Les soviétiques ne veulent pas montrer Soyouz

Alors que les soviétiques ont pu visiter le Centre Spatial Kennedy et avoir accès au vaisseau Apollo, il a fallu que les américains fassent le « forcing » pour pouvoir jeter un coup d’œil sur le vaisseau Soyouz avant la mission conjointe. A tel point que l’astronaute Thomas Stafford avait menacé de ne pas faire la mission « s’il ne pouvait pas voir sur Terre le vaisseau spatial dans lequel il devait entrer dans l’espace ».  Finalement les américains seront autorisés à visiter le cosmodrome et voir le vaisseau Soyouz, le 28 avril 1975, moins de trois mois avant la mission…

Les vitres du bus qui les amène sur le site ont  été recouvertes, un téléviseur a été installé avec au programme des dessins animés. Le raisonnement des responsables militaires du centre spatial était le suivant : pendant qu’ils regarderont la télé et se marreront ils ne penseront pas à scruter les alentours ! (Le pare-brise lui, n’ayant bien évidemment pas pu être obstrué, on peut raisonnablement penser, compte tenu de la logique ambiante, que les américains ont été installés à l’arrière du bus…)

Les astronautes de la mission Apollo-Soyouz à Baïkonour

En avril 1975, lors du dernier voyage d’entrainement en URSS, avant la mission Apollo/Soyouz prévue en juillet, la délégation américaine dans le cadre d’échanges culturels visite notamment, à sa demande, les villes de Zagorsk, le siège de l’Eglise orthodoxe Russe, Kalouga, où vivait Konstantin Tsiolkowski, Tashkent, Bukhara, Samarkand…

Le 19 avril ils visitent le nouveau centre de contrôle de Kaliningrad, le « TsUP » (Tsentr Upravleniya Polyotov) et le 28, enfin, car les tractations furent laborieuses, ils purent se rendre au centre spatial ultra secret de Baïkonour. Les seuls occidentaux à l’avoir visité jusque-là étaient les présidents français Charles de Gaulle (le 22 juin 1966) et Georges Pompidou (les 8 et 9 octobre 1970) et leur délégation.

Comme pour les français, le secteur qu’ils sont autorisés à visiter, a été préparé pour la circonstance, même les rails du chemin de fer entre le hall d’assemblage et le pas de tir ont été peints… Sur cette base militaire ils ne virent aucun uniforme, uniquement des personnels aux cheveux coupés très courts, portant des vêtements civils mal ajustés…

1975 : américains et soviétiques trinquent dans l’espace

En  1965, à l’occasion du XVI° Congrès International d’Astronautique qui s’est déroulé à Athènes du 12 au 18 septembre, les astronautes Charles Conrad, Gordon Cooper et Donald Slayton rencontrent les cosmonautes Alexeï Leonov et Pavel Belyayev ; des entrevues qui s’avèrent extrêmement cordiales.

Leonov-Conrad-Cooper-Beliaiev

Alexeï LEONOV – Charles CONRAD – Gordon COOPER – Pavel BELYAYEV

Lors d’une réception, Slayton confie à Leonov qu’une coopération spatiale est nécessaire entre les deux pays. Quant à Leonov, lors d’un discours prononcé un peu plus tard, il émet le souhait : « … qu’un jour dans le futur, nous trinquions ensemble à bord d’un vaisseau spatial soviéto-américain… »

Ce qui semblait n’être qu’un vœu pieux se réalise dix ans plus tard.

Lors des préparatifs de la mission Apollo-Soyouz, astronautes et cosmonautes ont eu l’occasion de trinquer en de nombreuses occasions, lors de leurs multiples visites respectives en URSS et aux Etats-Unis, et ils plaisantaient souvent sur le fait de savoir s’ils pourraient ou non porter un vrai toast russe dans l’espace. Le 17 juillet 1975, alors que Thomas Stafford et « Deke » Slayton sont à bord de Soyouz (Vance Brand surveille les systèmes d’Apollo), Alexeï Leonov propose de porter un toast avant le repas, Slayton lance alors : « Alexeï, il y a 10 ans tu m’as promis une vodka à bord de notre vaisseau international ! »

N’attendant que ça, Leonov propose à ses convives des tubes sur lesquels ont peu lire « Vodka Russe », « Vodka Stolichnaya », (la marque de vodka la plus célèbre en Russie) à la grande stupéfaction des astronautes. Stafford et Slayton commencent par refuser, l’alcool est strictement interdit, mais devant l’insistance de Leonov, pour qui il est impensable de déroger à cette coutume ancestrale, ils finissent par capituler.

Chacun lève donc son tube à la santé des autres ; « Cheers ! », « Za vas ! », «  Za tvoyo zdorovie ! »…

Mais, déception, le breuvage attendu n’est pas celui qualifié de « don de Dieu au peuple russe, le seul à même de réchauffer l’âme russe au cœur des hivers les plus rudes » mais du « borchtch », un potage traditionnel slave (fabriqué en Estonie pour le programme spatial soviétique). Le facétieux Leonov avait recouvert les étiquettes de quelques tubes de soupes, et de jus de cassis, pour cette très sympathique plaisanterie…

Apollo-Soyouz

Slayton vodka

Pas de vodka, mais qu’importe, car comme le rappelle malicieusement et très justement Alexeï Leonov : « C’est l’intention qui compte ! »

Miss Apollona Soyuzovna

En avril 1975, lors du dernier séjour des astronautes américains en URSS avant la mission prévue en juillet, les soviétiques offrent à leurs homologues un album contenant tous les timbres parus en URSS, que tous les participants signeront… Parmi les cadeaux offerts par les américains, des polaroïds de Miss Apollona Soyuzovna !

Thomas Stafford raconte : « L’un des membres les plus audacieux de l’équipe avait réussi à convaincre une superbe jeune femme d’un club pour hommes à Houston de poser avec seulement trois écussons de la mission Apollo-Soyouz stratégiquement placés… »

Stafford surprendra le Professeur Konstantin Bushuyev (1914-1978), directeur soviétique du projet Apollo Soyouz, qui fut notamment ingénieur adjoint de Korolev au sein de l’OKB-1, glissant l’un des polaroïds dans sa poche !

Apollo-Soyouz ou Soyouz-Apollo ?

L’organisation de ce rendez-vous spatial entre américains et soviétiques ne devait heurter aucune sensibilité, aucune susceptibilité, ainsi par exemple un système d’amarrage dit « androgyne » fut conçu, en lieu et place du système sonde/cône ou mâle/ femelle !

Apollo Soyouz symetrie

De même le badge du programme fut conçu par un artiste russe, sans droite ni gauche, ni haut ni bas, afin de pouvoir être porté indifféremment avec Apollo ou Soyouz à gauche ou en haut (en premier) selon la nationalité !

Portrait_of_ASTP