Le village de Peenemünde

Contrairement à ce que l’on peut lire trop souvent, notamment dans le livre truffé d’erreurs d’Hugues Wenkin, intitulé « De la terreur à la Lune », à la page 31 : « Avant que les bétonnières débarquent, le lieu n’est en fait que l’extrémité d’une petite péninsule inhabitée, vierge de toute présence humaine. », il y avait bien un village à Peenemünde, dont l’histoire remonte à plus de 700 ans.

Le village de Peenemünde au début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, en 1906, le village à proprement parler comptait quelque 472 habitants (610 dans la commune). 33 familles vivaient de la pêche. Autour du port il y avait 82 maisons, une école, la mairie, une chapelle à côté du cimetière, des commerces, deux auberges “Zur Schwedenschanze“ et « Zur Post », une laiterie, etc.

L’auberge « Zur Post » circa 1910.
L’auberge « Zur Schwedenschanze » sous la neige. Circa 1930

Après les graves inondations de 1872, 1904 et 1913, une digue de 1,80 mètres de haut fut érigée.

Le village inondé. 1913

Le village fut relié à l’électricité en 1928.

Rue principale avec la laiterie à droite. Circa 1930.

Les habitants du village furent expropriés lorsque l’armée de terre et l’armée de l’air s’associent pour mettre sur pied un centre de recherche sur les fusées en 1936.

Le port
Vue de l’estuaire du Peenestrom
Vue du village circa 1920
Le village circa 1900

En 1940, 80% du village avait été détruit. Certains commerçants déménagèrent leur boutique dans la Karlshagener Siedlung du centre de recherche…

De nos jours le village de Peenemünde compte environ 350 âmes. Il est jumelé à la ville de… Huntsville.

The Missileer, la première publication périodique dans l’espace

The Missileer est un journal de l’US Air Force Eastern Test Range (antérieurement Long Range Proving Ground et qui deviendra 45th Space Wing) qui a paru du 6 février 1950 au 28 septembre 2012, à destination des personnels militaires et civils de la base aérienne Patrick et des installations de lancement du Cap Canaveral. Tout d’abord à périodicité bi-mensuelle, puis hebdomadaire, paraissant les vendredis, la prépondérance de l’internet pour la diffusion de l’informations, a sonné le glas de ce journal après 62 ans et huit mois d’existence.

Un exemplaire de The Missileer, qui comportait en moyenne 8 pages, a été placé avec la charge utile, à l’occasion du premier lancement d’une Titan III-C qui a eu lieu le 18 juin 1965, du LC-40, et fut un succès.

De g. à d. John Harris (Martin Company – Constructeur de la fusée.) ; Commandant Edwin Speaker, chef des opérations Titan III ; Bob Robinson et Jack Hull (Martin Company) ; le Sergent Hugh Phillips et le lieutenant Ray Cauwet de l’équipe éditoriale de The Missileer ; le Lieutenant Mike Spradlin des opérations Titan III.

Ce faisant, The Missileer a pu se targuer d’être la première publication périodique en orbite autour de la Terre. Pendant trois ans, jusqu’au 12 juillet 1968, au-dessus ou sous le titre du journal, on pouvait lire « First In Space », et ce n’était pas un jeu de mot ! Une semaine plus tard, dans l’édition du 19 juillet, le titre a été « relooké » et cette mention n’apparaît plus…

J’irai uriner sur la tombe de Rocco Petrone

Rocco Petrone (31 mars 1926 – 24 août 2006), qui fut notamment le troisième directeur du centre spatial Marshall, du 27 janvier 1973 au 15 mars 1974, est très certainement la personne la plus détestée par les « anciens » de ce centre.

En treize mois et demi, celui qui fut surnommé « l’homme de main » ou « le tueur à gages » commandité par le quartier général de la NASA, va notamment « éliminer » la plupart des derniers membres de la Rocket Team de von Braun.

Il n’en restera que 34 après le départ en retraite du Dr Eberhard Rees (28 avril 1908 – 2 avril 1998), le deuxième directeur du centre, du 1er mars 1970 au 19 janvier 1973.

Rocco Petrone, Eberhard Rees, Wernher von Braun. NASA.

Werner Dahm (16 février 1917 – 17 janvier 2008) et Georg von Tiesenhausen (18 mai 1914 – 3 juin 2018) resteront au Marshall mais verront leur salaire diminué.

Petrone va également réorganiser le centre, qui n’aura désormais plus aucune capacité de production intrinsèque (« in house »).

Pour ses bons et loyaux services il sera nommé administrateur associé de la NASA (hiérarchiquement le numéro 3), il quitte l’agence spatiale un an plus tard en avril 1975.

Celui qui fut le plus grand centre spatial en termes de budget et de personnel va payer le plus lourd tribut lors des réductions d’effectifs, à lui seul le Marshall va supporter 81 % du total des plans sociaux post-Apollo concernant les fonctionnaires (civil servants).

Dès 1967 les RIF (Reduction in Force) successifs ont considérablement réduit le personnel employé à plein temps par le centre. En huit ans, entre 1968 et 1975 les effectifs permanents du centre spatial Marshall ont été réduits de 43,14%, à lui seul en treize mois et demi, Petrone les a diminué de 25,8%. Beaucoup de ceux qui sont restés ont par ailleurs connu une diminution de leur grade ou de leur échelon [Aux Etats-Unis, pour les fonctionnaires on parle de General Schedule (GS), il en existe 15, avec pour chacun 10 échelons (step)] et donc une significative réduction de salaire, avec des déclassements de trois ou quatre grades parfois !

En 1967 il y avait 7 177 employés permanents (hors contractants), en 1975 il n’en reste plus que 4 081. Actuellement le centre emploie environ 2 600 personnes (fonctionnaires).

A deux reprises la NASA a envisagé la fermeture définitive du centre spatial Marshall, en 1975 sous James Fletcher (1919-1991) qui fut l’administrateur de l’agence spatiale américaine du 27 avril 1971 au 1er mai 1977, et en 1977 sous Robert Frosch (22 mai 1928 – 30 décembre 2020), administrateur du 21 juin 1977 au 20 janvier 1981.

C’est ainsi que l’historien américain Roger Launius dans son excellent ouvrage Apollo’s Legacy, Perspectives on the Moon Landings rapporte ce témoignage d’un ancien du centre spatial Marshall qui a déclaré avoir longtemps attendu la mort de Petrone, survenue enfin en 2006, pour aller pisser sur sa tombe, mais il s’est rendu compte qu’attendre son tour, pour ce dernier geste de mépris, prendrait trop de temps…

Anecdote dans l’anecdote : Dans ce même ouvrage Roger Launius relate que Rocco Petrone (alors directeur des opérations de lancement – Director of Launch Operations) était assis à côté de Donald Slayton dans le blockhaus du complexe de lancement 34 lorsque le feu a éclaté dans le vaisseau spatial Apollo 1. Petrone aurait accusé Joseph Shea, le directeur du vaisseau spatial, (Apollo Spacecraft Manager) d’avoir été à l’origine de la mort des trois astronautes et lui aurait dit : « Tu es dangereux, tu es responsable de l’incendie. Quand tu mourras, je viendrai pisser sur ta tombe. »

Anecdote dans l’anecdote : En visitant la ville de Saint-Malo, Jean-Paul Sartre (1905-1980) a pissé sur la tombe de François-René de Chateaubriand (1768-1848) pour marquer son mépris lorsqu’il vit ce tombeau « si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité ».  [In Dans La Force de l’âge, publié en 1960 par Simone de Beauvoir (1908-1986)]. Tombeau classé monument historique en 1954.