CBS et la couverture du programme spatial

La chaine de télévision américaine CBS (Columbia Broadcasting System) couvre le programme spatial américain depuis le tout début. La qualité de ses reportages et la compétence de ses journalistes sont une référence. Quelles furent les missions les plus médiatisées ?

Celle ayant totalisé le plus de « couverture » est bien entendu Apollo 11, avec 60 heures de programmes.

Maintenant, si l’on compare la durée totale des émissions consacrées à une mission particulière avec la durée de celle-ci, Apollo 11 n’arrive qu’à la deuxième position… Après le premier vol orbital américain, effectué par John Glenn.

En effet, la mission Friendship 7 a duré moins de 5 heures mais CBS lui a consacré plus de 25 heures, ce qui nous donne un ratio de 5 pour 1.

La mission Apollo 11 s’étant déroulée sur presque 200 heures et ayant généré 60 heures de couverture média par CBS, le ratio est de 1 pour 3.

La mission la moins médiatisée, est la dernière mission Skylab qui n’a bénéficié que de 34 minutes de couverture, pour une mission ayant duré 84 jours…  Le ratio est de 1 pour 4 000 !

Apollo 16 et le traitement d’images

Pour Apollo 16 (puis pour Apollo 17) la NASA a passé un contrat d’un montant de 46 000 dollars (270 000 en dollars constants) avec une société californienne fondée par John Lowry (1932-2012), qui n’existait que depuis 3 mois, pour retravailler les images reçues depuis la Lune afin d’en améliorer la qualité.  Ainsi les images arrivant à Houston étaient immédiatement retransmises à Image Transform, Inc. qui les traitait en temps réel, et les renvoyait aussitôt sur les écrans de la NASA, qui elle-même les retransmettait aux réseaux de télévision. La nature de ce traitement informatique, resté secret pour protéger 9 brevets d’invention dont deux en instance d’homologation, a grandement amélioré la qualité des images.  Le délai d’affichage n’était augmenté que de 200 millisecondes.

Le but premier de l’opération était bien évidemment de permettre aux géologues de mieux conseiller les astronautes quant aux échantillons à collecter.  Ces derniers étaient ravis du résultat.

Et bien évidemment, les téléspectateurs en ont également bénéficié.

En 1988 John Lowry fonde la Lowry Digital Images qui s’est spécialisée dans la restauration de vieux films pour leur commercialisation en DVD… En 2009, la NASA a fait appel à cette société pour restaurer les séquences vidéo de la mission Apollo 11, en très mauvais état.

1967 Annus Horribilis

1967 est l’année qui compte le plus d’accidents mortels « indépendants » dans les rangs du corps des astronautes.   L’explosion de Challenger en janvier 1986 constitue un seul accident même si l’on dénombre le même nombre de victimes… Il en va de même pour la désintégration de Columbia en février 2003.

Ainsi le 27 janvier, l’incendie de la cabine Apollo 1, lors d’une simulation, provoque l’asphyxie fatale des astronautes Virgil Grissom (41 ans), Edward White (37 ans) et Roger Chaffee (32 ans).

Quatre mois plus tard, le 6 juin, c’est Edward Givens, du cinquième groupe d’astronautes de la NASA, qui meurt à 37 ans dans un accident de voiture.

A nouveau quatre mois plus tard, le 5 octobre, c’est Clifton Williams du troisième groupe d’astronautes de la NASA, qui se tue à l’âge de 35 ans dans le crash de son Northrop T-38 Talion, il aurait certainement marché sur la Lune aux côtés de Pete Conrad lors de la mission Apollo 12.

Un mois et 10 jours plus tard, le 15 novembre, c’est Michael Adams (37 ans) qui se tue lors de l’unique accident mortel du programme d’avion spatial X-15, c’était le 191e vol du X-15, qui en compte 199 au total ! En novembre 1965 Adams avait été sélectionné dans le premier groupe d’astronautes de l’US Air Force, dans le cadre du programme de station spatiale MOL. (Manned Orbiting Laboratory)

Trois semaines plus tard, le 8 décembre, c’est son collègue Robert Lawrence qui perd la vie à 32 ans dans le crash de son F-104 Starfighter, lors d’un vol d’entrainement au cours duquel il devait effectuer un vol plané avec une forte inclinaison, comme ceux exécutés plus tard par la navette spatiale.  Lawrence est le premier afro-américain sélectionné dans un programme spatial, il faisait partie du troisième groupe d‘astronautes MOL de l’USAF, sélectionné le 30 juin 1967 !  Faisant partie des plus jeunes, il aurait certainement fait partie des astronautes MOL transférés à la NASA, et à coup sûr, volé sur la navette spatiale !

Enfin, n’oublions pas le cosmonaute Vladimir Komarov, décédé le 24 avril 1967 à 40 ans, dans le crash de Soyouz 1, la première mission habitée du nouveau vaisseau spatial soviétique. Le premier Homme à mourir dans l’exercice d’une mission spatiale !

Peter Ritchie Calder, l’humanisme environnemental et la conquête spatiale.

En 1970, Lord Ritchie-Calder (1906-1982) écrivait dans le magazine Foreign Affairs :

« Les civilisations passées sont enterrées dans les cimetières de leurs propres erreurs, alors que chacune d’entre elles est morte en raison de sa cupidité, de sa négligence, une autre a pris sa place. C’est parce que ce genre de civilisations était confiné à une localité, une région. Aujourd’hui, la nôtre, est une civilisation globale, elle n’est pas délimitée par le Tigre et l’Euphrate, ni même par l’Hellespont et l’Indus ; c’est le monde entier. Sa planète s’est réduite à un tel point qu’un satellite fabriqué par l’Homme peut en faire le tour 16 fois par jour, parcourant les clôtures gravitationnelles du domaine familial de l’Homme. C’est une communauté tellement interdépendante que nos erreurs ont des conséquences à l’échelle mondiale… L’Homme moderne peut être encore plus prétentieux que les Anciens, qui dans l’arrogance de leurs réalisations matérielles ont construit des pyramides en guise de pierres tombales pour leurs civilisations. Nous pouvons envoyer nos pyramides dans l’espace, afin qu’elles orbitent pour l’éternité, autour d’une planète qui a péri à cause de notre criminelle négligence. »

Charles Duke et Mary Typhoïde

Lorsque le dimanche 16 avril 1972, Charlie Duke s’apprête à s’installer dans le siège droit du module de commande, il découvre sur ce dernier une affichette, avec une inscription en gros caractères : « Typhoid Mary seat ». (Siège de Mary Typhoïde)

Cette blague est l’œuvre de Fred Haise, le commandant de réserve de la mission. On se souvient que deux ans auparavant, Haise avait fait partie de l’équipage d’Apollo 13, dont l’un des membres, Ken Mattingly, avait été remplacé 3 jours avant le lancement, car soupçonné d’avoir attrapé le virus de la rubéole (German measles – La rougeole se dit simplement measles) dont le délai d’incubation est d’une quinzaine de jours, et comme il n’avait jamais eu cette maladie, son sort fut rapidement scellé. C’est Charlie Duke, le pilote du module lunaire remplaçant, qui l’avait contracté par l’intermédiaire de l’un de ses fils, et qui avait, sans en avoir conscience, contaminé plusieurs personnes. Il faut savoir que la période de propagation du virus commence 7 à 10 jours avant l’apparition des sympômes physiques (éruption cutanée)… Au final Mattingly ne développa pas la maladie !

Duke avait également fait un séjour à l’hôpital en janvier 1972, pour une pneumonie d’origine bactérienne, deux mois avant le lancement d’Apollo 16 qui était à l’origine prévu pour le 17 mars.

Mary Typhoïde ne fait pas référence à la super-vilaine, ennemie de Daredevil, de l’univers Marvel Comics, puisqu’elle n’apparait qu’en 1988, 16 ans après Apollo 16, mais à Mary Mallon (1869-1938), qui a occupé des emplois de cuisinière à New-York, et qui fut le premier cas authentifié aux Etats-Unis de porteur sain de la typhoïde. Au moins 51 cas de cette maladie, dont 3 décès, lui sont directement imputables, d’où son surnom. Mary Mallon est née en Irlande du Nord… à Cookstown (cela ne s’invente pas), elle sera confinée une deuxième et dernière fois à l’isolement 23 ans durant, et mourra en quarantaine d’une… pneumonie !

Depuis, aux Etats-Unis, on surnomme « Typhoid Mary » toute personne porteuse d’une maladie contagieuse, ou qui répand quelque chose d’indésirable, et plus généralement, qui porte la poisse.

En tout cas, cette petite blague de Fred Haise a bien fait rire Charles Duke et les personnes présentes…