Lorsque Clancy Hatleberg change la donne

Les règles de la NASA sont très claires, le premier hélicoptère « Swim » de la Navy qui arrive sur les lieux, déploie ses plongeurs pour sécuriser le vaisseau spatial. Il n’y a pas de temps à perdre…

Pourtant lors de la mission Apollo 11, cette règle souffrira une exception. L’hélicoptère Swim One arrivé le premier, devra laisser sa place à Swim Two

Swim Two

En cas d’un amerrissage distant, hors zone, ce sont les commandos de recherche et de sauvetage de l’US Air Force (ARRS – Aerospace Rescue and Recovery Service) du 41st Aerospace Rescue and Recovery Wing, positionnés à plus de 300 km du bâtiment de récupération principal, qui doivent intervenir à partir des avions Douglas HC-54 et surtout Lockheed HC-130H capables de couvrir un rayon d’action beaucoup plus large, ce dernier peut rester en l’air jusqu’à 24 heures. Ce fut le cas lors du vol Mercury-Atlas 7 ou Aurora 7 (Scott Carpenter – 24 mai 1962), et de Gemini 8 (Neil Armstrong – David Scott – 16 mars 1966) qui ont amerris respectivement à quelque 400 km et et 350 km du point prévu.

Pour revenir à l’UDT Apollo Detachment de l’US Navy (UDT = Underwater Demolition Team – équipe de démolition sous-marine, unité d’élite de l’US Navy) ; il comprend 12 personnes volontaires, triés sur le volet. L’OIC (Officer in Command / Charge), le Lieutenant Clarence James « Clancy » Hatleberg, trois équipes de trois personnes ; Swim One : John McLachlan, Terry A. « Muehl » Muehlenbach, Mitchell L. « Buck » Bucklew ; Swim Two : Wesley T. « Wes » Chesser , John M. Wolfram, Michael G. « Mike » Mallory ; Swim Three : Robert R. Rohrbach, Joseph « Joe » Via, Charlie A. Free. Swim 3 restera en alerte sur le pont du porte-avions.

Nous avons également Michael P. Bennett qui est la doublure du decontamination « decon » swimmer, Clarence Hatleberg, il a un « aigle américain » (en réalité un pygargue à tête blanche) tatoué sur tout le torse…  Et Thomas G. « Doc » Holmes en stand-by, il peut remplacer n’importe lequel des « nageurs ».

Swim 2 et Bennett avaient participé aux opérations de récupération de la mission Apollo 10.

Lorsque Hatleberg doit se rendre quelques jours à Houston pour rencontrer les trois astronautes d’Apollo 11, c’est Wesley Chesser qui prend le commandement du UDT Apollo Detachment.

Des trois équipes, c’est celle sous le commandement de Wesley Chesser (Swim Two) qui est la plus aguerrie, issus du UDT 11 (Swim One est composé de membres de l’UDT 12), avec John Wolfram qui aura 21 ans dans trois mois, il est né le 21 octobre 1948, le plus jeune et le plus rapide des nageurs du détachement. Sur les photos, c’est celui qui a des fleurs sur sa combinaison… Et Michael G. « Mike » Mallory qui avec ses 1 m 88 a « la force d’un hippopotame » selon ses collègues…

Lors des nombreux exercices, de jour comme de nuit, (SIMEX – SIMulated EXercise) Clarence Hatleberg avait noté que l’un des nageurs de Swim One avait une propension à être sujet au mal de mer lorsqu’il restait plusieurs heures sur le radeau ou la bouée qui entoure le module de commande. Il ne s’agit aucunement d’une occurrence exceptionnelle. Nager des heures dans l’eau est une chose, rester des heures sur un radeau gonflable ballotté par de grosses vagues en est une autre, et même les meilleurs peuvent avoir des nausées ; un vomissement permet souvent de les faire passer.

Juste après l’amerrissage, les astronautes d’Apollo 11 ont pris une pilule (Dexedrine) contre le mal de mer.

Pour la récupération de la mission Apollo 11, suivie par des millions de téléspectateurs, en présence du président des Etats-Unis Richard Nixon, de l’amiral 4 étoiles John S. McCain (CINCPAC – Commander-in-Chief, Pacific Command), de l’administrateur de la NASA Thomas Paine, de plus de 120 journalistes etc., Hatleberg ne veut prendre aucun risque, d’autant que la mer est agitée (échelle de Percy Douglas), avec des vagues entre 1,25 et 1,50 mètres.… Si l’un des hommes-grenouilles était victime de vomissements, certains observateurs ne manqueraient pas d’en déduire qu’il a été contaminé par des agents pathogènes rapportés sur la Terre par les marcheurs lunaires.

Buzz Aldrin ayant un peu tardé à commuter l’interrupteur qui permet le décrochage des parachutes après l’amerrissage, le vent, qui souffle à 18 nœuds, soit 33 km/h, puis l’eau, se sont engouffrés dans les voilures et ont provoqué le basculement du module de commande (Stable 2 position).

Swim One arrive le premier au-dessus du CM, suivi de Recovery One, et de Photo

Swim One attend, John McLachlan le nageur qui doit déployer l’ancre flottante est debout prêt à sauter à l’eau… Mais Hatleberg s’adresse à Donald S. Jones le pilote de Recovery et commandant du HS-4 (Helicopter anti-submarine Squadron 4) « Black Knights », une conversation privée s’engage, au cours de laquelle le chef du détachement UDT Apollo évoque le problème de mal de mer de l’un des membres de Swim One

Ce jour-là les plongeurs de Swim One resteront au sec, ils ont dû l’avoir un peu mauvaise, mais comme pour tout militaire, un ordre est un ordre…

Ce n’est qu’à 5:58, (11:58 heure de Houston) soit 9 minutes après l’amerrissage, et 2 minutes après le redressement du CM (Stable 1 position) que John Wolfram de l’hélicoptère Swim 2, qui vient de se positionner au-dessus du CM, se jette à l’eau avec deux ancres flottantes…Il sera le premier à établir un contact visuel avec les trois astronautes…

Les opérations de récupération seront effectuées de main de maître. Swim 2 a eu de la chance, sans le renversement du module de commande, il est peu probable que Clarence Hatleberg et Donald Jones aient pu différer aussi longtemps l’intervention des plongeurs de combat.

La fine équipe : dans le radeau Clarence Hatleberg, sur le CM de g. à d. Wesley Chesser, Michael Mallory, John Wolfram. Photo prise du USS Hornet juste avant que le module de commande ne soit hissé à bord, à l’aide de la grue B&A (Boat and Aircraft Crane), le grutier à la manœuvre n’a que 19 ans. A ce moment là, les astronautes sont en sécurité sur le porte-avions.
« The Only Easy Day Was Yesterday »

Lorsqu’un hélicoptère a failli entrer en collision avec Apollo 11

C’est le système de localisation SARAH (Search and Rescue and Homing system – Système de recherche et sauvetage et localisation) qui fut utilisé par les hélicoptères du HS-4 (Helicopter anti-submarine Squadron 4) pour localiser les modules de commande (CM) Apollo.

La radiobalise du CM est automatiquement activée juste après la libération des parachutes de stabilisation vers 7 000 mètres d’altitude. Elle émet à la fréquence de 243 MHz qui est celle dévolue aux aéronefs militaires en détresse.

A l’altitude de 3 000 mètres, lorsque les parachutes principaux sont déployés, il reste environ 5 minutes avant le contact avec l’océan, c’est le temps imparti pour localiser visuellement le CM. Sachant que plus il s’approche de la surface de l’eau, plus la portée de la balise décroit (environ 8 km lorsque le CM a amerri). Par ailleurs, si le CM se retourne dans l’eau (stable two position – c. à d. bouclier ablatif vers le haut. Cf photo ci-dessous) la balise est immergée et reste « inaudible » le temps du gonflage des trois ballons qui permettent de redresser la vaisseau spatial (stable one position), soit environ 6 à 7 minutes. Apollo 11 touche l’eau à 05:49 heure locale et se « renverse » en raison d’un décrochage tardif des parachutes et un océan houleux, à 05:56 le CM est « redressé »…

Deux hélicoptères Sikorsky HS-3 Sea King, dont les indicatifs sont  Swim One (#53)  et Swim Two (#64) foncent vers la cible à plus de 250 km/h, Swim One est en tête, piloté par le capitaine de frégate (Commander) Donald G. Richmond, avec le lieutenant de vaisseau William Wesley « Bill » Strawn comme copilote. L’opérateur du système SARAH, à l’arrière, lui indique la direction à suivre ; « Un peu plus à droite, monsieur. », « Tout droit, c’est parfait comme cela, monsieur. », car devant lui, sur un moniteur, le technicien doit garder le pic du signal au centre de l’écran. Mais ce système, fourni par la NASA, est incapable de calculer à quelle distance se trouve la cible. Les conditions météo, et l’alignement des antennes type Yagi (antenne râteau), installées sur les côtés droit et gauche de l’hélicoptère, peuvent également avoir une incidence sur la « force » du signal…

Dans chaque hélicoptère, outre deux pilotes et deux membres d’équipage, il y a trois nageurs de combat issus des unités d’élite UDT (Underwater Demolition Team – équipe de démolition sous-marine), dont le rôle est de sécuriser le module de commande après l’amerrissage et permettre l’extraction des astronautes. Normalement, le premier sur les lieux déploie son équipe, sur ordre du responsable du détachement, qui se trouve dans le légendaire hélicoptère # 66 Recovery One, l’autre restant en attente, en soutien, prêt à intervenir en cas de besoin…

Le temps est couvert. Alors que l’hélicoptère émerge d’un nuage, à environ 250 mètres d’altitude, Donald Richmond pousse un cri, ou plutôt un juron, devant lui a surgi le module de commande Columbia avec ses trois parachutes de 25 mètres de diamètre chacun, l’ensemble, avec les suspentes, fait environ 45 de mètres de long et plus de 60 mètres de large au niveau des corolles…

Il a tout juste le temps de manœuvrer pour éviter la collision. Cela s’est joué à trois ou quatre secondes…  

« Swim One », l’hélicoptère # 53, arrive le premier sur la « cible », ici en phase de redressement… Et pourtant c’est « Swim Two » qui effectuera la sécurisation de Columbia, le module de commande d’Apollo 11… Mais ça, c’est une autre histoire… On aperçoit en bas à gauche les parachutes en train de couler. La photo a été prise depuis l’hélicoptère #70 dont l’indicatif est « Photo ».

Une enveloppe pour Jacqueline Kennedy également

Face au développement de la philatélie, qui s’appelait autrefois la timbrologie, les administrations postales ont eu l’idée de créer des enveloppes sur lesquelles un nouveau timbre est oblitéré avec un cachet spécial pour commémorer le jour de sa sortie, ainsi que des enveloppes oblitérées le jour même d’un événement historique. L’enveloppe présente souvent un dessin, une illustration, voire même peut comporter un échantillon, en sus des informations pertinentes sur l’événement en question.

L’astrophilatélie est la spécialité qui concerne l’histoire de l’exploration de l’espace. 

Il ne faut pas confondre l’enveloppe dite « premier jour » ou FDC pour First Day Cover, avec l’enveloppe dite « événementielle », Event Cover.

Il existe également une autre variante, les Insurance Covers, ces enveloppes signées par les astronautes avant leur mission, qui auraient été vendues au profit de leur famille s’ils avaient péri en mission. Compte tenu de la dangerosité de leur métier, aucune compagnie d’assurance ne leur a jamais permis de souscrire une police sur la vie digne de ce nom. L’autographe d’un astronaute décédé ayant à l’évidence une côte bien supérieure, d’autant plus si cette signature figure sur un document en lien avec la mission spatiale qui lui a coûté la vie…

Le lieu où l’oblitération a été effectuée est bien évidemment également très important. Une enveloppe oblitérée sur la Lune par exemple, ou en utilisant de l’encre et un tampon ayant fait le voyage sur la surface de la Lune, a une très grande valeur. De même, il est important de savoir si le cachet a été apposé manuellement, ou avec une machine à affranchir.

Et bien sûr, le point fondamental : l’enveloppe a t-elle été dans l’espace, autour de la Lune, ou sur la Lune ? La NASA ayant autorisé l’emport d’enveloppes et de timbres à bord de ses vaisseaux spatiaux, ce qui a donné lieu à des abus, le plus connu étant celui qui a concerné les astronautes de la mission Apollo 15.

Ces enveloppes, lorsque signées par une ou plusieurs personnalités en relation avec ledit événement, peuvent atteindre des sommes considérables. Comme il est très facile d’imiter une signature, des collectionneurs moyennement avertis peuvent aisément se faire avoir par des aigrefins, et avec l’avènement de l’internet les escroqueries sont nombreuses. De nombreux cachets ont aussi été contrefaits…

Entre appât du gain, la philatélie pouvant s’avérer un business extrêmement lucratif, valorisation narcissique de ceux qui exhibent leur collection sur l’internet, férus d’Histoire, les motivations des collectionneurs sont aussi diverses que variées…

Pour Apollo 11 par exemple, la mission la plus suivie, l’aboutissement, les astrophilatélistes se ruèrent sur l’occasion, alors que l’on s’attendait à des chiffres compris entre 70 000 et 100 000 pour la seule date de l’amerrissage, ce sont en réalité quelque 250 000 demandes qui durent être traitées par le vaguemestre du navire de récupération principal, le porte-avions USS Hornet (CVS 12). John C. Varley a dû s’entourer d’une équipe de 25 volontaires pour réaliser cette tâche qui a nécessité 52,5 heures.

Au départ de Pearl Harbor, le 12 juillet, le Terminal Navy Post Office (TNPO) a remis environ 50 000 enveloppes pré-cachetées prêtes à être oblitérées. Entre le 21 et le 23 juillet, le Hornet a reçu plus de 200 000 enveloppes par la voie postale traditionnelle, adressées à « Vaguemestre USS Hornet ». Ouvrir le courrier, apposer le cachet et l’oblitérer fut une tâche monumentale, d’autant qu’un seul cachet était disponible… Pour les missions suivantes cinq cachets furent fournis.

« Le Hornet a certainement oblitéré plus de lettres ce jour-là, que n’importe quel navire ne l’a fait dans toute l’histoire ».

Parmi ces enveloppes, six avaient été pré-signées par les trois astronautes.

C’est le « pacha » de l’ USS Hornet, Carl Joseph Seiberlich (4 juillet 1921 – 24 mars 2006) qui a personnellement supervisé les demandes philatéliques des VIP, et même de certains qui n’avaient rien demandé…

C’est ainsi qu’il eut la suprême élégance de ne pas oublier l’ancienne première dame des Etats-Unis, Jacqueline Kennedy, la veuve de l’homme à l’origine du programme Apollo.

L’une des 6 000 enveloppes dites « Captain’s cover » avec le cachet du USS Hornet en date du 24 juillet 1969.
Une enveloppe oblitérée sur le USS Hornet signée par Richard Nixon. (Avec un timbre Apollo 8)