Le message des cosmonautes à l’équipage d’Apollo 10

Le 27 mai 1969, quelques heures après le retour sur Terre des astronautes d’Apollo X, un télégramme de félicitations, signé par cinq cosmonautes, est rendu public par l’ambassade soviétique :

« Nous, cosmonautes soviétiques avons suivi votre difficile mission avec attention. Nous admirons très sincèrement l’extrême précision avec laquelle vous avez mené toutes les manœuvres prévues, votre excellente préparation, et votre courage. »

Le message est signé par Hermann Titov, Andrian Nikolaïev, Alekseï Leonov, Georgui Beregovoï, et Vladimir Shatalov.

Bel hommage et beau fair-play.  Youri Gagarine eut-il été vivant, il aurait bien évidemment lui aussi signé ce message de félicitations !

Quatre drapeaux tout fripés

C’est le 30 juin 1969 lors d’un dîner donné à la Maison-Blanche que les astronautes d’Apollo 10, Thomas Stafford, John Young et Eugene Cernan offrent au Président Richard Nixon et au Vice-Président Spiro Agnew quatre drapeaux américains, quelque peu froissés, qu’ils avaient emporté avec eux lors de la mission. Stafford dit au Président :

« Ces drapeaux ont fait le voyage vers la Lune, et ont tourné 31 fois autour d’elle, c’est pourquoi nous avons pensé que vous les voudriez tels que nous les avons ramenés. C’est la raison pour laquelle nous ne les avons pas repassés avant de les encadrer. »

High Flight, un sonnet dans l’espace

Le sonnet High Flight écrit par le pilote de chasse John Gillespie Magee Jr. (1922-1941) qui fut tué en vol le 11 décembre 1941, à l’âge de 19 ans, lors d’une colision avec son Supermarine Spitfire et un Airspeed AS.10 Oxford, au-dessus du Lincolnshire en Angleterre, trois mois après avoir écrit ce poème cultissime pour tous les aviateurs, a été de nombreux vols spatiaux américains ; Gemini 10, Apollo 10, Apollo 11, Apollo 15… Un poème qui décrit magistralement l’extase du pilote lorsqu’il vole.

 

 

« Ce n’est pas un hasard, si nous, trois astronautes aguerris, avions le poème de John Magee à bord d’Apollo 10, car il y a vraiment eu des moments, où j’ai ressenti que je pouvais tendre la main, comme il le dit, et toucher le visage de Dieu. »  Eugene Cernan

 

High Flight

Oh ! I have slipped the surly bonds of earth
And danced the skies on laughter-silvered wings;
Sunward I’ve climbed, and joined the tumbling mirth
Of sun-split clouds – and done a hundred things
You have not dreamed of – wheeled and soared and swung
High in the sunlit silence. Hov’ring there
I’ve chased the shouting wind along, and flung
My eager craft through footless halls of air.
Up, up the long delirious, burning blue,
I’ve topped the windswept heights with easy grace
Where never lark, or even eagle flew –
And, while with silent lifting mind I’ve trod
The high untresspassed sanctity of space,
Put out my hand and touched the face of God.

 

Toute tentative de traduction d’un poème est vaine car bien évidemment on perd l’essentiel. Le sens d’un poème est inséparable des mots choisis et toutes les résonances qui vibrent dans l’original, toutes les images évoquées, les interprétations possibles, sont perdues… Je vous propose toutefois ma traduction de ce sonnet :

 

Haut Vol

Oh ! J’ai rompu les liens qui me rattachaient à la Terre
Et dansé dans le ciel, sur des ailes riantes et argentées.
J’ai grimpé vers le soleil, et partagé l’allégresse
Des nuages transpercés par sa lumière – et fait cent choses
Dont vous n’avez même jamais rêvé – tournoyé, plané, virevolté
Là-haut dans le silence ensoleillé. Alors que je volais là-haut
J’ai poursuivi le vent hurlant, et lancé
Mon fier aéronef à travers les espaces insondables.
Haut, toujours plus haut dans un délire bleu incandescent
J’ai survolé les sommets balayés par les vents, avec grâce et aisance
Où jamais une alouette ni même un aigle n’ont volé.
Et alors qu’en silence mon esprit s’élevait, j’ai atteint
Le sanctuaire celeste inviolé,
Tendu ma main, et effleuré le visage de Dieu.

 

Les astronautes de la sagesse

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Eugene Cernan – Thomas Stafford – John Young (NASA – 1969)

Sur cette photo, l’équipage d’Apollo 10 reproduit un symbole pictural d’origine oriental : les singes de la sagesse.

Il s’agit de trois singes dont le premier se couvre la bouche avec les mains, le deuxième les yeux, le dernier les oreilles.  « Je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire », « je ne vois pas ce qu’il ne faut pas voir », et « je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre ».

Que l’on peut également interprêter à contrario par : ne pas se taire pour ne pas prendre de risque, ne pas se cacher les yeux devant les difficultés,  ne pas se boucher les oreilles pour ne pas savoir. Il n’est nullement question de s’isoler du monde qui nous entoure.

Ironiquement, c’est Eugene Cernan qui se couvre la bouche !  cf Un juron médiatisé

Etron libre

Une conversation entre les astronautes d’Apollo 10 révèle sans la moindre équivoque les problèmes d’hygiène auxquels ils furent confrontés lors de leur mission…
Problèmes récurrents lors des vols spatiaux de longue durée des programmes Gemini et Apollo.
En guise de wc les astronautes utilisaient un sac en plastique. En micro-gravité ce n’est pas évident…

Ainsi au sixième jour :

Thomas STAFFORD : Oh ! Qui a fait ça ?

John YOUNG : Qui a fait quoi ?

Eugene CERNAN : Quoi ?

STAFFORD : Qui a fait ça ? (Rires)

CERNAN : D’où ça sort ?

STAFFORD : Passez-moi une serviette, vite. Il y a un étron qui dérive

YOUNG : C’est pas moi. Ce n’est pas à moi.

CERNAN : Je ne pense pas que ce soit à moi.

STAFFORD : Le mien était un peu plus compact que ça. Balancez-moi ça.

 

Quelque huit minutes plus tard…

 

CERNAN : Voilà encore un autre putain de colombin. Qu’est-ce que vous avez les gars? Passez moi un…

STAFFORD et YOUNG sont hilares

CERNAN : Croyez-moi, si j’avais chié par terre, je m’en serais rendu compte !

STAFFORD : Le truc était juste en train de flotter autour de nous ?

CERNAN : oui

STAFFORD (Rigolant) : Le mien était plus compact que ça !

YOUNG : Le mien également. Il est entré dans le sac. Quand j’ai touché le mien avec les doigts il était mou. M… Zut alors ! (Les astronautes s’aident de leurs doigts à travers le sac en plastique et une fois ce dernier rempli, ils doivent malaxer les matières fécales afin de les imprégner de germicide)

STAFFORD est hilare

CERNAN mort de rire : Je ne sais pas à qui ça appartient. Je ne peux ni affirmer que cela m’appartient ni décliner toute responsabilité.

Ce dialogue est une vraie… pépite ! Il n’y a rien à ajouter.

 

Les dialogues originaux figurent dans cette retranscription, à  05 05 22 30.

http://www.jsc.nasa.gov/history/mission_trans/AS10_CM.PDF