« C’est peut-être notre dernier mais ce sera notre meilleur »

Une banderole fixée le 26 novembre sur la plateforme donnant accès au vaisseau Apollo 17 sur la MSS (Mobile Service Structure – tour de service mobile) par le personnel de la société Grumman Aerospace, le constructeur du module lunaire, disait : « C’est peut-être notre dernier mais ce sera notre meilleur » (« This may be our last but it will be our best »). Un chef d’équipe de chez Grumman a précisé à la presse que cette bannière avait pour but de rassurer l’équipage d’Apollo 17 en lui garantissant leur plus total dévouement… Puisque ce sont les emplois des 600 salariés de chez Grumman au Centre Spatial Kennedy qui seront supprimés une fois la mission Apollo 17 accomplie.

L’équipe Grumman avait acquis une excellente réputation parmi les personnels du Centre Spatial.

James Fletcher, l’administrateur de la NASA, fit remarquer que ce slogan devrait s’appliquer à toute « l’équipe Apollo ».

Que la lumière soit

Afin que les milliers de photographes puissent immortaliser le décollage de la mission Apollo XVII, qui doit intervenir dans la nuit du 6 au 7 décembre 1972, la NASA a communiqué les valeurs d’éclairement de son dispositif destiné à illuminer la Saturne V avant son envol. Ainsi la NASA a utilisé 72 projecteurs au xénon de 20 kW chacun, ainsi que deux rampes de projecteurs au xénon de 60 kW chacune , fournissant un éclairement du lanceur de 225 foot-candles* soit environ 2 400 lux. Une fois allumés, les cinq moteurs F1 du premier étage vont générer environ 7 500 foot-candles en émission et en réflexion, ce qui équivaut pratiquement à la lumière du jour. « L’illumination des projecteurs ne servira plus à rien lorsque le lanceur se sera élevé à plus de 20 mètres du sol », précise le communiqué de la NASA.

Apollo XVII (exposition normale globale, même si la Saturne V est légèrement surexposée)

Même photo surexposée pour mettre en évidence les faisceaux de lumière

 

* Le foot-candle (candela par pied) est utilisé dans l’industrie du cinéma, il s’agit de l’éclairement lumineux reçu par une surface éclairée par une source d’intensité lumineuse de 1 candela (cd), soit 10,7 lux, située à une distance de 1 pied (30,48 cm).

Le trajet sur la Lune des astronautes d’Apollo 17 à l’échelle de Paris

L’américain Eric Jones, le co-créateur du Apollo Lunar Surface Journal avec Ken Glover, et l’allemand Thomas Schwagmeier qui l’a traduit dans sa langue natale, ont eu l’idée géniale de reprendre, mission par mission, les trajets effectués par les astronautes sur la surface de la Lune et de les superposer sur des sites terrestres connus. Apollo Traverse Maps Superimposed on Terrestrial Sites

C’est ainsi qu’ils ont eu l’excellente idée de choisir la ville de Paris pour visualiser le chemin parcouru par les astronautes d’Apollo 17, sachant que le module lunaire a atterri sur la parvis Notre-Dame.

Cliquer sur la carte pour l’agrandir

Au total Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont parcouru 35,9 km, en trois sorties, et la distance d’éloignement du LM la plus importante fut de 7,6 km.

Le dernier drapeau américain sur la Lune

Le drapeau américain planté sur la Lune lors de la mission Apollo 17 était plus grand que les cinq drapeaux précédents ; 1,00 x 1,80 mètres au lieu de 0,90 x 1,50 m.

Une autre particularité, ce drapeau a fait le voyage sur la Lune avec Apollo 11 puis fut accroché dans la Salle de Contrôle de Mission n°2 (MOCR qui se prononce « moh-ker » : Mission Operation Control Room). C’est Harrison Schmitt qui a eu l’idée de l’emporter pour le laisser sur la Lune !

118:21:24 (Temps écoulé depuis le décollage h:min:s) : Début du déploiement du drapeau dans la vallée de Taurus-Littrow, qui dure environ une minute et quarante secondes.

118:23:53 Cernan: « …this has got to be one of the most proud moments of my life. I guarantee you. »  « Ce doit être l’un des plus grands moments de fierté de ma vie. Je vous le garantis. »

118:24:06 Schmitt: « Houston, je ne sais pas combien de personnes sont au courant, mais ce drapeau était accroché au MOCR depuis Apollo 11. Et c’est avec une extrême fierté que nous le déployons sur la Lune, afin qu’il y reste aussi longtemps que possible, en l’honneur de toutes les personnes qui ont travaillé si dur pour nous permettre d’être ici, ainsi que tous les autres équipages, et de faire que ce pays, les Etats-Unis, et l’humanité, soient un peu différents de ce qu’ils furent.

Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont emporté sur la Lune un drapeau identique, afin de remplacer celui de la salle de contrôle ! Ils le remettront au Directeur de Vol Eugene Kranz, à l’occasion d’une petite cérémonie, qui l’acceptera au nom de tous les contrôleurs de vol.

Eugene Cernan (12 décembre 1972)

Harrison Schmitt  (12 décembre 1972)

I Was Strolling on the Moon One Day

Les astronautes Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont débuté la première des trois activités extra-véhiculaires* sur la surface de la Lune de la mission Apollo XVII, il y a quatre heures et trente-cinq minutes, et se trouvent alors à la Station 1, à quelque 150 mètres du cratère Steno, à une distance d’environ 1,6 km au sud du LM. Un site d’exploration géologique qu’ils ont rejoint en « jeep lunaire ».

En descendant à pied une légère pente, le géologue Harrison Schmitt se met à chanter une adaptation circonstancielle du refrain de la chanson « The Fountain in the Park », composée par Robert King (1862-1932) en 1884, qui a utilisé le pseudonyme Ed Haley pour la signer. L’extrait en question a notamment été interprété par Judy Garland dans la comédie musicale « En avant la musique » (Strike Up the Band) sortie en 1940.

While strolling through the park one day
In the merry merry month of May
I was taken by surprise
By a pair of roguish eyes
In a moment my poor heart was stole away

C’est ainsi que le 12 décembre 1972, Harrison Schmitt et Eugene Cernan chantent tous les deux sur la Lune…

121:35:45 (Temps écoulé depuis le décollage, h:min:s) Harrison Schmitt commence : « I was strolling on the Moon one day… » (Je me baladais sur la Lune un jour…)

121:35:49 Eugene Cernan entonne :  (Les deux chantent en même temps) « …in the merry, merry month of… » (en ce joyeux, joyeux mois de…)

121:35:51 Cernan :  « …May » . Schmitt:  « …December ».

La mission Apollo 17 se déroulant au moins de décembre, Schmitt utilise très justement le mois en cours, alors que Cernan s’en tient à la chanson originale.

121:35:52 Cernan le reprend : « No, May. »

121:35:54 Schmitt rectifie : « May. »

121:35:55 Schmitt poursuit : « When much to my surprise, a pair of bonny eyes.. ». (Quand à ma grande surprise une paire de beaux yeux…) Schmitt ne se souvient plus des paroles…)  « …be-doop-doo-doo… »

Il s’interrompt pour ajouter : « Isn’t this a neat way to travel? » (N’est ce pas un moyen sympa de voyager ?) faisant également référence à leur façon de se déplacer sur la Lune ; par bonds, puis continue à chantonner : « …dum du dum du dum… »

A 121:36:05 Robert Parker [Astronaute du groupe 6 (1967)] qui fait office de capcom annonce : « Sorry about that, guys, but today may be December ». [Désolé de vous dire ça les gars, mais aujourd’hui (dans le contexte présent), Décembre serait plus approprié.]

Dans l’Apollo 17 Lunar Surface Journal de Eric M. Jones, la remarque de Robert Parker est retranscrite comme ci-dessus, mais ne s’agit-il pas plutôt d’un jeu de mot ? Et alors il eût fallu la retranscrire ainsi : « Sorry about that, guys, but today May be December » avec un M majuscule pour désigner le mois de Mai, et non l’auxiliaire modal !

La scène en image !

*La première des trois activités/sorties extra-véhiculaires, ou EVA (pour Extra Vehicular Activity) a commencé le 11 décembre à 23:54:49 (avec Eugene Cernan qui sort du LM le 12 décembre à 00:01:00) et se termine le 12 décembre à 7:06:42, heure UTC. (De 117:01:35 à 124:13:28 GET – Ground Elapsed Time i.e. le temps écoulé depuis le décollage.)

La deuxième EVA dure 7:36:56,  et la troisième 7:15:08. Il y a également une sortie dans l’espace de Ronald Evans lors du trajet retour d’une durée de 1 heure et 7 minutes.

La durée de l’activité extra-véhiculaire est calculée à partir de la dépressurisation complète du module lunaire jusqu’à sa repressurisation.