Le budget de la navette spatiale se réduit comme peau de chagrin

Le 25 janvier 1971 le magazine Newsweek commente le « rapetissement » de la navette spatiale : « Le programme spatial américain a de nouveau été touché par une salve de réductions budgétaires. La navette spatiale qui doit desservir la future station spatiale n’obtiendra que le tiers du financement que ses concepteurs réclament. La demande originelle de 300 millions (NdT : 1,9 milliards en dollars constants) a été réduite par la NASA à 225 millions. (NdT : 1,4 milliards en dollars constants). Les responsables du budget de la Maison-Blanche (Office of Management and Budget -OMB) l’ont réduit à 105 millions (NdT : 660 millions en dollars constants). »

Hélas, les considérations liées à la sécurité des équipages n’ont jamais vraiment fait partie des discussions… Après le catastrophe de Challenger en 1986 la NASA a dépensé quelque 3 milliards de dollars (soit 6 milliards en dollars constants), ce qui comprend le remplacement de la navette détruite (1,7 milliards de dollars 1987), et les modifications apportées aux navettes entrainant une réduction significative de la charge utile (5 tonnes en moyenne) … Il faut ajouter les 2 milliards dépensés par l’US Air Force pour acquérir 10 lanceurs… et les deux milliards que coûtait Challenger… La base de Vandenberg avait été modifiée pour permettre d’envoyer des navettes en orbite polaire, pour un coût de 5,5 milliards de dollars…

17 ans plus tard en février 2003 c’est Columbia qui se désintègre au-dessus du Texas… Rien que la récupération des débris et l’enquête, ont coûté la bagatelle de 400 millions de dollars. La perte de Columbia s’élève à 2 milliards de dollars…  Il faut ajouter 2 milliards de dollars pour les tests et les diverses modifications effectuées, les retards dans l’assemblage de l’ISS etc.

Au final, des économies de bouts de chandelle (A l’échelle d’un pays comme les Etats-Unis) qui ont eu des conséquences autrement plus coûteuses !

Et on ne parle pas ici des vies sacrifiées, des familles anéanties…

11e décollage de la navette spatiale, c’est déjà de la routine

Lorsque le 6 avril 1984, la navette spatiale Challenger décolle pour sa cinquième mission (STS-41C) du complexe de lancement 39A, la chaine de télévision CBS crée un précédent, et déroge à une règle vieille de 23 ans, en ne retransmettant pas en direct le lancement d’une mission habitée. (Contrairement à la radio CBS). Il ne s’agissait pourtant que de la onzième mission d’une navette spatiale. Le lundi suivant, John Carmody spécialiste de la télévision au Washington Post écrivait : « Lorsque vendredi matin CBS News n’a pas jugé opportun de retransmettre le lancement de la navette spatiale en direct, alors que depuis le début du programme spatial habité elle n’avait loupé aucune mission, elle a assurément déçu certains télespectateurs. »

Bob Chandler le vice-président de CBS News expliquera que la question des retransmissions en direct des décollages de la navette avait déjà été évoquée un an auparavant. La problématique étant la suivante : à quel moment les missions de la navette spatiale deviendront-elles si routinières que leurs retransmissions en direct ne seront plus pertinentes ?  Il semble que le moment soit venu… Ceci dit, ajouta-t-il, nous avons les moyens techniques d’intervenir à tout moment, et de prendre l’antenne en direct en cas de problème !

En 1985 par exemple, un seul lancement sur neuf sera retransmis en direct par CBS, il s’agit de la mission de Discovery (STS-51D) emportant dans l’espace le sénateur de l’Utah, Edwin Jacob « Jake » Garn, qui a décollé le 12 avril, jour du 24e anniversaire du premier vol habité de l’Histoire, et quatrième anniversaire du premier vol de la navette spatiale. La retransmission a duré trois minutes. Aucun atterrissage ne sera retransmis en direct…

Comme l’affirmait le grand penseur arabe Mahmud ibn Umar al Zamakhschari (1075-1144) : Si l’erreur a une mère, cette mère est la routine. Le 28 janvier 1986 on prendra conscience qu’une mission spatiale ce n’est jamais de la routine !

John Young veut un drapeau américain plus grand

John Young a fait une sorte de fixation sur la taille du drapeau américain qu’il voulait porter sur sa combinaison spatiale pour le premier vol de la navette spatiale. Le modèle standard, à la taille règlementaire, ne lui convenait pas, car trop petit (8,9 x 5,7 cm). Il souhaitait un drapeau plus grand que l’écusson de la mission, de 10 x 10 cm, car disait-il : « L’amérique est plus grande que le programme navette spatiale… » Lorsqu’on lui proposa finalement une taille qui le satisfasse, son « exigence », inédite, avait fait le tour des centres de la NASA, et même de la presse… C’était devenu un sujet de plaisanterie…

Sur cette photo on aperçoit la taille de l’écusson drapeau américain standard sur l’épaule gauche de Robert Crippen

Et voici la taille du drapeau après l’intervention « patriotique » de John Young !

John Young se préparant pour son cinquième vol spatial !

 

Ainsi, le 12 avril 1981, lorsque John Young et Robert Crippen entrent dans la salle où les techniciens vont les aider à revêtir leur combinaison spatiale et tester son bon fonctionnement (suit-up room qui se trouve dans le Operation & Check Building), ils découvrent, accroché au mur, un immense drapeau américain, tellement grand qu’il recouvre entièrement ledit mur, et n’a d’ailleurs pas pu être complètement déplié. L’un des techniciens lui lance alors : « John, c’est assez grand ? »  Une petite blague qui a permis de relâcher un peu la tension avant cette mission essentielle.

On aperçoit l’immense drapeau accroché au mur

 

Cet immense drapeau avait été récupéré chez une agence immobilière qui le faisait flotter sur un mât devant ses locaux. Lorsque les techniciens chargés des combinaisons spatiales, qui logeaient dans un motel de Cocoa-Beach, ont aperçu, juste à côté, ce gigantesque drapeau, ils se sont faits fort de convaincre le personnel de le leur prêter pour cette petite blague.

John Young veut régler ses dettes avant STS-1

Quelques temps avant de se rendre au Centre Spatial Kennedy pour la première mission de la navette spatiale (STS-1), John Young et Joe Allen (astronaute de l’équipe de soutien et l’un des capcoms de la mission STS-1) vont déjeuner à la cafétéria du Centre Spatial Johnson. Young ayant oublié son argent, c’est Allen qui règle la note. Peu après, Young insiste pour le rembourser. Allen s’en amuse en lui disant que ce n’est pas la peine. « Non » lui répond John Young : « On ne vas pas voler sur ces engins (parlant de la navette) lorsque l’on a des dettes. »

Cette remarque, mi-figue mi-raisin, révèle que John Young était trop bien conscient, qu’il allait effectuer la mission spatiale américaine la plus risquée, jamais réalisée depuis le début de la conquête spatiale.

Le syndrome du commandant de mission

L’astronaute John W. Young n’a pas eu le « syndrome du commandant » lors de la mission Apollo 16, c’est-à-dire l’astronaute dont la fréquence cardiaque est la plus élevée lors du lancement. Comme le rappelle le Dr Charles A. Berry, alors directeur des sciences de la vie à la NASA (Director of Life Sciences) : « Le commandant a la plus grande responsabilité et a habituellement le pouls le plus rapide. Or, lors du lancement d’Apollo 16 c’est le pilote du module lunaire, Charles M. Duke, qui a eu le rythme cardiaque le plus rapide, avec 130 battements par minute, vient ensuite celui du pilote du module de commande, Thomas K. Mattingly, avec 115.

C’est John Young, le commandant de la mission, qui effectuait son quatrième vol spatial, et deuxième mission vers la Lune, qui a eu la fréquence cardiaque la plus basse, avec 108 pulsations par minute.

Le record du rythme cardiaque le plus rapide est détenu par Charles Conrad Jr, dont le pouls a atteint 166 battements par minute juste avant le lancement de Gemini 11, le 12 septembre 1966.

Le pouls de John Young lors du décollage de la première mission de la navette spatiale n’a jamais dépassé 85 !