J’irai uriner sur la tombe de Rocco Petrone

Rocco Petrone (1926-2006) qui fut notamment le troisième directeur du centre spatial Marshall, du 27 janvier 1973 au 15 mars 1974, est très certainement la personne la plus détestée par les « anciens » de ce centre. En treize mois et demi, celui qui fut surnommé « l’homme de main » ou « le tueur à gages » commandité par le quartier général de la NASA, va « éliminer » la Rocket Team de von Braun, et surtout réorganiser le centre qui n’aura désormais plus aucune capacité de production intrinsèque (« in house »). Pour ses bons et loyaux services il sera nommé administrateur associé de la NASA (hiérarchiquement le numéro 3), il quitte l’agence spatiale un an plus tard en avril 1975.

Celui qui fut le plus grand centre spatial en termes de budget et de personnel va payer le plus lourd tribut lors des réductions d’effectifs, à lui seul le Marshall va supporter 81 % du total des plans sociaux post-Apollo concernant les fonctionnaires (civil servants).

Dès 1967 les RIF (Reduction in Force) successifs ont considérablement réduit le personnel employé à plein temps par le centre. En huit ans, entre 1968 et 1975 les effectifs permanents du centre spatial Marshall ont été réduits de 43,14%, à lui seul en treize mois et demi, Petrone les a diminué de 25,8%. Beaucoup de ceux qui sont restés ont par ailleurs connu une diminution de leur grade ou de leur échelon [Aux Etats-Unis, pour les fonctionnaires on parle de General Schedule (GS), il en existe 15, avec pour chacun 10 échelons (step)] et donc une significative réduction de salaire, avec des déclassements de trois ou quatre grades parfois ! En 1967 il y avait 7 177 employés permanents (hors contractants), en 1975 il n’en reste plus que 4 081. Actuellement le centre emploie environ 2 600 personnes (fonctionnaires).

A deux reprises la NASA a envisagé la fermeture définitive du centre spatial Marshall, en 1975 sous James Fletcher (1919-1991) qui fut l’administrateur de l’agence spatiale américaine du 27 avril 1971 au 1er mai 1977, et en 1977 sous Robert Frosch (1928 – ), administrateur du 21 juin 1977 au 20 janvier 1981.

C’est ainsi que l’historien américain Roger Launius dans son excellent ouvrage Apollo’s Legacy, Perspectives on the Moon Landings rapporte ce témoignage d’un ancien du centre spatial Marshall qui a déclaré avoir longtemps attendu la mort de Petrone, survenue enfin en 2006, pour aller pisser sur sa tombe, mais il s’est rendu compte qu’attendre son tour, pour ce dernier geste de mépris, prendrait trop de temps…

Anecdote dans l’anecdote : En visitant la ville de Saint-Malo, Jean-Paul Sartre (1905-1980) a pissé sur la tombe de François-René de Chateaubriand (1768-1848) pour marquer son mépris lorsqu’il vit ce tombeau « si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité ».  [Dans La Force de l’âge, publié en 1960 par Simone de Beauvoir (1908-1986)]. Tombeau classé monument historique en 1954.

L’opération Overcast et Paperclip

L’opération Overcast est un programme secret (qui a généré beaucoup de fantasmes) sous les auspices de l’armée américaine, visant à faire venir aux Etats-Unis des scientifiques et des ingénieurs allemands, dans le cadre des réparations de guerre après le deuxième conflit mondial.

Dans un mémorandum daté du mardi 19 mars 1946 émanant du quartier général de l’armée, le nom de code « Overcast » en vigueur depuis le 19 juillet 1945, est remplacé par « Paperclip » avec effet rétroactif au mercredi 13 mars. Si Wernher von Braun et la plupart des membres de son équipe arrivent en Amérique sous l’égide d’Overcast, la majorité des scientifiques allemands entrent aux Etats-Unis alors que l’opération a changé de nom. Au final on parle pour tous « des scientifiques du projet Paperclip ».

Au mois de mai 1948, on compte 1 136 scientifiques allemands vivant aux Etats-Unis. Pour ce qui concerne les experts en fusées et missiles, 177 travaillent pour l’armée de terre, 205 pour l’Air Force, 72 pour la Navy, et 38 pour le Département du Commerce.

Dans son ouvrage « Science, Technology, and Reparations: Exploitation and Plunder in Postwar Germany » l’historien John Gimbel (1922-1992) estime que l’apport des scientifiques allemands a généré l’équivalent de 10 milliards de dollars (USD 1948) en brevets etc., ce qui représente 104 milliards de dollars en monnaie constante. Soit un peu moins de 5 % du produit intérieur brut de ce pays en 1948, qui était de 258 milliards de dollars (2 702 milliards en monnaie constante), et aurait permis d’économiser quelque 800 millions de dollars en recherche et développement, soit 8 milliards de dollars 2018.

A titre de comparaison, entre le 3 avril 1948 et le 30 juin 1952, les Etats-Unis ont prêté 13,3 milliards de dollars à l’Europe (140 milliards USD 2018) dans le cadre du plan Marshall (officiellement ; Programme de rétablissement européen – European Recovery Program.), l’Allemagne (République fédérale d’Allemagne à partir du 23 mai 1949) reçoit 1,4 milliards de dollars (14,6 milliards USD 2018), derrière le Royaume-Uni, la France, et l’Italie.

En tout et pour tout, entre 1 600 et  1 800 scientifiques allemands et leur famille seront accueillis aux Etats-Unis jusqu’à la fin des années 50.

Arseni Tarkovski : L’origine et l’avenir de l’Homme

L’immense poète ukrainien Arseni Tarkovski (1907-1989) résume parfaitement nos origines et notre avenir… qui passe inéluctablement par la conquête de l’espace…

Sachant que « nous sommes faits de poussières d’étoiles », (97% de notre corps est constitué par des atomes créés dans des étoiles), elles sont à la fois nos origines et notre avenir… Et comme notre Soleil s’éteindra lui aussi un jour, il faudra bien trouver une autre étoile et une planète…

« Je suis l’Homme, au milieu du monde. Derrière moi, des tas de protozoaires, devant moi, des myriades d’étoiles. Je me trouve entre les deux, dans toute ma grandeur. Deux rives reliées par une mer, un pont qui unit deux mondes. Et, mon Dieu, un papillon, tel une bribe de soie dorée qui rit de moi comme un enfant. »