John Glenn doit choisir un nom pour sa capsule

Pour le premier vol suborbital américain, Alan Shepard avait baptisé sa capsule Freedom 7, pour le deuxième, Virgil Grissom avait choisi un nom inspiré par la forme de la capsule et l’un des symboles de l’Amérique ; Liberty Bell 7. (Shepard avait ajouté 7 car il s’agissait de la septième capsule fabriquée. La presse quant à elle avait déduit que le chiffre sept était lié au nombre d’astronautes. L’idée étant excellente, tous les astronautes Mercury ajouterons un 7 en l’honneur des « sept premiers ».)

Pour le premier vol orbital américain, John Glenn avait choisi d’associer ses enfants John David « Dave », 16 ans, (né le 13 décembre 1945) et Carolyn Ann « Lyn », 14 ans, (née 19 mars 1947) dans le choix du nom de sa capsule. Il tenait absolument à impliquer ses enfants dans son vol spatial.

Il leur demanda de réfléchir à des noms, en tenant compte du fait que le monde entier allait suivre ce vol, il fallait donc en choisir un qui incarnerait les Etats-Unis, et leur état d’esprit vis à vis du reste du monde.

A l’aide d’un dictionnaire analogique, ils recopièrent toute une liste de noms dans un cahier, après une âpre sélection ils en retinrent quelques-uns tels que Columbia, Endeavour, America, Magellan, We, Hope, Harmony, Kindness.

En tête de liste figurait Friendship. John Glenn trouva le choix parfait. Comme le père attentionné qu’il était, il ne manqua pas de leur rappeler à nouveau, combien il était fier d’eux.

Annie, Lyn, John et Dave. 1961
Il ne reste plus qu’à peindre le nom sur la capsule.
Ce qui fut fait par l’artiste Cecelia Bibby.

Lorsque le président Kennedy chambre son vice-président

Lorsqu’il reçoit Alan Shepard (1923-1998), le premier américain dans l’espace au cours d’un vol suborbital d’une quinzaine de minutes, à la Maison-Blanche le lundi 8 mai 1961 pour lui remettre la NASA Distinguished Service Medal, le président John Kennedy (1917-1963) sait déjà, d’après les consultations qu’il a initiées dès le 20 avril, huit jours après le vol orbital de Youri Gagarine (1934-1968), que la meilleure chance de laisser les soviétiques loin derrière dans la course à l’espace, est d’envoyer un américain sur la Lune. Rien d’autre ne pourra marquer autant les esprits. Reste à soumettre cet objectif au Congrès et aux américains…

Lors de cette « Rose Garden Party », le président Kennedy chambre un peu son vice-président, Lyndon Johnson (1908-1973) : « Personne ne sait que le vice-président est le président du conseil de l’espace. Mais si ce vol avait été un échec, je vous garantis que tout le monde l’aurait su ! »  Newton « Newt » Minow (1926- ) le président de la commission des télécommunications fédérales (Federal Communications Commission) ajoute : « M. le président, si le vol avait été un échec, le vice-président aurait été le prochain astronaute. »

Une répartie qui amuse beaucoup John Kennedy, un peu moins Johnson.

En plaisantant ainsi avec Johnson il reconnait implicitement qu’il mise énormément sur les succès dans l’espace pour améliorer son image publique, démontrer qu’il est un dirigeant dynamique qui a la ferme intention de gagner la guerre froide.  Il le fera savoir publiquement le 25 mai suivant

L’engouement pour le vol de John Glenn

Lorsque le mardi 20 février 1962 à 9 h 47 (heure de Floride) la fusée Atlas de John Glenn est mise à feu, toutes les télévisions et radios américaines retransmettent l’événement ; le premier vol orbital d’un américain. Les trois chaînes de télévision commencent « le direct » à 6 h 30, pendant les onze heures et demi suivantes on ne parlera que du vol de John Glenn à la télé…

A New-York quelque 10 000 voyageurs de la gare ferroviaire Grand Central Terminal sortent des trains pour regarder le décollage sur un écran géant (3,35 x 4,26 mètres) installé par CBS dans la mezzanine centrale. Des millions d’écoliers et d’étudiants à travers le pays font de même. Dans la ville de Dover dans l’Ohio (état dont John Glenn est natif) des entreprises ferment momentanément leurs portes afin que les employés puissent regarder la télévision ou écouter la radio. A Trenton, dans le New-Jersey, un braqueur de banque qui vient de dérober quelque 9 000 dollars s’arrête dans un bar pour boire un verre, la police l’appréhende alors qu’il regarde le vol de Glenn à la télé. A Grand Rapids dans le Michigan, un tribunal est en train de statuer sur le cas d’un vol de téléviseur, lorsque le juge suggère que l’on allume le poste de télévision en question, la pièce à conviction, pour suivre le lancement, ce qui fut fait. A Detroit les chargés de clientèle de la Michigan Bell Telephone Company demandent à leur responsable s’il n’y a pas eu un problème technique sur le réseau car il n’y a plus d’appels d’abonnés pour signaler des dysfonctionnements… A Salt Lake City, des clients emportent des transistors avec eux dans les restaurants pour écouter les nouvelles…Dans un café, qui avait un poste de télévision, l’un des serveurs a rapporté que les clients étaient massés devant l’écran comme envoûtés…L’équipe de Baseball des New-York Mets alors à l’entrainement fut autorisée par son entraîneur, le légendaire Charles Dillon « Casey » Stengel, peu connu pour ses entorses aux règles, à l’interrompre pour suivre le décollage.

Au Cap, le public a les larmes aux yeux et beaucoup de commentateurs également, alors que la fusée de John Glenn prend de la vitesse… « Go, baby, go ! »

Plus de 40 millions de foyers américains suivront le vol à la télévision (audience calculée par la A.C. Nielsen Company), les Etats-Unis comptaient alors quelque 184 millions d’habitants et il y avait 60 millions de téléviseurs en service dans le pays !

Le premier vol spatial de John Glenn a duré 4 heures, 55 minutes et 23 secondes au total, du décollage à l’amerrissage. En tout et pour tout, ce sont plus de 135 millions d’américains (73,3%) qui suivront, en tout ou partie, le vol de John Glenn à la télévision.

Le Président John F. Kennedy, le Vice President Lyndon B. Johnson et des membres du Congrès suivent le lancement de John Glenn à la télévision.