 2,6 milliards en dollars constants.

Rollout :          lundi 13 décembre 1971
Rollback :       jeudi 27 janvier 1972
2ème Rollout :  mercredi 9 février 1972

Rollback (retour au VAB) de la Satune V (SA-511) le 27 janvier 1972.

John Young veut un drapeau américain plus grand

John Young a fait une sorte de fixation sur la taille du drapeau américain qu’il voulait porter sur sa combinaison spatiale pour le premier vol de la navette spatiale. Le modèle standard, à la taille règlementaire, ne lui convenait pas, car trop petit (8,9 x 5,7 cm). Il souhaitait un drapeau plus grand que l’écusson de la mission, de 10 x 10 cm, car disait-il : « L’amérique est plus grande que le programme navette spatiale… » Lorsqu’on lui proposa finalement une taille qui le satisfasse, son « exigence », inédite, avait fait le tour des centres de la NASA, et même de la presse… C’était devenu un sujet de plaisanterie…

Sur cette photo on aperçoit la taille de l’écusson drapeau américain standard sur l’épaule gauche de Robert Crippen

Et voici la taille du drapeau après l’intervention « patriotique » de John Young !

John Young se préparant pour son cinquième vol spatial !

 

Ainsi, le 12 avril 1981, lorsque John Young et Robert Crippen entrent dans la salle où les techniciens vont les aider à revêtir leur combinaison spatiale et tester son bon fonctionnement (suit-up room qui se trouve dans le Operation & Check Building), ils découvrent, accroché au mur, un immense drapeau américain, tellement grand qu’il recouvre entièrement ledit mur, et n’a d’ailleurs pas pu être complètement déplié. L’un des techniciens lui lance alors : « John, c’est assez grand ? »  Une petite blague qui a permis de relâcher un peu la tension avant cette mission essentielle.

On aperçoit l’immense drapeau accroché au mur

 

Cet immense drapeau avait été récupéré chez une agence immobilière qui le faisait flotter sur un mât devant ses locaux. Lorsque les techniciens chargés des combinaisons spatiales, qui logeaient dans un motel de Cocoa-Beach, ont aperçu, juste à côté, ce gigantesque drapeau, ils se sont faits fort de convaincre le personnel de le leur prêter pour cette petite blague.

John Young veut régler ses dettes avant STS-1

Quelques temps avant de se rendre au Centre Spatial Kennedy pour la première mission de la navette spatiale (STS-1), John Young et Joe Allen (astronaute de l’équipe de soutien et l’un des capcoms de la mission STS-1) vont déjeuner à la cafétéria du Centre Spatial Johnson. Young ayant oublié son argent, c’est Allen qui règle la note. Peu après, Young insiste pour le rembourser. Allen s’en amuse en lui disant que ce n’est pas la peine. « Non » lui répond John Young : « On ne vas pas voler sur ces engins (parlant de la navette) lorsque l’on a des dettes. »

Cette remarque, mi-figue mi-raisin, révèle que John Young était trop bien conscient, qu’il allait effectuer la mission spatiale américaine la plus risquée, jamais réalisée depuis le début de la conquête spatiale.

Les origines militaires de la supériorité spatiale soviétique

L’objectif de supériorité militaire était «inhérent» au programme spatial soviétique, affirme le New York Daily News dans son édition du 31 janvier 1971. « Car c’est le développement d’une fusée russe pour le bombardement intercontinental, qui a ouvert la voie à la course technologique dans l’espace. Nous n’avions certainement rien de comparable le 4 octobre 1957, lorsque les russes ont étonné le monde avec leur Spoutnik en orbite autour de la Terre, et, un mois plus tard avec Spoutnik 2, un satellite de 500 Kg emportant dans l’espace un chien vivant… La fusée américaine Saturne n’a aucune utilité militaire ; on doute que les russes puissent en dire autant avec leurs lanceurs de vaisseaux spatiaux. »

Le badge de la mission Apollo 13

Fin janvier 1970 la NASA révèle la photo de l’écusson de la mission Apollo XIII choisi par les astronautes James Lovell, Thomas Kenneth Mattingly, et Fred Haise, dessiné par l’artiste Lumen Martin Winter (1908-1982). James Lovell souhaitait une référence au dieu Apollon, et a adapté la devise de l’Académie Navale : « Ex Scientia, Tridens » (De la connaissance, la puissance maritime) en « Ex Luna, Scientia » (De la Lune, la connaissance).

En 1969 Lumen Martin Winter peint une fresque (6 m x 2,50 m) intitulée Steeds of Apollo (les coursiers d’Apollo) qui était exposée à l’hôtel St Régis de New-York. Lorsque ce dernier est rénové on perd la trace de l’immense tableau, jusqu’à ce qu’il réapparaisse à l’occasion d’une vente aux enchères d’objets spatiaux à Los Angeles. C’est l’acteur Tom Hanks, qui a joué le rôle de James Lovell dans le film de Ron Howard, Apollo 13, qui rachète l’œuvre et l’offre à Lovell. Lorsque le fils de James Lovell, Jay, ouvre un restaurant près de chicago en 1999, le Lovell’s of Lake Forest, l’immense tableau est accroché derrière le bar de l’établissement (photo ci-dessous). A la fermeture de ce dernier, en 2015, Jay Lovell fait don du tableau au Capt. James A. Lovell Federal Health Center situé au Nord de Chicago.

C’est ce tableau qui a servi de modèle à l’écusson. Lumen Martin Winter a fait une confusion très fréquente entre Apollon, le dieu de la lumière solaire, et Hélios le dieu du soleil… A l’origine c’est Hélios qui chaque matin s’élance dans le ciel sur son quadrige. Sur le badge, pour symboliser les trois astronautes, le quadrige devient un trige. Comme l’a fait remarquer James Lovell : « Ironiquement, le quatrième cheval, distancé, aurait pu symboliser Ken Mattingly. »

Comme pour celui d’Apollo 11, le nom des astronautes ne figure pas sur l’écusson, une drôle de coincidence lorsque l’on sait que trois jours avant le vol il est officiellement décidé de remplacer Kenneth Mattingly, soupçonné d’avoir contracté le virus de le rougeole, par Jack Swigert !  Le seul remplacement d’un membre d’équipage du programme Apollo !

Excepté l’écusson d’Apollo 13, c’est James Lovell qui avait dessiné les badges de ses missions précédentes ; Gemini 7, Gemini 12, et Apollo 8.