Pas de Médaille Présidentielle de la Liberté pour Wernher von Braun

En 1976, le président américain Gérald Ford (1913-2006) et son administration, sous la houlette du Conseil des distinctions honorifiques du service civil (Distinguished Civilian Service Awards Board), envisagent d’attribuer à Wernher von Braun, dont le cancer est en phase terminale, la plus haute distinction civile américaine, la Médaille Présidentielle de la Liberté (Presidential Medal of Freedom). Mais l’un des conseillers du président, le directeur de la communication, David Gergen (1942- ) est contre. A 34 ans, son raisonnement est le suivant : « Désolé, mais je ne peux pas accepter l’idée de donner la médaille de la Liberté à un ancien nazi dont les V2 ont été lancés sur plus de 3 000 villes britanniques et belges. »

On passera sur les horribles confusions de Gergen, « …3 000 villes… », les amalgames sur le terme « nazi »,  et rendre responsable un inventeur, de l’utilisation de son invention. A-t-on accusé Robert Oppenheimer d’avoir tué 150 000 civils à Hiroshima et Nagasaki ? Et que dire de Samuel Colt, Oliver Winchester, Alfred Nobel, Arthur Galston, Louis Fieser, Mikhaïl Kalachnikov etc. ? Sont-ils des criminels ?

En définitive, Gerald Ford, qui est le seul président des Etats-Unis à ne pas avoir été élu à ce poste, il remplace Richard Nixon (dont il était le vice-président) obligé de démissionner le 9 août 1974 pour éviter sa destitution suite à l’affaire du Watergate, qui  sera battu aux présidentielles de 1976 par Jimmy Carter, octroie tout de même à Wernher von Braun, la Médaille Nationale de la Science (National Medal of Science).

Pourtant « l’apport » décisif de Wernher von Braun colle parfaitement avec le cadre d’attribution de la Médaille Présidentielle de la Liberté, qui est décernée à toute personne quelle que soit sa nationalité et qui a fait : « une contribution particulièrement méritante pour la sécurité ou les intérêts nationaux des États-Unis, la paix du monde, la culture, ou d’autres actions significatives dans le domaine public ou privé. »

Gerald Ford (à g.) et David Gergen

De la responsabilité morale de Wernher von Braun dans l’Allemagne nazie.

En janvier 1971, alors qu’il travaille au quartier général de la NASA, Wernher von Braun reçoit une lettre d’un dénommé Alan Fox, résidant à Long Island dans l’état de New-York. La question pour le moins naïve soulevée par cette personne, reflète néanmoins un sentiment partagé par un certain nombre de ses compatriotes. (Voici ma traduction de la lettre de M. Fox, et de la réponse de Wernher von Braun) :

Cher Dr von Braun,

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi vous n’avez pas usé de votre position et de votre influence pendant la deuxième guerre mondiale pour essayer de sauver les juifs. Un homme de votre stature doit avoir appréhendé l’énormité du crime en train de se commettre.

Je respecte votre compétence en tant que scientifique mais ne peux encore vous respecter en tant qu’être humain tant que vous ne m’aurez pas expliqué votre silence pendant cette période.

Je ne suis pas un importun, et n’ai aucune animosité à votre encontre. Mais j’apprécierais vraiment une explication de votre part.

Cordialement,

Alan Fox

 

Le 22 janvier, von Braun lui rédige cette réponse détaillée.

 

Cher M. Fox,

Comme suite à votre lettre datée du 11 janvier, je vous soumets cette réponse.

Au cours des années qui ont précédé le début de la deuxième guerre mondiale il était évident pour tous ceux qui vivaient en Europe qu’il y avait des persécutions politiques dans plusieurs pays totalitaires. Dans les premières années du régime d’Hitler en Allemagne, les persécutions ont pris de nombreuses formes dont la plus visible fut le dénigrement des juifs dans la presse nazie. La plupart des allemands ont pensé qu’il s’agissait pour le régime, de trouver un bouc émissaire pour le faramineux taux de chômage, et rallier la population au gouvernement d’Hitler. Toutefois, la plupart des allemands, moi y compris, ne pouvions imaginer, même dans nos pires cauchemars, que cet antagonisme déclaré, aboutirait au final à quelque chose comme Auschwitz (dont j’ai entendu parler pour la première fois après la guerre). Jusqu’au commencement de la guerre, il y avait des juifs, officiers et soldats, dans l’armée allemande, et les contacts sociaux étaient largement maintenus avec les amis juifs. Je vous avoue qu’à l’époque, je n’ai pas mené une profonde réflexion sur le sujet. Je pensais que lorsque les objectifs politiques de cette campagne anti juive seraient atteints, on trouverait un nouveau bouc émissaire.

Les persécutions de Staline envers les koulaks*, les officiers de l’armée (Tuchachevski, et al.), les trotskistes, l’intelligentsia, et les juifs russes, laissaient présager un dessein similaire. En ce temps- là, j’étais bien sûr, un jeune ingénieur, sans grand intérêt pour la politique, et bien plus absorbé par mes recherches sur les possibilités du vol spatial et mes expériences sur les fusées. J’ai eu la chance que l’armée allemande s’intéresse à mes travaux et m’octroie de l’argent et des infrastructures. Je n’ai pas eu plus de scrupules que, disons, les frères Wright, lorsqu’ils ont signé leur premier contrat avec le ministère de la guerre des Etats-Unis. [NdT : Je rappelle que son premier contrat avec l’armée allemande date du 27 novembre 1932, donc avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le 30 janvier 1933.]

En 1939, lorsque la guerre a éclaté, nos travaux ont consisté à produire des armes. J’ai passé l’essentiel de mon temps, juste avant, et pendant la guerre, dans un centre de recherche sur les fusées, à Peenemünde, un endroit isolé sur les côtes de la mer Baltique. Nos journées consistaient à concevoir, construire, et tester.

On m’a souvent demandé comment j’ai pu concevoir des armes de guerre, et j’ai lu une multitude de publications évoquant les aspects moraux de cette question, qui remonte aussi loin que la guerre elle-même, et donc aussi vieille que l’humanité. Du point de vue de ma propre expérience, je peux seulement dire ceci : lorsque votre pays est en guerre, quand des amis meurent, quand votre famille est constamment en danger, quand les bombes explosent autour de vous et que votre maison est détruite, le concept de juste guerre devient très vague et lointain, et vous faites votre possible pour infliger à l’ennemi autant, ou plus de souffrances, que vous-mêmes, votre famille, et amis ont subi.

Il y a également un autre aspect : notre connaissance de ce qu’il se passait en Allemagne, et dans le monde, était plutôt limité par la machine de propagande nazie. Au cours de discussions privées entre amis, il nous arrivait de discuter des camps de concentration, dans lesquels toutes sortes d’opposants au régime, y compris les juifs, étaient détenus, mais je ne me rappelle pas, n’avoir jamais entendu le moindre témoignage concernant des atrocités, pas plus que sur des exécutions massives de civils. Si vous avez du mal à me croire, il vous suffit de vous poser la question de savoir combien de temps après le massacre de My Lai au Vietnam (NdT : Ce massacre a eu lieu le 16 mars 1968 et révélé au monde en novembre 1969 par le journaliste Seymour Hersh.) vous en avez entendu parler, en tenant compte, par ailleurs, de fait que nous sommes dans un pays où la presse est libre, encline à révéler des faits déplaisants, et non pas, dans un pays où la presse est muselée, contrôlée par l’état, un pays dont les dirigeants sont déterminés coûte que coûte à protéger les secrets d’état, et empêcher la population de savoir les choses qu’ils ne veulent pas qu’elle sache.

Vous me demandez pourquoi je n’ai pas usé de mon influence pour sauver les juifs.

Tout d’abord, comme évoqué ci-dessus, je n’étais pas au courant que des atrocités étaient commises en Allemagne. Je savais que des dirigeants juifs, catholiques et protestants avaient été emprisonnés en raison de leur opposition au régime. Je me doutais également en ne voyant plus mes propres amis juifs, que beaucoup avaient quitté le pays ou avaient été envoyés dans des camps de concentration. Mais être emprisonné, et être massacré, sont deux choses radicalement différentes.

En second lieu, si j’ai pu avoir une quelconque importance dans le programme des fusées de l’armée allemande, je n’avais aucune influence politique sur qui que ce soit hors de Peenemünde. J’ai moi-même été arrêté par Himmler, et c’est grâce à l’action du général sous les ordres duquel je me trouvais, que j’ai pu être sauvé.

Comme vous le savez, la réelle étendue des souffrances et du criminel massacre de masse des juifs, ne furent révélés au monde que plusieurs mois après la fin des hostilités, et c’est seulement à ce moment là que j’ai appris ces choses. J’ai été profondément choqué, et depuis, ai toujours eu honte d’avoir été lié à un régime capable d’une telle brutalité. Comme les millions de mes anciens compatriotes, qui ont eu connaissance de ces atrocités seulement après la guerre, je suis conscient que notre génération doit accepter sa part de culpabilité pour ce qu’il s’est passé.

Cordialement,

Wernher von Braun

 

* Effectivement, on parle beaucoup des atrocités du nazisme mais beaucoup moins de la barbarie du stalinisme. Ainsi par exemple le prix humain de la collectivisation de l’agriculture en Union soviétique à partir de 1929 fut effroyable. La liquidation des koulaks, les propriétaires terriens, fut d’une implacable brutalité. Les révoltes de 750 000 paysans dans diverses parties de l’URSS furent réprimées dans le sang. Quiconque résistait à la collectivisation était déporté en camp de concentration ou simplement exécuté. En Ukraine ce sont 113 637 « koulaks » qui furent déportés dans les premiers mois de 1930. Cette politique agricole entraîna une famine généralisée dans les années 1932-1933.

C’est en Ukraine, pourtant l’une des régions les plus fertiles de l’URSS que l’impact fut le plus terrible : « Nous avons mangé tout ce qui nous tombait sous la main, entendit un responsable du Parti à son entrée dans un village : chats, chiens, mulots, oiseaux », et même l’écorce des arbres. Plus de 2 000 personnes furent condamnées pour cannibalisme. Au total plus de 3,3 millions de personnes sont mortes de faim ou de maladies liées à la malnutrition. Pour l’ensemble de l’Union soviétique, il faut multiplier ce chiffre par deux ! « Il s’agit de l’un des crimes les plus monstrueux de l’Histoire ».

Référence : KERSHAW Ian « L’Europe en enfer – 1914-1949 », Editions du Seuil, Coll. : l’Univers historique, 2016, 630 p. Traduit de l’anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emanuel Dauzat – Titre original : « To Hell and Back. Europe, 1914-1949 », Penguin Books Ltd, London, 2015.  Un ouvrage à lire absolument ; Ian Kershaw, médiéviste à l’origine, est devenu l’un des meilleurs spécialistes du XXe siècle, de la Seconde Guerre Mondiale, et de l’Allemagne.   

 

Patrick Moore s’exprime sur Wernher von Braun

Voici ce qu’a dit le célébrissime astronome britannique Patrick Alfred Caldwell-Moore (1923-2012) à propos de Wernher von Braun :

« Personne ne peut haïr les nazis plus que moi, ils ont tué ma fiancée*, nombre de mes amis, et ont tout fait pour me tuer**. Mais d’après ce que je sais sur lui, je suis prêt à lui donner un blanc-seing. Je ne crois pas qu’il fut personnellement impliqué dans des atrocités, et il est très clair également qu’il n’était pas en position de les empêcher. Nous ne saurons jamais toute la vérité, je peux juste vous donner mon opinion personnelle. »

 

* Patrick Moore affirme avoir perdu l’amour de sa vie, Lorna, une infirmière tuée en 1943 à Londres, lorsqu’une bombe frappe l’ambulance dans laquelle elle se trouvait. Un drame qui se serait produit trois ans après leur rencontre. (Cette affirmation est au conditionnel dans la mesure où  des historiens n’ont jamais pu trouver dans les listes des victimes des bombardements, pourtant méticuleusement tenues, cette personne). Il restera célibataire toute sa vie.

** Moore a également servi dans la Royal Air Force comme navigateur sur bombardier Vickers Wellington. Là encore, il affirme dans son autobiographie avoir menti sur son âge pour s’enrôler dans l’armée de l’air, à 16 ans, or des chercheurs ont démontré qu’il s’est engagé dans la réserve en décembre 1941… à 18 ans, et appelé en juillet 1942.

 

Patrick Moore est fasciné par la Lune et l’astronomie depuis son plus jeune âge, un point commun avec Wernher von Braun.

Toute sa vie Moore a nourri une haine féroce envers les allemands, n’a t-il pas déclaré à 89 ans  lors d’une interview à l’hebdomadaire Radio Times, sept mois avant sa mort : « Le seul bon boche est un boche mort » (il utilise le terme kraut – “the only good Kraut is a dead Kraut”) et dans son autobiographie publiée en 2003 : « Si j’assistais au naufrage de toute la nation allemande, je pourrais être tenté de l’aider à couler. »

Avec un tel état d’esprit, les propos à l’égard de Wernher von Braun paraissent quelque peu surprenants !

 

Wernher von Braun et le camp de concentration de Dora

De prophète de la conquête de l’espace au cours des années 50 et 60, Wernher von Braun est devenu, à partir des années 1970 un criminel de guerre nazi (associer criminel de guerre et nazi est d’ailleurs devenu un pléonasme !), principalement après la publication de témoignages, essentiellement de déportés français du camp de concentration de Dora… Il faut savoir que des témoignages d’anciens déportés sont encore publiés en ce début du XXIe siècle, plus de 70 ans après les faits… Il faut dire que le filon est excellent, il fait recette…

Le dernier camp de concentration principal créé par le Troisième Reich le 29 octobre 1944 (qui était depuis le 28 août 1943 un Außenlager du camp de Buchenwald), a fait environ 26 500 victimes soit plus d’un tiers des détenus qui s’y sont succédés. Parmi ces 26 500, environ 1 500 ont été tués lors du bombardement de Nordhausen par les alliés les 3 et 4 avril 1945, 11 000 ont succombé lors de l’évacuation du camp les jours suivants. 37 Außenkommandos en dépendaient dont le plus meurtrier fut celui d’Ellrich-Juliushütte, sur 8 000 détenus y ayant travaillé dans des conditions effroyables, principalement à l’agrandissement des tunnels, la moitié sont morts… Le KZ Mittelbau-Dora fournissait la main d’œuvre à l’usine souterraine de Mittelwerk GmbH, une société « privée », où était construit en série le V2, conçu par von Braun et son équipe à Peenemünde. von Braun dont le nom n’apparait pas dans l’organigramme de la société, contrairement à certaines allégations… Il se rend à Mittelwerk pour la première fois le 25 janvier 1944.

C’est Albert Speer, le ministre de l’armement et de la production de guerre, qui, le premier, émit l’idée de transférer un maximum d’usines stratégiques sous terre, dans des mines, des tunnels, pour échapper aux bombardements alliés. C’est le raid aérien contre le centre de recherche de Peenemünde, dans la nuit du 17 au 18 août 1943, qui fut la cause du déplacement de l’usine de production des missiles. «C’est ainsi qu’une immense installation de stockage de carburant de Thuringe, près de Nordhausen, fut choisie. Pour mener à bien ce chantier herculéen, Speer et Hitler convinrent très vite que le sous-traitant évident était la SS, avec sa force captive des camps de concentration ». Von Braun n’a bien évidemment jamais eu son mot à dire dans cette décision !  Dans un effort de construction associant brutalité implacable et rapidité, l’agrandissement et l’aménagement de l’usine souterraine ne prit que quelques mois passant d’une superficie de 97 000 à plus de 112 000 m2. C’est pendant cette phase d’excavation et d’aménagement que la très grande majorité des détenus a trouvé la mort. L’assemblage des fusées quant à lui requérait du personnel qualifié, qu’il fallait préserver, et qui bénéficia donc de conditions bien meilleures, ce qui n’était pas difficile… « En vue d’être affectés à des travaux de plus en plus délicats les déportés les plus qualifiés devaient passer des examens –prüfungen-. Leur formation achevée, ils manipulaient les instruments de précision nécessaires à la fabrication des pièces pour le missile V2… »  Ce sont bien évidemment des scientifiques et techniciens de Peenemünde qui furent responsables de l’assemblage et du test des fusées produites, qui, s’ils avaient là encore eu leur mot à dire, auraient préférés que des armes aussi complexes fussent assemblées par du personnel germanophone et fiable…

Pour plus de vérité historique, d’honnêteté intellectuelle, il faut bien faire cette distinction entre les travaux d’agrandissement, et l’assemblage des missiles proprement dit… Car si l’on peut remplacer au pied levé un travailleur maniant une pelle, une pioche, ou une barre à mine, c’est tout simplement impossible pour un homme travaillant sur un outillage spécial.

Von Braun était-il au courant des crimes nazis commis à Dora ? La question est-elle vraiment pertinente dans le contexte du Troisième Reich ? Car il ne s’agit pas tant de connaître l’étendue de ses connaissances sur le sujet, mais de savoir ce qu’il aurait bien pu faire pour éviter ces atrocités.  Et là, force est de constater que les historiens sérieux, tels Neufeld, ne savent pas quoi répondre ! Vouloir rendre von Braun responsable des crimes commis à Dora, par commisération, par contrition pour les victimes, n’a aucun sens. Von Braun, comme bien d’autres, a été pris dans les remous de cette époque, il a dû voir des choses c’est bien évident, mais il n’a jamais commis lui-même des atrocités. A une toute autre échelle ; je suis au courant que les sans-abris se comptent en dizaines de milliers en France, qu’il y en a dans ma ville, je les croise tous les jours dans la rue, qu’ils sont en danger de mort en période de grand froid… Suis-je responsable ? Que puis-je y faire concrètement ?

[Que l’armée allemande ait utilisé le missile V2 sur des villes ouvertes ne relevait en aucune manière de sa responsabilité non plus ! Il ne faut pas tout confondre. Les alliés ont commencé à bombarder les villes allemandes et les populations civiles bien avant que les V1 et V2 ne soient utilisés !]

A coups d’arguments fallacieux les internés de Dora accusent von Braun d’être la source de toutes leurs souffrances…  C’est la Luftwaffe d’Hermann Göring, qui dès 1942 avait ouvert la voie de l’emploi de main-d’œuvre concentrationnaire dans la production d’armement. Si le missile V2 n’avait pas existé, ces mêmes déportés auraient tout de même travaillés en ce lieu, et strictement dans les même conditions… Ce qui fut le cas dans d’autres usines souterraines beaucoup moins médiatisées, car non « associées » à un nom célèbre. A Mittelwerk on assemblait également l’avion à réaction Me 262 et les V1… Fin 1944, ce sont 140 000 « ouvriers » qui furent employés par le troisième Reich pour construire des usines souterraines géantes sous contrôle SS.

Wernher von Braun est complice des crimes car il n’a rien fait, il a laissé faire, affirment certains sans sourcilier. Avait-il le choix ? Si l’on mène cette logique sournoise jusqu’au bout, on peut demander pourquoi ces même déportés, qui savaient que les armes qu’ils assemblaient étaient destinées à être utilisées contre leurs compatriotes, n’ont-ils pas, eux non plus, refusé de travailler ? Contrairement à la légende les actes de sabotages volontaires furent plutôt marginaux. Les travaux effectués étaient traçables et il existait un contrôle qualité… Les allemands n’étaient pas non plus complètement naïfs ! Beaucoup de détenus mentaient sur leur qualification (les plus qualifiés ayant le plus de privilèges) et se retrouvaient devant des machines et des outils qu’ils n’avaient jamais vu de leur vie et qu’ils étaient bien incapables de faire fonctionner… Ceux là étaient, au mieux, réaffectés aux kommandos de transport, au pire, exécutés.

Rappelons également que von Braun a été arrêté par la gestapo en mars 1944, il passe deux semaines dans ses geôles, accusé de sabotage du programme A4. Il est libéré à titre provisoire pour une durée de trois mois. Il est dès lors, plus que jamais, dans le collimateur d’Himmler (…)

On parle volontiers de l’ambivalence de Wernher von Braun, mais nos plus illustres penseurs universels, dont d’ailleurs plusieurs germanophones, tels Schopenhauer, Nietzsche, ou Freud, nous ont démontré que c’est malheureusement l’apanage de l’immense majorité des êtres humains… L’étude historique nous le prouve également, lorsque sa vie est menacée l’Homme est capable du pire et de toutes les compromissions, comme les Sonderkommandos des camps d’extermination qui étaient composés de détenus… Les kapos des camps de concentration… Ou ces médecins juifs qui aidaient les médecins nazis dans les camps, et il ne s’agissait pas de soigner les malades… Dans un environnement aussi brutal, je n’emploie pas l’adjectif inhumain puisqu’il est le fait d’Hommes, il faut composer, s’adapter pour survivre, l’éthique, la morale, dans toute leur subjectivité par ailleurs, ne sont plus de mise, c’est l’instinct de conservation et notre cerveau reptilien qui prend le dessus.

Dès 1947, le physicien Charles Sadron, livre son témoignage dans « De l’Université aux camps de concentration : témoignages strasbourgeois ». La 4ème édition date de 1996. (Le bouleversant témoignage de Charles Sadron est contenu dans les pages 177 à 231 : « A l’usine de Dora »). La « connexion » entre von Braun et Dora, est donc connue de longue date, nul besoin d’attendre les années 90 et les pseudos révélations de la journaliste Linda Hunt qui a opportunément surfé sur la vague des théories du complot, reprises en France notamment par Pierre Durand.

Il faudra ensuite attendre le milieu des années 70 pour que de nouveaux témoignages, sous forme de livres, soient publiés… (On notera qu’au moment précis où ces livres sont en instance de rédaction, la popularité de von Braun est à son apogée, avec la conquête de la Lune par les américains). Pour ma part, si j’avais été déporté et vécu ce qu’ils ont vécu, j’aurais voulu le crier au monde dès ma libération, comme le fit Charles Sadron… Je n’aurais certainement pas attendu, plus de 70 ans pour certains… Heureusement les historiens sérieux savent bien à quel point ces recueils de souvenirs, a fortiori tardifs, doivent être maniés avec la plus extrême précaution…

Souvenons-nous également que notre pays a engagé plus d’un millier de savants allemands dont des anciens de Peenemünde (environ 80) comme Otto Kraehe, Helmut Habermann, Karl-Heinz Bringer (naturalisé français sous le nom de Henri Bringer), Otto Müller,  Rolf Jauernick, Karl Behnke, Wilhelm Dollhopf, Siegfried Runge… qui eux aussi étaient au courant de l’utilisation de travailleurs forcés et bien évidemment de l’existence de Dora !  Quelle hypocrisie tout de même ! Il est vrai que ces scientifiques étaient peu ou prou connus.

Le pompon des allégations fantaisistes nous vient de Guy Morand et Georges Jouanin, deux français, qui ont accusé von Braun de les avoir violemment battu et menacé d’exécution…  Même l’historien américain Michael Neufeld, pourtant très critique envers von Braun, il en a fait son fonds de commerce, est extrêmement sceptique, il pense qu’il s’agit d’une méprise, c’est dire !

On a également accusé von Braun d’avoir sélectionné des déportés à Buchenwald pour travailler à Mittelwerk… Là encore on frise le ridicule… Voilà quelqu’un qui, avant le bombardement de Peenemünde en août 1943, ne dirigeait pas moins de 3 600 personnes, dont près de 2 000 scientifiques, et c’est lui, qui personnellement, se serait rendu dans le camp de concentration pour sélectionner de la main d’œuvre…   C’est un peu comme si Stéphane Israël, l’actuel PDG d’Arianespace, allait lui-même choisir l’entreprise de nettoyage pour les locaux de la société qu’il dirige ! Soyons sérieux !

Voilà pourquoi, Wernher von Braun, qui fut naguère célèbre et adulé, ce qui explique bien évidemment les attaques dont il est l’objet, est désormais considéré comme un criminel de guerre, suppôt d’Hitler, le symbole absolu du mal dans notre imaginaire, ayant permis aux américains de conquérir la Lune… C’est en effet terriblement vendeur, il faut bien le reconnaître, ça fonctionne parfaitement ! Tout comme : « C’est dans l’enfer de Dora que la conquête de l’espace a commencé » rien n’est plus faux, mais rien ne frappe plus les esprits, et c’est bien ce qui compte… Pourvu que cela fasse vendre… « De l’enfer à la Lune » , « De l’enfer aux étoiles », voilà des titres qui sonnent… Sauf que les déportés ayant travaillé sur les chaines de montage des V2, ont autant contribué à la conquête de l’espace et de la Lune, que les bûcherons, qui ont coupé les arbres pour produire le papier utilisé par Victor Hugo, ont contribué à écrire Les Misérables

Rappelons juste qu’un simple civil ne peut être accusé de crimes de guerre, « La notion de crime de guerre ne concerne que les militaires ou les autorités qui les commandent, dans le cadre d’une guerre. », il faudrait alors traduire en justice tous les scientifiques qui ont développé des armes pour leur pays et qui ont perdu la guerre ! – Von Braun était membre honoraire de la Allgemeine SS comme beaucoup de personnalités en vue du régime… Le Reichsführer SS Heinrich Himmler tenait absolument à incorporer d’importants aristocrates, financiers, industriels et scientifiques dans son organisation. Dans un régime totalitaire il faut composer !  Il se trouve bien évidemment que ses détracteurs les plus virulents n’ont jamais vécu sous un régime totalitaire ! Pour autant que je sache von Braun n’a jamais commandé aucune unité combattante !  Wernher von Braun qui préférait de loin son costume civil, que son uniforme fabriqué par Hugo Boss…

Le crime de guerre a été défini pour la première fois en 1945 par le tribunal de Nuremberg chargé de juger les criminels nazis. Une première « juridique », en ce sens que l’on a édicté des lois a postériori pour juger des actes commis a priori !

Selon l’article 29 du Statut de Rome, les crimes de guerre sont imprescriptibles. Mais en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy une réforme a porté dans le droit français la prescription des crimes de guerres à trente ans, par rapport au délit de guerre dont la prescription est de 20 ans !  Allez comprendre !

Pendant la guerre, des millions de prisonniers, internés des camps de concentration, français du STO, travaillent dans toute l’Allemagne. Quant aux résistants français arrêtés par les allemands et envoyés en Allemagne pour les faire travailler, notamment à Dora, environ 10 000, dans la perspective des nazis, et du régime de Vichy, il ne s’agissait ni plus ni moins que de terroristes ! Lorsque le rapport de force s’est inversé et que l’Allemagne a été vaincue c’est plus d’un million de prisonniers de guerre allemands qui ont travaillé en France, et ce jusqu’en décembre 1948 !   Plus de trois ans après la fin de la guerre sur le théâtre européen… C’est l’application universelle de l’immémoriale loi du talion… L’ordinaire aptitude de l’Homme à une extraordinaire inhumanité.

 

Lorsque Robert Seamans (1918-2008), Directeur adjoint de la NASA de 1965 à janvier 1968, demanda un jour à John Finney du New York Times pourquoi il n’écrivait jamais d’article positif ou optimiste sur la NASA, ce dernier répondit : « Si j’écris un article positif il sera publié en page 33, alors que si j’écris un texte sujet à controverse j’ai une bonne chance de le voir publier en première page. C’est aussi simple que ça. Plus mes articles sont proches de la première page, mieux je suis payé ! »

C’est exactement ça !  Et tant pis pour la vérité historique !

Les amalgames sont si faciles et tellement vendeurs !

Ne jamais perdre de vue dans les jugements que nous faisons sur des personnages historiques, que nous connaissons la fin du film, et que les mentalités ne sont plus les mêmes !  Il faut juger dans le strict contexte du moment (Zeitgeist), sinon c’est beaucoup trop facile… Lorsque nous jugeons par exemple l’adhésion de Wernher von Braun au NSDAP, il faut faire abstraction de tout ce qui s’est passé après le 12 novembre 1937… Tout jugement pertinent concernant von Braun est très difficile, lorsque l’on n’est pas historien spécialiste de l’Allemagne et de cette époque. Sans compter les aspects relatifs aux sciences humaines et sociales.

C’est bien pour cela que je n’aurai pas l’absurde vanité de le juger !

Wernher von Braun à propos des camps de concentration : « Je ne savais pas »

Dans l’autobiographie, dite de science-fiction, d’Arthur C. Clarke (1917-2008) intitulée Astounding Days parue en 1989, le chapitre 29 est consacré à son ami Wernher von Braun. (Il a également écrit Ascent to Orbit, sorti en 1984, qui est son autobiographie scientifique.)

Clarke contacte von Braun par courrier en 1951, ils se rencontrent la première fois à New-York en 1953 et la dernière fois fin 1976 au domicile de von Braun dans la banlieue de Washington…  Clarke initie von Braun à la plongée sous-marine et se dernier écrira même la préface de son livre intitulé The Challenge of the Sea  (Le défi de la mer) publié en juillet 1969… Ils furent des amis proches.

Arthur C. Clarke raconte qu’un jour von Braun lui a fait cette confession : « Non, je n’ai jamais su ce qu’il se passait dans les camps de concentration, mais je le subodorais, et dans ma position j’aurais pu me renseigner et savoir. Je ne l’ai pas fait, et pour ça, je me méprise. » (« No, I never knew what was happening in the concentration camps. But I suspected it, and in my position I could have found out. I didn’t, and I despise myself for it. »)

Comment von Braun pouvait-il ignorer ce qui se passait dans les camps de concentration ? Alors que ces derniers étaient parfaitement connus par l’ensemble des allemands, puisque les premières victimes furent des allemands eux-mêmes, les opposants au régime.

Le 20 mars 1933 Himmler annonce lors d’une conférence de presse l’ouverture d’un camp de concentration, qui ouvre ses portes deux jours plus tard dans une ancienne usine de poudre à la périphérie de Dachau, à une vingtaine de kilomètres de Munich, il peut accueillir 5 000 détenus. Il s’agit du premier camp de concentration nazi. C’est le début de la stratégie concentrationnaire à vocation dissuasive sur laquelle tout régime totalitaire s’appuie pour museler l’opposition… Il faut donc qu’elle soit bien connue pour inspirer la terreur !  « Tiens toi tranquille ou tu finiras à Dachau » est une formule qui ne tarda pas à entrer dans le langage courant…

Et puis nous savons avec certitude que von Braun connaissait l’existence du camp de concentration de Dora, à proximité duquel les missiles V2 étaient fabriqués en série, puisqu’il a rencontré dans l’usine souterraine l’éminent physicien français Charles Sadron qui y était interné, lequel a rapporté cette entrevue dès 1947 dans : « De l’Université aux Camps de Concentration : Témoignages Strasbourgeois. » réédité quatre fois depuis ! Et puis bien évidemment, il connaissait le Karlshagen Außenlager II, ce camp de travail dépendant administrativement du camp de concentration de Ravensbrück, qui a existé à Peenemünde du 17 juin 1943 au 13 octobre 1943, dont les quelques 600 détenus étaient logés au niveau inférieur de l’ultra-moderne hall d’assemblage F1. Détenus qui furent transférés au KZ-Außenlager ou Arbeitslager Dora le 13 octobre 1943, deux mois après le premier bombardement du centre de recherche…

Il ne pouvait pas ignorer non plus que l’usine de Rax-Werk près de Wiener Neustadt qui a produit des V2 de mars à octobre 1943, était un Außenlager du camp de concentration de Mauthausen-Gusen , ou que les usines Zeppelin de Friedrichshafen qui ont fabriqué des composants de la V2 de 1941 à 1943, notamment des portions de fuselage et les réservoirs d’ergols, utilisaient des détenus de Dachau.

Il faut savoir qu’en 1934, devant la vindicte populaire, les camps de concentration ont failli fermer (ce qui prouve bien qu’ils étaient bien connus par la population allemande et qu’on savait ce qu’il s’y passait)… Mais Hitler a consolidé son pouvoir… s’est rendu maître de l’Europe continentale… Dès lors le nombre de camps n’a cessé d’augmenter, et pour certains, leur rôle a évolué…

Cela dit, n’y a-t-il pas là une méprise entre camp de concentration et camp d’extermination ?
La confusion a-t-elle été faite par Clarke des années plus tard, ou directement par von Braun ?

Même s’il est vrai que la différence entre les deux est ténue, dans la mesure où certains camps de concentration sont devenus des camps d’extermination, comme Dachau, et Auschwitz créé en 1940, au départ pour être une zone d’intérêt économique, qui est devenu à partir de 1942 un camp d’extermination avec l’adjonction en octobre 1941 d’un camp dédié à cet effet, dépendant administrativement d’Auschwitz : Birkenau, situé à 3 km du camp originel…  Auschwitz et ses trois camps, d’une superficie de plus de 200 hectares, est devenu le symbole de l’Holocauste… Près d’un million de juifs y furent assassinés à partir de 1942.

Bien évidemment les camps de concentration ont été le théatre de tortures, d’exactions sans nom, d’innombrables assassinats, mais l’extermination de masse ne commence à se mettre en place qu’en 1941, tout d’abord avec des dizaines de milliers de prisonniers russes et notamment les commissaires politiques soviétiques…

La genèse de l’Holocauste fut longue et complexe et le résultat d’un processus meurtrier compliqué qui est le fruit d’initiatives venant aussi bien du haut commandement que de la base, il ne s’agit aucunement d’une décision prise à un moment donné par le régime nazi.

Rappelons également que le camp de concentration n’a pas été inventé par les allemands, il ne s’agit pas d’une spécificité nazie contrairement au camp d’extermination…

Aussi, lorsque von Braun parle de camp de concentration, (Il en a existé une quarantaine, plus un millier de camps satellites dont certains dans des trains ou même des églises abandonnées, dans la pratique il s’agissait principalement de camps de travail qui s’implantaient ça et là et dont la durée de vie pouvait être très éphémère, ils ouvraient et fermaient selon les contingences du moment.) il pense en réalité au camp d’extermination, ces centres industriels de mise à mort de masse dont l’existence était confidentielle et qui étaient au nombre de six (auxquels il faut ajouter ceux de l’Aktion T4 réservés aux handicapés physiques et malades mentaux).  L’assassinat des handicapés, homosexuels, associaux, vagabonds, tziganes, slaves, juifs, tous ceux que les délires eugénistes des responsables du Troisième Reich appelaient untermenschen (sous-hommes) était top-secret… Tous les ordres les plus compromettants furent donnés oralement. Alors bien évidemment, compte tenu de l‘ampleur de ce processus d’anéantissement qui impliquait pas mal de monde, il y a eu des fuites, des soldats en permission ont raconté des choses, mais il n’a jamais été possible à la population allemande de recouper tous les témoignages, de mesurer l’ampleur du génocide puisqu’il était impossible à un allemand de s’exprimer ouvertement hors de la sphère privée !

Wernher von Braun comme beaucoup d’allemands continueront à fréquenter des restaurants tenus par des juifs comme le Zigeunerkeller à Berlin, continueront de faire leurs courses dans les magasins tenus par des juifs… Il faudra attendre fin 1941 et la promulgation de nouvelles lois anti-juives notamment celle les obligeant à porter l’étoile jaune, et celle interdisant tout contact avec les juifs, désormais clairement identifiables, qui devenait passible d’un internement en camp, pour que la population allemande se tienne à l’écart… Promulgation de lois qui prouve de la manière la plus éclatante que la propagande anti-juive du régime n’a pas eu l’effet escompté, et ne s’adressait pas à une population globalement antisémite. Un allemand moyen de cette époque n’était pas plus antisémite qu’un français moyen !

Von Braun aurait-il dû fuir l’Allemagne comme certains l’ont prétendu ? Plus facile à dire qu’à faire, compte tenu de sa position et des informations qu’il détenait, ses parents, sa famille, ses amis, ses collaborateurs, auraient certainement fait l’objet de représailles.

Le problème dans le jugement que nous faisons des contemporains allemands d’Hitler c’est que contrairement à eux nous connaissons la fin du film, et l’ampleur du génocide commis par les nazis (très abondamment commenté depuis la fin de la guerre), nous avons une vision globale, ce que Wernher von Braun et ses compatriotes, vivant sous une dictature, avec tout ce que cela implique, ne pouvaient en aucun cas avoir. Pendant les dernières années de la guerre ils avaient certainement des sujets de préoccupation plus égoïstes, liés à leur propre survie et celle de leur famille.

La véhémence de certains donneurs de leçons est toujours suspecte.

Il ne se passe pas une semaine en France sans que l’on ne nous propose sur les chaines de télévision des documentaires sur l’allemagne nazie… C’est de très loin la période historique la plus étudiée, pourtant les poncifs et raccourcis ont la vie dure, surtout à l’école et à la télévision… Seuls les livres écrit par des historiens professionnels, spécialistes de l’Allemagne et de cette période, peuvent nous donner un éclairage pertinent sur tel ou tel aspect de l’Allemagne nazie et permettent d’appréhender toute la complexité des situations…

Il est peu probable que Wernher von Braun ait ignoré le sort réservé aux personnes déportées vers l’Est, il avoue l’avoir soupçonné, mais il est certain qu’il ne pouvait en aucune manière en appréhender l’effroyable ampleur, ni d’ailleurs changer le cours des événements, qui dépassent l’entendement.

Devant l’indicible, nombre d’allemands se sont réfugiés dans le refoulement.

 

[De tous les livres sur les camps de concentration que j’ai pu lire, le meilleur est pour moi celui de Nikolaus Wachsmann, intitulé : « KL : A History of the nazi concentration camps ». Une œuvre majeure, en instance de traduction par Jean-François Sené, dont la sortie en librairie est prévue pour octobre-novembre 2017 : « KL: Une histoire des camps de concentration nazis » chez Gallimard. A ne surtout pas manquer !]