La confrérie de l’Ordre de l’Eléphant

L’école de pilote d’essai de l’armée de l’air américaine [U.S. Air Force Test Pilot School – USAF TPS], existe depuis le 9 septembre 1944,  d’abord à la base aérienne Wright-Patterson à Dayton dans l’Ohio, puis, à partir du 4 février 1951 dans le désert Mojave en Californie, à la désormais mythique base aérienne d’Edwards. En 1961, elle ajoute un  programme d’entraînement aérospatial à son cursus d’enseignement, [Aerospace Training qui deviendra Aerospace Research Pilots School] pour former ses propres pilotes astronautes. A ce moment-là l’USAF développe son projet de navette spatiale X-20 Dyna-Soar, abandonné en décembre 1963, puis de station spatiale (MOL – Manned Orbital Laboratory), dont le projet est annulé en juin 1969.

Entre 1962 et 1972, 37 astronautes de la NASA sont diplômés de l’USAF TPS, 26 obtiendront leurs ailes d’astronaute en volant sur le X-15, Gemini, Apollo et la Navette Spatiale. [Dont 7 pilotes du projet de station orbitale MOL qui seront transférés à la NASA en 1969 après l’annulation du programme, et formeront le septième contingent d’astronautes. Ils constitueront le noyau des premiers commandants de mission du programme navette spatiale avec 17 vols à leur actif, sur les 22 intervenus entre le 12 avril 1981 et le 30 octobre 1985…]

Avant d’être acceptés à l’USAF TPS, les candidats doivent passer une semaine à la base aérienne Brooks près de San Antonio au Texas pour subir des tests médicaux. Comme étudiants ils retourneront à Brooks pour des séances en centrifugeuse (où les forces exercées sont perpendiculaires à l’axe de la colonne vertébrale). Il s’agit de reproduire les accélérations (1g est  l’accélération de la pesanteur à la surface de la Terre) auxquelles seront soumis les pilotes lors de leurs manœuvres aériennes et les astronautes lors du décollage et du retour sur Terre…

Les candidats ayant subi avec succès une accélération de 8 g pendant 2 minutes, 12 g pendant 30 secondes (en effectuant des tâches sur un tableau de bord) ainsi qu’une séance jusqu’à 15 g, étaient intronisés dans la confrérie de l’Ordre de l’Éléphant. Ses membres recevaient un certificat sur lequel figurait une illustration : un éléphant (l’animal terrestre le plus lourd) debout sur le thorax d’un Homme.

La devise de l’USAF TPS :  Scientia est Virtus   (La connaissance scientifique c’est le pouvoir.)

John Young l’astrogéologue

Après avoir posé sa candidature pour devenir astronaute, le fabuleux John Young (1930 –     ) est convoqué à Houston en juin 1962 pour des entretiens. Lorsqu’on lui demande son avis sur ce qu’un astronaute devrait étudier avant d’aller sur la Lune, il répond : « la géologie ».

Une excellente réponse, puisqu’il passera environ 800 jours à étudier cette science, entre les cours théoriques et les sorties in situ… Les astronautes d’Apollo 15, 16, et 17 avaient en effet l’équivalent d’un Master (bac + 5) en géologie lorsqu’ils sont allés sur la Lune !

Des noms de scène un peu « space »

Au tout début des années 60, trois filles qui posaient dans des magazines de charme et s’éffeuillaient dans des clubs et boîtes de nuit, avaient choisi des noms de scène qui vous diront certainement quelque chose…  Alana Shepard, Gussie Grissom et Jonnie Glenn.

Ceci dit, il paraît que sur scène elles occupaient très bien l’espace !

Un RTLS pour la première mission de la navette spatiale

Contrairement à tous les vaisseaux spatiaux habités précédents la navette spatiale n’a jamais été testée sans astronautes à bord (à la différence des soviétiques). Pour ne pas commencer directement avec une mission orbitale, la NASA envisagea un temps de réaliser un RTLS lors du premier vol. Le mode RTLS (pour Return To Launch Site – Retour au Site de Lancement) est l’une des quatre options permettant d’interrompre une mission lorsque la navette a décollé et qu’un incident rend la mise en orbite impossible. (Défaillance d’un des trois moteurs SSME (Space Shuttle Main Engine), fuite de carburant, fuite dans le système de refroidissement, dépressurisation de la cabine de pilotage etc.)

Le RTLS est possible, grosso-modo, entre 2 minutes et  4 minutes après le décollage. Avant, la navette n’a pas atteint une altitude suffisante et les SRB (Solid Rocket Booster – fusées d’appoint à combustible solide flanquées de part et d’autre du réservoir extérieur. A noter : une fois allumées on ne peut plus les arrêter.) ne sont pas encore largués, après, la navette a pris trop de vitesse (+ de 7 000 km/h) et il ne reste plus assez de carburant pour effectuer le retournement et ralentir l’engin. (Point de non retour – Negative return)

Pour simplifier, une fois les SRB largués (à T+2 min) vers 50 km d’altitude, la navette continue son ascension jusqu’à environ 120 km d’altitude, puis, l’engin de 500 tonnes y compris son réservoir extérieur à moitié vide, doit faire un demi tour (à 180°) alors qu’il vole à pratiquement sept fois la vitesse du son, et diminuer sa vitesse grâce aux 3 moteurs SSME (RTLS à trois moteurs) tout en orientant le nez vers sa cible, la Floride. Ce faisant la navette vole en traversant les gaz à 2 700 °C éjectés par les moteurs. Ce qui n’a jamais pu être testé en soufflerie, seulement par ordinateur.

Lorsqu’il reste moins de 2% d’ergols dans le réservoir extérieur, les moteurs SSME sont coupés (MECO – Main Engine Cut Off), l’orbiter doit alors avoir un angle d’attaque de – 4° pour que le réservoir puisse être largué en toute sécurité. Il faut ensuite purger les centaines de kilogrammes de LO2 et LH2 encore présents dans les tuyaux d’admission du MPS (Main Propulsion System). A ce moment là, l’engin a un angle d’attaque de 10°. Il faut alors augmenter cet angle dans les couches plus denses de l’atmosphère. Dans certains cas l’orbiter devra même effectuer un virage en S plus ou moins long pour dissiper un excédent d’énergie cinétique avant de pouvoir atterrir.

La manoeuvre en image (Crédit : Mark McCandlish – Traduction : Olivier Couderc)

Comme le précise avec humour, John Young, l’astronaute le plus capé de l’Histoire de la NASA : « Si toutes les manœuvres se déroulent parfaitement, tout ira bien, si tout ne se déroule pas comme prévu, cela ne se passera probablement pas très bien. »

Une telle mission aurait duré environ 25 minutes. Le RTLS a bien évidemment été réalisé, mais seulement en simulateur. « La première personne qui en réalisera un pourra vous dire si ça marche ou pas » remarqua ironiquement John Young qui a opposé une fin de non-recevoir à l’éventualité d’exécuter un RTLS en guise de première mission : « J’ai dit non. Je leur ai dit de ne pas jouer à la roulette russe, parce qu’il se pourrait bien que vous ayez une arme chargée entre les mains.»  En effet, compte tenu de tous les paramètres à maîtriser, même avec les 5 ordinateurs de la navette aux commandes, une telle manoeuvre aurait eu bien peu de chance de succès…  Juste avant STS-1 John Young enfonce le clou : « Pour réussir un RTLS il faut une succession de miracles, entrecoupés d’interventions divines ».

La première mission de la navette spatiale sera bien orbitale, et sera qualifiée par les spécialistes comme le vol d’essai le plus audacieux de l’Histoire. En 30 ans d’exploitation de la navette spatiale aucun RTLS n’a jamais été effectué !

Les différentes appellations du centre de recherche de Peenemünde

  • Le tout premier nom de la base de Peenemünde est Versuchsstelle Peenemünde (Centre de recherche Peenemünde), qui comprend les installations de l’armée à l’est du site (Werk Ost) et celles de la Luftwaffe (armée de l’air) à l’ouest (Werk West).
  • Lorsque le 1er avril 1938 la Luftwaffe se désengage du projet commun, ses installations deviennent Versuchsstelle der Luftwaffe Peenemünde-West, (Centre de recherche de la Luftwaffe Peenemünde-Ouest), puis plus tard Erprobungstelle der Luftwaffe (Centre d’essai de la Luftwaffe). La partie de l’armée quant à elle prend la dénomination de Heeresversuchsstelle Peenemünde, HVP (Centtre de recherche de l’armée de terre Peenemünde).
  • Le 23 septembre 1941, avec l’adjonction d’un site de production au sud du site de développement, Fertigungsstelle Peenemünde (FSP) (Site de production Peenemünde) le tout prend l’appellation de Heeresversuchsanstalt Peenemünde (Etablissement d’essai de l’armée de terre Peenemünde), l’accronyme ne change pas, HVP.
  • Puis les installations originelles de Peenemünde (HVP) prennent le nom de Entwicklungswerk ou EW (Usine de développement) et le site de production Versuchsserienwerk ou VW (Usine de production en série expérimentale).
  • Le 7 janvier 1942 Walter Dornberger change à nouveau le nom du site qui devient Heeresanstalt Peenemünde ou HAP (Etablissement de l’armée de terre Peenemünde).  Il s’agit de « banaliser » la dénomination du site.
  • Le 17 mai 1943, c’est au tour du général Friedrich Fromm Chef der Heeresrüstung und Befehlshaber des Ersatzheeres (Chef de l’armement de l’armée et commandant de l’armée de réserve) d’ordonner le changement d’appellation en Heimat-Artillerie Park 11 ou HAP 11 (Quartier général du camp d’artillerie 11), avec Karlshagen qui remplace Peenemünde pour l’identification géographique du site. Le numéro 11 vient de Waffenamt Prüfwesen 11 – Wa Prw 11. (Heeres)Waffenamt : c’est le bureau qui gère le développement technique et la production d’armes, de munitions et de matériel de l’armée de terre allemande de 1919 à 1945. Prüfwesen : ce sont les départements qui développent et testent de nouvelles armes. Et 11 : c’est la section 11, qui a la responsabilité des Sondergeräte (les engins spéciaux, dont les missiles font bien évidemment partie).
  • Le 1er août 1944 le site de développement de HAP 11 devient Elektromechanische Werke GmbH, (Usine electromécanique SARL), EW  (Gesellschaft mit beschränkter Haftung : société à responsabilité limitée). Cette SARL, techniquement une entreprise privée, appartient toujours à l’état. Quant aux derniers bureaux administratifs de l’armée ils prennent le nom de Versuchsplatz Karlshagen. (Site d’essai Karlshagen).

 

Badges de sécurité de Peenemünde, le premier avec l’acronyme HVP, l’autre avec HAP.