Thomas Paine fait le bilan des douze premières années de la NASA

Le 6 avril 1970, 5 jours avant le lancement d’Apollo XIII, l’administrateur de la NASA, Thomas O. Paine (1921-1992) témoigne devant le Comité du Sénat sur les sciences aéronautiques et spatiales (U.S. Senate Committee on Aeronautical and Space Sciences) alors dirigé par le sénateur démocrate Clinton Presba Anderson (1895-1975).

Il s’agit de faire un bilan sur les avancées et les retombées du secteur spatial…

« Lors des 12 premières années spatiales, la capacité de mise en orbite a augmenté d‘un facteur 10 000, passant des 13,9 kg d’Explorer 1 aux 136 tonnes d’Apollo XIII, le record de vitesse a été multiplié par 13 passant de 3 000 km/h à 40 000 km/h (Apollo X), l’altitude atteinte a été multipliée par 10 000, passant de 38 400 mètres à 377 400 km. Les astronautes cumulent 5 843 heures de présence dans l’espace, et ont parcouru 113 400 000 km. 12 Hommes ont été en orbite autour de la Lune et 4 ont marché sur sa surface. La NASA a lancé 155 satellites et sondes spatiales qui ont permis de recevoir des données scientifiques et pratiques, et 23 dans le cadre de programmes de coopération internationale.

Aujourd’hui nous vivons dans un monde différent car en 1958 les Etats-Unis ont compris les enjeux de l’espace et le pays a fait les investissements nationaux nécessaires pour ce faire. En 12 ans plus d’1 milliard d’enfants sont nés dans le monde, la première génération spatiale. Grâce au programme spatial ils auront accès à une nouvelle science, une nouvelle cosmologie, et une nouvelle vision de l’Homme et de sa destinée dans l’univers. Les enfants d’aujourd’hui peuvent regarder l’avenir avec confiance, de nouvelles opportunités s’offriront à eux, avec les nouvelles grandes avancées que l’Homme accomplira au XXIe siècle… Cette génération verra la Terre dans sa globalité pour la première fois, et sera en mesure d’appréhender la technologie, la science et la philosophie comme une réalité unique, commune à tous les Hommes de la planète bleue. »

Thomas Paine a également donné les chiffres suivants : en 1969 la NASA a distribué 1,6 millions de publications scientifiques et techniques, 3 211 500 microfiches ; les initiatives à destination des écoles américaines y compris les expositions itinérantes dans le cadre du projet « Spacemobile » ont touché 3 306 410 écoliers en direct et 20 391 500 grâce à la vidéo.

Des laboratoires de recherche spatiale ont été créés dans 34 institutions de l’enseignement supérieur pendant les années 60, dans lesquels plus de 1 000 étudiants ont fait des études menant à un doctorat. La NASA a reçu 968 830 lettres en 1969 (soit plus de 20 000 par semaine), ses expositions ont été vues par 37,6 millions de personnes et ses films par 9,8 millions directement et 248 millions à travers la télévision.

La couverture média des activités spatiales de la NASA en 1969 inclut l’accréditation de 3 497 journalistes en provenance de 57 pays pour la couverture de la mission Apollo 11.

La tournée mondiale des astronautes d’Apollo 12

A la demande du Président des Etats-Unis, Richard Nixon, les trois astronautes d’Apollo XII ont à leur tour visité l’Amérique Latine, l’Europe, l’Afrique et l’Asie en tant que ses représentants personnels. Voici l’itinéraire prévu, au départ de Houston, de cette tournée : Caracas, Lima, Santiago, Panama, Iles Canaries, Lisbonne, Luxembourg, Copenhague, Helsinki, Bucarest, Vienne, Rabat, Tunis, Abidjan, Dar-Es-Salaam, Tananarive, Colombo, Rangoon, Phnom Penh, Djakarta, Osaka.

Au tout dernier moment l’escale à Phnom Penh au Cambodge est annulée en raison de l’instabilité du pays. En effet, un coup d’état se produira le 18 mars 1970 qui a destitué le prince Norodom Sihanouk. C’est la fin de la monarchie, six mois plus tard la république khmère est proclamée.

Contrairement à la tournée mondiale des astronautes d’Apollo 11 qui fut un succès diplomatique, le tour du monde des astronautes d’Apollo 12 fut un véritable flop.

Là encore les 20 pays visités furent bien évidemment choisis par le département d’état et la Maison-Blanche ; des pays et des capitales « secondaires ». Les foules lors des parades ou des réceptions furent bien moindre et bien moins enthousiastes. L’escale au Japon est liée à l’exposition universelle, puisque Armstrong, Collins et Aldrin étaient venus dans ce pays lors de leur tournée mondiale le 3 novembre 1969.

C’est donc le lundi 16 février 1970 à 7:00 que les astronautes Charles Conrad, Richard Gordon, Alan Bean et leurs femmes Jane, Barbara, et Sue embarquent à bord d’un avion présidentiel pour démarrer le « Bullseye » World Tour. (To hit the Bullseye signifie atteindre la cible, mettre dans le mille. – Allusion à l’atterrissage de précision près de la sonde Surveyor 3, et certainement aux retombées diplomatiques espérées…)

Sue Bean, « Fière », Barbara Gordon, « Ravie », et Jane Conrad, « Heureuse », le 16 novembre 1969 devant la maison des Conrad. Leurs maris sont en route vers la Lune.

Contrairement au tour du monde des astronautes d’Apollo11, celui-ci est bien moins documenté…

  • Venezuela – (Caracas) 3 656 km. 16-17 février. Les astronautes sont acueiIlis avec enthousiasme par les habitants de Caracas qui les ont accompagnés le long de la route entre l’aéroport de Maiquetía et le centre-ville.
    Les astronautes déposent une gerbe sur la tombe de Simon Bolivar (1783-1830), le « Libertador ».
  • Perou – (Lima) 2 750 km. Mercredi 18 février. Les astronautes atterrissent à l’aéroport Jorge Chávez de Callao.

Pendant les 20 heures qu’ils resteront sur le sol péruvien, l’équipage d’Apollo 12 a été acclamé par 5 000 personnes le long du cortège qui a traversé les quartiers de Rimac, San Martin de Porres et El Cercado. Des centaines de personnes ont assisté à la conférence de presse de la Plaza San Martín.

Ils sont reçus au Palais du Gouvernement par le président Juan Velasco Alvarado (1910-1977) et tout le cabinet des ministres.

  • Chili – (Santiago) 2 467 km. Jeudi 19 février. Les trois astronautes et leurs épouses sont accueillis par l’ambassadeur américain Edward Korry (1922-2003). Ils prennent ensuite un hélicoptère pour se rendre au palais présidentiel d’été de Cerro Castillo à Viña del Mar, où les attendent le président du Chili Eduardo Frei Montalva (1911-1982) et son épouse María Ruiz-Tagle (1913-2001). Après un échange de cadeaux, les astronautes offrent au représentant du Chili trois petits fragments de pierre lunaire, un drapeau chilien qui a voyagé vers la Lune à bord d’Apollo 11, ainsi qu’une plaque avec l’insigne de la mission Apollo XII et une photographie du module lunaire en orbite autour de la Lune où l’on aperçoit l’océan des tempêtes. La photo est signée par les trois astronautes. De retour à Santiago, les astronautes sont acclamés lors de leur parade en voiture à travers les avenues Apoquindo, Providencia et Alameda. Ils sont ensuite élevés au grade de Commandant dans l’Ordre du Mérite, dans le Palais de La Moneda. Conrad était déjà venu au Chili en 1965 avec Gordon Cooper (Gemini 5).
  • Panama (Panama City) 4 745 km. Vendredi 20 février. Les astronautes laissent leurs empreintes de pieds dans le stade Olympique de Panama City. C’est pieds nus qu’ils marchent sur une dalle de ciment frais…
  • Iles Canaries (Las Palmas – Maspalomas) 7 020 km. 21-22 février. Une escale de repos. Les astronautes passent deux nuits à l’Hôtel Oasis de Maspalomas
  • Portugal (Lisbonne) 1 280 km. Lundi 23 février.
  • Grand-Duché de Luxembourg. 1 712 km. Mardi 24, Mercredi 25 février. Les astronautes sont reçus par Jean, le Grand-Duc de Luxembourg et Duc de Nassau. « Le 24 février 1970, les trois astronautes américains d’Apollo 12, Charles Conrad Jr., Richard F. Gordon et Alan L. Bean, accompagnés de leurs épouses, ont visité le Grand-Duché de Luxembourg. A leur arrivée à Luxembourg, les trois astronautes furent accueillis à l’aérodrome du Findel par l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Luxembourg, M. Kingdon Gould Jr. (1924 – ) et par le Ministre des Affaires Etrangères M. Gaston Thorn (1928-2007), en présence d’une importante foule qui acclama très chaleureusement la vaillante équipe d’Apollo 12. Nous reproduisons ci-après l’allocution prononcée à cette occasion par Monsieur le Ministre Gaston Thorn : (Le texte original est en anglais, voici ma traduction.)

C’est un honneur et un grand plaisir de vous accueillir, vos épouses, et les représentants de la grande nation américaine au nom de notre gouvernement. La visite de notre pays, en dépit du mauvais temps, qui pourrais vous faire regretter votre séjour sur la Lune, nous est particulièrement agréable car, chevaliers modernes, vous symbolisez l’aspiration de l’humanité à atteindre des horizons plus larges et plus lointains. Vous avez exaucé le rêve fait par tellement de générations d’Hommes. Vous avez quitté notre planète pour poser le pied sur notre satellite le plus visible, accomplissant ainsi le défi que vous vous êtes vous-même fixé, avec un grand courage et une remarquable efficacité technique. En dépit de votre maitrise, vous avez montré aux millions de téléspectateurs votre exaltation. Vous avez eu la récompense que seuls ceux qui se sont surpassés peuvent prétendre.

En rendant hommage à votre incroyable exploit, j’aimerais également souligner votre extraordinaire préparation technique et la précision de votre atterrissage sur la Lune. Vos scientifiques ont démontré au monde qu’ils sont les meilleurs dans ce secteur technologique complexe. Puis-je ajouter également que l’esprit d’équipe dont a fait preuve vos collègues de la NASA, qui vous ont aidé à préparer votre long voyage aller et retour vers la Lune, en anticipant tous les problèmes que vous pourriez rencontrer, a été pour nous tous une source d’inspiration. Pour terminer j’aimerais ajouter que vous avez conquis par la force de votre volonté, les difficultés matérielles et psychologiques, pendant la durée de la préparation de votre vol et plus particulièrement lors des moments où vous étiez seuls et où vous ne pouviez compter que sur les compétences de l’industrie américaine. Vous pouviez également compter sur l’aide de vos collègues, à des centaines de milliers de kilomètres de là, mais le succès de la mission est principalement dû à votre réflexion, votre inventivité et votre confiance en vous. Vous avez fait montre de qualités que nous aimons admirer parmi les représentants les plus valeureux de votre pays. Je conclurai en formulant l’espoir que les grandes avancées scientifiques, auxquelles vous avez si largement contribué en explorant l’espace, profitera à toute l’humanité. Nous sommes très fiers de vous avoir avec nous aujourd’hui, et pouvoir rencontrer notre population qui pourra vous exprimer son admiration avec plus d’éloquence que je ne le fait actuellement.

 

Charles Conrad, au nom de ses compagnons, remercia vivement M. Gaston Thorn et déclara en substance que si le voyage vers la lune fut merveilleux, celui effectué à travers les principales capitales du monde l’était autant, si non plus. Après l’exécution des hymnes nationaux américain et luxembourgeois par la musique militaire, le cortège quitta l’aérodrome du Findel en direction de l’Hôtel de Ville de Luxembourg, en empruntant la route de Trêves, passant par le Grund, le Pont de l’Alzette, la rue St-Ulric, la rue de Prague, le boulevard de la Pétrusse, l’avenue de la Gare, l’avenue de la Liberté, le pont Adolphe, la rue de l’Athénée et la rue Notre-Dame, d’où les astronautes gagnèrent l’Hôtel de Ville à pied au milieu d’une fouJe enthousiaste. Tout le long du parcours, d’ailleurs, une foule tres importante réserva un accueil extrêmement chaleureux aux astronautes d’Apollo 12.

A l’Hôtel de Ville, Madame le Bourgmestre Colette Flesch (1937 – ), entourée des membres du collège échevinal, reçut en des termes élogieux les astronautes et leurs épouses qui s’inscrivirent ensuite dans le livre d’or de la capitale. De part et d’autre des cadeaux furent en outre échangés. Dans le courant de l’après-midi, les astronautes et leurs épouses se rendirent à pied de l’Hôtel Cravat au Palais grand-ducal par la rue Notre-Dame, la rue du Fossé et la rue de la Reine. Lors de l’audience par Leurs Altesses Royales le Grand-Duc et la Grande-Duchesse, les astronautes remirent à Son Altesse Royale le Grand-Duc un cadeau destiné au peuple luxembourgeois : quelques fragments de roche lunaire ainsi qu’un cadeau personnel. De leur côté, les astronautes reçurent des mains du Grand-Duc les insignes d’officiers dans l’Ordre national de la Couronne de Chêne. En fin d’après-midi eut lieu une conférence de presse au grand auditorium de Radio-Télé-Luxembourg, en présence d’élèves de tous les établissements scolaires du pays. Les princesses Marie-Astrid et Margaretha ainsi que le Ministre des Affaires Etrangères, M. Gaston Thorn, assistèrent à cette conférence.

La journée des astronautes fut clôturée par un dîner de gala offert par le Président du Gouvernement, M. Pierre Werner, dans les salons de l’Hôtel du Ministère des Affaires Etrangères. Des cadeaux furent échangés ici entre les trois astronautes américains et Monsieur le Ministre d’Etat, Président du Gouvernement.

Dans la matinée du 25 février, les astronautes quittèrent Luxembourg par avion à destination du Danemark. Ils furent salués à leur départ d’avion par Monsieur Pierre Werner, Ministre d’Etat, président du Gouvernement, et Monsieur Gaston Thorn, Ministre des Affaires Etrangères.

La visite à Luxembourg des astronautes, qui a connu un très grand succès populaire, marquera une date importante dans les annales de la Ville de Luxembourg. »

  • Danemark (Copenhague) 795 km. Vendredi 26 février. Ils sont accueillis à 11 :00 par le ministre Ove Goolbair et l’ambassadeur américain Guilford Dudley (1907-2002). A 11:15 ils prennent un bus pour se rendre à l’hôtel de ville.
  • Finlande (Helsinki) 887 km. Samedi 27- dimanche 28 février. Les astronautes séjournent à l’hôtel Marski situé au centre d’Helsinki.
  • Roumanie (Bucarest) 1 768 km. 28 février-1er mars. Les astronautes arrivent dans le seul pays communiste de leur tournée. Conrad dira que : « ce fut l’accueil le plus chaleureux jusqu’à présent ». Environ 15 000 personnes ont bravé le vent glacial le long du cortège entre l’aéroport et la capitale roumaine (16 km). Les autorités roumaines avaient autorisé les véhicules du cortège à utiliser des drapeaux américains (normalement utilisés uniquement pour les visites des chefs d’état). Ils sont reçus par Nicolas Ceausescu (1918-1989) et sa femme Elena (1916-1989), le président de la république remet les palmes académiques aux trois astronautes. Il pleut ce jour-là, les femmes des astronautes ont chacune revêtu un long poncho en plastique.

Charles Conrad offre au président Nicolas Ceausescu un drapeau roumain ayant volé jusqu’à la Lune, ainsi que trois petits fragments de roches lunaires.

  • Autriche (Vienne) 875 km. 1er-2 mars. Les astronautes assistent à un spectacle de l’Ecole Espagnole d’Equitation de Vienne au manège d’hiver (Winterreitschule) avec ses fameux étalons lipizzans.
  • Maroc (Rabat) 2 450 km. Mardi 3 mars. Les astronautes d’Apollo XII arrivent à Rabat, ils assistent à la Fête du Trône. Le roi Hassan II (1929-1999) accueille les astronautes dans son palais, la visite comprend notamment l’impressionnante collection de bijoux et un somptueux dîner. Il jouera également au golf avec eux. Ils assistent à un spectacle berbère.
  • Tunisie (Tunis) 1 530 km. 4-5 mars. Plus de 300 000 personnes se sont massées dans les rues de Tunis pour acclamer les « conquérants de la Lune ». Reçus par le 1er Ministre Mr Bahi Ladgham dans son bureau qui les a décorés de l’Ordre du Mérite Scientifique. Ils sont reçus par le président Habib Bourguiba (1903-2000)

Le cortège à Tunis

  • Côte d’Ivoire (Abidjan) 3 765 km. 6-7 mars. Le président Félix Houphouët-Boigny (1905-1993) remet des plaques en or aux astronautes.
  • Tanzanie (Dar es Salaam – Havre de paix) 4 967 km. 8-11 mars. Il n’y aura aucune parade en Tanzanie. Pendant que les astronautes font une partie de chasse, les femmes et les accompagnateurs effectuent un safari photo dans le parc national du Serengeti. Tout le monde passera la nuit dans des tentes. Quelques éléphants viendront troubler le sommeil du groupe.
  • Madagascar (Tananarive) 1 602 km. 11-12 mars. (République malgache) Les astronautes séjournent à l’Hôtel Colbert – Philibert Tsiranana (1910 -1978) les reçoit.
  • Ile de Ceylan désormais le Sri Lanka (Colombo) 4 500 km. 13-16 mars. Une étape de repos. Les astronautes font le trajet d’une trentaine de km entre l’aéroport, situé à Katunayaka, et l’hôtel Galle Face, à Colombo, dans une Cadillac blanche décapotable. Le cortège passe devant Maha Nuge Gardens.

Ils sont reçus par le gouverneur William Gopallawa (1896-1981). Les astronautes font de la plongée sous-marine avec Arthur C. Clarke, leur « chaperon » tout au long du séjour, et Hektor Ekanayake qui avaient fondé une société de tourisme sous-marin, Underwater Safaris. Alors qu’ils se préparent à plonger pour visiter une épave dans la baie de Trincomalee, le facétieux Arthur C. Clarke tend un appareil photo étanche à Alan Bean en lui disant : « Alan s’il vous plaît, ne le pointez pas vers le soleil. »

  • Birmanie (Rangoun) 2 112 km. 16 mars. Les astronautes visitent la pagode Shwedagon.
  • Indonésie (Djakarta) 2 753 km. 17-20 mars. Les astronautes sont accueillis par quelques milliers de personnes.
  • Taiwan (Taipei). 3 816 km. Vendredi 21-24 mars. Les astronautes atterrissent à l’aéroport militaire de Sungshan vendredi après-midi. Ils sont reçus sur le tarmac  par l’ambassadeur Walter P. McConaughy, le ministre de l’éducation Chung Chiao-Kuang et des diplomates taiwanais. Des milliers de personnes dont beaucoup d’écoliers se sont massés le long du cortège qui emmène les astronautes en voiture décapotable vers le Grand Hôtel où se déroulera également la conférence de presse. Ils sont reçus par Chiang Kai-shek (1887-1975) et son épouse Song Meiling (1898-2003).

A droite, l’ambassadeur Walter P. McConaughy et Charles Conrad. Crédit photo : ANDREW HEADLAND JR./STARS AND STRIPES

(De g. à d.) Alan Bean, Richard Gordon et Pete Conrad sont accueillis sur la tarmac de l’aéroport par Chung Chiao-kuang le ministre de l’éducation. Crédit photo : ANDREW HEADLAND JR./STARS AND STRIPES

Alan Bean prononce quelques mots. Crédit photo : ANDREW HEADLAND JR./STARS AND STRIPES

Les astronautes avec Tchang Kaï-chek.

(De g. à d.) Alan Bean, le vice-amiral Yu Po-sheng, Charles Conrad, Richard Gordon devant le Tombeau des Martyrs. Crédit photo : ANDREW HEADLAND JR./STARS AND STRIPES

Les astronautes, ici Pete Conrad aux côtés du Vice Admiral Yu Po-sheng, vont déposer une gerbe au Tombeau des Martyrs de la république de Chine. Crédit photo : ANDREW HEADLAND JR./STARS AND STRIPES

  • Japon – (Tokyo) 2 080 km – Osaka – 24 mars « Expo 70 ». L’occasion étant trop belle, les astronautes d’Apollo 12 se rendent à l’exposition universelle qui se tient du 15 mars au 13 septembre. Les astronautes qui ont atterri à Tokyo prennent le train grande vitesse Shinkansen pour se rendre à Osaka. Dans le pavillon américain, on a fait les choses en grand : le module de commande d’Apollo 8, le LM-2, un fragment de pierre lunaire rapporté par la mission Apollo 12…

(De g. à d.) Alan Bean, Charles Conrad sur l’échelle, Richard Gordon devant le LM-2

 

A l’occasion de ce « Bullseye World Tour » les astronautes ont parcouru plus de 80 000 km, ont atterri ou survolé 38 pays (cliquer sur la carte ci-dessus), et ont franchi l’équateur six fois. Ils ont mangé du caviar à douze reprises…

Après une tournée de 38 jours, le 26 mars, les astronautes et leurs épouses, retrouvent leurs enfants.

Je ne manquerai pas d’ajouter d’autres photos ou détails au fil de mes trouvailles pour compléter cet article…

Wernher von Braun et les brevets de Robert Goddard

La bagatelle de 214 brevets ont été déposés au nom de Robert Hutchings Goddard (1842-1945)  entre le 7 juillet 1914 et le… 13 novembre 1956, 11 ans après sa mort. En effet, lorsque l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que 131 brevets ont été déposés après son décès, soit plus de 60 %. La durée de protection d’un brevet d’invention est de vingt ans, aux Etats-Unis comme en France.

Rappelons que les premiers missiles V2 récupérés à Nordhausen arrivent sur le sol américain en 1945 et que le premier lancement intervient en avril 1946…

Goddard est décédé quelques semaines avant l’arrivée de Wernher von Braun aux Etats-Unis.

Von Braun et son équipe ont été souvent accusés de s’être servis des brevets et des travaux de Goddard pour leurs propres recherches et n’auraient donc pas inventé grand-chose…  L’origine de cette rumeur remonte au procès intenté en 1951 au gouvernement américain par la veuve de Goddard et la Fondation Guggenheim qui a financé une grande partie de ses travaux. Comme toujours il s’agit bien évidemment d’une histoire de gros sous, et l’action en justice s’est, comme de bien entendu, réglée financièrement en 1960, nous y reviendrons.

Robert et Esther Goddard (circa 1943)

Début 1975, un cadet de West Point écrit à Von Braun concernant ces accusations récurrentes, voici un extrait de sa réponse : (traduit par mes soins)

« En 1930 j’avais 18 ans et j’étais membre de l’association allemande pour le vol spatial (NdT : Verein für Raumshiffahrt) … Le Dr Robert Goddard était l’une des sommités internationales sur le concept des vols spatiaux, et il faisait partie des héros de mon adolescence. J’avais lu son opuscule « Une méthode pour atteindre des altitudes extrêmes » (NdT : opuscule de 79 pages publié en 1919, dont 1 750 exemplaires seront distribués dans le monde entier) qui décrivait le principe des fusées à plusieurs étages, et présentait des idées novatrices quant aux moyens d’améliorer les performances des moteurs-fusée à ergols liquides. Dans les années qui ont suivies, lorsque j’ai développé des fusées à ergols liquides pour l’armée allemande, travaux qui ont abouti au V2, j’ai pu voir de temps à autres des illustrations (il a par exemple évoqué la torpille aérienne) ou des déclarations (comme par exemple « L’Homme peut atteindre la Lune ») dans des revues d’aviation. Toutefois, à aucun moment en Allemagne, ni moi, ni l’un de mes collaborateurs n’avons jamais eu l’occasion de voir un brevet de Goddard. Je ne savais même pas que Goddard faisait des recherches pratiques dans ce domaine qui me tient tant à cœur, les fusées à ergols liquides, et encore moins, que dès 1926 il avait lancé avec succès la première fusée à ergols liquides du monde. »

Aux Etats-Unis, on demandera à von Braun d’examiner et d’analyser une partie des brevets déposés par Goddard suite à la plainte déposée par ses ayants droit. Le point de discorde principal étant que les V2 amenés sur le territoire américain, de même que certains des nouveaux missiles, enfreignent lesdits brevets, et par conséquent le gouvernement américain doit s’acquitter des droits afférents à leur utilisation.

Von Braun poursuit :

« Les avocats du gouvernement démontrèrent que pour la conception du V2 les allemands ne pouvaient en aucun cas avoir utilisé les inventions de Goddard dans la mesure où ses brevets étaient classés secrets, ils n’ont donc jamais pu y avoir accès. Qui plus est, même s’il existait une quelconque violation de ces brevets, les Etats-Unis avaient acquis tous les droits sur la technologie des V2 par le fait même que selon les lois internationales les missiles récupérés tombaient sous le coup d’une « prise de guerre ».

Von Braun précise dans sa réponse qu’on lui demanda également de rédiger une évaluation détaillée pour le tribunal, visant à déterminer si oui ou non la conception du V2 empiétait sur les brevets de Goddard. Il affirma en toute sincérité qu’en effet il y avait bon nombre d’atteintes un peu partout ; de l’utilisation des déviateurs de jets, à la turbopompe, en passant par l’utilisation de gyroscopes pour le guidage.

Von Braun continue :

« Tous les brevets de Goddard que j’ai vu étaient classés secrets et n’avaient jamais été publiés, ce jusqu’en 1950. Je n’en avais pas connaissance lorsque j’étais en Allemagne et même aux Etats-Unis je ne les ai découvert pour la première fois que 5 ans après mon arrivée dans ce pays, et après avoir reçu une habilitation secret défense. Tous les brevets que j’ai étudié en 1950 m’ont impressionné et prouvent que le Dr Goddard avait un esprit brillant et imaginatif. Ces brevets couvraient non seulement des caractéristiques de conception utilisées (involontairement) pour le V2, mais proposaient également de nombreuses solutions alternatives.

Il faut savoir que les brevets de Goddard n’ont été classés secret défense qu’en 1942. Finalement le gouvernement américain (ministère de la Défense et NASA) paiera la somme de 1 million de dollars, soit plus de 8 millions en monnaie constante !  Il s’agissait à l’époque de la plus forte somme jamais payée pour une affaire de droits de brevets. La moitié de la somme a été perçue par Esther Goddard, la veuve du brillant scientifique, et l’autre partie par la Fondation Guggenheim qui avait financé ses travaux. Il est ironique de savoir que ce très généreux montant, est supérieur au total des fonds reçu par Goddard tout au long de sa carrière !

Goddard a eu l’occasion d’examiner le moteur d’un missile V2, le 14 avril 1945, (photo ci-dessous) alors qu’il travaillait au Laboratoire Naval d’Annapolis, il se serait exclamé : « Il n’y a aucune différence avec mes propres fusées, excepté le mélange d’ergols utilisé… » Goddard préférait l’essence à l’alcool ! Il est mort persuadé que les allemands lui avaient « volé » son travail !

Crédit photo : NASM-SI-73-1278 (National Air and Space Museum – Washington D.C.)

Rappelons que l’altitude maximale atteinte par une fusée de Robert Goddard est de 2,7 km, le moteur a fonctionné 22,3 secondes. C’était le 26 mars 1937.

L’accusation visant à discréditer les ingénieurs allemands ayant développé la fusée A4 (ou missile V2) est sans fondement. Il s’agit d’un des nombreux exemples où des ingénieurs travaillant indépendamment sur un même problème arrivent à des solutions similaires. Les ingénieurs soviétiques ont résolu ces probèmes de la même manière.

Grâce aux efforts de Wernher von Braun, qui admirait sincèrement Robert Goddard, une stèle sera érigée à l’endroit même d’où il a lancé la première fusée à ergols liquides du monde, le 16 mars 1926. Les circonstances de cette belle initiative vous sont contées ici.

Wernher von Braun offre sa Mercedes à son garagiste

Comme évoqué dans une précédente anecdote (ici) le constructeur allemand Daimler-Benz offrait régulièrement à Wernher von Braun le dernier modèle phare de sa gamme, un « accord publicitaire » important pour l’entreprise.

Tout début 1970, avant son départ pour Washington, von Braun a offert son ancienne Mercedes à son garagiste, Wolfgang H. Fricke (1927-1990), qui s’occupait de ses voitures depuis 1956, l’année où il a ouvert son garage agréé Mercedes, à Huntsville. Aujourd’hui South Side Motors Inc. est géré par sa fille Angela.

Richard Nixon, pour achever le tableau

La déclaration de Richard Nixon (1913-1994) après la mission Apollo 11, « Cette semaine est la plus importante dans l’Histoire du monde depuis la création, car avec ce qu’il s’est passé cette semaine, le monde est plus grand, infiniment. », et le fait qu’il fut le seul président en exercice à avoir assisté à un lancement du programme spatial habité (Apollo 12), pouvait laisser croire que Nixon soutiendrait ledit programme. Il n’en fut rien, rien du tout.

Voici une anecdote dont une partie a été rapportée récemment par le docteur en sciences politiques John M. Logsdon dans son excellent ouvrage : After Apollo ? : Richard Nixon and the American Space Program (Palgrave Studies in the History of Science and Technology), paru en 2015. Malheureusement aucun livre de M. Logsdon n’a pour le moment été traduit en français. On trouve cette même histoire sur le site « The Planetary Society » à cette adresse http://www.planetary.org/blogs/guest-blogs/2014/1027-when-nixon-stopped-human-exploration.html

Tout commence en décembre 1968 avec le développement des négatifs et le tirage des photos de la mission Apollo 8, notamment celle de Wiliam Anders prise la veille de Noël, qui sera connue pour la postérité sous le nom de Lever de Terre  (Earthrise).

Le 10 janvier 1969, le Président des Etats-Unis Lyndon B. Johnson (1908-1973), reçoit les astronautes d’Apollo 8 et leur épouse à la Maison-Blanche, ces derniers lui offrent cette magnifique photo dans un cadre en bois. (photos ci-dessous)

Debout au premier plan : « Lady Bird » Johnson, James Lovell, Lyndon B. Johnson.

(De g. à d.) William Anders, James Lovell, Lyndon Johnson

Johnson quittera ses fonctions 10 jours plus tard (il ne s’était pas représenté à l’élection présidentielle de 1968). C’est Richard Nixon qui lui succède le 20 janvier.

Le président Johnson qui était si fier de cette photo qu’il l’envoya aux chefs d’états du monde entier, y compris Hô Chi Minh.

C’est de toute évidence le président Johnson qui fera accrocher ladite photo dans le Bureau Ovale de la Maison-Blanche.

Le nouveau président, Richard Nixon, reçoit à son tour les astronautes d’Apollo 8 le 3 février 1969, deux semaines seulement après sa prise de fonction. (Photo ci-dessous)

(De g. à d.) Frank Borman, Richard Nixon, James Lovell, William Anders.

John Logsdon a noté la présence de la photo prise lors de la mission Apollo 8 sur ce cliché (photo ci-dessous), pris en décembre 1969, lors d’une réunion de travail dans le Bureau Ovale en présence du Président Nixon (à d.), Lee DuBridge (au centre) et Peter Flanigan.

Sur la photo ci-dessous, prise en septembre 1970, le « Lever de Terre » a laissé la place à « un tableau représentant un paysage générique », selon John Logsdon.

Après avoir fait quelques recherches, je me suis aperçu que ce « paysage » était déjà présent dans le Bureau Ovale, alors que John Kennedy était président. (Pour la petite histoire, Jacqueline Kennedy a pris ce tableau pour modèle pour peindre une aquarelle.) C’est donc Johnson qui l’a remplacé par le « Lever de Terre » début 1969, puis Nixon a décidé de remettre le tableau original à sa place, courant 1970. Il se trouve que ce « paysage » était toujours dans le Bureau Ovale sous la présidence de Bill Clinton quelque 25 ans plus tard… Seule ombre au tableau, il ne s’agit pas de n’importe quel paysage, mais d’une peinture à l’huile représentant la Maison-Blanche vers 1805, sous la présidence de Thomas Jefferson…

Pour John Logsdon, le remplacement de la photo du « Lever de Terre » symbolise le désintérêt de Nixon pour le programme spatial. C’est un fait, puisque Nixon a oeuvré pour arrêter prématurément le programme Apollo, et, sans vouloir noircir le tableau, il voulait également annuler les missions Apollo 16 et 17, ce, après avoir déjà trois missions à son tableau de chasse. Sa politique, dès 1970, a fait, que la NASA n’a plus eu le budget suffisant pour un programme spatial habité d’envergure. »

Pour compléter le tableau, on peut ajouter que la politique spatiale de Nixon aura condamné les américains à rester en orbite basse autour de la Terre pendant plus de 45 ans !

Remplacer la photo du « Lever de Terre » par une peinture de la Maison-Blanche, fut donc, en effet, au vu de ce tableau, un geste résolument symptomatique !