Les astronautes et la claustrophobie

La meilleure explication a été donnée par Frank Borman : « Aucun astronaute n’a jamais souffert de claustrophobie dans un vaisseau spatial, car c’est totalement différent de la claustrophobie sur Terre ; ici sur notre planète lorsque vous êtes piégé dans un espace confiné, ce qui est agréable se trouve à l’extérieur, dans un vaisseau spatial ce qui est salutaire est à l’intérieur, à l’extérieur c’est la mort. »

Superman souhaite un joyeux anniversaire à George Abbey

Le vendredi 21 août 1981 George Abbey (né en 1932) alors directeur du Flight Crew Operations Directorate (FCOD) au Centre Spatial Johnson, fête son 49e anniversaire, il est dans son bureau qui se trouve au 8e niveau du Bâtiment 1 qui en compte 9 (rez-de-chaussée + huit étages), lorsqu’il aperçoit à travers la fenêtre, Superman, tambourinant sur la vitre pour attirer son attention, et chantant « Joyeux anniversaire… ». A la fin de la chanson, mission accomplie, Superman regagne le sol en rappel et disparaît.

Très vite, Christopher Kraft (né en 1924) le bouillonnant directeur du centre spatial, apprend que deux individus en bleus de travail ont été aperçus dans les locaux, prétendant être des laveurs de carreaux. A partir d’un bureau vacant surplombant l’angle nord-ouest du bâtiment ils ont réussi à attacher une corde à double. L’un des individus a alors ôté sa combinaison, laissant apparaître un costume de Superman et est descendu en rappel devant la fenêtre du bureau de Georges Abbey. Son complice, attendant qu’il ait regagné le sol, pour récupérer la combinaison de travail et la corde, et quitter à son tour prestement les lieux…

Le service de sécurité du centre spatial identifie rapidement les deux coupables, il s’agit de deux astronautes ; James Bagian (né en 1952) alias Superman, et Guy Gardner (né en 1948) son complice. Tous les deux font partie du neuvième (1980) et dernier groupe d’astronautes en date.

Cliff Charlesworth (1931-1991) ancien directeur de vol, récemment promu directeur adjoint du centre spatial, est furax, la cascade est dangereuse, il convainc Christopher Kraft d’ordonner à George Abbey d’ordonner à John Young (1930-2018) le chef du bureau des astronautes, de les rappeler à l’ordre par écrit. « Le Centre Spatial Johnson n’est pas un terrain de jeux privé pour astronautes ».

John Young dont le bureau se trouve dans le Bâtiment 4 S (au niveau 3) convoque les deux astronautes, leur montre leur lettre de réprimande, et la jette à la poubelle après l’avoir chiffonnée. « J’ai trouvé que ce que vous avez fait est culotté. »

James Bagian était accessoirement médecin et alpiniste émérite spécialisé dans le secours en haute montagne… Il deviendra même instructeur ! Il effectuera quand même deux missions spatiales, mais seulement après le départ de George Abbey* ; STS-29, du 13 au 18 mars 1989, et STS-40, du 5 au 14 juin 1991. Guy Gardner fera également deux vols dans l’espace ; STS-27, du 2 au 6 décembre 1988, et STS-35, du 2 au 11 décembre 1990.

* En février 1988 George Abbey est muté au Quartier Général de la NASA à Washington D.C. Depuis 1975 c’est lui qui affectait les astronautes et les accompagnait jusqu’au pas de tir… Abbey a bien choisi Guy Gardner pour STS-27, mais c’est Donald Puddy son remplaçant à la tête du FCOD, qui permettra à Bagian d’effectuer deux vols spatiaux…

Le « Building 1 » du Centre Spatial Johnson. L’architecture du bâtiment se prête admirablement bien au type d’opération effectué par James Bagian et Guy Gardner…

Neil Armstrong et Sir Edmund Hillary au pôle Nord

Le 1er avril 1985, une équipe de 15 personnes se retrouve à Edmonton, au Canada avec comme objectif, atteindre le pôle Nord géographique. Il y a notamment, Sir Edmund Hillary (1919-2008), le premier Homme à avoir gravi le Mont Everest en 1953 (avec son sherpa Tenzing Norgay) ; son fils Peter (né en 1954) ; Steve Fossett (1944-2007) qui réalisera en 2002 la première circumnavigation de la Terre en montgolfière en solitaire sans escale ; Patrick Morrow (né en 1952) le premier à accomplir l’ascension des sept sommets de la liste de Reinhold Messner, il a gravi le premier (Mont McKinley) en 1977, et le dernier (Puncak Jaya), le 7 mai 1986 ; et, Neil Armstrong (1930-2012), le premier Homme sur la Lune.

Neil Armstrong avait vu le pôle Nord depuis l’espace mais n’y était jamais allé.

L’expédition, qui ne fut pas médiatisée, a duré 11 jours et fut organisée et dirigée par l’explorateur professionnel Michael Chalmer Dunn, il voulait réunir les explorateurs les plus prestigieux de la planète. Mike Dunn qui a notamment effectué le premier saut en parachute au-dessus de pôle Nord en 1981 et qui réalisait là son septième voyage en arctique. Le coût de cette expédition : 10 000 dollars par personne. (23 000 en dollars constants)

C’est donc le samedi 6 avril, 1985, la veille de Pâques, 76 ans jour pour jour après Robert Peary (1856-1920), à très exactement 19:01 (Mountain Standard Time – Heure normale des Rocheuses), soit le dimanche 7 avril à 03:01 (Heure en France – UTC+1), que les explorateurs atteignent leur but. Ils resteront une heure et demi au pôle Nord. A peu près le même temps qu’il leur a fallu, pour couvrir les 760 km qui séparent leur camp de base au nord de l’île d’Ellesmere près du lac Hazen, (l’île la plus septentrionale de l’archipel arctique canadien), jusqu’au pôle Nord. Contrairement à Peary qui a effectué le trajet en traineau à chiens, ils ont fait le trajet en avion (Deux DHavilland Canada 6 Twin Otter – un pour les explorateurs, l’autre avec des réserves de carburant.)

(De g. à d.) Peter Hillary, Sir Edmund Hillary, Mike Dunn et Neil Armstrong

Lorsqu’une bouteille de Champagne est débouchée, à peine a-t-on servi deux verres, que le breuvage dans la bouteille commence à geler, il faut dire que la température ambiante est de moins 40 degrés centigrades…

(De g. à d.) Neil Armstrong, Michael Dunn et Sir Edmund Hillary. On aperçoit à l’arrière plan l’un des deux DHC-6 Twin Otter.

Neil Armstrong affirmera : « J’ai trouvé ce voyage au pôle Nord extrêmement intéressant, principalement, car c’est tellement différent de ce que nous avons l’occasion de voir dans la vie de tous les jours. C’est tellement inhabituel là-haut. Cela valait vraiment les incidents que nous avons rencontrés lors du voyage. »

En effet lors du retour, après avoir atterri sur l’île d’Ellesmere, la météo devint exécrable, et ils durent rester confinés trois jours avant de pouvoir reprendre l’avion vers  le hameau inuit de Resolute sur l’île Cornwallis.

A l’issue de cette expédition, Neil Armstrong recevra une attestation des Territoires du Nord-Ouest, certifiant qu’ayant traversé le cercle arctique et atteint la latitude 90° N, il fait désormais parti du club très fermé de la Polar Bear Chapter of the Order of Arctic Adventurers. (Confrérie de l’Ours Polaire de l’Ordre des Aventuriers de l’Arctique)