Wernher von Braun membre involontaire de la SS

Si tout le monde a entendu parler de la SS, bien peu connaissent réellement cette organisation, tentaculaire, toute puissante, dont les domaines de compétences n’ont cessé de s’élargir et de se spécialiser au fil de son existence ; de l’organisation d’expéditions scientifiques à l’administration des camps de concentration et d’extermination, en passant par une branche armée, le service du Lebensborn, l’office central de la sûreté du Reich (Reichssicherheitshauptamt – RSHA), les réalisations économiques, l’Ahnenerbe, etc.

On parlera « d’Etat SS », un état dans l’état.

Die Schutzstaffel der NSDAP, créée le 4 avril 1925, est à l’origine le corps dédié à la protection du parti national-socialiste des travailleurs allemands (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) communément appelé le « parti nazi », et plus particulièrement, la garde rapprochée de son chef, Adolf Hitler.

Lorsque le 6 janvier 1929 Heinrich Himmler devient le quatrième Reichsführer SS, l’organisation compte à peine 300 personnes. Il va vouloir faire de son « Ordre Noir » une sorte de chevalerie, inspirée par l’idéal des seigneurs nordiques, l’ordre d’élite du National-Socialisme, avec son décorum, ses rituels, ses symboles, ses dogmes, qui aujourd’hui encore génère beaucoup de fantasmes. La SS est une organisation bien plus complexe et différenciée que ne laissent présumer certains. Son organisation interne était parfaitement inconnue au citoyen ordinaire.

Le premier janvier 1931 la SS compte 2 272 membres, trois mois plus tard 4 490, en octobre plus de 10 000 ainsi que quelque 3 000 candidatures à l’étude. En avril 1932, elle compte plus de 25 000 membres, en juin de la même année plus de 41 000, et fin 1932 52 000. Fin 1933 elle compte 209 000 membres, fin 1934 plus de 400 000… En juin 1944 plus d’un million, la grande majorité enrôlée dans la Waffen-SS, créée en 1940 (915 000, dont environ 70% d’étrangers).

A partir du mercredi 6 mars 1935 la SS publie son propre hebdomadaire, Das Schwarze Korps (Le Corps noir), dont le tirage atteint 750 000 exemplaires en 1944, en faisant le deuxième hebdomadaire d’Allemagne après « Das Reich » fondé par Joseph Goebbels. Elle publie également un magazine mensuel illustré, SS-Leitheft (Livret Guide SS), d’environ 50 pages. L’hebdomadaire était vendu 15 Reichspfennig, le magazine 40 Rpf.

Tout au plus 15% des SS ont appartenu à l’appareil de domination du régime.

Himmler, dans le but d’élever le prestige social de son organisation chercha à conférer des grades honorifiques à de hauts fonctionnaires, des diplomates, des scientifiques etc. C’est ainsi que l’on trouvait dans la SS entre 10 et 20 % de nobles (surtout après l’annexion des sociétés hippiques en 1933).

Il convient de noter également que 30% des titulaires de grades « d’officiers supérieurs et généraux » avaient un diplôme universitaire. Nous sommes loin d‘une organisation composée de marginaux et d’asociaux…

Proposer des grades honoraires dans la Allgemeine SS (SS Générale) à d’éminentes personnalités du régime permettait également à Himmler d’infiltrer les différents ministères, administrations, grosses entreprises, instituts de recherche, universités, etc.

Il faut bien comprendre également que les grades au sein de la SS Générale, qui reste une formation du parti, n’avaient pas d’équivalents réels aux grades militaires, contrairement aux grades dans la Waffen-SS (branche armée de la SS) et de la police. Les unités de la Waffen-SS restant sous le commandement stratégique et tactique de la Wehrmacht, il fallait garder une cohérence entre les grades et les compétences militaires réelles.

Ainsi une personne pouvait avoir un grade politique dans la Allgemeine SS et un grade militaire différent dans la Waffen SS.

C’est en 1940 que Himmler a obtenu de Wernher von Braun, qui n’avait rien demandé, qu’il rejoigne son organisation.

Von Braun aurait-il dû refuser d’adhérer à la SS ? Avait-il seulement les moyens de décliner cette offre ? Pour répondre à ces questions, il suffit de se remettre dans le contexte strict de la fin de l’année 1939 et du début de l’année 1940…

C’est ainsi que le directeur technique civil du centre de recherche de Peenemünde, âgé de seulement 28 ans, redevient le membre n° 185 068 de la SS Générale, ce après une première « sollicitation » à laquelle il n’a pas donné suite.  

Redevient, car il se trouve que le 1er novembre 1933 Wernher von Braun s’est inscrit dans une école d’équitation SS, la Reitersturm I à Berlin Halensee, où il prend des cours deux fois par semaine. En tant que SS-Anwärter, (anwärter signifie recrue), qui ne porte d’ailleurs aucun signe distinctif, il se voit attribuer le numéro matricule 185 068, qui lui sera réattribué en mai 1940.

Dans toutes les biographies et articles à charge, les auteurs respectifs, y compris l’historien américain Michael Neufeld, ne manquent pas de rapporter ce fait. Encore une fois, on ne peut être que confondu par l’incompétence de certains historiens et biographes qui devraient savoir que dès le printemps 1933 Himmler intègre des organisations entières à la SS, c’est ainsi qu’il annexe les sociétés hippiques, ce qui lui ouvre toutes grandes les portes de la bonne société.

A ce moment-là, quiconque veut prendre des cours d’équitation sanctionnés par un diplôme doit passer par une école SS, il n’y a pas d’alternative.

Accuser Wernher von Braun d’avoir sciemment choisi la SS, à l’âge de 21 ans, pour prendre des cours d’équitation, est aussi infondé que d’accuser un jeune allemand, après le 25 mars 1939, d’avoir fait partie des Jeunesses hitlériennes… C’était obligatoire ! D’autant qu’en 1933 la SS n’est pas encore l’organisation qu’elle deviendra plus tard. Dans les jugements que nous portons, il faut se remettre dans le contexte strict du moment, et faire abstraction de tout ce qui s’est passé ultérieurement !

La Reiter-SS fut la seule formation SS à n’avoir pas été condamnée comme organisation criminelle au procès de Nuremberg le 30 septembre 1946.

L’adhésion de von Braun à la Allgemeine SS débute le 1er mai 1940, Himmler lui confère le grade honoraire de sous-lieutenant (SS-Untersturmführer).

La fiche d’enrôlement dans la SS de Wernher von Braun

Wernher von Braun est rattaché, et non pas affecté, au district de la mer Baltique (Oberabschnitt Ostsee), anciennement SS-Oa.Nord, et au sous-district XIII (SS-Abschnitt XIII) dont le quartier général se trouve à Stettin (116 km de Peenemünde) et commandé alors par le SS-Oberführer Walter Langleist (SS-Oberführer est un grade spécifique à la SS générale, entre colonel et général). Le régiment SS le plus proche est la 74e SS-Standarte stationnée à Greifswald (30 km de Peenemünde). Cette unité est commandée à ce moment-là par le colonel (SS-Standartenführer) Otto Müller. C’est ce dernier qui servira d’intermédiaire avec Himmler pour faire adhérer von Braun à la Allgemeine SS. Le district de la mer Baltique (Ostsee) est dirigé par Emil Mazuw alors général de division (SS-Gruppenführer).

Wernher von Braun est automatiquement promu SS-Obersturmführer (Lieutenant) le 9 novembre 1941, et SS-Hauptsturmführer (Capitaine) le 9 novembre 1942.

Sans formation militaire, n’ayant jamais participé à aucun combat, n’ayant jamais eu aucune responsabilité en la matière, von Braun aurait été bien incapable d’assumer les fonctions liées à ses grades respectifs.

Traditionnellement les promotions au sein de la SS ont lieu le 9 novembre, la date anniversaire du « putsch de Munich » en 1923. Bien qu’il s’agisse d’un fiasco, cette tentative de prise de pouvoir par Hitler en Bavière, est devenu l’un des mythes fondateurs du régime nazi. A partir de 1934 les promotions se feront également le 30 janvier, l’anniversaire de la prise de pouvoir par Hitler.

Les 28 et 29 juin 1943 Himmler effectue sa deuxième visite de Peenemünde. 

Von Braun avait été prié par les autorités SS locales de revêtir son uniforme SS (M32). Lors de la première visite d’Himmler, le 11 décembre 1942, il était resté en costume civil.

Wernher von Braun est promu commandant (SS-Sturmbannführer) le 28 juin. Une promotion non datée du 9 novembre ou du 30 janvier, mais du jour de la visite d’Himmler à Peenemünde, montre à quel point ce dernier « s’intéresse » à von Braun. C’est un insigne honneur qu’il lui fait, non sans arrières pensées bien évidemment.

C’est en février 1944 qu’Himmler abat ses cartes en convoquant von Braun pour lui « proposer » de continuer ses travaux sous les auspices de la SS, afin de « s’affranchir de la lourde bureaucratie de l’armée de terre », selon ses propres termes. Von Braun refuse poliment.

Après cette entrevue, au cours de laquelle il affiche son indéfectible fidélité à Walter Dornberger et à la Wehrmacht, tout va changer pour lui.

Himmler ne lui pardonnera jamais cet affront, lui qui veut absolument prendre le contrôle du programme A4, c’est ainsi que von Braun ne sera jamais promu Obersturmbannführer (Lieutenant-Colonel).

Dans le nuit du 21 au 22 mars 1944, la veille de son trente-deuxième anniversaire, von Braun est arrêté par trois hommes de la Gestapo dans sa chambre à l’Inselhof, dans la petite station balnéaire de Zempin, à 19 km de Peenemünde. (Klaus Riedel, Helmut Grottrüp, Magnus von Braun et Hannes Lührsen seront également mis en état d’arrestation.)

Von Braun restera en prison deux semaines, sans contact avec les autres et sans connaître les charges retenues contre lui ; sabotage du programme A4. Il s’agit de la seconde tentative des SS, après les accusations fantaisistes contre le colonel Leo Zanssen, d’intimider, de mettre au pas, de hauts responsables du programme A4. Von Braun sera libéré à titre provisoire pour une durée de trois mois grâce à l’intervention de Walter Dornberger auprès du Chef des Oberkommandos der Wehrmacht, le Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel qui en réfère à Hitler, de Johannes « Hans » Georg Klamroth (commandant des services de renseignements de l’armée de terre – Abwehr -) et surtout d’Albert Speer.

Le dernier coup bas d’Himmler vis à vis de von Braun a lieu le 28 septembre 1944 lorsque ce dernier suggère à Albert Speer de décerner à Walter Dornberger et deux de ses ingénieurs, Walther Riedel et Heinz Kunze, la Croix de Chevalier de la Croix du Mérite de Guerre avec Glaives (Ritterkreuz des Kriegsverdienstkreuzes mit Schwertern).

Ce faisant, Himmler ignore totalement von Braun, le directeur technique du centre de recherche de Peenemünde, loyal bras droit de Walter Dornberger depuis le tout début. Heureusement, Albert Speer trouve l’attitude d’Himmler, son ennemi juré, totalement ridicule. Sur la liste que Speer proposera à Hitler figureront Wernher von Braun et Walter Thiel (à titre posthume). Hitler finit par entériner cette décision après des pourparlers dans les coulisses des ministères concernés.

Les circonstances, le déroulement des événements, et l’attitude de Wernher von Braun, démontrent clairement qu’il n’était assurément pas un fervent SS comme d’aucuns le prétendent. Loin s’en faut.

Comme tout un chacun, il a dû, à un moment donné, prendre des décisions, dans un contexte bien particulier, qu’il n’aurait assurément jamais prises si les circonstances avaient été différentes. Le hasard et la nécessité en somme… Refuser « l’honneur » qui lui est fait par l’un des dirigeants les plus puissant du troisième Reich aurait inutilement attiré l’attention sur lui. Du point de vue de l’éthique conséquentialiste cette décision est tout à fait légitime ; Wernher von Braun a suivi son intérêt immédiat. Cette adhésion a-t-elle eu des conséquences néfastes pour d’autres personnes ? Absolument pas.

Wernher von Braun est-il un opportuniste ? Bien sûr, comme tout un chacun. Pourquoi l’opportuniste a-t-il mauvaise réputation? Il s’agit pourtant d’une qualité essentielle, savoir s’adapter aux circonstances. C’est un des moteurs de l’évolution, « une des caractéristiques principales des espèces qui ont survécu ». Tout homme a une conscience aigüe de ses intérêts.

En 1932 Wernher von Braun publie deux articles sur les fusées

En 1932, Wernher von Braun, âgé de 20 ans, publie deux articles très similaires sur les fusées à ergols liquides. Le premier s’intitule « Le secret du vol des fusées » (Das Geheimnis des Raketenfluges) et parait le 26 février 1932 dans le Hamburger Technische Rundschau un supplément hebdomadaire du quotidien Hamburger Fremdenblatt, l’un des journaux les plus lu de la ville hanséatique de Hambourg à cette époque. Le second, « Le secret de la fusée à ergols liquide » (Das Geheimnis der Flüssigkeitsrakete) parait trois mois plus tard, le 4 juin 1932 dans le magazine hebdomadaire illustré Die Umschau, qui traite des progrès de la science et de la technologie.

Ces articles s’adressent au tout venant et expliquent en des termes très simples le fonctionnement, et les applications potentielles des fusées, scientifiques (météorologie) et commerciales (acheminement du courrier postal). Bien évidemment, son application en tant qu’arme, pouvant emporter une charge explosive, n’est pas évoquée. Le vol spatial habité n’est qu’effleuré, pour garder leur « sérieux » aux articles.

Il ne s’agit nullement d’articles scientifiques à proprement parler.

En cette même année 1932, Rudolf Nebel (21 mars 1894 – 18 septembre 1978)  publie un opuscule de 48 pages comportant 50 illustrations, intitulé « Raketenflug » (vol de fusée), qui expose beaucoup plus en détail le développement et l’application des fusées.

Certains affirment que von Braun aurait plagié Nebel, ce qui est chronologiquement impossible. Ces diffamateurs ont-ils seulement lu l’opuscule de Nebel ? Il semble que non, puisque ce dernier rapporte à la page 32, une tentative de lancement en date du 6 octobre 1932, la publication de son ouvrage est donc postérieure, de plusieurs mois, à ceux des articles de von Braun !

– Le secret du vol des fusées (26 février 1932 – Hamburger Technische Rundschau

Ma traduction libre de l’article suivie par l’original en allemand.

Le-secret-du-vol-des-fusees-VF-VO-web

– Le secret de la fusée à ergols liquides (4 juin 1932 – Die Umschau)

Ma traduction libre de l’article suivie de l’original :

Die-Umschau-Binder-web

Das Geheimnis des Raketenfluges (traduction en français)

Le 26 février 1932, Wernher von Braun, qui va avoir 20 ans dans 26 jours, publie un article sur la fusée à ergols liquides dans le Hamburger Technische Rundschau, un supplément hebdomadaire du quotidien Hamburger Fremdenblatt, l’un des journaux les plus lu de la ville de Hambourg à cette époque, intitulé « Le secret du vol des fusées » (Das Geheimnis des Raketenfluges). En voici ma traduction en français :

LE SECRET DU VOL DES FUSEES

Depuis quelques années, les perspectives liées au vol de fusées font l’objet d’ardentes discussions aussi bien dans les milieux concernés, que non professionnels. On peut constater une divergence aigüe des points de vue les plus divers, qui, dans la plupart des cas, n’est pas due à une adhésion enthousiaste ou à un prudent scepticisme, mais aussi à une totale incompréhension de la problématique soulevée par le fonctionnement et l’utilisation de la fusée en général. J’ai souvent entendu des ingénieurs tenir des propos dénigrants, du genre : « Les fusées, ah, ce sont les gens qui veulent aller sur la Lune ! Ce n’est pas sérieux ! »

Les tâches auxquelles les chercheurs sur les fusées sont actuellement confrontés n’ont rien à voir avec la Lune. Ils doivent développer un nouveau type de moteur, qui en est encore au stade embryonnaire, pour une utilisation pratique. Ce moteur, est le moteur-fusée.

Il ne faut pas se laisser induire en erreur par le terme moteur-fusée. Un moteur pour fusée n’a presque rien à voir avec un feu d’artifice : il ne lui ressemble pas et ne fonctionne pas de la même manière. Il n’y a qu’une chose en commun : ils utilisent le principe de propulsion directe par éjection de gaz.

C’est un principe qu’il convient d’expliquer très brièvement. Tout le monde connaît le phénomène de recul lorsque l’on tire au fusil, cela vient du fait que la poudre qui explose, repousse le fusil avec la même force qu’elle expulse le projectile dans la direction opposée. Il est évident que cet effet de recul se produirait également si l’on tirait avec le fusil dans le vide de l’espace, car au début, ce recul n’a rien à voir avec la présence d’air. Un moteur-fusée n’est rien d’autre qu’un fusil capable de tirer des millions de petites billes à chaque seconde, à savoir les molécules d’un gaz de combustion qui sort d’une tuyère. De tous les petits chocs isolés de chaque molécule qui s’envole, on obtient alors une force d’action constante, appelée vitesse d’éjection du moteur-fusée. Ce recul est une mesure de l’efficacité du moteur de la fusée. Il est facile de comprendre que le recul augmente d’une part avec le nombre de molécules qui s’écoulent par seconde, c’est-à-dire la quantité de gaz produite par seconde, d’autre part à une vitesse d’écoulement croissante.

Le moteur-fusée est donc un moteur qui n’a pas besoin de pièces rotatives ou en mouvement.  C’est la raison pour laquelle il possède par rapport à tous les autres types de moteurs, l’avantage d’une bien meilleure conversion de l’énergie, car ses pertes sont très faibles du fait de sa conception simple.

Un moteur-fusée a récemment été testé avec succès à l’aérodrome des fusées de Berlin à Reinickendorf-Ouest, avec une consommation de carburant de 500 grammes, la vitesse d’éjection des gaz de ce moteur a été d’environ 2 000 mètres par seconde.

 Si l’on veut exprimer sa puissance de la manière habituelle, en chevaux, avec un moteur d’une masse de 1,5 kg, on obtient une puissance constante indexée de 2 660 cv !

Ces moteur-fusées modernes de l’aérodrome de Berlin fonctionnent avec des carburants liquides, principalement de l’essence et de l’oxygène liquide, et plus récemment avec de l’alcool et de l’oxygène liquide. Lorsqu’un nouveau moteur est essayé, on le laisse d’abord fonctionner sur un banc d’essai fixe où ses performances sont enregistrées par des instruments de mesure. Ce n’est que lorsque le nouveau moteur aura réussi ces tests, ainsi que « l’épreuve de vérité » au cours de laquelle le moteur est testé dans des conditions extrêmes, qu’il peut être monté dans une fusée et voler.  À ce jour, l’aérodrome de Berlin a procédé à environ 200 essais sur banc d’essai et 85 lancements de fusées à propulsion liquide.

Une telle fusée à ergols liquides, c’est-à-dire utilisant des carburants liquides, contrairement aux fusées à poudre utilisées jusqu’ à présent, est une machine tout à fait ordinaire. Elle possède des réservoirs pour le carburant et l’oxygène liquide, des tuyaux, des vannes et, à la tête de l’engin, le moteur-fusée qui propulse la fusée en l’air. Les fusées les plus puissantes de ce type atteignent une altitude de 3 000 à 4 000 mètres après un décollage à partir d’un échafaudage de lancement, et une durée de propulsion d’environ 25 secondes. Au point le plus élevé de leur trajectoire, ils déploient un parachute, puis ils redescendent doucement vers la Terre.

Il n’y aurait pas de difficulté particulière à concevoir des fusées à ergols liquides de manière à ce qu’ils puissent atteindre des altitudes de 50 ou 100 kilomètres.

Malheureusement, jusqu’à présent, de tels projets ont toujours été ajournés en raison de la sempiternelle question d’argent.

Mais il reste à espérer que le financement de ces fusées à haute altitude sera bientôt possible, d’autant plus qu’atteindre de telles altitudes présente également un intérêt scientifique, car elles pourraient nous fournir de nouvelles connaissances sur la nature des couches supérieures de l’atmosphère.

La question de savoir si les véhicules terrestres peuvent également être équipés de moteur-fusées est intéressante au regard de plusieurs tentatives déjà effectuées. En soi, c’est tout à fait possible, mais une chose ne doit pas être négligée : plus le moteur-fusée fonctionne longtemps, plus la vitesse du projectile est élevée.

Vous pouvez vous en rendre compte assez facilement : si le moteur s’arrête, toute l’énergie va dans les gaz ; Cependant, s’il se déplace vers l’avant à la vitesse d’éjection des gaz, ces derniers sont immobilisés par rapport au monde extérieur et toute l’énergie est désormais au service du moteur-fusée. 

Étant donné que la vitesse d’écoulement est d’environ 2 000 mètres par seconde, le moteur-fusée devrait pouvoir atteindre une vitesse propre d’au moins 500 mètres par seconde, et mieux encore. C’est définitivement hors de portée des véhicules terrestres.

C’est différent pour les avions. Ici, des vitesses illimitées sont théoriquement possibles avec un moteur assez puissant pour les produire. Mais on ne peut pas non plus imaginer le futur vol des fusées comme ceux des vols aérodynamiques avec des ailes portantes. Cela s’apparentera plus à un lancé.

Une vitesse initiale suffisamment élevée permet de jeter une pierre au-dessus d’une rivière. À une vitesse encore plus élevée, vous pourriez aussi bien projeter une pierre de l’Europe à l’Amérique à travers l’océan Atlantique. Un calcul montre qu’une telle portée impliquerait une vitesse initiale d’environ 7 000 mètres par seconde et prendrait environ 25 minutes.

Une personne ne pourra jamais imprimer une telle vitesse initiale à une pierre, mais le moteur-fusée est capable de le faire : après un temps de fonctionnement de quelques minutes, une fusée à carburant liquide suffisamment puissante pourrait réaliser un tel vol.

En plus de la fusée destinée à l’exploration de l’atmosphère, la fusée à longue portée pourrait par exemple révolutionner le transport postal, d’autant plus que son exploitation bon marché garantie également la rentabilité d’une telle entreprise. Même dans un avenir lointain, il n’est pas exclu que l’on parvienne à équiper de telles fusées longue portée, de sorte qu’il soit possible d’atteindre n’importe quel point de la Terre en peu de temps.

Ce n’est qu’une fois que toutes ces choses seront devenues banales dans la vie quotidienne que l’on pourra évoquer la fusée lunaire. Aujourd’hui, on ne peut dire qu’une seule chose sur la possibilité d’atteindre des corps célestes étrangers, c’est qu’aucune loi physique ne s’y oppose, c’est une possibilité théorique. Mais d’ici là, il reste encore un long chemin à parcourir, dont nous ne pouvons encore aujourd’hui connaître l’issue.

Restons donc tranquillement sur Terre pour l’instant. Le développement d’un service économique de fusées postales pourra peut-être être mis en place dans les prochaines années et promet non seulement de devenir une entreprise extrêmement intéressante sur le plan technique, mais aussi de créer un nouveau domaine d’activité bénéfique pour l’industrie allemande.