Ronald Evans égare sa paire de ciseaux

Depuis les premiers vols Mercury, chaque astronaute emporte avec lui dans l’espace une paire de ciseaux de très grande qualité. Un précieux outil personnel qui permet d’ouvrir les sachets de nourriture, les tablettes de médicaments, etc. Ces paires de ciseaux sont capables de sectionner les sangles de sécurité de leur siège en cas d’urgence. Ils sont donc très importants pour la vie quotidienne à bord du vaisseau spatial, et la sécurité des astronautes. Hormis l’ajout de bords dentelés sur le manche, les paires de ciseaux ont subi peu de modifications depuis le programme Mercury. Ils sont fabriqués par la société fondée à New York en 1890 par Edward Weck (? -1922), un immigrant allemand de Solingen, une ville connue depuis le moyen âge (1363) pour la qualité de ses lames.

Au décollage, les paires de ciseaux de 20,3 cm (8 pouces), d’une masse de 227 g, sont rangées dans une poche (Utility Pocket) sur la jambe gauche de la combinaison spatiale des astronautes (PGA pour Apollo Pressure Garment Assembly). Ils doivent toujours l’avoir à portée de main.

La paire de ciseaux d’Eugene Cernan.

Lors de la mission Apollo XVII, qui s’est déroulée du 6 décembre 23:33 au 19 décembre 1972 13:25 (Heure de Houston – CST Central Standart Time), l’astronaute Ronald Evans (1933-1990) a égaré sa paire de ciseaux au cours du trajet vers la Lune. Il évoque pour la première fois la perte de ses ciseaux le 9 décembre à 15:23. Il se rappelle les avoir accrochés à la poignée de contrôle n°1 (Hand Controller 1) avant de dormir, au réveil impossible de les retrouver.

Le 10 décembre à 13:25, Ronald Evans s’inquiète : « Je vais avoir du mal pour prendre mes repas si vous emportez tous les ciseaux avec vous. Cela dit, j’ai de bonnes dents. »

Les ciseaux ne furent pas retrouvés avant le départ de ses deux compagnons vers la surface de la Lune, le 11 décembre à 11:20. Comme cet outil est absolument nécessaire, notamment pour se sustenter, il a fallu que le pilote du module lunaire Harrison Schmitt (1935 – ) prête ses ciseaux à Evans. « On ne va pas le laisser mourir de faim, ni l’obliger à démonter le vaisseau spatial pour les retrouver. »

Ronald Evans restera tout seul jusqu’au 14 décembre 19:10 soit 3 jours 7 heures et 50 minutes.(Sur un total de 6 jours et 4 heures en orbite lunaire, soit 75 révolutions.)

Ronald Evans et « une » paire de ciseaux.

Le kit de survie contient bien une machette et un couteau de poche, mais leur utilisation aurait présenté beaucoup trop de dangers en impesanteur.

C’est ainsi que Eugene Cernan (1934-2017) et Harrison Schmitt n’ont disposé que d’une paire de ciseaux sur la surface de la Lune, leur faisant perdre du temps au moment de se restaurer. Unique paire de ciseaux qui a fait l’objet d’une attention de tous les instants, les égarer aurait pu compromettre l’exploration lunaire. Les astronautes emmenaient ces ciseaux dans leur combinaison lors des sorties extra-véhiculaires sur la surface de la Lune. Ils l’ont d’ailleurs fait tomber dans la poussière lunaire lors de la première EVA.

Comme le fit remarquer Harrison Schmitt :  « La moitié du travail du FAO consistait à nous rappeler de ne pas égarer notre unique paire de ciseaux. » [ FAO – Flight Activities Officer – Contrôleur de vol, responsable des activités en vol : il gère les activités de l’équipage en temps réel : check-lists, procédures, planning…]

Pendant toute la durée restante du vol, Evans n’a pas manqué de se faire chambrer par ses camarades, comment peut-on perdre une paire de ciseaux de 20 cm de long, munie d’une lanière qui plus est, dans un espace aussi exigu ?   

Une paire de ciseaux – Mission Apollo XVII.

Les journaux, tel le New York Times dans son édition du 20 décembre, ont évoqué la perte des ciseaux et le danger potentiel qu’ils représentent lors de l’amerrissage. Le Times conclura sont petit article par : « …mais les ciseaux n’ont pas réapparu, et un officiel de l’agence spatiale auquel on a demandé où ils avaient bien pu passer, a répondu en riant : je pense que personne n’en a la moindre idée. »

En réalité Harrison Schmitt a fini par retrouver la paire de ciseaux lors des préparatifs pour la rentrée dans l’atmosphère, lorsqu’il faut tout ranger, tout arrimer. Il en fera discrètement part à Cernan, sans avertir Evans, dont ils continueront à gentiment se moquer.

Quelques semaines plus tard, lors de la Splashdown Party avec la Division Contrôle de Vol, c’est en grande pompe que Cernan et Schmitt remettront sa paire de ciseaux à leur acolyte !

La NASA tolérait que les astronautes gardent les objets à usage personnel, la valeur marchande théorique de la paire de ciseaux de Schmitt a grandement diminuée, sachant que les prix atteignent des sommets lorsque l’objet a effectivement été sur la Lune… Ainsi Cernan a vendu sa paire de ciseaux aux enchères en 2008 pour 17 925 dollars, mais Janet, l’épouse de Ron Evans, décédé le 7 avril 1990, malgré la croustillante histoire liée à cet objet, a obtenu « seulement » 5 975 dollars en 2009.

La paire de ciseaux de Buzz Aldrin a été vendue 31 070 USD en 2007, Aldrin a fait très fort puisqu’il a vendu la lanière séparément, le prix de vente de cette dernière n’a pas été communiqué publiquement. Celle d’Alan Bean a été vendue 100 000 USD en 2014, le record. Collins a offert la sienne au NASM (National Air and Space Museum – Musée National de l’Air et de l’Espace) à Washington D.C.  Celle d’Armstrong n’a pas été localisés, ni celles de John Young, Charlie Duke, Alan Shepard… et Harrison Schmitt.

Trois astronautes ont fait le voyage de la Terre à la Lune à deux reprises, James Lovell, John Young et Eugene Cernan ; ils avaient donc selon toute vraisemblance, deux paires de ciseaux chacun.

La décision de justice Madalyn O’Hair c. Thomas Paine

Voici ma traduction de la décision de justice concernant la plainte de Madalyn Murray O’Hair, et al. contre Thomas O. Paine et al., l’administrateur de la NASA, portée devant le tribunal du District Ouest du Texas à Austin le 5 août 1969. L’évocation des circonstances .

Décision de la Cour

La présente constitue une action intentée par Madalyn Murray O’Hair, Richard F. O’Hair et la Society of Separationists, Inc.1 contre Thomas O. Paine, individuellement et en tant qu’administrateur de la National Aeronautics and Space Administration [NASA].

Les plaignants requièrent une ordonnance interdisant à la NASA : (1) d’accomplir quelque acte que ce soit qui restreigne leur liberté de choix de ne pas être confrontés à la manifestation de la croyance religieuse, ou qui établit le christianisme comme religion officielle des États-Unis, et (2) de mettre en application toute politique ou réglementation jusqu’ici promulguée et qui permettrait le fait évoqué ci-dessus. Les plaignants sollicitent par ailleurs une ordonnance restrictive temporaire interdisant aux défendeurs « de tout acte de quelque nature que ce soit qui restreigne en tout ou partie la liberté des plaignants à l’égard de la religion et interdise expressément à la NASA, à son administrateur et à son personnel d’organiser ou d’autoriser désormais toute activité religieuse, toute cérémonie, et en particulier la lecture de la Bible de la sectaire religion chrétienne et de réciter des prières dans l’espace au cours de l’ensemble des missions spatiales à venir. »

La saisine de la juridiction compétente relève de 28 U.S.C. §1346(a)2

À la demande des plaignants, un tribunal de district (District Court) composé de trois magistrats a été saisi conformément à Jackson v. Choate, 404 F.2d 910 (5 Cir. 1968).3

Cette Cour, composée du juge de la Cour d’Appel, Homer Thornberry, du Juge de District, Adrian A. Spears, et du Juge de District, Jack Roberts, a considéré que cette affaire n’était pas véritablement du ressort de trois juges.4 Sardino v. Federal Reserve Bank of New York , 361 F.2d 106 (2 Cir. 1966). 5 ; Pennsylvania Public Utility Commission v. Pennsylvania Railroad Co., 383 U.S. 281 (1965). 6

L’affaire a donc été renvoyée au seul juge Roberts pour trancher le litige.

Les divers plaignants sont des athées, des déistes et des partisans de la séparation complète de l’Église et de l’État. Ils ont fait valoir leur droit d’engager des poursuites en justice à deux niveaux différents : (1) en leur qualité de contribuable et (2) en leur qualité de citoyen.

Dans leur requête, les plaignants ont rapporté qu’au cours des missions Apollo 8 et Apollo 11 certains astronautes, avec le consentement ou sous les ordres de la NASA, se sont livrés à des cérémonies dans le but d’établir la religion chrétienne comme la religion des États-Unis. Les plaignants ont mentionné les faits suivants : (1) diverses déclarations religieuses ont été proférées à la télévision par les astronautes dans l’espace ; (2) divers éléments de nature religieuse ont été transportés sur l’engin spatial, entraînant ainsi des dépenses de fonds publics ; (3) certains objets religieux ont été déposés sur la Lune ; et (4) le déroulement du vol Apollo 8, pendant les fêtes de Noël, a été sciemment choisi pour des motifs religieux.

Le gouvernement a déposé une requête pour débouter les plaignants des fins de leur demande, pour le motif, entre autres, que le demandeur n’a pas été en mesure de présenter suffisamment d’arguments qui auraient permis de constater une violation de la loi et légitimer un recours en justice. Pour les raisons exposées ci-après, la Cour en convient.

I.

Les plaignants ont allégué que le premier amendement qui leur confère la liberté de croyance a été enfreint. Cette Cour a examiné les faits rapportés pour trouver toute preuve de coercition, en vain.

Les plaignants n’ont été ni contraints de quelque manière que ce soit, ni empêchés de faire quoi que ce soit.

En l’espèce, les plaignants n’ont pas affirmé que leur liberté de croyance avait été enfreinte mais que leur liberté de ne pas être confrontés à la manifestation de la croyance religieuse a été transgressée.

Les plaignants revendiquent leur droit de ne pas être confrontés à la manifestation de la croyance religieuse mais qu’ils le furent contre leur gré lors de la télédiffusion de la mission Apollo 8. Toujours est-il qu’en l’espèce cela ne constitue aucunement une contrainte, et il est indispensable de pouvoir démontrer un effet coercitif pour constituer une infraction à la Clause de Libre Exercice (Free Exercise Clause). Abington School District v. Schempp, 374 U. S. 203, 223 (1962).7

Les plaignants ont affirmé que les astronautes avaient reçu l’ordre d’exécuter ces activités religieuses. S’il peut effectivement exister un élément de coercition dans ce cas, il n’est pas pertinent dans la mesure où les requérants doivent démontrer que leurs propres droits de libre exercice de la religion ont été enfreint et non ceux d’un tiers. Un justiciable ne peut faire valoir que ses propres droits constitutionnels ou immunités. États-Unis v. Raines, 362 U.S. 17, 22 (1959).8

II .

Dans le cas précité Abington School District v. Schempp, la Cour suprême a établi un critère pour faire la distinction entre les ingérences interdites de l’État dans le domaine de la religion, et celles autorisées par la Clause d’Etablissement 9 :  

Le critère peut être énoncé comme suit : quels sont les fondements et les conséquences principales de la promulgation ? S’il s’agit de favoriser ou d’entraver l’exercice de la religion, la promulgation outrepasse les compétences du pouvoir législatif tel que défini par la Constitution. Pour se conformer aux restrictions définies par la Clause d’Etablissement, un objectif législatif laïc doit être dûment constaté, assorti d’une ligne de conduite principale qui ne doit ni favoriser ni entraver la religion. P.222

Et dans Board of Education v. Allen, 392 U.S. 236,10 le juge Harlan a déclaré dans une opinion concordante :

Lorsque l’activité gouvernementale contestée converge vers des objectifs non religieux, qui relèvent autrement de la compétence de l’État, et lorsque ladite activité n’implique pas l’État au point de tomber dans le sectarisme et d’engendrer des discordes et des entraves à la liberté », Abington, 307, ce n’est pas en contradiction avec les clauses religieuses du Premier Amendement.

S’appuyant sur les lignes directrices susmentionnées, cette Cour doit en conclure que le gouvernement n’a pas enfreint la Clause d’Etablissement au vu des éléments rapportés par les plaignants.

En premier lieu, les déclarations religieuses des astronautes à la télévision ont été faites par les astronautes à titre individuel et non pas en tant que représentants du gouvernement américain.

Il n’y a rien dans les éléments figurant dans le dossier qui indique le contraire. En outre, interdire aux astronautes de faire ces déclarations aurait constitué une violation de leurs propres droits religieux.

Ce même raisonnement peut s’appliquer aux objets religieux emmenés par les astronautes lors des vols spatiaux ; cette volonté était clairement en plein accord avec leurs droits à la liberté de religion.

Interdire aux astronautes d’emporter ces objets aurait certainement violé leurs propres droits, à moins bien évidemment que ce faisant, le vol spatial n’eut été mis en péril.

Les plaignants ont allégué que la NASA avait engagé des dépenses pour complaire aux astronautes dans cette affaire et qu’il s’agissait d’une dépense publique pour la promotion de la religion, contrevenant ainsi à la Clause d’Etablissement. Cependant, tant l’affaire Abington, supra, que l’affaire Allen, supra, confirment qu’une activité gouvernementale en faveur de la religion est permise si son objectif principal est laïque plutôt que religieux et si le résultat premier de cette action n’entrave ni ne favorise ladite religion.

Le but de la NASA est évident : il s’agit uniquement de pourvoir aux besoins des astronautes, une démarche parfaitement légitime d’autant plus si l’on considère les risques encourus lors des missions spatiales. Littéralement, un effort national, reposant sur des milliers de personnes, plusieurs milliards de dollars et dix ans ont été consacrés pour atteindre les objectifs du programme spatial. Les astronautes ont été un facteur clef du succès de ce programme et ils ont effectué cette mission au péril de leur propre vie. On frôle le ridicule en affirmant que la NASA n’aurait pas dû engager cette dépense dérisoire pour permettre aux astronautes d’avoir une plus grande tranquillité d’esprit dans cette dangereuse entreprise.

Les plaignants ont également allégué que parmi les articles déposés sur la lune en figuraient certains ayant une signification purement religieuse, enfreignant la Clause d’Etablissement.

Il existe de nombreuses cérémonies publiques qui font certaines références à Dieu, et celles-ci ont été jugées non contraires à la Clause d’Etablissement.

Dans l’affaire Engel v. Vitale, 370 U.S. 421 (1962)11, le juge Black a déclaré ce qui suit:

Il n’y a rien, dans la présente décision, qui soit incompatible avec le fait que les écoliers et d’autres puissent être officiellement encouragés à exprimer leur amour pour notre pays en récitant des documents historiques comme la Déclaration d’Indépendance qui contient des références à la Déité ou en chantant des hymnes officiellement autorisés qui incluent la profession de foi des compositeurs en un Être Suprême, ou avec le fait qu’il existe de nombreuses manifestations dans notre vie publique où la croyance en Dieu est exprimée. De telles occasions de nature patriotiques ou cérémonielles ne sont pas véritablement liées à un quelconque exercice religieux, et n’ont jamais été remis en cause, que l’État de New York a même encouragé le cas échéant.

Dans l’affaire Zorach v. Clauson, 343 U.S. 306, 312-13 (1952)12 le juge Douglas a déclaré :

Le premier amendement ne stipule aucunement, que, dans tous les cas de figure, il devra y avoir une séparation de l’Église et de l’État. Il définit plutôt les modalités, les cas spécifiques pour lesquels il ne devra pas y avoir d’association, d’union ou de dépendance de l’une vis-à-vis de l’autre. C’est avant tout une histoire de bon sens.  Sinon, État et Religion seraient antinomiques, hostiles, suspicieux et même malveillants l’un envers l’autre. Les églises ne pourraient même pas être tenues de payer des impôts fonciers. Les municipalités ne seraient pas autorisées à mobiliser la police ou les pompiers pour protéger et porter secours aux groupes religieux.

Les policiers qui aideraient les paroissiens dans leurs lieux de culte violeraient la Constitution. La lecture de prières avant l’ouverture des séances de nos assemblées législatives ; les appels au Tout-Puissant dans les messages du chef de l’exécutif ; la proclamation faisant du jour de Thanksgiving un jour férié ; « Que Dieu me vienne en aide » dans nos serments dans les cours de justice – ces références et toutes les autres références au Tout-Puissant incluses dans nos lois, nos rituels publics, nos cérémonies, bafoueraient le premier amendement. Un athée ou un agnostique pointilleux pourrait même s’opposer à l’invocation avec laquelle la Cour débute chaque session : « Que Dieu protège les États-Unis et cette honorable Cour. « 

Concernant la planification du vol Apollo 8 pendant la période de Noël, il est quasi absurde d’arguer qu’il s’agit d’une violation de la Clause d’Etablissement en raison de l’importance religieuse de cette date. Le premier amendement n’exige pas de l’État qu’il soit hostile à la religion, mais qu’il fasse preuve de neutralité !

Pour toutes les raisons susmentionnées, la cour ORDONNE que la requête en irrecevabilité par manque d’éléments probants, soit par la présente, ACCORDÉE.

Signé à Austin, Texas, ce 1er jour de décembre, 1969.

(1) Plus connue sous sa dénomination American Atheists, association fondée en 1963 à Austin, Texas, par Madalyn Murray O’Hair et son mari Richard O’Hair, qui milite pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

(2) Le titre 28 est la partie du Code des États-Unis (United States Code – Code des lois américaines) qui régit le système judiciaire fédéral (Judiciary and Judicial Procedure). La section 1346 définit les critères lorsque les Etats-Unis sont le défendeur et la sous-section (a) décrit les compétences du tribunal de district.

(3) Dans cette affaire le plaignant Clarence Jackson avait fait appel de la décision du juge Emett Choate de ne pas saisir une cour avec trois juges et de ne pas en avoir référé au juge responsable de la circonscription, le Chief Judge of circuit.

(4) Dans les tribunaux de première instance, trois juges ne siègent en même temps que pour les affaires importantes.

(5) Un cubain résidant à la Havane avait porté plainte contre la banque fédérale de New York (agissant sous couvert du ministère des finances – Secretary of Treasury) pour avoir refusé de lui transférer la somme de 7 000 dollars (provenant d’une assurance décès) sur un compte cubain. La banque ne faisait que se conformer à la loi Cuban Assets Control Regulation qui lui interdisait tout transfert de fonds hors des Etats-Unis pour les résidents cubains.

(6) Une affaire où une commission a porté plainte en vertu d’un statut fédéral que le défendeur considérait comme inconstitutionnel. Dans les deux cas les plaignants avaient saisi un tribunal de district composé de trois juges, mais les affaires furent jugées par un seul magistrat.

(7) Dans cette affaire la famille Schempp avait porté plainte contre l’école de leurs enfants qui imposait chaque matin avant le début des cours la lecture de 10 versets de la Bible retransmis par haut-parleur dans les différentes classes. Seuls les élèves volontaires participaient. La famille fut déboutée.

(8) Une plainte déposée contre des employés du service d’inscription sur les listes électorales du Comté de Terrell en Géorgie qui auraient fait preuve de discriminations envers des afro-américains. La Cour de District avait jugé inconstitutionnel que l’Etat intente une action judiciaire envers des fonctionnaires de l’Etat pour ce motif. Ce sont les principaux concernés qui auraient dû porter l’affaire en justice.

(9) « L’Establishment Clause » du Premier Amendement de la Constitution des Etats-Unis empêche le Congrès de voter des lois, favorisant une religion par rapport à une autre, ou restreignant la pratique de la religion à tout citoyen, en interférant dans la sphère publique ou privée. Elle va de pair avec la Free Exercise Clause qui exclut la promulgation de lois empêchant le libre exercice d’une religion.

(10) L’Etat de New-York avait rendu obligatoire la gratuité des manuels scolaires y compris dans les écoles privées paroissiales de la Sixième à la Terminale. James E. Allen Jr., Recteur de l’Etat de New-York (Commissioner of Education of the State of New York), le plus haut responsable de l’Education de l’Etat en question, fut poursuivi par une commission scolaire qui voulait s’opposer à l’achat de manuels à destination d’écoles privées d’obédiences religieuses sur les deniers publics. La Cour Suprême statua par 6 votes contre 3 que cette loi de l’Etat de New-York ne violait en aucune manière la Clause d’Etablissement et la Clause de Libres Exercice du Premier Amendement.

(11) Voilà une décision de la Cour Suprême qui a fait date dans l’Histoire des Etats-Unis, puisqu’elle a déclaré inconstitutionnel le fait pour le Conseil des Régents de l’Etat de New York d’écrire une prière spécifique non confessionnelle pour les écoles publiques de l’Etat. (Par 6 voix contre 1 – 2 abstentions). Un parent, Steven Engel, soutenu par diverses organisations, a porté plainte contre William Vitale, le président de la commission scolaire de l’Etat de New-York.

(12) Cette décision de la Cour Suprême des Etats-Unis (6 votes contre 3) autorisait les enfants de l’école publique de l’Etat de New-York à être exemptés, sur demande écrite des parents, de certains cours pour se rendre dans des lieux de culte ou suivre des cours religieux. Tessim Zorach et d’autres parents ont poursuivis le Recteur Commissioner of Public Education Andrew Clauson, et la commission scolaire de l’Etat de New-York.

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Les larmes d’Edward Fendell

Edward « Ed » I. Fendell (1932-  ) était un contrôleur de vol, INCO (Integrated Communications Officer – modifié en Instrumentation & Communications Officer pour le programme navette spatiale) de l’équipe blanche (Shift 2) d’Eugene Kranz, lors de la mission Apollo 11. L’INCO était responsable de tous les systèmes de communication (données, voix et vidéo) de la surveillance et de la configuration des systèmes de communication et d’instrumentation en vol. Il surveille également la télémétrie entre le véhicule et le sol, ainsi que les commandes en liaison montante.

Nommé directeur de la section communications en 1969 (d’abord au sein de la Flight Control Operations Branch, puis de la Flight Control Division) il va devenir une célébrité en opérant les caméras couleur à 582 000 dollars (3 700 000 dollars en monnaie constante), véritables bijoux de technologie, de la division Astro-Electronics de la société RCA (GCTA pour Ground Commanded Television Assembly que l’on prononçait « gotcha »). La presse lui donnera le sobriquet de Captain Video, d’après le premier feuilleton de science-fiction jamais diffusé à la télévision américaine, de 1949 à 1955 : Captain Video and His Video Rangers.

Wernher von Braun (1912-1977) inspecte la caméra d’Apollo 15. Crédit photo : NASA – juin 1971.
Cette photo avec Wernher von Braun permet d’appréhender « l’encombrement » de la caméra. Crédit photo : NASA – juin 1971.

Montées sur les rovers lunaires (LRV pour Lunar Roving Vehicle), lors des missions Apollo 15, 16, et 17, ces caméras peuvent être télécommandées à partir d’une console spéciale comptant 18 boutons (ajoutée au poste INCO de la salle de contrôle des missions), mais seulement lorsque le LRV est à l’arrêt, puisqu’il faut précisément orienter l’antenne haut gain. Comme le signal met quelque 2 secondes pour être « interprété » et parvenir à la caméra, cela complique un peu les choses pour suivre les astronautes en mouvement… Ce dispositif permet de soulager le travail photographique des astronautes. Fendell zoome, à la demande des géologues et scientifiques, sur les formations intéressantes et suit en direct le travail des astronautes. C’est William E. Perry du E&D (Engineering and Development Directorate) du centre spatial texan, qui a proposé l’idée d’une caméra télécommandée. Fendell avait une doublure, Granvil A. Pennington (1944-2013) surnommé « Al » ou « Gap », INCO également, qui sera le 22e Directeur de Vol de la NASA.

La caméra à proprement parler (CTV pour Color Television Camera) à une masse de 5,8 kg, le tube à technologie SIT (Silicon Intensifier Target) permet de pointer la caméra sur le soleil sans aucun dommage (contrairement à celle d’Apollo 12 équipée d’un tube SEC Secondary Electron Conduction) et surtout, produit des images de qualité bien supérieure à ce qui a été fait précédemment. Elle est équipée d’un zoom Angénieux de 12,5-75 mm de focale, d’ouverture f2,2-22, le rapport de zoom est de 6:1. La caméra est orientable à distance grâce au TCU (Television Control Unit) d’une masse de 5,9 kg permettant une amplitude de 134° vers la gauche, 214° vers la droite, et de 85° vers le haut et 45° vers le bas, à la vitesse moyenne de 3° par seconde.

Le LRV-3 et la caméra télécommandée d’Apollo 17. Cette caméra a permis de retransmettre quasiment la totalité des trois explorations de la Lune de cette mission, soit près de 22 heures, et elle fonctionnera encore quelque 27 heures après le départ des astronautes. Chaque modèle a été amélioré au fil des missions. La caméra pouvait être connectée au LM (MESA mode) ; via une rallonge, posée sur un trépied sur la surface de la Lune (LM Tripod Mode) ; montée sur le LRV (LCRU/LRV Mode).

MESA = Modularized Equipment Stowage Assembly, une sorte de coffre à bagage que les astronautes déploient pour accéder aux outils qu’il contient. Il se trouve dans le Quad 1 de l’étage de descente du module lunaire.
LCRU = Lunar Communications Relay Unit. Installé sur le LRV, il s’agit du système de communication principal entre les astronautes et la Terre lorsqu’ils sont sur la surface de la Lune, loin du LM. Il permet de télécommander la caméra depuis la Terre.
Eugene Cernan et le LRV 3 (13 décembre 1972). Au premier plan la caméra, et l’antenne parabolique (HGA – High Gain Antenna) du LCRU. A gauche de la base du mât de l’antenne se trouve l’électronique du LCRU.
Gros plan de la caméra (CTV + TCU) montée sur le LRV-2 (Apollo 16). Le pare-soleil ne fut ajouté qu’à partir de la mission Apollo 16.

Le fait d’arme le plus connu d’Edward Fendell (et de son assistant, INCO également, Harley W. Weyer avec lequel il a conçu le « script ») est la spectaculaire retransmission du décollage de l’étage de remontée du module lunaire d’Apollo 17. Pour la mission Apollo 15, la caméra ayant des problèmes de rotation dans le plan vertical, le décollage n’a pu être « suivi ». Pour Apollo 16 le suivi fut partiel car le Rover était garé trop près du LM, et le mouvement vertical de la caméra pas assez rapide. En 1973 il recevra une Goldene Kamera (Caméra d’or), qui est une récompense allemande de télévision et de cinéma existant depuis 1965, dans la catégorie meilleure photographie (Best Cinematography).

Décollage de Eugene Cernan et Harrison Schmitt à bord de Challenger – Apollo XVII –
Edward Fendell devant la console INCO.
Edward I. Fendell, « Captain Video »

En ce lundi 21 juillet 1969 au matin, après quelques heures de repos, Edward Fendell, qui n’est pas encore Captain Video, retourne travailler, en chemin il s’arrête au Dutch Kettle pour prendre un rapide petit-déjeuner. Il s’assoit au comptoir et commande des œufs brouillés. En attendant, il boit tranquillement son café et lit son journal qui rapporte l’événements de la veille. Il n’a pas encore eu le temps de réaliser pleinement la portée des premiers pas de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune et le fait qu’il y ait activement participé. Lorsque deux personnes viennent s’asseoir à côté de lui, et entament une conversation :

– « J’ai débarqué en Normandie le jour J, combattu les nazis jusqu’à Berlin, mais je n’ai jamais été aussi fier d’être américain que hier. »

A ces mots, Fendell, submergé par l’émotion, retourne dans sa voiture pour pleurer…