Le trajet des astronautes d’Apollo 17 sur la Lune à l’échelle de Paris

L’américain Eric Jones, le co-créateur du Apollo Lunar Surface Journal avec Ken Glover, et l’allemand Thomas Schwagmeier qui l’a traduit dans sa langue natale, ont eu l’idée géniale de reprendre, mission par mission, les trajets effectués par les astronautes sur la surface de la Lune et de les superposer sur des sites terrestres connus. Apollo Traverse Maps Superimposed on Terrestrial Sites

C’est ainsi qu’ils ont eu l’excellente idée de choisir la ville de Paris pour visualiser le chemin parcouru par les astronautes d’Apollo 17, sachant que le module lunaire a atterri sur la parvis Notre-Dame.

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Au total Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont parcouru 35,9 km, en trois sorties, et la distance d’éloignement du LM la plus importante fut de 7,6 km.

Le dernier drapeau américain sur la Lune

Le drapeau américain planté sur la Lune lors de la mission Apollo 17 était plus grand que les cinq drapeaux précédents ; 1,00 x 1,80 mètres au lieu de 0,90 x 1,50 m.

Une autre particularité, ce drapeau a fait le voyage sur la Lune avec Apollo 11 puis fut accroché dans la Salle de Contrôle de Mission n°2 (MOCR qui se prononce « moh-ker » : Mission Operation Control Room). C’est Harrison Schmitt qui a eu l’idée de l’emporter pour le laisser sur la Lune !

118:21:24 (Temps écoulé depuis le décollage h:min:s) : Début du déploiement du drapeau dans la vallée de Taurus-Littrow, qui dure environ une minute et quarante secondes.

118:23:53 Cernan: « …this has got to be one of the most proud moments of my life. I guarantee you. »  « Ce doit être l’un des plus grands moments de fierté de ma vie. Je vous le garantis. »

118:24:06 Schmitt: « Houston, je ne sais pas combien de personnes sont au courant, mais ce drapeau était accroché au MOCR depuis Apollo 11. Et c’est avec une extrême fierté que nous le déployons sur la Lune, afin qu’il y reste aussi longtemps que possible, en l’honneur de toutes les personnes qui ont travaillé si dur pour nous permettre d’être ici, ainsi que tous les autres équipages, et de faire que ce pays, les Etats-Unis, et l’humanité, soient un peu différents de ce qu’ils furent.

Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont emporté sur la Lune un drapeau identique, afin de remplacer celui de la salle de contrôle ! Ils le remettront au Directeur de Vol Eugene Kranz, à l’occasion d’une petite cérémonie, qui l’acceptera au nom de tous les contrôleurs de vol.

Eugene Cernan (12 décembre 1972)

Harrison Schmitt  (12 décembre 1972)

I Was Strolling on the Moon One Day

Les astronautes Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont débuté la première des trois activités extra-véhiculaires* sur la surface de la Lune de la mission Apollo XVII, il y a quatre heures et trente-cinq minutes, et se trouvent alors à la Station 1, à quelque 150 mètres du cratère Steno, à une distance d’environ 1,6 km au sud du LM. Un site d’exploration géologique qu’ils ont rejoint en « jeep lunaire ».

En descendant à pied une légère pente, le géologue Harrison Schmitt se met à chanter une adaptation circonstancielle du refrain de la chanson « The Fountain in the Park », composée par Robert King (1862-1932) en 1884, qui a utilisé le pseudonyme Ed Haley pour la signer. L’extrait en question a notamment été interprété par Judy Garland dans la comédie musicale « En avant la musique » (Strike Up the Band) sortie en 1940.

While strolling through the park one day
In the merry merry month of May
I was taken by surprise
By a pair of roguish eyes
In a moment my poor heart was stole away

C’est ainsi que le 12 décembre 1972, Harrison Schmitt et Eugene Cernan chantent tous les deux sur la Lune…

121:35:45 (Temps écoulé depuis le décollage, h:min:s) Harrison Schmitt commence : « I was strolling on the Moon one day… » (Je me baladais sur la Lune un jour…)

121:35:49 Eugene Cernan entonne :  (Les deux chantent en même temps) « …in the merry, merry month of… » (en ce joyeux, joyeux mois de…)

121:35:51 Cernan :  « …May » . Schmitt:  « …December ».

La mission Apollo 17 se déroulant au moins de décembre, Schmitt utilise très justement le mois en cours, alors que Cernan s’en tient à la chanson originale.

121:35:52 Cernan le reprend : « No, May. »

121:35:54 Schmitt corrige : « May. »

121:35:55 Schmitt poursuit : « When much to my surprise, a pair of bonny eyes.. ». (Quand à ma grande surprise une paire de beaux yeux…) Schmitt ne se souvient plus des paroles…)  « …be-doop-doo-doo… »

Il s’interrompt pour ajouter : « Isn’t this a neat way to travel? » (N’est ce pas un moyen sympa de voyager ?) faisant également référence à leur façon de se déplacer sur la Lune ; par bonds, puis continue à chantonner : « …dum du dum du dum… »

A 121:36:05 Robert Parker [Astronaute du groupe 6 (1967)] qui fait office de capcom annonce : « Sorry about that, guys, but today may be December ». [Désolé de vous dire ça les gars, mais aujourd’hui (dans le contexte présent), Décembre serait plus approprié.]

Dans l’Apollo 17 Lunar Surface Journal de Eric M. Jones, la remarque de Robert Parker est retranscrite comme ci-dessus, mais ne s’agit-il pas plutôt d’un jeu de mot ? Et alors il eût fallu la retranscrire ainsi : « Sorry about that, guys, but today May be December » avec un M majuscule pour désigner le mois de Mai, et non l’auxiliaire modal !

La scène en image !

*La première des trois activités/sorties extra-véhiculaires, ou EVA (pour Extra Vehicular Activity) a commencé le 11 décembre à 23:54:49 (avec Eugene Cernan qui sort du LM le 12 décembre à 00:01:00) et se termine le 12 décembre à 7:06:42, heure UTC. (De 117:01:35 à 124:13:28 GET – Ground Elapsed Time i.e. le temps écoulé depuis le décollage.)

La deuxième EVA dure 7:36:56,  et la troisième 7:15:08. Il y a également une sortie dans l’espace de Ronald Evans lors du trajet retour d’une durée de 1 heure et 7 minutes.

La durée de l’activité extra-véhiculaire est calculée à partir de la dépressurisation complète du module lunaire jusqu’à sa repressurisation.

Apollo XVII et la Nef des Fous

VBA

Si les trois premières conférences organisées par Robert Duncan Enzmann* de l’Académie des Sciences de New York, dédiées à « La Planétologie et les Futures Missions Spatiales » (Planetology and Space Mission Planning)  se sont tenues dans des hôtels ou des centres de conférences, la quatrième édition a eu lieu sur le paquebot USS Statendam. Le thème de ce symposium est dévolu à la problématique de l’après Apollo  et s’intitule « Voyage au-delà d’Apollo » .

La croisière au départ de New-York, qui se déroule du lundi 4 au mercredi 13 décembre doit permettre aux illustres passagers d’assister au tout dernier lancement du programme Apollo à seulement quelques kilomètres au large du Centre Spatial Kennedy et de participer aux différents séminaires dont les thèmes abordent des sujets aussi variés que la science, l’art, la communication, la cosmologie, les niches écologiques, l’énergie, la propulsion… Deux escales sont prévues, la première à St Thomas dans les îles vierges américaines, puis à San Juan capitale du Porto-Rico.

Parmi les passagers et intervenants : Norman Mailer (accompagné de sa cinquième épouse Carol Stevens), Robert Heinlein, Isaac Asimov, Ben Nova, Krafft Ehricke, Carl Sagan, Linda Sagan, Eric Burgess, Donald Davis, Werner Rambauske , Theodore Sturgeon, Fred Ordway, Frank Drake, Richard Sternbach, Richard Hoagland, Marvin Minsky, l’astronaute Edgar Mitchell…  Sont annoncés également Arthur C. Clarke et Wernher von Braun qui ne seront pas présents…

Cette quatrième conférence est un fiasco financier puisque peu de personnes ne s’acquitteront du prix du billet qui s’échelonne entre 700 et 1 000 dollars , l’origine du contentieux entre la compagnie maritime et les organisateurs du colloque ne sera jamais divulguée mais le préjudice s’élève à  plus de 250 000 dollars (1972) soit 1 400 000 dollars actuels (2013). Ce fut également un fiasco scientifique puisque aucun compte rendu des conférences ne sera jamais publié, d’où le qualificatif de « Nef des fous » (Ship of Fools) que l’on donnera à cette « croisière scientifique » qui sonnera le glas de ce symposium annuel.

* Robert Enzmann est notamment connu pour son étude théorique sur un gigantesque vaisseau interstellaire (ou arche stellaire) qui permettrait de coloniser une planète dans un autre système solaire. (Enzmann Starship)

Isaac Asimov assiste au lancement d’ Apollo 17

isaac-asimov-7C’est à bord du paquebot SS Statendam qui croise à huit kilomètres au large des côtes du Cap Canaveral, que le scientifique et immense écrivain Isaac Asimov, assiste au décollage d’Apollo XVII, son premier lancement « de visu »… Peu après il publiera un recueil de 17 essais scientifiques intitulé « La Tragédie de la Lune ». Une partie du deuxième essai « Le Triomphe de la Lune » a été écrit alors qu’il était sur le Statendam. C’est ainsi qu’il décrit le décollage :

« Apollo 17 s’est élevée dans les airs à la manière de la plus grosse luciole de la création. Elle a embrasé le ciel d’un horizon à l’autre, colorant l’océan en un gris orange, et le ciel à la manière d’un bol de cuivre renversé sur lequel les étoiles ont été effacées.
Elle s’est élevée lentement sur une gerbe de feu, et elle était déjà dans le ciel lorsque nous avons entendu quelques 40 secondes après l’allumage le grondement des moteurs qui nous a sauvagement secoués
L’humanité faisait ainsi une tentative pour atteindre la Lune une sixième fois et déposer un onzième et douzième Homme sur sa surface. C’était le dernier envol de la série Apollo, le seul décollage de nuit, incroyablement spectaculaire et je suis ravi d’y avoir assisté. Cela prendra peut-être des décennies avant que l’on réitère une mission lunaire, après avoir créé une station spatiale, qui permettra de retourner sur la Lune plus facilement, plus économiquement, et de manière plus élaborée. « 

C’est son ami Richard Hoagland, qui n’avait pas encore basculé dans l’irrationnel et les théories conspirationnistes, qui avait convaincu Isaac Asimov, lequel préférait voyager par la pensée, de participer à cette croisière…