Wernher von Braun reçoit le Prix Galabert

Le directeur du centre de vol spatial Marshall de la NASA Wernher von Braun est l’un des trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique à l’hôtel Lutetia à Paris en France, le 15 mars 1967. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le 15 mars 1967, Wernher von Braun (1912-1977) reçoit à Paris le prix Galabert d’astronautique pour l’année 1966. Le prix est remis à l’hôtel Lutetia, l’endroit même où les allemands avaient installé leur quartier général du renseignement et du contre-espionnage pendant la deuxième guerre mondiale (Abwehr-Nachrichtendienst), et où furent accueillis les déportés des camps de concentration d’avril à août 1945 avant de rejoindre leur famille. Au début des années 1920, Charles de Gaulle y a passé sa lune de miel avec sa femme Yvonne.

Il va sans dire que l’amicale du camp de Dora protesta vivement, alors même que von Braun n’a aucune responsabilité dans l’utilisation des déportés des camps de concentration pour la production d’armement… Il n’a fait que développer des armes, comme des milliers d’ingénieurs dans le monde, la manière dont son gouvernement allait produire ses armes n’était absolument pas de son ressort. Et si ces nouvelles armes n’avaient pas existé, les déportés auraient travaillé sur d’autres, exactement dans les mêmes conditions (…)

Von Braun partage le prix avec deux français, Jean-Pierre Causse (1926-2018), le directeur du centre spatial de Brétigny, et Roger Chevalier (1922-2011) le directeur technique de la société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques, SEREB.

Les trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique : le directeur du centre spatial de Brétigny Jean-Pierre Causse, le directeur du centre de vol spatial Marshall de la NASA Wernher von Braun et le directeur technique de la société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques Roger Chevalier, à l’hôtel Lutetia à Paris en France, le 15 mars 1967. (Crédit Photo : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)
Jean-Pierre Causse, Wernher von Braun et Roger Chevalier le 15 mars 1967 à l’hôtel Lutetia. (Photo credit -/AFP/Getty Images)
Les trois lauréats du prix Galabert international d’astronautique : Jean-Pierre Causse, Roger Chevalier et Wernher von Braun, à l’hôtel Lutetia, le 15 mars 1967. (Crédit Photo : KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Dans son édition du mardi 24 mai 1966 le New York Times rapporte une information de l’agence de presse Reuters, selon laquelle le prix décerné le 23 mai à Wernher von Braun, Jean-Pierre Causse et Roger Chevalier doit être remis aux lauréats en octobre 1966 à Paris, juste avant le début du Congrès International d’Astronautique qui se tient à Madrid du 5 au 15 octobre. Un petit article qui contient quelques erreurs, l’orthographe du prénom de von Braun est Wernher et non pas Werner,  le prénom de M. Galabert est Henri et non pas Paul, le prix a été instauré en 1958 et pas en 1954. Finalement le prix sera remis le 15 mars 1967.

The New York Times, édition du mardi 24 mai 1966.

Quelques mots sur le prix Galabert

Ce prix doit son nom à un industriel, revendeur de machines-outils, Henri Galabert, passionné d’astronautique, qui assortira cette récompense d’une somme de 20 000 francs. A sa demande le prix est décerné sous l’égide de la Société Française d’Astronautique créée le 22 décembre 1955, dont il deviendra le principal mécène. La SFA dont le président est alors le général Paul Bergeron (1890-1967) et le secrétaire général, le génial Alexandre Ananoff (1910-1992). Le premier prix Galabert a été décerné en 1958. L’excellent Albert Ducrocq (1921-2001) a également été à l’origine de la création de ce prix.

En ce qui concerne les récipiendaires et les dates d’attribution, les sources sont extrêmement contradictoires.

(De g. à d. au premier plan) Le cosmonaute Andrian Nikolaïev, Henri Galabert, Valentina Terechkova alors l’épouse de Nikolaïev. Le 14 mai 1965. (Crédit Photo : Keystone/Getty Images)

« Il semble qu’en 1958 le prix délivré fut de 200 000 francs (anciens). Puis plus rien. Personne ne parla plus de lui jusqu’au jour où la presse, en fin septembre 1963, claironna bien haut que le président Brun, accompagné de M. Galabert se rendrait à l’aérogare pour accueillir Gagarine, venant de Moscou spécialement pour recevoir son prix. » affirme Alexandre Ananoff (1910-1992) dans ses mémoires parues en 1978 : « Les mémoires d’un astronaute, ou l’astronautique française ». Il considère ce « prix peu reluisant », dans le chapitre éponyme qui lui est consacré (pp 186 à 189), lui préférant de loin celui de REP-HIRSCH créé en 1928 par Robert Esnault-Pelterie (1881-1957) et le banquier André Louis-Hirsch (1899-1962), qu’il juge beaucoup plus sérieux… Hermann Oberth sera, en 1929, le premier lauréat de ce prix qui comme le prix Galabert récompense les travaux les plus remarquables dans le domaine des fusées et du vol spatial. Le prix REP-Hirsch était décerné sous l’égide de la Société Astronomique de France (SAF), au sein de sa nouvelle « commission d’Astronautique ».

C’est effectivement à partir de 1963 lorsque le prix Galabert est décerné, entre autres, à la superstar internationale Youri Gagarine, que cette récompense va être médiatisée et reconnue, car jusque-là elle était plutôt confidentielle.

Comme il existe une certaine confusion entre la date de l’annonce du comité Galabert qui décerne le prix, et la date où ce dernier est physiquement remis, les dates communiquées ci-après ne le sont qu’à titre indicatif.  (Il faudrait avoir accès aux numéros de l’organe de la SFA, notamment la revue française d’astronautique, qui a paru de septembre 1958 à 1967.)

Il semble que le prix Galabert a été décerné pour le dernière fois en 1972 et physiquement remis aux récipiendaires en 1973. La SFA fusionne fin 1971 avec l’AFITAE ((Association Française des Ingénieurs et Techniciens de l’Aéronautique et de l’Espace) créée en 1945, pour donner le 7 février 1972 l’Association Aéronautique et Astronautique de France (A.A.A.F puis 3AF). Techniquement l’AFITAE est dissoute et la SFA change d’intitulé.

Les lauréats du prix Galabert : (liste non exhaustive)

1959 : Maurice Allais (1911-2010) pour ses recherches sur la gravitation et le mouvement du pendule « paraconique ».

1960 : ?

1961 : Jean-Emile Charon (1920-1998) qui reçoit le prix pour ses recherches sur les éléments d’une théorie unitaire de l’Univers.

1962 : Ernst Stuhlinger (1913-2008), Herman Oberth (1894-1989), Julien MARTELLI, Siegfried KLEIN (1914- ? ), Pierre BLANC, et Lucien GERARDIN (1923- ).

1963 : Ary Sternfeld (1905-1980), Youri Gagarine (1934-1968), John Glenn (1921-2016), Jean-Jacques Barré (1901-1978), Hervé Moulin (1946-2016) Alla G. Masevich (1918-2008).  (John Glenn est absent à la remise du prix, il est représenté par William Pickering, Président de l’institut américain d’Aéronautique et d’Astronautique.)

1964 : ?

1965 : Valentina Terechkova (1937 –  ), première femme dans l’espace, son mari Andrian Nikolaïev (1929-2004), et William Pickering (1910-2004) pour le programme Ranger.

1966 : Wernher von Braun (1912-1977), Roger Chevalier (1922-2011), et Jean-Pierre Causse (1926-2018).

1967 : ?

1968 : ?

1969 : Les astronautes d’Apollo 11, Neil A. Armstrong (1930-2012), Michael Collins (1930- ) et Edwin E. Aldrin.  (1930- )

1970 : ?

1971 : L’Académie des sciences d’URSS reçoit le prix pour Luna 16.

1972 : Carl Sagan (1934-1996), Audouin Dolfuss (1924-2010), Mikhail Marov (1933- ). Prix remis en juin 1973.

Les lauréats de 1961 à 1967 selon le NASA Historical Data Book 1958-1968 Vol.1 (NASA Special Publication 4012).

Contrairement à ce qu’affirment certaines sources, l’astronaute Alan Shepard n’a jamais reçu ce prix.

Les balafres de Kurt Debus

Le Dr Kurt Heinrich Debus (1908-1983) est l’un des membres les plus éminents de la fabuleuse Rocket Team de Wernher von Braun (1912-1977).

Portrait de Kurt Debus du côté de son meilleur profil. Crédit Photo : NASA (27 mars 1970, il avait 62 ans).

Kurt Debus poursuit ses études supérieures à l’université de Technologie de Darmstadt (de décembre 1929 à 1939), dès 1935 il est l’assistant du professeur Ernst Hueter (1896-1954). En 1939 il obtient un doctorat en génie électrotechnique avec une thèse sur les surtensions. Il devient ensuite maître de conférence.

Peu après le début de la seconde guerre mondiale, c’est à l’Université de Technologie de Darmstadt que von Braun rencontre Debus. En effet, dès 1939 un groupe de travail dans le cadre du « Projet Peenemünde » (Vorhaben Peenemünde) y est créé. Il s’agit pour le bureau des armements de l’armée de terre (Heereswaffenamt) de faire participer des universités au développement de la fusée A4. L’Université de Technologie de Darmstadt est le partenaire le plus important avec 92 collaborateurs, principalement dans la recherche sur les moteurs, le développement de dispositifs de commande radio et de contrôle, le calcul de trajectoires. L’Institut de chimie inorganique et physique (Institut für Anorganische und Physikalische Chemie) dirigé par Carl Wilhelm Wagner (1901-1977), et l’Institut des mathématiques appliquées (Institut für Praktische Mathematik – IPM) d’ Alwin Walther (1898-1967) sont particulièrement impliqués. Mais également des professeurs de mécanique, physique appliquée, haute tension, techniques de mesure, électrotechnique. (Parmi 238 personnels académique travaillant pour le centre de recherche de Peenemünde au sein des grandes universités allemandes, outre les 92 chercheurs de l’Université de Technologie de Darmstadt, il y a 45 scientifiques de l’Université Technique de Dresde, et 45 de l’Institut Technique de Berlin qui comprend également des chercheurs de l’Institut de recherche sur les oscillations (Instituts für Schwingungsforschung) ; les trois contingents les plus importants.)

Von Braun demande plusieurs fois à Debus de rejoindre son équipe à Peenemünde, mais chaque fois il décline la proposition. Finalement en 1943, il est sommé par les autorités militaires de choisir, servir en tant que civil à Peenemünde, ou comme soldat sur le front de l’Est… L’université ne compte plus alors que 410 étudiants…

Kurt Debus arrive à Peenemünde en août 1943, il travaille dans le laboratoire de Ernst Steinhoff (1908-1987) qui s’occupe notamment du système de guidage de la A4, Steinhoff qui a également obtenu son doctorat (en physique appliquée) à l’Université de Technologie de Darmstadt, (en 1940, avec une thèse sur l’avionique.), ils faisaient partie de la même fraternité… A ce moment-là le prototype de la A4 est réalisé, il « ne reste plus qu’à » en faire un missile facilement déployable sur le front, et que l’on puisse rapidement produire en série. Toutes ces modifications nécessitent beaucoup d’essais, et Debus devient responsable des bancs d’essais dont le célèbre Prüfstand VII, il est également impliqué dans la formation des soldats chargés de mettre en œuvre cette nouvelle arme, que Goebbels a surnommé V2, pour Vergeltungswaffe 2, arme de représailles n°2. (La première étant le missile de croisière Fieseler 103 utilisé par la Luftwaffe.)

Aux Etats-Unis sa contribution fut également déterminante, par exemple les installations du Centre Spatial Kennedy, dont il fut le premier directeur, conçues pour la fusée Saturne V, furent principalement imaginées par Wernher von Braun et Kurt Debus.

Kurt Debus avait trois balafres, une petite sur le bas de menton (1), une petite sur la joue (2), et une beaucoup plus longue qui part du milieu du menton et se prolonge sur le bas de la joue (3).

C’est en 1930 que l’étudiant Kurt Debus rejoint la fraternité (Burschenschaft) Markomannia fondée en 1894, l’une des vingt-trois sociétés d’étudiants qui existaient alors à Darmstadt. La faculté comptait alors 2 822 étudiants inscrits (Wintersemester 1930/31).

Kurt Debus à 22 ou 23 ans, le visage sans schmisse avec l’uniforme de sa fraternité Burschenschaft Markomannia Darmstadt. (Circa 1930)

Kurt Debus y pratique notamment la Mensur (du latin mensura : mesure, mesurage – cf l’expression ad mensuram submittere : se mettre à portée de ; se mesurer à), une forme d’escrime d’origine germanique qui date du XVIe siècle, pratiquée principalement au sein des sociétés d’étudiants issus de la classe dominante, une sorte de rite de passage de la jeunesse, où la force de l’escrimeur (Paukant) se détermine plus par sa résilience à la douleur que son adresse à proprement parler. La Mensur est donc avant tout un exercice de courage, régit par des règles très strictes, toujours en présence de deux médecins (Paukarzt). Les bretteurs, obligatoirement de fraternités différentes utilisent une épée aux lames tranchantes (Korbschläger ou Glockenschläger), et doivent, face à face, à une distance fixe et définie (d’ou également le terme Mensur), porter les coups en restant statiques, les pieds ne doivent pas bouger (se déplacer serait un déshonneur), une main dans le dos. Le combat se termine à la première goutte de sang versé.  Tout le corps est protégé, jusqu’au cou, et pour éviter les blessures aux yeux et au nez, les escrimeurs portent des lunettes en fer (Paukbrille) et une protection nasale.

Seuls, le haut de la tête, le front, les joues, les lèvres, le menton sont exposés.

En 1566, à l’âge de 20 ans, le célèbre astronome danois Tycho Brahe (1546-1601) perd son nez face à l’épée de son cousin Manderup Parsberg qui avait vingt ans également. Il devra porter une prothèse toute sa vie. (Les circonstances exactes de ce duel n’ont jamais été clairement établies, il ne s’agit peut-être pas d’une Mensur, même si à cette époque les deux cousins étudiaient en Allemagne, à l’université de Rostock.)

Le combattant blessé est le cas échéant immédiatement recousu par le médecin présent, à vif, sans anesthésie, avec le moins de points de suture possible, car cette scarification faciale permet d’afficher ostensiblement son courage physique.  En effet, ce type de cicatrice, schmiss, obtenu lors d’une Mensur est une fierté, le résultat d’un acte de bravoure. Des étudiants qui ne la pratiquaient pas se tailladaient avec des lames de rasoir. Il s’agit d’un des premiers cas de scarification dans les sociétés européennes, à la signification sociale très importante, qui a fait l’objet de très intéressantes études sociologiques et anthropologiques.

En 1933, avec l’arrivée au pouvoir des nazis, la Mensur est interdite, et les fraternités deviennent des Nationalsozialistischen Kameradschaften sous la houlette du parti.

Kurt Debus était très fier de ses schmisse, mais pour le profane, encore faut-il en connaître l’origine et la signification.

Il faut reporter la mission Apollo 8

Le mardi 12 novembre 1968 lors d’une conférence de presse qui se déroule au siège de la NASA, à Washington D.C., en duplex avec les salles de presse des centres spatiaux du Texas et de Floride, et dure un peu plus de trois heures (de 10 h à 13 h 10 très exactement), le nouvel administrateur de la NASA, Thomas Paine (1921-1992), qui a succédé à James Webb (1906-1992) le 7 octobre, annonce aux américains l’objectif de la mission Apollo 8 ; un vol circumlunaire. A ses côtés, Samuel Phillips (1921-1990), directeur du programme Apollo, William Schneider (1923-1999), directeur des missions Apollo, et Alfred Alibrando (1923-2004) du service des relations publiques de la NASA.

Trois jours plus tard, Robert Gilruth (1913-2000), le directeur du Centre des Vaisseaux Spatiaux Habités (Manned Spacecraft Center) près de Houston, reçoit une lettre d’un certain Stewart Atkinson, demeurant dans la petite ville de Darien, dans le Connecticut :

Cher Monsieur,

Je me demande ce qui a bien pu motiver votre décision de vouloir envoyer trois hommes autour de la Lune pendant la période de Noël. Il ne s’agit en aucune façon d’une entreprise infaillible, et le risque de gâcher les fêtes de Noël de millions d’américains est considérable. Noël est le moment des insouciantes réunions de famille, où chacun de nous doit pouvoir se raccrocher à ces moments de bonheur qui nous ont tant manqués au cours de cette triste année 1968. Nous n’avons nul besoin d’un triomphe spatial pour célébrer notre fête préférée, et un échec serait le coup de grâce pour un peuple déjà sonné par les événements de l’année écoulée. Comme des millions d’américains j’ai été enchanté par les succès du programme spatial… Mais je suis convaincu que les américains préféreraient de loin, que la mission soit reportée d’un mois, si elle s’avère indispensable.

Cordialement,

Stewart Atkinson

Comment intégrer Apollo 1 dans la séquence des missions Apollo

Après l’embrasement éclair de la capsule 012 le 27 janvier 1967, lors d’un test au sol, moins d’un mois avant le décollage prévu de la mission Apollo 1, qui a coûté la vie à Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee, les veuves des trois astronautes ont demandé à la NASA de garder l’appellation Apollo 1 pour que personne n’oublie jamais le sacrifice ultime de ces trois hommes pour la conquête de l’espace.  

Le Module de Commande 012 arrive au Centre Spatial Kennedy le 26 août 1966.

Donner un nom à une mission qui n’a jamais eu lieu pose un problème pour la dénomination des futures missions Apollo, chaque mission devant pouvoir être chronologiquement identifiée… Dans le jargon de la NASA trois vols de la Saturn IB ont déjà eu lieu, AS-201, AS-202, AS-203 (AS=Apollo/Saturn ; 2=Saturn 1B (1 = Saturn I, 5 = Saturn V) ; et deux ordinaux, qui permettent d’indiquer la position dans la série des vols…  Comme Apollo 1 devait être la quatrième mission du programme Apollo Saturn lancée par une fusée Saturn 1B elle était également identifiée en tant que AS-204. Voilà pour la théorie…

Comment insérer Apollo 1 dans la séquence des missions pour garder une certaine cohérence qui n’en avait déjà plus trop, puisque AS-203 (5 juillet 1966) a été lancé avant AS-202 (25 août 1966)…

Dans une lettre à George Müller (alors directeur du bureau des vols spatiaux habités – OMSF pour Office of Manned Space Flight) en date du 30 mars 1967, George Low (alors directeur adjoint du Manned Spacecraft Center près de Houston) lui fait part de deux suggestions, qui tiennent compte de cet impératif.

Il s’agit, soit, de considérer les missions AS-201, 202, and 203 comme des missions imputables à la Saturn I (sans faire de différenciations avec la 1B), réserver l’appellation Apollo 1 pour le vaisseau spatial 012, et nommer les vols suivants Apollo 2, Apollo 3, etc.

Ou bien, appeler le prochain vol Apollo 4, mais utiliser une nomenclature un peu différente pour les missions déjà réalisées. Garder l’appellation Apollo 1 pour le vaisseau spatial 012 et ensuite pour des considérations historiques appeler la mission AS-201, Apollo 1-A ; AS-202, Apollo 2 ; AS-203, Apollo 3…

Dans un mémorandum daté du 3 avril 1967, les différents centres spatiaux, les contractants et le service des relations publiques de la NASA sont informés que le Comité qui entérine l’appellation des missions spatiales, approuve les recommandations du OMSF. C’est ainsi que le 24 avril 1967 le Bureau des Vols Spatiaux Habités confirme que AS-204 sera officiellement enregistré en tant que : « Apollo 1, premier vol habité du programme Apollo Saturn – qui a échoué lors d’un test au sol – « . Que les vols AS-201, AS-202, and AS-203 ne seront pas modifiés dans la séquence des vols Apollo, et que la prochaine mission sera Apollo 4, le premier vol inhabité de la Saturne V (AS-501).

Afin de compliquer encore un peu les choses, pour la mission Apollo 5, c’est la Saturne IB de la mission Apollo 1, AS-204, indemne après l’accident, qui sera utilisée.

Puis nous avons Apollo 6 (AS-502) et Apollo 7 le premier vol habité du programme Apollo (AS-205)…

On peut indifféremment utiliser AS ou SA, le centre spatial de Houston préférait mettre le « Apollo » avant « Saturn » (AS), le centre spatial Marshall qui avait conçu le lanceur mettait « Saturn » avant « Apollo » (SA) !  

La numérotation des missions Skylab connaîtra également des vicissitudes, et que dire de celle des missions de la navette spatiale, un véritable imbroglio, évoqué ici.

Finalement, quelle importance, l’essentiel étant que Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee soient identifiés à une mission, afin que le souvenir de leur sacrifice ultime ne puisse jamais être oublié.

L’emblème d’Apollo 1, que les astronautes portaient lors des entraînements, revisité par les artistes Jorge Cartes et Tim Gagnon. Remarquable travail et magnifique hommage.

Wernher von Braun lauréat du Prix Hugo

L’Annual Science Fiction Achievement Award, que l’on peut traduire par récompense ​​annuelle d’œuvre de science-fiction, qui devient officiellement le prix Hugo (Hugo Award) en 1992, a été créé en 1953, à l’origine comme un événement unique, puis décerné chaque année à partir de 1955. Il récompense dans plusieurs catégories les meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy. C’est la World Science Fiction Society (WSFS) (Association mondiale de science-fiction) lors de la World Science Fiction Convention ou Worldcon (Convention Mondiale de la Science-Fiction) qui attribue chaque année le prix Hugo, lequel est rapidement devenu une récompense prestigieuse. Le Prix Hugo doit son nom à Hugo Gernsback (1884-1967), le fondateur, en 1926, du premier magazine de science-fiction, Amazing Stories.

Hugo Gernsback (1884-1967) Crédit photo : Louis Fabian Bachrach Jr. (1917-2010)
Le premier numéro de « Amazing Stories  » (Avril 1926) dédicacé le 7 août 1965 par Hugo Gernsback à son ami Rick Norwood (1942-) , éditeur, historien de la bande-dessinée, auteur…

En 1996 la WSFS a l’idée de décerner rétrospectivement des prix Hugo, le prix n’ayant pas été décerné en 1954, c’est 50 ans plus tard, en septembre 2004 que les récipiendaires des « Retrospective Hugo Awards », qui concernent donc des œuvres parues en 1953, sont révélés lors de la 62e convention mondiale de la science-fiction qui se déroule à Boston dans le Massachusetts du 2 au 6 septembre 2004.

Dans la catégorie « œuvre non romanesque » (non fiction), ce sont Wernher von Braun (1912-1977), Willy Ley (1906-1969) et Fred Whipple (1906-2004) qui, le 4 septembre 2004, reçoivent le prestigieux « Prix Hugo », à titre rétrospectif, « Retro Hugo Award », pour le livre Conquest of the Moon, paru en 1953. (De même que Chesley Bonestell (1888-1986) dans la catégorie « artiste illustrateur » qui a notamment participé à l’illustration de l’ouvrage. C’est Ray Bradbury (1920-2012), de son vivant, qui obtient le prix dans la catégorie meilleur roman de science-fiction, avec Fahrenheit 451.)

27 ans après la mort de Wernher von Braun, 35 ans après celle de Willy Ley,  et 4 jours après le décès de Fred Whipple, ces trois auteurs reçoivent le Retro Hugo Award… Le livre en question traite plus en détail le contenu de l’article qu’ils avaient écrit pour le magazine Collier’s « Man On the Moon » en octobre 1952.  

Œuvre non romanesque ? Et pourtant, à la sortie du livre il s’agit bien d’une œuvre de fiction ! Pour la circonstance, l’intitulé de la catégorie fut prestement modifié pour se muer en « Best Related Book » avec pour ce livre en particulier, la mention « to the appropriate people in the space industry ». « Meilleur livre apparenté science-fiction à destination des personnes liées à l’industrie spatiale. »

393 votants ont départagé les trois livres en compétition, les votes se répartissent comme suit : 179 voix pour Conquest of the Moon de Wernher von Braun, Fred L. Whipple et Willy Ley ; 148 voix pour Science Fiction Handbook de L. Sprague de Camp ; et 44 voix pour Modern Science Fiction: Its Meaning and Its Future de Reginald Bretnor. A noter, il y a eu 22 personnes qui ont voté pour ne pas attribuer le prix à l’un de ces trois ouvrages.

C’est Patrick Malloy l’un des responsables de l’organisation du Worldcon et intermédiaire de la NASA pour tout ce qui concerne les expositions sur le thème de l’espace, qui reçoit le trophée. Il va le remettre au conservateur du U.S. Space and Rocket Center de Huntsville en Alabama, musée dont Wernher von Braun est à l’origine…

Le trophée fut tout d’abord présenté lors d’une exposition événementielle dont le thème est l’influence de la science-fiction sur les carrières des grandes figures des débuts de l’astronautique, tel Wernher von Braun…  Puis, placé définitivement sur l’ancien bureau que Wernher von Braun avait au Centre Spatial Marshall, dans la partie du musée qui lui est consacré.

La reconstitution du bureau de Wernher von Braun au Centre Spatial Marshall au musée de l’U.S. Space and Rocket Center. Le trophée se trouve devant le globe de la planète Mars. Crédit photo : Naomi MALLOY (l’épouse de Patrick MALLOY)
Gros plan sur le trophée de 33 cm de haut ressemblant à une fusée A4. Crédit Photo : Naomi MALLOY. U.S. Space and Rocket Center.