Lorsqu’un astronaute retrouve sa combinaison spatiale sur eBay

L’astronaute Clayton Anderson (né en 1959) a passé 147 jours à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) en 2007, (exactement du 10 juin au 4 novembre) lors de l’Expédition 15. C’est la navette Atlantis (Mission STS-117) qui l’y emmène, et c’est Discovery (STS-120) qui le ramène sur Terre.

Les américains ayant annulé leur projet CRV (Crew Return Vehicle), un vaisseau spatial dédié spécifiquement pour l’évacuation des résidents de la Station Spatiale Internationale en cas d’urgence, c’est une capsule Soyouz TMA, continuellement amarrée à la station (par périodes de six mois) qui fait office de chaloupe de sauvetage. En ce moment il y a six personnes à bord de la station, il y donc deux Soyouz amarrés. Pour pouvoir l’utiliser, la NASA a signé un contrat avec Roscosmos, l’agence spatiale russe qui comprend notamment l’entrainement des astronautes, dont des stages de survie propres aux conditions d’atterrissage de la capsule… Et bien évidemment la fourniture d’une combinaison de secours, actuellement la Sokol KV-2,  qui est fabriquée par la société NPP Zvezda, la seule qui permette de voler à bord de Soyouz.

[En 2007 un siège sur Soyouz est facturé 21,8 millions de dollars. Puis, avec l’arrêt du programme navette spatiale (denier vol en juillet 2011), les prix n’ont cessé de flamber, et l’on atteint désormais la somme faramineuse de 81 millions de dollars par vol ! (Depuis 2006 la NASA aura versé 3,36 milliards de dollars à la Russie, rien que pour envoyer ses astronautes sur l’ISS et les ramener sur Terre.)]

Pendant que Clayton Anderson s’entraîne à la Cité des Etoiles, à Moscou, quelqu’un lui propose, moyennant la somme de 10 000 dollars américains, de récupérer sa combinaison après la mission, et de la lui envoyer directement chez lui. Alors peu au fait des us et coutumes russes, il prend cette « offre » pour une boutade…

Clayton Anderson a enfilé sa combinaison Sokol (Faucon) à bord de l’ISS. Derrière lui en haut le russe Oleg Kotov et en-bas à droite le commandant russe de la mission, Fyodor Yurchikhin. Photo NASA.

Des années plus tard, après sa mission dans l’ISS, Anderson apprend que bon nombre de ses collègues ont conservé leurs gants comme souvenir. Lorsque les russes apprennent cela, ils exigent auprès de la NASA le retour de tous les gants « escamotés »… L’agence spatiale américaine négocie un compromis ; un prêt « temporaire ».  Il faut savoir que ces gants sont fabriqués sur mesure, deux paires de gants sont confectionnés pour chaque combinaison, et ont une date de péremption, ils ne peuvent donc pas resservir. Qui plus est, il ne faut pas oublier que la NASA a payé le prix fort pour cet équipement !

Anderson aimerait bien récupérer ses gants pour les donner au Strategic Air Command and Aerospace Museum, un musée qui se trouve désormais près de la ville où il a grandi, Ashland au Nebraska. Les démarches de la NASA, et les siennes, restent vaines, niet  répondent les russes.

En janvier 2013 il démissionne de la NASA, après y avoir travaillé pendant 30 ans, dont les 15 derniers comme astronaute.

En 2015, alors qu’il a perdu tout espoir, un collègue lui envoie un courriel avec un lien, qui l’emmène sur le site d’enchères américain eBay. Stupéfait, et dégoûté, il constate que ses gants sont en vente, ce sont bien ses initiales : KA (en alphabet cyrillique Clayton s’écrit avec un K).

Le pseudo du vendeur est Maxim, il vend la paire de gants 4 000 dollars en « achat immédiat ». Après en avoir discuté avec sa femme, de peur de ne pas remporter l’enchère, il décide de les acheter sur le champ. En dépit de ses craintes et réticences la transaction se déroule parfaitement, puisqu’il reçoit son colis quelques jours plus tard ; les gants sont en parfait état. C’est ainsi que ledit musée compta un élément de plus dans son pavillon dédié à l’espace.

Comme le précise le rédacteur indépendant Terry Dunn dans son article publié sur Tested.com intitulé From Russia with Gloves : « Après des années de vains efforts, Clay trouva finalement un moyen de récupérer ses gants Sokol pour un musée. Force est de constater que l’argent a été un bien meilleur catalyseur que la diplomatie. »

Clayton Anderson s’interroge alors : « Si ce Maxim a pu avoir mes gants, peut-être qu’il pourra se procurer ma combinaison ? »

Non seulement Maxim a la combinaison, mais également les gants de rechange, le sous-vêtement, les badges, les bottes grises en cuir, et même l’étiquette avec son nom… Le prix demandé : 50 000 dollars ! Il se souvient alors, dépité, de la proposition qu’on lui avait faite à la Cité des Etoiles, au Centre d’Entrainement des Cosmonautes Youri Gagarine !

N’ayant pu réunir que la moitié de la somme sur ses propres deniers et l’aide de deux amis, l’achat se fait en deux temps. Avec un premier versement de 20 000 dollars Maxim s’engage à envoyer la combinaison de Russie chez un ami dans le Maryland. Ayant reçu les preuves de l’arrivée du Sokol sur le sol américain, Clayton Anderson continue la levée de fonds. De son côté, le musée organise par le truchement d’une campagne internet un appel à dons, le slogan est : « Save the Suit ».

En quelques mois la somme nécessaire, soit 80 000 dollars, est collectée,  elle servira pour effectuer le deuxième versement au vendeur, rembourser Clay Anderson et ses amis, et faire l’acquisition d’une vitrine qui permettra de conserver et exposer la combinaison dans les meilleures conditions possibles. La transaction finale se fait sans anicroche et la combinaison est finalement livrée.

C’est ainsi que le 21 octobre 2017, Clayton Anderson en personne, présente devant un public de plus de 200 personnes, à l’occasion d’une soirée organisée de 17:00 à 20:00 à laquelle quelque 900 personnes assisteront au total, sa chère combinaison Sokol, enfin dans son musée préféré, quelque 10 ans après sa mission dans la Station Spatiale Internationale.

Anderson étant à ce jour le seul astronaute natif du Nebraska, il était normal qu’il tienne absolument à ce que ce soit un musée de ce même état qui accueille sa combinaison Sokol.

Clayton Anderson au Strategic Air Command and Aerospace Museum à côté de sa combinaison Sokol KV-2. Crédit photo : Suzy NELSON – The Ashland Gazette

Une combinaison qu’il n’a porté en définitive qu’une seule fois « en opération », lorsque l’équipage de l’Expédition 15 a dû déplacer le Soyouz TMA-10 vers un autre port d’amarrage pour libérer ce dernier. Dans ce cas précis, le protocole de sécurité prévoit que les trois occupants de l’ISS doivent prendre place dans le Soyouz, car il s’agit d’éviter qu’un astronaute reste seul dans l’ISS au cas où le vaisseau spatial serait dans l’incapacité de s’amarrer à la station. La manœuvre n’a duré que 20 minutes et s’est parfaitement déroulée.

Clayton Anderson dans Soyouz. Photo NASA.

On se demande comment ces articles, qui sont techniquement la propriété de l’état russe, financé par les américains, ont pu se retrouver sur un site d’enchère comme eBay. Ceci dit, tout le monde sait que le spatial russe est gangrené par la corruption, sachant qu’en Russie la corruption est endémique, le pays se situant à la 131e place sur 176 pays en 2016, selon Transparency International ! (Les Etats-Unis sont à la 18e place et le France à la 23e). Ainsi en 2012 la combinaison Sokol de Shannon Lucid (mission sur Mir du 22 mars au 26 septembre 1996) a été vendue aux enchères par la maison Bonhams pour la somme de 28 427 euros, et celle de Donald Pettit, de l’Expedition 6 (du 25 novembre 2002 au 3 mai 2003), qui a regagné la Terre à bord de Soyouz TMA-1 pour la bagatelle de  50 763 euros. Si vous allez sur ebay et recherchez des articles « Sokol », la liste est impressionnante !

 

Anecdote dans l’anecdote : Clayton Anderson travaille à la NASA depuis 1983, tout d’abord au sein de la division Mission Planning and Analysis, au Centre Spatial Johnson (…) Il ne devient astronaute qu’en 1998 (Groupe 18) après avoir postulé… 15 fois !

 

Mes plus chaleureux remerciements à M. Dominique Gaudrier, grand passionné de la conquête de l’espace depuis 1965, à l’origine de cette anecdote. L’essentiel de cette histoire se trouve ici en anglais. Vous pouvez retrouver les excellentes contributions de « Papy Domi » sur l’excellent Forum de la Conquête Spatiale.

En 1958 Walter Dornberger prévoit un Homme sur la Lune d’ici dix ans

En 1958, environ 3 ans avant que le président Kennedy ne lance la course à la Lune, Walter Dornberger avait prédit qu’un homme marcherait sur la Lune d’ici dix ans :  « Savoir s’il sera russe ou américain dépendra de combien le Congrès est disposé à dépenser » précisa t-il.

Le général et ingénieur Walter Robert Dornberger (1895-1980) était le responsable du programme de missiles de l’armée allemande, notamment à Peenemünde. Wernher von Braun travaillait sous ses ordres. Il émigre aux Etats-Unis en 1947 après avoir passé deux ans dans un camp de prisonniers de guerre au Royaume-Uni ( à Island Farm – Camp 198 / Special Camp XI – près de la ville de Bridgend au Pays de Galles). Il travaille pour l’armée de terre et l’armée de l’air américaine, notamment sur les projets X-15 et le X-20 Dyna Soar. Citoyen américain, il deviendra vice-président et scientifique en chef de la société Bell Aerosystems. C’est au cours d’un voyage en Allemagne qu’il décède d’une crise cardiaque. Il est mort dans la ville de Sasbach située à 250 km de sa ville de naissance, Giessen.

Lorsqu’en 1984 les américains installent pour la première fois en Europe leur système anti-missiles Patriot, près de Giessen, ils baptisent ce site du nom de ce pionnier des missiles et des fusées.

 

Neil Armstrong et Sir Edmund Hillary au pôle Nord

Le 1er avril 1985, une équipe de 15 personnes se retrouve à Edmonton, au Canada avec comme objectif, atteindre le pôle Nord géographique. Il y a notamment, Sir Edmund Hillary (1919-2008), le premier Homme à avoir gravi le Mont Everest en 1953 (avec son sherpa Tenzing Norgay) ; son fils Peter (né en 1954) ; Steve Fossett (1944-2007) qui réalisera en 2002 la première circumnavigation de la Terre en montgolfière en solitaire sans escale ; Patrick Morrow (né en 1952) le premier à accomplir l’ascension des sept sommets de la liste de Reinhold Messner, il a gravi le premier (Mont McKinley) en 1977, et le dernier (Puncak Jaya), le 7 mai 1986 ; et, Neil Armstrong (1930-2012), le premier Homme sur la Lune.

Neil Armstrong avait vu le pôle Nord depuis l’espace mais n’y était jamais allé.

L’expédition, qui ne fut pas médiatisée, a duré 11 jours et fut organisée et dirigée par l’explorateur professionnel Michael Chalmer Dunn, il voulait réunir les explorateurs les plus prestigieux de la planète. Mike Dunn qui a notamment effectué le premier saut en parachute au-dessus de pôle Nord en 1981 et qui réalisait là son septième voyage en arctique. Le coût de cette expédition : 10 000 dollars par personne. (23 000 en dollars constants)

C’est donc le samedi 6 avril, 1985, la veille de Pâques, 76 ans jour pour jour après Robert Peary (1856-1920), à très exactement 19:01 (Mountain Standard Time – Heure normale des Rocheuses), soit le dimanche 7 avril à 03:01 (Heure en France – UTC+1), que les explorateurs atteignent leur but. Ils resteront une heure et demi au pôle Nord. A peu près le même temps qu’il leur a fallu, pour couvrir les 760 km qui séparent leur camp de base au nord de l’île d’Ellesmere près du lac Hazen, (l’île la plus septentrionale de l’archipel arctique canadien), jusqu’au pôle Nord. Contrairement à Peary qui a effectué le trajet en traineau à chiens, ils ont fait le trajet en avion (Deux DHavilland Canada 6 Twin Otter – un pour les explorateurs, l’autre avec des réserves de carburant.)

(De g. à d.) Peter Hillary, Sir Edmund Hillary, Mike Dunn et Neil Armstrong

Lorsqu’une bouteille de Champagne est débouchée, à peine a-t-on servi deux verres, que le breuvage dans la bouteille commence à geler, il faut dire que la température ambiante est de moins 40 degrés centigrades…

(De g. à d.) Neil Armstrong, Michael Dunn et Sir Edmund Hillary. On aperçoit à l’arrière plan l’un des deux DHC-6 Twin Otter.

Neil Armstrong affirmera : « J’ai trouvé ce voyage au pôle Nord extrêmement intéressant, principalement, car c’est tellement différent de ce que nous avons l’occasion de voir dans la vie de tous les jours. C’est tellement inhabituel là-haut. Cela valait vraiment les incidents que nous avons rencontrés lors du voyage. »

En effet lors du retour, après avoir atterri sur l’île d’Ellesmere, la météo devint exécrable, et ils durent rester confinés trois jours avant de pouvoir reprendre l’avion vers  le hameau inuit de Resolute sur l’île Cornwallis.

A l’issue de cette expédition Neil Armstrong recevra une attestation des Territoires du Nord-Ouest certifiant qu’ayant traversé le cercle arctique et atteint la latitude 90° N, il fait désormais parti du club très fermé de la Polar Bear Chapter of the Order of Arctic Adventurers. (Confrérie de l’Ours Polaire de l’Ordre des Aventuriers de l’Arctique)

Dès 1981 John Young reste le seul marcheur lunaire à la NASA

Le 19 juin 1981 la NASA annonce la démission (effective à la date du 26 juin) de l’astronaute Alan Bean, le quatrième Homme à marcher sur la Lune. Il souhaite désormais se consacrer à plein temps à sa carrière de peintre. Sélectionné dans le troisième groupe d’astronautes en octobre 1963, il a été de la deuxième mission sur la Lune, Apollo 12 en novembre 1969, explorant l’Océan des Tempêtes avec Charles (Pete) Conrad, pendant que Richard Gordon restait en orbite autour de la Lune dans le Module de Commande. Bean a commandé la seconde mission habitée de Skylab en juillet-septembre 1973, et fut le commandant remplaçant de la mission conjointe américano-soviétique, Apollo-Soyouz en 1975. Alan Bean précise que pendant ces 18 années passées comme astronaute il a vu des choses qu’aucun autre artiste n’avait jamais contemplé de ses propres yeux, et il espère pouvoir retranscrire tout cela à travers sa peinture. Ayant totalisé 1 671 heures et 45 minutes dans l’espace, il détient alors le record de présence dans l’espace des astronautes en activité, et est à la quatrième place dans le classement général. Bean surpervisait la selection et l’entraînement des candidats astronautes. Et pendant que John Young, chef du bureau des astronautes depuis 1974, s’entraîne pour le premier vol de la navette spatiale, c’est Alan Bean qui assume l’essentiel de sa charge.

Avec le départ d’Alan Bean le 26 juin 1981, John W. Young, reste le seul astronaute à avoir marché sur la Lune au sein de la NASA.

Puis, avec la démission de Thomas « Ken » Mattingly en février 1985, John Young devient le dernier astronaute en activité, à avoir volé lors du programme lunaire Apollo.

 

Anecdote dans l’anecdote : John Young et Thomas Mattingly, coéquipiers lors de la mission Apollo 16, (avec Charles Duke), sont les seuls astronautes des missions lunaires, ayant volé sur la navette, avec deux vols chacun.

John W. Young (Groupe 2 -1962) et Thomas K. Mattingly (Groupe 5 – 1966).  Crédit photo : NASA

 

John W. Young reçoit deux distinctions le même jour

Le 19 mai 1981 vers 13:30, exactement 35 jours après le premier vol d’essai dans l’espace de la première navette spatiale, Columbia, 160 invités, dont quelque 40 astronautes, se retrouvent à la Maison-Blanche, sous un vaste chapiteau, dans le jardin de la Roseraie (Rose Garden) jouxtant le Bureau-Ovale, pour un déjeuner en l’honneur de John Young, Robert Crippen et Alan Lovelace.

Sont présents, six astronautes du premier groupe, Alan Shepard le premier américain dans l’espace, John Glenn le premier américain en orbite autour de la Terre, , Scott Carpenter, Walter Schirra, Gordon Cooper et Donald Slayton. (Virgil Grissom est décédé 14 ans plus tôt dans l’incendie au sol de la cabine Apollo 1). Il y a également l’équipage d’Apollo 8 qui a passé le Noël 1968 en orbite autour de la Lune, Frank Borman, James Lovell et William Anders, l’équipage d’Apollo 11 avec les deux premiers hommes sur la Lune, Neil Armstrong et Edwin Aldrin, et le troisième homme, Michael Collins… C’est la première fois qu’autant d’astronautes, dont beaucoup ne sont plus en activité, sont réunis à la Maison-Blanche.

Quelques instants auparavant, dans le Bureau Ovale de la Maison-Blanche, le Président des Etats-Unis, Ronald Reagan (1911-2004), en présence du Vice-Président Georges Bush (1924 -), du Secrétaire d’Etat Alexander M. Haig (1924-2010), et de membres du personnel de la Maison-Blanche, a décerné à l’administrateur intérimaire de la NASA, le Dr. Alan Lovelace, la Presidential Citizens Medal, (Deuxième plus haute distinction civile américaine, créée en 1969 – Alan Lovelace en est le quatrième récipiendaire.)  et à John Young et Robert Crippen la NASA Distinguished Service Medal. Pour John Young c’est la troisième, il en recevra une quatrième en 2004.

Mais surtout, John Young a également reçu la Congressional Space Medal of Honor pour ses cinq vols spatiaux en 16 ans. Il est le septième astronaute (sur 28 à l’heure actuelle, dont 17 à titre posthume) à recevoir cette distinction, qui récompense « tout astronaute qui dans le cadre de ses fonctions s’est distingué par ses efforts et ses actions pour le bien de la nation et de l’humanité ».

 

Après sa troisième NASA Distinguished Service Medal, John Young reçoit la Congressional Space Medal of Honor. (De g. à d.) Ronald Reagan, John Young, Georges Bush

(De g. à d.) Ronald Reagan, John Young, Robert Crippen, Alan Lovelace, Georges Bush.

(De g. à d.) Ronald Reagan, John Young, Robert Crippen. Crédit photo : Wallace William « Win » McNamee (1932-2017)

 

Le 40e Président des Etats-Unis, Ronald Reagan :  Mesdames et messieurs, bienvenus. Avant que nous ne disions quoi que ce soit ou que je fasse la moindre remarque – car il y en a beaucoup ici qui ne savent probablement pas qu’en plus des hommes auxquels nous rendons hommage aujourd’hui, il y a parmi nous, au sein de cette assemblée distinguée, un grand nombre de pionniers qui sont allés dans l’espace, nos astronautes, dont certains étaient là au tout début du programme. Pourrais-je demander à tous ceux qui correspondent à cette description de bien vouloir se lever ?

[Applaudissements]

Eh bien, nous sommes en excellente compagnie, croyez-moi. Capitaine de frégate Young et capitaine Crippen, le monde entier a retenu son souffle lors de votre rentrée dans l’atmosphère, lorsque les communications avec le sol étaient interrompues, puis quel soulagement, lorsqu’enfin nous avons à nouveau entendu vos voix, dès lors, le monde entier a su que l’Amérique était entrée dans une nouvelle ère.

Il y a quelques minutes, j’ai eu le privilège de décorer le capitaine de frégate Young et le capitaine Crippen pour leur courage personnel et la fierté qu’ils ont apporté à la nation, de même que le Dr Alan Lovelace, qui est avec nous aujourd’hui, mais j’y reviendrai plus tard. J’ai remis à John Young la Congressional Space Medal of Honor, notre plus haute distinction pour des réalisations spatiales et, à la fois à John Young et à Bob Crippen, la NASA Distinguished Service Medal, la plus haute distinction que l’agence spatiale puisse décerner.

[Robert Crippen obtiendra à son tour la Congressional Space Medal of Honor en 2006, à l’occasion du 25e anniversaire de STS-1, en présence de John Young. (Il la recevra des mains du Président Georges W. Bush (1946 -), le fils de Georges Herbert Walker Bush, ancien Président, qui a succédé à Reagan, et Vice-Président au moment où se déroule la présente cérémonie.)]

Ces hommes ont parcouru tout le pays depuis ce premier vol de la navette, et je pense qu’ils doivent maintenant savoir que pour toute l’Amérique ils sont désormais John et Bob. Le peuple américain les a accueilli avec énormément d’affection, rien d’étonnant à cela. A travers eux, nous avons tous vécu quelque chose de grand, étendant les limites de notre liberté. Comme je leur ai dit avant le décollage, grâce à eux nous nous sommes tous sentis à nouveau comme des géants. Et une fois encore, nous avons ressenti une indicible fierté, car nous savons que nous sommes les premiers et que nous sommes les meilleurs, et il en est ainsi car nous sommes libres.

La navette spatiale est le premier véritable système de transport spatial. Il sera notre cheval de bataille pour les nombreuses années à venir, et très vite nous aurons la capacité opérationnelle de mettre sur orbite des charges utiles pour les utilisations les plus variées. Comme nous sommes les premiers dans les domaines scientifiques, et des vols spatiaux, nous sommes à la pointe de la technologie et des découvertes. La navette spatiale va affecter la vie des américains de manière à la fois subtile et extraordinaire, nous apportant de l’energie et de l’émulation pour notre renouveau national.

Le vol de Columbia est une victoire de l’esprit américain. John Young et Bob Crippen nous ont rendu très fiers. Ce qu’ils ont accompli nous rappelle que nous, en tant que peuple libre, pouvons accomplir tout ce que nous avons décidé. Rien ne peut limiter nos capacités, c’est ainsi que, même l’étoile la plus éloignée est à notre portée.

Pour paraphraser John Greenleaf Whittier : Nous sommes ceux qui avons ouvert toutes grandes au soleil les fenêtres de nos âmes. Nous ferons notre possible pour aller là où nos coeurs se sont rendus depuis longtemps, et nous serons les instigateurs du progrès pour que toute l’humanité en profite. Les Américains ont montré au monde que non seulement nous faisons de grands rêves, mais que nous osons les vivre.

Et maintenant, je voudrais vous présenter un homme, dont les qualités de dirigeant ont rendu le succès de Columbia possible. Mesdames et messieurs, le directeur intérimaire de la NASA, le Dr Alan M. Lovelace.

Dr. Lovelace : J’aimerais demander à John et Bob de venir me rejoindre. Ainsi que le Vice-Président Bush, venez s’il vous plait me rejoindre sur l’estrade.

M. le Président, je voudrais juste dire quelques mots, je parle en mon nom mais également au nom de tout le personnel de la NASA – nous vous remercions de nous donner l’occasion de servir notre pays, et nous sommes prêts à continuer. (Le 10 juillet 1981 c’est James Beggs qui prend la direction de la NASA, il devient ainsi le sixième administrateur de l’agence spatiale américaine, il a été nommé le 1er juin 1981 par Ronald Reagan.) Je voudrais maintenant vous remettre, M. le Président, votre drapeau qui a été emporté lors du premier vol de Columbia.

Ronald Reagan : Merci beaucoup

Alan Lovelace : Et, M. le Vice-Président, un drapeau pour vous, monsieur.

Georges Bush : Merci beaucoup.

Alan Lovelace : M. le Président, il y a quelques semaines, nous avons eu le plaisir d’accueillir le Vice-Président Bush au Centre Spatial Kennedy, à cette occasion nous lui avons offert un blouson d’astronaute. Nous avons apporté le vôtre ici à Washington, et je souhaite vous le remettre aujourd’hui. Il peut servir pour voler, mais également pour faire du cheval.  [Rires]

On notera sur le blouson offert à Ronald Reagan, à gauche, le badge de la première mission de la navette spatiale, et à droite, le sceau de la présidence des Etats-Unis

John Young : C’est un grand honneur pour Bob et moi d’être ici aujourd’hui. Et nous souhaitions également offrir quelque chose de significatif au Président, pour tous ceux qui ont tant fait pour ce programme, tout ce qu’il représente en réalité. Pouvez-vous nous apporter le cadre s’il vous plait ?

[Un cadre contenant diverses photos et objets du programme navette spatiale, dont un drapeau américain est présenté.]

Il est significatif pour moi, de souligner que le drapeau américain est l’objet le plus important dans ce cadre. (Se rapporter à cette anecdote qui illustre bien ces propos) N’oublions jamais cela. Et voici, pour le vice-Président, le même cadre souvenir.

Ronald Reagan : Vous ne m’en voudrez-pas si je le porte (parlant du blouson de vol) uniquement dans l’atmosphère de la Terre. [Rires]  Mais merci beaucoup à vous tous. Et maintenant, je pense qu’il y a deux personnes que vous souhaiteriez rencontrer également, car je pense qu’elles ont dû faire preuve d’autant de courage, voire même plus, que ceux qui ont effectué le vol. Je pense que vous serez ravis de voir madame Young et madame Crippen. Voulez-vous vous lever s’il vous plaît ?

[Applaudissements]

Nous voilà de retour au point de départ ; nous avons bien atterri. Merci.

[Applaudissements]