TASS annonce le lancement d’Apollo 16 en un temps record

L’agence de presse soviétique TASS (Telegrafnoïe aguentstvo Sovietskogo Soïouza – Agence télégraphique de l’Union soviétique) a annoncé le lancement d’Apollo 16 seulement 22 minutes après les agences américaines, et a également rapporté le succès de la mise en orbite. UPI (United Press International) n’a pas manqué de remarquer que :  « cette annonce a été très rapide selon les standards soviétiques qui sont de plus en plus enclins à couvrir les lancements américains alors qu’ils étaient tout bonnement ignorés dix ans auparavant. »

L’une des maximes préférées de Wernher von Braun

Sur le bureau de Wernher von Braun, et sur certains murs du Centre Spatial Marshall dont il était le directeur, on pouvait lire l’une de ses maximes préférées :

« Se coucher tard, se lever tôt, travailler comme un beau diable et faire de la pub » (« Late to bed, early to rise, work like hell and advertise »)

C’est exactement ce qu’il a fait toute sa vie.

Harry Schwartz analyse les raisons de l’échec soviétique

Voici ce que Harry Schwartz (1919-2004) le spécialiste de l’URSS et des pays de l’Est du journal The New York Times écrivait dans le numéro du 27 juillet 1969 :

« Une combinaison de facteurs psychologiques, techniques et politiques ont permis aux Etats-Unis de gagner la course à la Lune, au détriment de l’URSS. Moscou a fait preuve de présomption en sous-estimant la capacité des américains, a ignoré la technique du rendez-vous lunaire choisi par les Etats-Unis, a évincé Nikita S. Khrouchtchev, friand d’exploits spatiaux et de la propagande qu’ils engendrent. Les nouveaux dirigeants soviétiques ont changé les priorités en se concentrant sur les problèmes domestiques. Depuis que les américains ont atterri sur la Lune deux réactions radicalement différentes ont vu le jour en Union Soviétique. D’un côté, les scientifiques, les ingénieurs, et beaucoup de personnes dans la rue, ont ressenti de l’admiration, de l’autre, les idéologues et responsables de la propagande, plutôt très mécontents, qui dissimulent à peine leur déception, que ce ne soient pas des cosmonautes soviétiques qui aient atterri sur la Lune. »

 

Patrick Moore s’exprime sur Wernher von Braun

Voici ce qu’a dit le célébrissime astronome britannique Patrick Alfred Caldwell-Moore (1923-2012) à propos de Wernher von Braun :

« Personne ne peut haïr les nazis plus que moi, ils ont tué ma fiancée*, nombre de mes amis, et ont tout fait pour me tuer**. Mais d’après ce que je sais sur lui, je suis prêt à lui donner un blanc-seing. Je ne crois pas qu’il fut personnellement impliqué dans des atrocités, et il est très clair également qu’il n’était pas en position de les empêcher. Nous ne saurons jamais toute la vérité, je peux juste vous donner mon opinion personnelle. »

 

* Patrick Moore affirme avoir perdu l’amour de sa vie, Lorna, une infirmière tuée en 1943 à Londres, lorsqu’une bombe frappe l’ambulance dans laquelle elle se trouvait. Un drame qui se serait produit trois ans après leur rencontre. (Cette affirmation est au conditionnel dans la mesure où  des historiens n’ont jamais pu trouver dans les listes des victimes des bombardements, pourtant méticuleusement tenues, cette personne). Il restera célibataire toute sa vie.

** Moore a également servi dans la Royal Air Force comme navigateur sur bombardier Vickers Wellington. Là encore, il affirme dans son autobiographie avoir menti sur son âge pour s’enrôler dans l’armée de l’air, à 16 ans, or des chercheurs ont démontré qu’il s’est engagé dans la réserve en décembre 1941… à 18 ans, et appelé en juillet 1942.

 

Patrick Moore est fasciné par la Lune et l’astronomie depuis son plus jeune âge, un point commun avec Wernher von Braun.

Toute sa vie Moore a nourri une haine féroce envers les allemands, n’a t-il pas déclaré à 89 ans  lors d’une interview à l’hebdomadaire Radio Times, sept mois avant sa mort : « Le seul bon boche est un boche mort » (il utilise le terme kraut – “the only good Kraut is a dead Kraut”) et dans son autobiographie publiée en 2003 : « Si j’assistais au naufrage de toute la nation allemande, je pourrais être tenté de l’aider à couler. »

Avec un tel état d’esprit, les propos à l’égard de Wernher Von Braun paraissent quelque peu surprenants !

 

Wernher von Braun menace de démissionner

Bien que la transition de l’équipe de Wernher von Braun de l’ABMA (Army Ballistic Missile Agency – Agence des missiles balistiques de l’armée de terre) vers la NASA, en juillet 1960, se soit relativement bien passée, compte tenu de l’ampleur de ce transfert, un problème de taille a vu le jour début 1961. Le différent concernait les prérogatives du Laboratoire Guidage et Contrôle dirigé par le Dr Walter Häussermann (1914-2010), au sein du Centre Spatial Marshall de Wernher von Braun. Alors que le laboratoire peaufinait le système de guidage et de contrôle de la Saturne 1 ainsi que tous les sous-systèmes avioniques, le quartier général de la NASA envoie une directive totalement inattendue au Marshall. Cette directive émane du Directeur des lanceurs spatiaux, le général Donald R. Ostrander (1914-1972), qui occupa ce poste d’octobre 1959 à août 1961.

Le document ordonne l’arrêt séance tenante du développement final du système de guidage de la Saturne 1, et son remplacement par le système de guidage de l’étage Centaur, qui consiste en une plateforme inertielle Minneapolis-Honeywell et un ordinateur Librascope Digital.

Une directive qui a bien évidemment causé une certaine consternation.

Les travaux sur le système de guidage avaient déjà commencé avant l’intégration de l’équipe de von Braun à la NASA… Le fond du problème et les implications de cette directive vont bien au-delà, puisque cela remet en cause les responsabilités techniques du centre par rapport au QG, et ne constitue ni plus ni moins qu’une ingérence.

Le Dr Walter Häussermann proteste en répondant à Ostrander que le système de guidage de l’étage Centaur n’est pas adapté à la Saturne 1. La réponse du général est sans appel, la directive doit être appliquée. Haueussermann menace de démissionner, Wernher von Braun essai de le raisonner et lui propose de l’accompagner à Washington pour une petite entrevue avec ce général.

Von Braun souhaite rencontrer le général entre quatre yeux, et demande à Häussermann de bien vouloir l’attendre. Au bout de 15 minutes von Braun sort du bureau de Donald Ostrander avec un large sourire : « La directive va être annulée. »

– Comment as-tu fait pour obtenir ce résultat si rapidement ?

La réponse de von Braun, tout sourire : « Je lui ai dit que si la directive n’est pas annulée, je démissionne ! »

L’ordre fut annulé, et le laboratoire continua le développement du système de guidage de la Saturne I (Plateforme ST-124 et un ordinateur ASC-15 d’IBM)… Le général Don Ostrander quitta la NASA quelques mois plus tard et retourna à l’Air Force.

(De g. à d.) Hans Maus, Donald Ostrander, Wernher von Braun.