Apollo 9 une mission très technique

Wernher von Braun, le directeur du Centre Spatial Marshall a estimé que « la mission Apollo 9 est au moins 25% plus complexe que les missions Apollo précédentes. Et cela inclut la mission circumlunaire Apollo 8… »

Bien plus qu’une mission de pilotes d’essais, il s’agira d’une mission d’ingénieurs d’essais !

La NASA précise que pour chaque heure passée dans l’espace, (la mission a duré 10 jours), chacun des astronautes s’est entraîné trois heures dans les simulateurs du LM et CSM.

Wernher von Braun reçoit le Prix Galabert

Le directeur du centre de vol spatial Marshall de la NASA Wernher von Braun est l’un des trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique à l’hôtel Lutetia à Paris en France, le 15 mars 1967. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le 15 mars 1967, Wernher von Braun (1912-1977) reçoit à Paris le prix Galabert d’astronautique pour l’année 1966. Le prix est remis à l’hôtel Lutetia, l’endroit même où les allemands avaient installé leur quartier général du renseignement et du contre-espionnage pendant la deuxième guerre mondiale (Abwehr-Nachrichtendienst), et où furent accueillis les déportés des camps de concentration d’avril à août 1945 avant de rejoindre leur famille. Au début des années 1920, Charles de Gaulle y a passé sa lune de miel avec sa femme Yvonne.

Il va sans dire que l’amicale du camp de Dora protesta vivement, alors même que von Braun n’a aucune responsabilité dans l’utilisation des déportés des camps de concentration pour la production d’armement… Il n’a fait que développer des armes, comme des milliers d’ingénieurs dans le monde, la manière dont son gouvernement allait produire ses armes n’était absolument pas de son ressort. Et si ces nouvelles armes n’avaient pas existé, les déportés auraient travaillé sur d’autres, exactement dans les mêmes conditions (…)

Von Braun partage le prix avec deux français, Jean-Pierre Causse (1926-2018), le directeur du centre spatial de Brétigny, et Roger Chevalier (1922-2011) le directeur technique de la société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques, SEREB.

Les trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique : le directeur du centre spatial de Brétigny Jean-Pierre Causse, le directeur du centre de vol spatial Marshall de la NASA Wernher von Braun et le directeur technique de la société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques Roger Chevalier, à l’hôtel Lutetia à Paris en France, le 15 mars 1967. (Crédit Photo : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)
Jean-Pierre Causse, Wernher von Braun et Roger Chevalier le 15 mars 1967 à l’hôtel Lutetia. (Photo credit -/AFP/Getty Images)
Les trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique : Jean-Pierre Causse, Roger Chevalier et Wernher von Braun, à l’hôtel Lutetia, le 15 mars 1967. (Crédit Photo : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Dans son édition du mardi 24 mai 1966 le New York Times rapporte une information de l’agence de presse Reuters, selon laquelle le prix décerné le 23 mai à Wernher von Braun, Jean-Pierre Causse et Roger Chevalier doit être remis aux lauréats en octobre 1966 à Paris, juste avant le début du Congrès International d’Astronautique qui se tient à Madrid du 5 au 15 octobre. Un petit article qui contient quelques erreurs, l’orthographe du prénom de von Braun est Wernher et non pas Werner,  le prénom de M. Galabert est Henri et non pas Paul, le prix a été instauré en 1958 et pas en 1954. Finalement le prix sera remis le 15 mars 1967.

The New York Times, édition du mardi 24 mai 1966.

Quelques mots sur le prix Galabert

Ce prix doit son nom à un industriel, revendeur de machines-outils, Henri Galabert, passionné d’astronautique, qui assortira cette récompense d’une somme de 20 000 francs. A sa demande le prix est décerné sous l’égide de la Société Française d’Astronautique créée le 22 décembre 1955, dont il deviendra le principal mécène. La SFA dont le président est alors le général Paul Bergeron (1890-1967) et le secrétaire général, le génial Alexandre Ananoff (1910-1992). Le premier prix Galabert a été décerné en 1958. L’excellent Albert Ducrocq (1921-2001) a également été à l’origine de la création de ce prix.

En ce qui concerne les récipiendaires et les dates d’attribution, les sources sont extrêmement contradictoires.

(De g. à d. au premier plan) Le cosmonaute Andrian Nikolaïev, Henri Galabert, Valentina Terechkova alors l’épouse de Nikolaïev. Le 14 mai 1965. (Crédit Photo : Keystone/Getty Images)

« Il semble qu’en 1958 le prix délivré fut de 200 000 francs (anciens). Puis plus rien. Personne ne parla plus de lui jusqu’au jour où la presse, en fin septembre 1963, claironna bien haut que le président Brun, accompagné de M. Galabert se rendrait à l’aérogare pour accueillir Gagarine, venant de Moscou spécialement pour recevoir son prix. » affirme Alexandre Ananoff (1910-1992) dans ses mémoires parues en 1978 : « Les mémoires d’un astronaute, ou l’astronautique française ». Il considère ce « prix peu reluisant », dans le chapitre éponyme qui lui est consacré (pp 186 à 189), lui préférant de loin celui de REP-HIRSCH créé en 1928 par Robert Esnault-Pelterie (1881-1957) et le banquier André Louis-Hirsch (1899-1962), qu’il juge beaucoup plus sérieux… Hermann Oberth sera, en 1929, le premier lauréat de ce prix qui comme le prix Galabert récompense les travaux les plus remarquables dans le domaine des fusées et du vol spatial. Le prix REP-Hirsch était décerné sous l’égide de la Société Astronomique de France (SAF), au sein de sa nouvelle « commission d’Astronautique ».

C’est effectivement à partir de 1963 lorsque le prix Galabert est décerné, entre autres, à la superstar internationale Youri Gagarine, que cette récompense va être médiatisée et reconnue, car jusque-là elle était plutôt confidentielle.

Comme il existe une certaine confusion entre la date de l’annonce du comité Galabert qui décerne le prix, et la date où ce dernier est physiquement remis, les dates communiquées ci-après ne le sont qu’à titre indicatif.  (Il faudrait avoir accès aux numéros de l’organe de la SFA, notamment la revue française d’astronautique, qui a paru de septembre 1958 à 1967.)

Il semble que le prix Galabert ait été décerné pour le dernière fois en 1972 et physiquement remis aux récipiendaires en 1973. La SFA fusionne fin 1971 avec l’AFITAE (Association Française des Ingénieurs et Techniciens de l’Aéronautique et de l’Espace) créée en 1945, pour donner le 7 février 1972 l’Association Aéronautique et Astronautique de France (A.A.A.F puis 3AF). Techniquement l’AFITAE est dissoute et la SFA change d’intitulé.

Les lauréats du prix Galabert : (liste non exhaustive)

1959 : Maurice Allais (1911-2010) pour ses recherches sur la gravitation et le mouvement du pendule « paraconique ».

1960 : ?

1961 : Jean-Emile Charon (1920-1998) qui reçoit le prix pour ses recherches sur les éléments d’une théorie unitaire de l’Univers.

1962 : Ernst Stuhlinger (1913-2008), Herman Oberth (1894-1989), Julien MARTELLI, Siegfried KLEIN (1914- ? ), Pierre BLANC, et Lucien GERARDIN (1923- ).

1963 : Ary Sternfeld (1905-1980), Youri Gagarine (1934-1968), John Glenn (1921-2016), Jean-Jacques Barré (1901-1978), Hervé Moulin (1946-2016) Alla G. Masevich (1918-2008).  (John Glenn est absent à la remise du prix, il est représenté par William Pickering, Président de l’institut américain d’Aéronautique et d’Astronautique.)

1964 : ?

1965 : Valentina Terechkova (1937 –  ), première femme dans l’espace, son mari Andrian Nikolaïev (1929-2004), et William Pickering (1910-2004) pour le programme Ranger.

1966 : Wernher von Braun (1912-1977), Roger Chevalier (1922-2011), et Jean-Pierre Causse (1926-2018).

1967 : ?

1968 : ?

1969 : Les astronautes d’Apollo 11, Neil A. Armstrong (1930-2012), Michael Collins (1930- ) et Edwin E. Aldrin.  (1930- )

1970 : ?

1971 : L’Académie des sciences d’URSS reçoit le prix pour Luna 16.

1972 : Carl Sagan (1934-1996), Audouin Dolfuss (1924-2010), Mikhail Marov (1933- ). Prix remis en juin 1973.

Les lauréats de 1961 à 1967 selon le NASA Historical Data Book 1958-1968 Vol.1 (NASA Special Publication 4012).

Contrairement à ce qu’affirment certaines sources, l’astronaute Alan Shepard n’a jamais reçu ce prix.

Wernher von Braun lauréat du Prix Hugo

L’Annual Science Fiction Achievement Award, que l’on peut traduire par récompense ​​annuelle d’œuvre de science-fiction, qui devient officiellement le prix Hugo (Hugo Award) en 1992, a été créé en 1953, à l’origine comme un événement unique, puis décerné chaque année à partir de 1955. Il récompense dans plusieurs catégories les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy. C’est la World Science Fiction Society (WSFS) (Association mondiale de science-fiction) lors de la World Science Fiction Convention ou Worldcon (Convention Mondiale de la Science-Fiction) qui attribue chaque année le prix Hugo, lequel est rapidement devenu une récompense prestigieuse. Le Prix Hugo doit son nom à Hugo Gernsback (1884-1967), le fondateur, en 1926, du premier magazine de science-fiction, Amazing Stories.

Hugo Gernsback (1884-1967) Crédit photo : Louis Fabian Bachrach Jr. (1917-2010)
Le premier numéro de « Amazing Stories  » (Avril 1926) dédicacé le 7 août 1965 par Hugo Gernsback à son ami Rick Norwood (1942-) , éditeur, historien de la bande-dessinée, auteur…

En 1996 la WSFS a l’idée de décerner rétrospectivement des prix Hugo, le prix n’ayant pas été décerné en 1954, c’est 50 ans plus tard, en septembre 2004 que les récipiendaires des « Retrospective Hugo Awards », qui concernent donc des œuvres parues en 1953, sont révélés lors de la 62e convention mondiale de la science-fiction qui se déroule à Boston dans le Massachusetts du 2 au 6 septembre 2004.

Dans la catégorie « œuvre non romanesque » (non fiction), ce sont Wernher von Braun (1912-1977), Willy Ley (1906-1969) et Fred Whipple (1906-2004) qui, le 4 septembre 2004, reçoivent le prestigieux « Prix Hugo », à titre rétrospectif, « Retro Hugo Award », pour le livre Conquest of the Moon, paru en 1953. (De même que Chesley Bonestell (1888-1986) dans la catégorie « artiste illustrateur » qui a notamment participé à l’illustration de l’ouvrage. C’est Ray Bradbury (1920-2012), de son vivant, qui obtient le prix dans la catégorie meilleur roman de science-fiction, avec Fahrenheit 451.)

27 ans après la mort de Wernher von Braun, 35 ans après celle de Willy Ley,  et 4 jours après le décès de Fred Whipple, ces trois auteurs reçoivent le Retro Hugo Award… Le livre en question traite plus en détail le contenu de l’article qu’ils avaient écrit pour le magazine Collier’s « Man On the Moon » en octobre 1952.  

Œuvre non romanesque ? Et pourtant, à la sortie du livre il s’agit bien d’une œuvre de fiction ! Pour la circonstance, l’intitulé de la catégorie fut prestement modifié pour se muer en « Best Related Book » avec pour ce livre en particulier, la mention « to the appropriate people in the space industry ». « Meilleur livre apparenté science-fiction à destination des personnes liées à l’industrie spatiale. »

393 votants ont départagé les trois livres en compétition, les votes se répartissent comme suit : 179 voix pour Conquest of the Moon de Wernher von Braun, Fred L. Whipple et Willy Ley ; 148 voix pour Science Fiction Handbook de L. Sprague de Camp ; et 44 voix pour Modern Science Fiction: Its Meaning and Its Future de Reginald Bretnor. A noter, il y a eu 22 personnes qui ont voté pour ne pas attribuer le prix à l’un de ces trois ouvrages.

C’est Patrick Malloy l’un des responsables de l’organisation du Worldcon et intermédiaire de la NASA pour tout ce qui concerne les expositions sur le thème de l’espace, qui reçoit le trophée. Il va le remettre au conservateur du U.S. Space and Rocket Center de Huntsville en Alabama, musée dont Wernher von Braun est à l’origine…

Le trophée fut tout d’abord présenté lors d’une exposition événementielle dont le thème est l’influence de la science-fiction sur les carrières des grandes figures des débuts de l’astronautique, tel Wernher von Braun…  Puis, placé définitivement sur l’ancien bureau que Wernher von Braun avait au Centre Spatial Marshall, dans la partie du musée qui lui est consacré.

La reconstitution du bureau de Wernher von Braun au Centre Spatial Marshall au musée de l’U.S. Space and Rocket Center. Le trophée se trouve devant le globe de la planète Mars. Crédit photo : Naomi MALLOY (l’épouse de Patrick MALLOY)
Gros plan sur le trophée de 33 cm de haut ressemblant à une fusée A4. Crédit Photo : Naomi MALLOY. U.S. Space and Rocket Center.