Le coût de la mission Apollo 10

Le 18 mai 1969, jour du lancement d’ Apollo 10, des officiels de la NASA annoncent que le coût de la mission s’élève à 350 millions de dollars (2,437 milliards en dollars constants). Soit, 185 millions pour la Saturn V (1,288 milliards USD 2019) , 55 millions pour le module de commande et de service (383 millions USD 2019), 41 millions pour le module lunaire (285,5 millions USD 2019), et 69 millions pour les « opérations », lancement, suivi, récupération (480,5 millions USD 2019).

Certains spécialistes ont remis ces chiffres en question, car ils ne tiennent pas compte des énormes investissements réalisés pour les infrastructures, que ce soit au sein des trois principaux centres spatiaux, et chez les contractants.

C’est ainsi qu’un expert de l’industrie a calculé que le prix de revient du module lunaire était plus proche de 100 millions si l’on prenait en considération ce facteur. (696 millions en dollars constants)

Si l’on extrapole, le coût de la mission Apollo 10 serait donc, pour le moins, 143,9 % plus cher, et s’élèverait plutôt à 853,65 millions, soit 5,91 milliards de dollars en monnaie constante. Pour le moins, car le coût des infrastructures liées au développement, à l’acheminement des étages et à l’exploitation de la Saturn V est sans commune mesure avec celui dévolu au LM.

Pour ce qui est du coût moyen d’une mission Apollo habitée, sachant que le programme a coûté 25 milliards de dollars (1972) soit 152 milliards en monnaie constante (2019), il suffit de diviser ce montant par le nombre total de missions habitées,11, ce qui donne… 13,8 milliards de dollars !

L’engouement pour le vol de John Glenn

Lorsque le mardi 20 février 1962 à 9 h 47 (heure de Floride) la fusée Atlas de John Glenn est mise à feu, toutes les télévisions et radios américaines retransmettent l’événement ; le premier vol orbital d’un américain.

A New-York les voyageurs de la gare ferroviaire Grand Central Terminal sortent des trains pour regarder le décollage sur les écrans de télévisions. Des millions d’écoliers et d’étudiants à travers le pays font de même. Dans la ville de Dover dans l’Ohio (état dont John Glenn est natif) des entreprises ferment momentanément leurs portes afin que les employés puissent regarder la télévision ou écouter la radio. A Trenton, dans le New-Jersey, un braqueur de banque qui vient de dérober quelque 9 000 dollars s’arrête dans un bar pour boire un verre, la police l’appréhende alors qu’il regarde le vol de Glenn à la télé. A Grand Rapids dans le Michigan, un tribunal est en train de statuer sur le cas d’un vol de téléviseur, lorsque le juge suggère que l’on allume le poste de télévision en question, la pièce à conviction, pour suivre le lancement, ce qui fut fait. A Detroit les chargés de clientèle de la Michigan Bell Telephone Company demandent à leur responsable s’il n’y a pas eu un problème technique sur le réseau car il n’y a plus d’appels d’abonnés pour signaler des dysfonctionnements… A Salt Lake City, des clients emportent des transistors avec eux dans les restaurants pour écouter les nouvelles…Dans un café, qui avait un poste de télévision, l’un des serveurs a rapporté que les clients étaient massés devant l’écran comme envoûtés…L’équipe de Baseball des New-York Mets alors à l’entrainement fut autorisée par son entraîneur, le légendaire Charles Dillon « Casey » Stengel, peu connu pour ses entorses aux règles, à l’interrompre pour suivre le décollage.

Au Cap, le public a les larmes aux yeux et beaucoup de commentateurs également, alors que la fusée de John Glenn prend de la vitesse… « Go, baby, go ! »

Plus de 40 millions de foyers américains suivront le vol à la télévision, les Etats-Unis comptaient alors quelque 184 millions d’habitants et il y avait 60 millions de téléviseurs en service dans le pays ! Le premier vol spatial de John Glenn a duré 4 heures, 55 minutes et 23 secondes au total, du décollage à l’amerrissage.

Le Président John F. Kennedy, le Vice President Lyndon B. Johnson et des membres du Congrès suivent le lancement de John Glenn à la télévision.

Hugh Dryden : ses déclarations lui coûtent le poste d’administrateur de la NASA

Lorsque le N.A.C.A. (National Advisory Committee for Aeronautics –  Comité consultatif national pour l’aéronautique), une agence fédérale comptant quelque 7 500 employés disséminés dans plusieurs centres à travers le pays, qui existe depuis le 3 mars 1915 doit constituer le noyau d’une nouvelle agence créée le 29 juillet 1958 qui sera principalement responsable de l’exploration civile de l’espace*, la N.A.S.A. (National Aeronautics and Space Administration), c’est le directeur du N.A.C.A. depuis 1947, Hugh Latimer Dryden (1898-1965) qui est un temps pressenti pour la diriger.  Du moins jusqu’à ce qu’il déclare devant la Commission restreinte de la chambre des représentants pour l’astronautique et l’exploration de l’espace (House Select Committee on Astronautics and Space Exploration), donnant son avis sur la proposition de Wernher von Braun, jamais à court d’idées, qui consistait à envoyer un Homme dans l’espace avant la fin de l’année 1959 lors d’un vol suborbital qui aurait atteint 240 km d’apogée (Project Adam ou Man Very High) pour un coût estimé à 12 millions de dollars (105 millions en dollars 2019) : « Envoyer un Homme dans l’espace (via une trajectoire suborbitale) a sensiblement le même intérêt technique que les cascades effectuées dans les cirques consistant à propulser une jeune femme en l’air avec un canon. » Au grand désarroi de ceux qui voulaient rapidement vaincre les soviétiques dans l’espace, il déclara également : « nos futurs programmes spatiaux n’ont pas l’envergure qui nous permettrons de battre les soviétiques immédiatement ou à court terme. »

Finalement après le refus du général James « Jimmy » Doolitle (1896-1993) de l’US Air Force, qui avait fait partie du comité de direction du NACA, le président Eisenhower nomme Thomas Keith Glennan (1905-1995) comme premier administrateur de la NASA, ce dernier accepte à la condition que Dryden soit son adjoint.

Lorsqu’en 1961 l’administration Kennedy recherche le successeur de Glennan à la tête de la NASA, James Webb (1906-1992) qui est la dix-huitième personne pressentie pour le poste (dix-sept ont refusé), accepte, non sans réticences. Webb consent, mais lui aussi à la condition que Dryden reste administrateur adjoint !

L’intégrité et le franc-parler de Hugh Dryden étaient incompatibles avec une fonction principalement politique… Mais quel scientifique, quel ingénieur !

Il est ironique de constater qu’au final, le programme Mercury, validé notamment par Dryden, intégrera deux vols spatiaux habités suborbitaux (quatre étaient prévus à l’origine), le premier sera effectué le 5 mai 1961, 23 jours après le vol orbital de Youri Gagarine. Si l’on avait suivi von Braun, les américains auraient pu lancer un Homme dans l’espace quelque 16 mois avant les soviétiques… Mais dès lors toute l’histoire de la conquête spatiale eut pris un autre tour, bien différent…  

*. Dès 1954 le N.A.C.A. consacre 10% de son budget annuel à la recherche spatiale. Deux ans plus tard c’est 25% des activités de recherche qui sont dévolus à l’espace. . Six mois avant la création de la NASA ce sont 50% des ressources du N.A.C.A. qui sont consacrées au vol au-delà de l’atmosphère !
[Budgets annuels – 1954 : 62,4 millions (590 millions en dollars 2019) ;1955 : 55,9 millions (530 millions en dollars 2019) ; 1956 : 72,7 millions (679 millions en dollars 2019); 1957 : 76,7 millions (693 millions en dollars 2019) ; 1958 : 117,3 millions (1,031 milliards en dollars 2019)]

Depuis sa création en 1958, la NASA consacre en moyenne 6,26% de son budget à l’aéronautique (Recherche et développement + infrastructures). Le budget global moyen annuel de la NASA étant de 18,7 milliards de dollars (en monnaie constante).

Des jouets Spoutnik pour Noël

Dans son édition du 9 novembre 1957, 36 jours après Spoutnik 1 et 6 jours après Spoutnik 2, le quotidien est-allemand Neues Deutschland, l’organe officiel du Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands) le seul parti autorisé en République Démocratique Allemande, s’offusque de constater que l’industrie du jouet, sous contrôle de l’état, n’ait pas pensé à commercialiser un jouet « Spoutnik » pour les fêtes de Noël. Le journal exhorte par ailleurs la mise sur le marché de décorations spécifiques pour les sapins de Noël : « une boule en forme de Spoutnik serait du plus bel effet avec une étoile rouge et un marteau doré étincelant sur un fond argenté. »

De l’autre côté de l’Atlantique, il n’a fallu que quelques semaines à la société new-yorkaise Maggie Magnetic, Inc. pour sortir une version « Spoutnik » de son célèbre jouet à rotation, le Whee-Lo, (de wheel qui signifie roue), qui avait été commercialisé en 1953.

Le jouet était vendu 2 dollars (18 dollars en monnaie constante – 2019)
« Sputnik » The Magnetic Satellite. Photo : ullstein bild via Getty Images – 1957.

La Saturne V d’Apollo 9 subit une cure d’amaigrissement

La Saturne V (AS-504) d’Apollo 9 a subi quelques modifications pour son quatrième vol, puisqu’elle est désormais considérée comme opérationnelle, et non plus dans sa phase recherche et développement.

Décollage d’Apollo 9, le 3 mars 1969. Crédit photo : NASA

Par rapport à la Saturne V (AS 503) de la mission Apollo 8, la masse sèche (sans propergols) du premier étage S-IC est passée de 137,89 tonnes à 134,08 tonnes, (-3,81 tonnes). La masse avec propergols sera augmentée, passant de 2 177 tonnes à 2 243 tonnes (+ 66 tonnes). Des 891 capteurs de mesure du premier étage il n’en reste plus que 648 (- 243). Les caméras et leur alimentation électrique dans le premier étage ont été désinstallées.

Le deuxième étage, S-II, est également un peu plus léger mais plus puissant que les versions précédentes. La poussée dans le vide des moteurs J-2 é été augmentée de 102 tonnes à 104 tonnes chacun. (Lors de la mission Apollo 8 seul l’étage S-IVB avait été muni d’un J-2 aux performances augmentées). La poussée totale du deuxième étage passant de 510 à 521 tonnes. La masse sèche du S-II passe de 39,9 tonnes à 38,3 tonnes (- 1,6 tonnes), l’adaptateur inter-étage, de 5,35 tonnes à 5,29 tonnes (- 62 kg). La masse avec propergols est augmentée passant de 469,5 tonnes à 484,9 tonnes. (+15,4 tonnes) Le nombre de capteurs dans ce S-II a été revu à la baisse, de 1 226 à 927 (- 299). Les caméras du S-II avaient déjà été enlevées lors de la mission Apollo 8.

En ce qui concerne le S-IV B, la masse sèche passe de 11,98 tonnes à 11,47 tonnes, (- 510 kg) auxquels il faut ajouter la masse de l’adaptateur inter-étage, 3,6 tonnes. La masse du S-IVB avec propergols a également diminuée, passant de 119,38 tonnes à 117,63 tonnes ( -1,75 tonnes). Le nombre de capteurs passe de 342 à 280 (- 62).

Dans la « case à instruments » (Instrument Unit), on passe de 339 à 221 capteurs. (- 118). Par ailleurs, un chronomètre de gyroscope, une sonde thermique, un distributeur de mesure, un enregistreur à bande magnétique, deux transmetteurs radio, un suiveur de tension, une batterie et six casiers d’instruments de mesure ont été supprimés.

Au total le nombre de capteurs est passé de 2 798 à 2 076 (- 722), soit une diminution de 25,8%.

Au décollage la masse totale de AS 504 est de 2 942,41 tonnes, 120,24 tonnes de plus que AS 503 dont la masse était de 2 822,17 tonnes.

Tous les chiffres sont donnés en tonne métrique, à ne pas confondre avec la tonne courte américaine qui est égale à 2 000 livres (907,18 kg). La tonne métrique, 1 000 kg, est égale à 2 204,6 livres.