Christopher Kraft fait fi du protocole !

Après le vol triomphal de John Glenn, le Président Kennedy a tenu à se déplacer en personne au Cap Canaveral, pour venir féliciter le nouvel héros de l’Amérique. Il en profite pour visiter le Centre de Contrôle des missions qui à l’époque s’effectue  encore  au Cap.
John Kennedy arrive radieux au  « Mercury Control Center » accompagné de Glenn et d’une nuée de dirigeants de la NASA, de membres du Congrès, d’agents secrets et de journalistes.
Kennedy et Glenn s’avancent en même temps et tendent leurs mains à Christopher Kraft, le Directeur de Vol. Pendant une fraction de seconde, il hésite, quelle main serrer en premier ? Contre toute attente Kraft serre d’abord la main de John Glenn en le félicitant pour sa performance, puis celle du Président !
Ce dernier lui fait comprendre par un large sourire, qu’il ne lui en veut pas d’avoir serré la main du premier américain en orbite, avant la sienne !

 

Christopher Columbus Kraft – Un détail insignifiant peut changer le cours d’une vie !

En 1944, lorsque Christopher Kraft obtient son diplôme d’ingénieur en ingénierie aéronautique du Virginia Polytechnic Institute avec B+ de moyenne  il propose ses services au constructeur d’avions Chance Vought dont le siège se trouve à East Hartford dans le Connecticut, et, juste au cas où, car il faut toujours avoir un plan de secours, il envoie également sa candidature au NACA (National Advisory Committee for Aeronautics), une agence fédérale dont le siège est à Hampton*  en Virginie, au sein du Langley Memorial Aeronautical Laboratory, qui deviendra le Langley Research Center.
Le NACA est à l’origine d’études et de découvertes fondamentales en aéronautique.
Il reçoit deux réponses favorables.
Il se rend donc comme convenu à Bridgeport dans le Connecticut pour son premier jour de travail chez Chance-Vought.  Pour entrer dans les locaux, le secrétaire à l’accueil lui demande son certificat de naissance.
« Je ne l’ai pas sur moi, personne ne m’a rien dit ! »
« Vous ne pouvez pas entrer sans. Mesures de sécurité »
« Que puis-je faire ? »
Kraft passe quelques coups de fil et envoie un télégramme au service de l’état civil de Richmond pour qu’on lui envoie un extrait d’acte de naissance. Le certificat est censé arriver par porteur spécial le lendemain. Mais non.
Le secrétaire lui demande de revenir le surlendemain. Toujours rien.
Kraft demande à parler à un responsable.
«Non ce n’est pas possible ! »
«Ah non ? Et pourquoi pas ? »
«Question de sécurité, vous parlerez à un responsable lorsque vous aurez votre certificat !»

 

Agacé par la mentalité bureaucratique de cette société, il appelle le NACA pour demander si leur offre d’emploi tient toujours, on lui passe un responsable qui prononce les mots magiques :
– « Bien sûr ! Quand pouvez-vous commencer ?
– « La semaine prochaine »
– « Bon, disons jeudi prochain. A très bientôt alors ! »

 

Il boucla sa valise en deux minutes, et il lui fallut 5 minutes de plus pour rédiger une lettre à Chance -Vought expliquant les motifs de sa décision. Il ne reçut jamais de réponse !

 

Tout le monde connaît la suite, le NACA disparaîtra en 1958 pour être incorporé dans la nouvelle NASA, une agence qui s’occupera d’aéronautique mais également d’espace. Christopher Columbus Kraft concevra le Centre de Contrôle des Missions et deviendra le premier directeur de vol de la NASA…
Avec un tel prénom il ne pouvait avoir qu’un destin hors du commun !  Kraft reste à jamais le premier « Flight », une figure de légende de la conquête spatiale !
Comme quoi, un détail insignifiant peut changer le cours d’une vie !

 

Le 14 avril 2011 le Centre de Contrôle des Missions du Centre Spatial Johnson  a été officiellement rebaptisé « Christopher C. Kraft, Jr. Mission Control Center ».  

* Anecdote dans l’anecdote : la petite ville de Phoebus dont Kraft est originaire sera administrativement absorbée par Hampton en 1952.  (Phoebus avait le statut de «Town », Hampton celui de « City »)