L’interrogatoire de Thomas Paine, administrateur de la NASA

Dans le cadre de la procédure judiciaire intentée par Madalyn Murray O’Hair contre l’administrateur de la NASA Thomas O. Paine qu’elle accuse de favoriser le prosélytisme religieux au sein de l’agence spatiale, cette dernière lui fait subir cet interrogatoire à distance. Seules les questions figurent dans le document consulté, traduit par mes soins, mais elles valent le détour…

(1) Veuillez préciser vos fonctions au sein de la National Aeronautics and Space Administration.

(2) Citez le service de la NASA responsable des calculs relatifs au lancement et à la durée pendant laquelle le module de commande reste en orbite autour de la Lune.

(3) Citez le nom de la personne qui valide définitivement ces calculs.

(4) Combien de sites d’atterrissage sur la surface de la Lune ont été approuvés. Quels sont les coordonnées sélénographiques de ces derniers ?

(5) Est-ce que l’exploration de ces sites est conditionné par l’angle du soleil au-dessus de l’horizon lunaire ?

(6) Quel éventail d’angles solaires est autorisé, le soleil peut-il être indifféremment au-dessus de l’horizon est, ou de l’horizon ouest ? Sinon lequel doit-on utiliser ?

(7) Quelles durées de temps correspondent à cette fourchette d’altitudes solaires ? Quelle est la différence de temps correspondant à la différence de longitude de ces sites d’atterrissage ?

(8) Est-ce que l’un des objectifs de la mission Apollo 8 était de photographier tous ces sites d’atterrissage ? Était-ce l’objectif d’Apollo 10 ? Si non, quels étaient les sites à photographier prévus par le plan de vol ?

(9 ) Était-il essentiel que cette reconnaissance photographique soit réalisée ? Quels changements auraient-ils du falloir faire dans le plan de vol d’Apollo 10 si tous les appareils photos à bord d’Apollo 8 avaient été défaillants ? Quels changements auraient-ils du falloir faire dans le plan de vol d’Apollo 11 si tous les appareils photos à bord d’Apollo 10 avaient été défaillants ?

(10) Est-il désirable que l’angle d’illumination pendant les prises de vues soit le même pour l’atterrissage ? Quel différentiel, en temps et en angle, est tolérable ?

(11) Est-ce que le site d’atterrissage de la première mission sur la Lune a-t-il été sélectionné avant le lancement d’Apollo 8 ?

(12) Quelle était l’altitude du soleil au site d’atterrissage d’Apollo 11 au moment où Apollo 8 l’a survolé pour la première fois ? Quelle était son altitude lorsque Apollo 9 l’a survolé pour la dernière fois ? (NdT : Apollo 9 est resté en orbite terrestre basse.)

(13) Répondez à la question (12) pour Apollo 10.

(14) Si des problèmes techniques avaient retardé le lancement d’Apollo 8, décrivez les modifications du plan de vol, au fur et à mesure que ce retard se prolonge. Précisez, en heure, les délais, qui auraient résulté de chacune des modifications du plan de vol.

(15) Répondez à la question (14) pour Apollo 10 ; pour Apollo 11.

(16) Expliquez en détail pourquoi l‘expérience P1, a été incorporée aux missions Apollo VIII et Apollo XI ?

(17) Expliquez en détail en quoi consistait l’expérience P1, pourquoi a-t-on utilisé un nom de code, et qui en a eu l’idée.

(18) Citez la personne qui a suggéré « l’histoire de la Création » comme appropriée pour l’expérience P1. Était-ce réellement une « suggestion », un ordre, une directive, une requête ? Si cela ne faisait pas partie de P1, de quoi s’agissait-il ?

(19 Expliquez en détail pourquoi un médaillon gravé (ou comportant des inscriptions) représentant le profil du Pape Jean, a été emporté sur le vol Apollo VIII. Expliquez en détail, de quelle manière. Expliquez en détail à quel moment les préparatifs ont été entrepris, et qui en a donné l’ordre et les directives.

(20) Ce médaillon a-t-il ensuite été offert au Pape Paul ? Par le Colonel de l’Air Force Frank Borman, si non par qui ?

(21) Précisez qui a autorisé, approuvé, ou toléré la « prière pour la paix » récitée par le colonel de l’Air Force Frank Borman lors du vol Apollo VIII. Cette prière faisait-elle partie de l’expérience P1 ?

(22) Qui avait connaissance de tous détails concernant la prière de l’espace. Nommez toutes les personnes.

(23) Qui était au courant de tous détails concernant la lecture de la Genèse. Nommez toutes les personnes.

(24) A quel niveau de commandement ces décisions ont-elles été prises, et comment furent-elles transmises aux astronautes pour mise en pratique ? (NdT : O’Hair utilise acting-out, terme de psychologie qui de manière générale, définie une action autodestructive ou dérangeante envers autrui)

(25) Pourquoi cela a-t-il été intégré au plan de vol ? Qui s’est occupé de tous les détails ?

(26) Qui a autorisé l’emport de Bibles dans le vaisseau spatial ? Combien de Bibles et d’autres objets religieux ont été emporté sur chaque vol spatial. Listez-les tous, leur provenance, le motif de leur présence à bord du vaisseau spatial, comment ils furent utilisés, s’ils ont été utilisés. Listez toutes les personnes qui ont autorisé la présence de ces objets religieux, ou Bibles, et identifiez-les en fonction de leur hiérarchie au sein de la NASA.

(27) Qui autorise la divulgation continuelle « d’informations à caractère religieux » en relation avec le programme de la NASA. Exemples :

(a) Le colonel Thomas P. Stafford a demandé à l’église méthodiste de Seabrook, près de Houston, Texas, de lire les psaumes 8, 122, et 148 ainsi que le quatrième verset du second chapitre du Livre d’Isaïe, lorsqu’il serait dans l’espace. Cette information a été rapportée par tous les organes de presse.

(b) Le capitaine de frégate (NdT : U.S. Navy Commander) John W. Young a prévu la confirmation de sa fille (Sandra Young) à l’église épiscopale St Christophe, Houston, Texas, pendant son vol Apollo 10.

(c) Le 27 juillet 1969, le Dr Rodney W. Johnson, une autorité de la NASA sur les bases lunaires, s’est exprimé à Associated Press, affirmant que l’exploration de l’espace pourrait entraîner une toute nouvelle manifestation de Dieu.

(d) Le 24 juillet, le Dr Wernher von Braun de la NASA affirma que le voyage spatial pourrait être « une porte d’une prise de conscience plus forte de la souveraineté de Dieu dans l’univers. »

(e) Le 13 novembre 1969, l’Eglise Méthodiste de Clearlake (NdT: Clear Lake) a donné au capitaine de frégate (NdT : Commander) A. Bean une bannière recouverte de symboles chrétiens (9 au total, sous forme de broderie (3 cm X 35,5 cm) pour être emportée sur la surface de la Lune.

(f) Le révérend Francis J. Furey du diocèse catholique romain de San Diego a confié à l’astronaute William Anders une médaille religieuse pour son voyage de Noël autour de la Lune.

(g) Le commandant James McDivitt a affirmé qu’il savait que Dieu était dans ses cieux (NdT : HIS Heaven, dans le texte original)… et il est également avec moi lorsque je pilote. »

(h) Le lieutenant-colonel John H. Glenn, Jr., a toujours été considéré par la presse comme un Presbytérien « actif dans les affaires de l’église » qui avait affirmé que Dieu est plus grand qu’une portion de l’espace et : « Je pense qu’il sera où que nous allions. »

(i) Une liaison téléphonique fut établie afin que le Pape Paul puisse s’entretenir avec le président Nixon à bord du Hornet le 24 juillet lors des opérations de récupération d’Apollo XI.

(j) Lorsque Eagle a décollé de la surface de la Lune, madame Stephen Armstrong, la mère du commandant d’Apollo XI, a répété à ce moment très précis (à la presse !!) « Louez Dieu, à l’origine de tous les bienfaits. »

(k) Lorsque les astronautes ont fait leur dernière retransmission télévisée depuis le vaisseau spatial « Columbia », le 24 juillet, ils « remercièrent Dieu et l’Homme pour ce voyage. »

(l) Deux heures avant l’atterrissage sur la Lune (NdT : en réalité deux heures avant que les astronautes ne marchent sur la Lune) le colonel Aldrin a dit :  » Qui que vous soyez et où que vous soyez, témoins de ce grand événement – nous vous demandons de rendre grâce à votre manière. »

(m) Vous êtes cité dans le Saturday Review, en date du 18 janvier 1969, affirmant que le voyage vers la Lune était « un triomphe de la raison – avec des gars aux cheveux courts qui utilisent des ordinateurs et des règles à calcul, lisent la Bible, et font en sorte que les choses soient bien faites. »

(n) Mike Collins, (Colonel A.F.) a affirmé lors d’une émission télévisée nationale, « Face The Nation » que nous devrions dire une prière pour la plaignante, Madalyn Murray O’Hair, et peut-être qu’elle verra la lumière, alors que la discussion portait sur la prière et la lecture de la Bible comme partie intégrante du programme lunaire et spatial.

(o) Le colonel Borman est régulièrement décrit comme un pasteur servant, à l’extraordinaire dévotion religieuse.

Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses citations en rapport avec la religion qui pleuvent de la NASA. Pour chacune des déclarations ci-dessus, indiquez de quelle manière elle se rapporte aux objectifs de la NASA, tels que définis par Public Law, 90-373, 90th Congress, H.R.15856 *, adoptée le 3 juillet 1968. 

Nommez la source de ces affirmations à la NASA. Joignez une copie de chacune des déclarations de la NASA, se rapportant à la religion, ou à l’appartenance religieuse, faite aux médias.

(28) Donnez des critères relatifs à la religion pour ces personnes employées par la NASA. Quelle est la foi religieuse prédominante ? Est-ce qu’un dossier recense les différentes affiliations religieuses ? Est-ce que l’on demande au personnel ses affiliations religieuses ?

(29) Dans le magazine Life en date du 30 mai 1969, vol. 66, #21, page 50, M. Albert Rosenfeld, rédacteur en chef, après une étude exhaustive des missions vers la Lune et une longue analyse, a affirmé : « La lecture de la Genèse, qui a tellement impressionné les personnes ayant suivi la mission Apollo VIII n’a pas été spontanée – mais plutôt suggérée à Washington et méticuleusement préparée. » Expliquez en détail de quelle manière ce fut suggéré à Washington et comment cela a été méticuleusement organisé.

(30) Le 26 décembre 1969, John Harris, travaillant pour le Hearst (newspapers) Headline Service, affirme dans son article que les lectures ne furent pas une manifestation spontanée d’humilité, mais plutôt un coup publicitaire remarquablement bien préparé et à la finalité bien précise, qui a créé une vive controverse au centre spatial des vaisseaux habités car reçue avec incrédulité et gêne, en partie par des membres de cette équipe.

Expliquez en détail en quoi ce fut un coup publicitaire et quelle fut la finalité bien précise. Expliquez par ailleurs qui fut impliqué dans cette vive controverse et pourquoi.

(31) Vous trouverez ci-joint 3 documents sous la référence « pièce A ». Ils émanent du magazine STERN, numéro 29, Hambourg, Allemagne en date du 20 juillet 1969, et concernent Neil Armstrong. Le titre stipule : « Le premier Homme sur la Lune ne croit pas en Dieu ». L’article a été écrit par Elrich (NdT : Ulrich) Blumenstein et Eberhard Seeliger, après une longue interview avec Neil Armstrong.

(A) Alors que cette information a été largement diffusée en Allemagne, France et Royaume-Uni, pourquoi cette information n’a-t-elle pas été diffusée en Amérique ?

(B) Est-ce que Neil Armstrong est athée ?

(C) Cet article a-t-il été approuvé par le service des relations publiques de la NASA pour diffusion en Allemagne, France et Royaume-Uni ?

(32) Indiquez le coût de l’expérience P1, en heures de travail, et dans son exécution. Précisez le coût des autres programmations religieuses dans le cadre du programme de la NASA.

(33) Indiquez si le coût de tout cela est prévu par Public Law, 90-373, 90th Congress, H.R.15856, en date du 3 juillet 1968.

(34) Etes-vous, ou la NASA, régit par « le traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes » dont les Etats-Unis est une nation signataire ?

(35) Avez-vous prêté serment avant de prendre vos fonctions, de respecter et défendre la Constitution des Etats-Unis ?

(36) Reconnaissez vous le principe de la séparation des Eglises et de l’Etat, par rapport à ce serment ?

(37) Veuillez s’il vous plait lire les réponses de tous les interrogatoires des astronautes et indiquez si leurs activités sont en accord avec le concept de séparation entres les Eglises et l’Etat, du point de vue de l’administrateur de la NASA.

(38) Ont-ils agi dans le cadre de leur mission à la NASA ?

(39) Avez-vous donné votre assentiment, expressément ou implicitement, avant ou après chacune des pratiques religieuses dans lesquelles ils furent impliqués. A quel moment ? Pourquoi ?

(40) Avez-vous manifesté votre désapprobation, avant ou après chacune des pratiques religieuses dans lesquelles ils furent impliqués ?

(41) Veuillez préciser votre adresse personnelle, afin que l’on puisse vous faire parvenir un subpoena (NdT : citation pour comparution devant le tribunal en tant que témoin) le cas échéant.

MADALYN MURRAY O’HAIR, pro se
P.O. Box 2117,
Austin, TEXAS 78767

Une copie de cet interrogatoire fut également adressée à l’avocat de Thomas O. Paine, Segal V. Wheatley, le 13 novembre 1969.

  • Ci-dessous le texte de la Public Law, 90-373, 90th Congress, H.R.15856, en anglais.
Public-Law-90-373-print

De la poussière lunaire récupérée sur une combinaison spatiale

L’astronaute Edgar Mitchell de la mission Apollo 14, qui s’est déroulée du 31 janvier au 9 février 1971, avait rencontré un problème avec son gant droit, juste après avoir revêtu sa combinaison spatiale pour effectuer sa deuxième et dernière sortie sur la surface de la Lune.  

Edgar Dean Mitchell (17 septembre 1930 – 4 février 2016), sixième Homme sur la Lune. Crédit Photo : NASA

Il avait ressenti une gêne avec ce gant qui tirait sur sa main et légèrement vers la gauche, il pensait qu’un câble de maintien au niveau du poignet s’était rompu. Après quelques échanges avec le contrôle de mission, il fut autorisé à sortir.

Au retour sur Terre, le gant fut inspecté par les ingénieurs d’ILC Industries détachés auprès du centre spatial texan, il s’avéra que le problème ne venait pas d’un des quatre câbles, qui étaient toujours parfaitement en place.

Il fut donc décidé d’envoyer la combinaison complète dans les locaux d’ILC Dover et de demander à Mitchell de la revêtir pour expliquer aux spécialistes la nature exacte de son problème. Avec Mitchell dans sa combinaison pressurisée, les ingénieurs d’ILC firent des tests, et se rendirent compte que les câbles de maintien n’étaient pas fixés symétriquement sur le mécanisme de verrouillage du gant sur la combinaison, et placés un peu trop en avant. Ce problème étant présent dès le départ, c’est la perte de tonus musculaire due à l’impesanteur, à une gravité six fois moindre que sur Terre, qui, conjugué à la fatigue, a amplifié le ressenti de ce tiraillement sur l’articulation du poignet, dès la préparation de la deuxième sortie sur la Lune.

A partir d’Apollo 15, une combinaison améliorée, l’A-7LB, sera utilisée pour les séjours prolongés des dernières missions lunaires.

Le retour de cette combinaison, ayant séjournée sur la Lune, dans les locaux d’ILC, fut une véritable aubaine pour certains, l’occasion était trop belle, c’est ainsi que certains employés eurent l’idée d’appliquer un morceau de ruban adhésif sur cette dernière, de même que dans la caisse spéciale la renfermant, pour récupérer de la poussière lunaire, puis de coller le tout sur le papier blanc à entête de la société. Qui aurait pu rêver d’un plus beau souvenir ?

Ces « prélèvements » se firent bien évidemment dans la plus grande discrétion, cette poussière de Lune restant la propriété de la NASA, du gouvernement américain. L’agence spatiale l’avait très clairement et fermement fait savoir à tous ses employés, et les autres aussi.

Il se trouve que l’enfant de l’un des employés en question, ramena un jour un échantillon à l’école pour le montrer en classe. Malheureusement il y avait dans l’établissement un élève dont le père était un haut responsable chez ILC. De retour à la maison, le gamin demande innocemment à son père pourquoi ils n’ont pas eux aussi de la poussière lunaire.

Le lendemain c’est le branle-bas chez ILC, on somma les employés indélicats de restituer tout ce qui avait été chapardé. De nombreux « échantillons » furent restitués… Mais le furent-ils tous ? Rien n’est moins sûr… 

Les signatures cachées des couturières d’ILC

Roberta Pilkenton, couturière en chef, surnommée « Bert » par ses amis et collègues d’ILC Dover (le fabricant de la combinaison lunaire, filiale de International Latex Corporation, spécialisée dans l’élaboration de matériaux flexibles hautes performances, qui compte une autre filiale célèbre : Playtex crée en 1947) a révélé que les couturières avaient apposé leur signature sur certains films de polyester aluminisé, le Mylar, qui constituent 5 des 14 couches de l’enveloppe extérieure de la combinaison A7L [(I)TMG – (Integrated) Thermal Micrometeoroid Garment]. Le Mylar a été intégré aux ITMG des combinaisons spatiales à partir de la mission Apollo 10.

C’est ainsi, par exemple, que la combinaison de Neil Armstrong, (actuellement exposée au Musée de l’Air et de l’Espace de Washington), renferme les signatures des couturières qui l’ont assemblée.

900 personnes d’ILC travaillaient pour le programme Apollo, dont quelque 83 couturières et coupeuses-tailleuses … Une pensée pour Iona Allen (qui a notamment cousu les bottes de Neil Armstrong), Evelyn Kibler, Thelma Breedin, Ruth Embert (la poétesse), Joanne Thompson (spécialiste des gants), Jean Wilson, Eleanore Foraker…