La naissance d’un bébé sur la Lune avant l’an 2000

Alors que Wernher von Braun est administrateur associé en charge de la planification à la NASA, il prévoit la colonisation et la naissance d’un bébé sur la Lune dans les 29 prochaines années.

C’est à l’occasion d’une interview télévisée enregistrée le 6 janvier 1972, diffusée sur la chaine d’information WMAL-TV de Washington D.C. le lendemain, qu’il déclare :

« Je suis convaincu qu’avant la fin de l’année 2000, le premier bébé sera né sur la Lune. »

La famille Glenn aborde un sujet tabou : la mort

Le 21 décembre 1961, après le report de son vol pour le mois de janvier 1962, John Glenn, qui n’a passé que 8 jours avec sa femme et ses enfants au cours des trois derniers mois, retourne chez lui à Arlington, en Virginie.

David, Annie, John et Carolyn Glenn.

Il n’y aura donc pas de mission orbitale américaine en 1961, au grand dam des américains et de leur fierté. Ils auraient tant aimé effectuer un vol orbital, la même année que Youri Gagarine.

John Glenn essaye tant bien que mal de reprendre une vie normale, avec les préparatifs de Noël, les visites à la famille et aux amis…

Il y a néanmoins, au sein de la famille, une insidieuse tension. Personne ne peut s’empêcher de penser qu’ils passent peut-être leur dernier Noël ensemble.

A 14 ans, Carolyn « Lyn », la fille de John Glenn, est la seule à en parler ouvertement.

Ainsi le 29 novembre 1961, lorsque la sélection de son père pour le premier vol orbital américain est publiquement annoncé, n’avait-elle pas déclaré : « C’est formidable… Si seulement il en revient ! »

Ce sentiment, la peur de la mort, est quelque chose qu’Annie connait parfaitement depuis longtemps. « Le vol orbital », explique-t-elle à un journaliste, « est juste une nouvelle étape du programme ». Après un silence, elle ajoute toutefois : « Ce n’est pas exactement cela. Il s’agit d’un événement majeur dans notre existence, et je suis anxieuse. »

Les sept astronautes fraichement sélectionnés l’avaient évoqué entre eux, statistiquement parlant, il était inévitable que l’un deux mourrait avant le fin du programme Mercury. Le 28 mai 1959, à l’occasion d’une réunion à huis-clos avec le Comittee on Science and Astronautics, James G. Fullton (1 mars 1903 – 6 octobre 1971), membre républicain de la Chambre des Représentants pour la Pennsylvanie, demanda aux astronautes s’ils considéraient que le programme Mercury était tellement important pour la défense nationale, qu’ils étaient prêt à risquer leur vie pour lui ; tous répondirent « Oui monsieur. »

Juste après Noël, les Glenn sont partis quelques jours à Great Falls Park. Lors d’une soirée au coin du feu, Lyn demande à son père de but en blanc s’il va survivre à son vol.

John Glenn avait ramené des maquettes à la maison, leur avait expliqué sa mission dans les moindres détails, mais n’avait jamais réellement abordé la question du risque encouru, excepté pour le minimiser.

John Glenn répond à ses enfants et son épouse qu’il pense revenir vivant, mais si d’aventure ce n’est pas le cas, si quelque chose lui arrivait, ils ne devront pas en vouloir à Dieu, à la NASA, ou à quelqu’un d’autre.

« C’est mon choix, et je ne le fais pas seulement parce que j’en ai envie, mais également car je pense que l’exploration de l’espace est quelque chose d’important pour le pays, même si cela doit me coûter la vie. »

« J’ai été tellement abasourdie que je n’ai pas su quoi répondre » avoua Lyn. « Personne n’a su quoi dire ».

Après un long silence, ils se sont tous pris dans les bras en se serrant très fort.

La famille Glenn radieuse.

Wernher von Braun membre involontaire de la SS

Si tout le monde a entendu parler de la SS, bien peu connaissent réellement cette organisation, tentaculaire, toute puissante, dont les domaines de compétences n’ont cessé de s’élargir et de se spécialiser au fil de son existence ; de l’organisation d’expéditions scientifiques à l’administration des camps de concentration et d’extermination, en passant par une branche armée, le service du Lebensborn, l’office central de la sûreté du Reich (Reichssicherheitshauptamt – RSHA), les réalisations économiques, l’Ahnenerbe, etc.

On parlera « d’Etat SS », un état dans l’état.

Die Schutzstaffel der NSDAP, créée le 4 avril 1925, est à l’origine le corps dédié à la protection du parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) communément appelé le « parti nazi », et plus particulièrement, la garde rapprochée de son chef, Adolf Hitler.

Lorsque le 6 janvier 1929 Heinrich Himmler devient le quatrième Reichsführer SS, l’organisation compte à peine 300 personnes. Il va vouloir faire de son « Ordre Noir » une sorte de chevalerie, inspirée par l’idéal des seigneurs nordiques, l’ordre d’élite du National-Socialisme, avec son décorum, ses rituels, ses symboles, ses dogmes, qui aujourd’hui encore génère beaucoup de fantasmes. La SS est une organisation bien plus complexe et différenciée que ne laissent présumer certains. Son organisation interne était parfaitement inconnue au citoyen ordinaire.

Le premier janvier 1931 la SS compte 2 272 membres, trois mois plus tard 4 490, en octobre plus de 10 000 ainsi que quelque 3 000 candidatures à l’étude. En avril 1932, elle compte plus de 25 000 membres, en juin de la même année plus de 41 000, et fin 1932 52 000. Fin 1933 elle compte 209 000 membres, fin 1934 plus de 400 000… En juin 1944 plus d’un million, la grande majorité enrôlée dans la Waffen-SS, créée en 1940 (915 000, dont environ 70% d’étrangers).

A partir du mercredi 6 mars 1935 la SS publie son propre hebdomadaire, Das Schwarze Korps (Le Corps noir), dont le tirage atteint 750 000 exemplaires en 1944, en faisant le deuxième hebdomadaire d’Allemagne après « Das Reich » fondé par Joseph Goebbels. Elle publie également un magazine mensuel illustré, SS-Leitheft (Livret Guide SS), d’environ 50 pages. L’hebdomadaire était vendu 15 Reichspfennig, le magazine 40 Rpf.

Tout au plus 15% des SS ont appartenu à l’appareil de domination du régime.

Himmler, dans le but d’élever le prestige social de son organisation chercha à conférer des grades honorifiques à de hauts fonctionnaires, des diplomates, des scientifiques etc. C’est ainsi que l’on trouvait dans la SS entre 10 et 20 % de nobles (surtout après l’annexion des sociétés hippiques en 1933).

Il convient de noter également que 30% des titulaires de grades « d’officiers supérieurs et généraux » avaient un diplôme universitaire. Nous sommes loin d‘une organisation composée de marginaux et d’asociaux…

Proposer des grades honoraires dans la Allgemeine SS (SS Générale) à d’éminentes personnalités du régime permettait également à Himmler d’infiltrer les différents ministères, administrations, grosses entreprises, instituts de recherche, universités, etc.

Il faut bien comprendre également que les grades au sein de la SS Générale, qui reste une formation du parti, n’avaient pas d’équivalents réels aux grades militaires, contrairement aux grades dans la Waffen-SS (branche armée de la SS) et de la police. Les unités de la Waffen-SS restant sous le commandement stratégique et tactique de la Wehrmacht, il fallait garder une cohérence entre les grades et les compétences militaires réelles.

Ainsi une personne pouvait avoir un grade politique dans la Allgemeine SS et un grade militaire différent dans la Waffen SS.

C’est en 1940 que Himmler a obtenu de Wernher von Braun, qui n’avait rien demandé, qu’il rejoigne son organisation.

Von Braun aurait-il dû refuser d’adhérer à la SS ? Avait-il seulement les moyens de décliner cette offre ? Pour répondre à ces questions, il suffit de se remettre dans le contexte strict de la fin de l’année 1939 et du début de l’année 1940…

C’est ainsi que le directeur technique civil du centre de recherche de Peenemünde, âgé de seulement 28 ans, redevient le membre n° 185 068 de la SS Générale, ce après une première « sollicitation » à laquelle il n’a pas donné suite.  

Redevient, car il se trouve que le 1er novembre 1933 Wernher von Braun s’est inscrit dans une école d’équitation SS, la Reitersturm I à Berlin Halensee, où il prend des cours deux fois par semaine. En tant que SS-Anwärter, (anwärter signifie recrue), qui ne porte d’ailleurs aucun signe distinctif, il se voit attribuer le numéro matricule 185 068, qui lui sera réattribué en mai 1940.

Dans toutes les biographies et articles à charge, les auteurs respectifs, y compris l’historien américain Michael Neufeld, ne manquent pas de rapporter ce fait. Encore une fois, on ne peut être que confondu par l’incompétence de certains historiens et biographes qui devraient savoir que dès le printemps 1933 Himmler intègre des organisations entières à la SS, c’est ainsi qu’il annexe les sociétés hippiques, ce qui lui ouvre toutes grandes les portes de la bonne société.

A ce moment-là, quiconque veut prendre des cours d’équitation sanctionnés par un diplôme doit passer par une école SS, il n’y a pas d’alternative.

Accuser Wernher von Braun d’avoir sciemment choisi la SS, à l’âge de 21 ans, pour prendre des cours d’équitation, est aussi infondé que d’accuser un jeune allemand, après le 25 mars 1939, d’avoir fait partie des Jeunesses hitlériennes… C’était obligatoire ! D’autant qu’en 1933 la SS n’est pas encore l’organisation qu’elle deviendra plus tard. Dans les jugements que nous portons, il faut se remettre dans le contexte strict du moment, et faire abstraction de tout ce qui s’est passé ultérieurement !

La Reiter-SS fut la seule formation SS à n’avoir pas été condamnée comme organisation criminelle au procès de Nuremberg le 30 septembre 1946.

L’adhésion de von Braun à la Allgemeine SS débute le 1er mai 1940, Himmler lui confère le grade honoraire de sous-lieutenant (SS-Untersturmführer).

La fiche d’enrôlement dans la SS de Wernher von Braun

Wernher von Braun est rattaché, et non pas affecté, au district de la mer Baltique (Oberabschnitt Ostsee), anciennement SS-Oa.Nord, et au sous-district XIII (SS-Abschnitt XIII) dont le quartier général se trouve à Stettin (116 km de Peenemünde) et commandé alors par le SS-Oberführer Walter Langleist (SS-Oberführer est un grade spécifique à la SS générale, entre colonel et général). Le régiment SS le plus proche est la 74e SS-Standarte stationnée à Greifswald (30 km de Peenemünde). Cette unité est commandée à ce moment-là par le colonel (SS-Standartenführer) Otto Müller. C’est ce dernier qui servira d’intermédiaire avec Himmler pour faire adhérer von Braun à la Allgemeine SS. Le district de la mer Baltique (Ostsee) est dirigé par Emil Mazuw alors général de division (SS-Gruppenführer).

Wernher von Braun est automatiquement promu SS-Obersturmführer (Lieutenant) le 9 novembre 1941, et SS-Hauptsturmführer (Capitaine) le 9 novembre 1942.

Sans formation militaire, n’ayant jamais participé à aucun combat, n’ayant jamais eu aucune responsabilité en la matière, von Braun aurait été bien incapable d’assumer les fonctions liées à ses grades respectifs.

Traditionnellement les promotions au sein de la SS ont lieu le 9 novembre, la date anniversaire du « putsch de Munich » en 1923. Bien qu’il s’agisse d’un fiasco, cette tentative de prise de pouvoir par Hitler en Bavière, est devenu l’un des mythes fondateurs du régime nazi. A partir de 1934 les promotions se feront également le 30 janvier, l’anniversaire de la prise de pouvoir par Hitler.

Les 28 et 29 juin 1943 Himmler effectue sa deuxième visite de Peenemünde. 

Von Braun avait été prié par les autorités SS locales de revêtir son uniforme SS (M32). Lors de la première visite d’Himmler, le 11 décembre 1942, il était resté en costume civil.

Wernher von Braun est promu commandant (SS-Sturmbannführer) le 28 juin. Une promotion non datée du 9 novembre ou du 30 janvier, mais du jour de la visite d’Himmler à Peenemünde, montre à quel point ce dernier « s’intéresse » à von Braun. C’est un insigne honneur qu’il lui fait, non sans arrières pensées bien évidemment.

C’est en février 1944 qu’Himmler abat ses cartes en convoquant von Braun pour lui « proposer » de continuer ses travaux sous les auspices de la SS, afin de « s’affranchir de la lourde bureaucratie de l’armée de terre », selon ses propres termes. Von Braun refuse poliment.

Après cette entrevue, au cours de laquelle il affiche son indéfectible fidélité à Walter Dornberger et à la Wehrmacht, tout va changer pour lui.

Himmler ne lui pardonnera jamais cet affront, lui qui veut absolument prendre le contrôle du programme A4, c’est ainsi que von Braun ne sera jamais promu Obersturmbannführer (Lieutenant-Colonel).

Dans le nuit du 21 au 22 mars 1944, la veille de son trente-deuxième anniversaire, von Braun est arrêté par trois hommes de la Gestapo dans sa chambre à l’Inselhof, dans la petite station balnéaire de Zempin, à 19 km de Peenemünde. (Klaus Riedel, Helmut Grottrüp, Magnus von Braun et Hannes Lührsen seront également mis en état d’arrestation.)

Von Braun restera en prison deux semaines, sans contact avec les autres et sans connaître les charges retenues contre lui ; sabotage du programme A4. Il s’agit de la seconde tentative des SS, après les accusations fantaisistes contre le colonel Leo Zanssen, d’intimider, de mettre au pas, de hauts responsables du programme A4. Von Braun sera libéré à titre provisoire pour une durée de trois mois grâce à l’intervention de Walter Dornberger auprès du Chef des Oberkommandos der Wehrmacht, le Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel qui en réfère à Hitler, de Johannes « Hans » Georg Klamroth (commandant des services de renseignements de l’armée de terre – Abwehr -) et surtout d’Albert Speer.

Le dernier coup bas d’Himmler vis à vis de von Braun a lieu le 28 septembre 1944 lorsque ce dernier suggère à Albert Speer de décerner à Walter Dornberger et deux de ses ingénieurs, Walther Riedel et Heinz Kunze, la Croix de Chevalier de la Croix du Mérite de Guerre avec Glaives (Ritterkreuz des Kriegsverdienstkreuzes mit Schwertern).

Ce faisant, Himmler ignore totalement von Braun, le directeur technique du centre de recherche de Peenemünde, loyal bras droit de Walter Dornberger depuis le tout début. Heureusement, Albert Speer trouve l’attitude d’Himmler, son ennemi juré, totalement ridicule. Sur la liste que Speer proposera à Hitler figureront Wernher von Braun et Walter Thiel (à titre posthume). Hitler finit par entériner cette décision après des pourparlers dans les coulisses des ministères concernés.

Les circonstances, le déroulement des événements, et l’attitude de Wernher von Braun, démontrent clairement qu’il n’était assurément pas un fervent SS comme d’aucuns le prétendent. Loin s’en faut.

Comme tout un chacun, il a dû, à un moment donné, prendre des décisions, dans un contexte bien particulier, qu’il n’aurait assurément jamais prises si les circonstances avaient été différentes. Le hasard et la nécessité en somme… Refuser « l’honneur » qui lui est fait par l’un des dirigeants les plus puissant du troisième Reich aurait inutilement attiré l’attention sur lui. Du point de vue de l’éthique conséquentialiste cette décision est tout à fait légitime ; Wernher von Braun a suivi son intérêt immédiat. Cette adhésion a-t-elle eu des conséquences néfastes pour d’autres personnes ? Absolument pas.

Wernher von Braun est-il un opportuniste ? Bien sûr, comme tout un chacun. Pourquoi l’opportuniste a-t-il mauvaise réputation? Il s’agit pourtant d’une qualité essentielle, savoir s’adapter aux circonstances. C’est un des moteurs de l’évolution, « une des caractéristiques principales des espèces qui ont survécu ».