Quand l’improbable devient réalité

En 1949, dans le cadre de ses quatre années d’études passées à l’Académie Navale d’Annapolis (de 1948, l’année où son père est décédé d’un cancer, à 1952), Thomas Stafford effectue une mission sur l’USS Missouri (BB-63), un cuirassé de classe Iowa, [en service de 1944 à 1998, sur lequel ont été signés les actes de capitulation du Japon en 1945], en même temps qu’un autre Aspirant, un certain John Young. Ils sont affectés sur la même tourelle double de 127 mm. A 19 ans, Stafford et Young, qui n’ont qu’une semaine d’écart, s’entendent très bien. (Stafford est né le 17 septembre 1930 et Young le 24 septembre 1930).

Thomas Stafford se souvient : « Nous aurions été plié de rire, si quelqu’un nous avait dit alors, qu’un jour nous serions astronautes, et que nous volerions autour de la Lune ensemble. »

 

Le message des cosmonautes à l’équipage d’Apollo 10

Le 27 mai 1969, quelques heures après le retour sur Terre des astronautes d’Apollo X, un télégramme de félicitations, signé par cinq cosmonautes, est rendu public par l’ambassade soviétique :

« Nous, cosmonautes soviétiques avons suivi votre difficile mission avec attention. Nous admirons très sincèrement l’extrême précision avec laquelle vous avez mené toutes les manœuvres prévues, votre excellente préparation, et votre courage. »

Le message est signé par Hermann Titov, Andrian Nikolaïev, Alekseï Leonov, Georgui Beregovoï, et Vladimir Shatalov.

Bel hommage et beau fair-play.  Youri Gagarine eut-il été vivant, il aurait bien évidemment lui aussi signé ce message de félicitations !

Quatre drapeaux tout fripés

C’est le 30 juin 1969 lors d’un dîner donné à la Maison-Blanche que les astronautes d’Apollo 10, Thomas Stafford, John Young et Eugene Cernan offrent au Président Richard Nixon et au Vice-Président Spiro Agnew quatre drapeaux américains, quelque peu froissés, qu’ils avaient emporté avec eux lors de la mission. Stafford dit au Président :

« Ces drapeaux ont fait le voyage vers la Lune, et ont tourné 31 fois autour d’elle, c’est pourquoi nous avons pensé que vous les voudriez tels que nous les avons ramenés. C’est la raison pour laquelle nous ne les avons pas repassés avant de les encadrer. »

High Flight, un sonnet dans l’espace

Le sonnet High Flight écrit par le pilote de chasse John Gillespie Magee Jr. (1922-1941) qui fut tué en vol le 11 décembre 1941, à l’âge de 19 ans, lors d’une colision avec son Supermarine Spitfire et un Airspeed AS.10 Oxford, au-dessus du Lincolnshire en Angleterre, trois mois après avoir écrit ce poème cultissime pour tous les aviateurs, a été de nombreux vols spatiaux américains ; Gemini 10, Apollo 10, Apollo 11, Apollo 15… Un poème qui décrit magistralement l’extase du pilote lorsqu’il vole.

 

 

« Ce n’est pas un hasard, si nous, trois astronautes aguerris, avions le poème de John Magee à bord d’Apollo 10, car il y a vraiment eu des moments, où j’ai ressenti que je pouvais tendre la main, comme il le dit, et toucher le visage de Dieu. »  Eugene Cernan

 

High Flight

Oh ! I have slipped the surly bonds of earth
And danced the skies on laughter-silvered wings;
Sunward I’ve climbed, and joined the tumbling mirth
Of sun-split clouds – and done a hundred things
You have not dreamed of – wheeled and soared and swung
High in the sunlit silence. Hov’ring there
I’ve chased the shouting wind along, and flung
My eager craft through footless halls of air.
Up, up the long delirious, burning blue,
I’ve topped the windswept heights with easy grace
Where never lark, or even eagle flew –
And, while with silent lifting mind I’ve trod
The high untresspassed sanctity of space,
Put out my hand and touched the face of God.

 

Toute tentative de traduction d’un poème est vaine car bien évidemment on perd l’essentiel. Le sens d’un poème est inséparable des mots choisis et toutes les résonances qui vibrent dans l’original, toutes les images évoquées, les interprétations possibles, sont perdues… Je vous propose toutefois ma traduction de ce sonnet :

 

Haut Vol

Oh ! J’ai rompu les liens qui me rattachaient à la Terre
Et dansé dans le ciel, sur des ailes riantes et argentées.
J’ai grimpé vers le soleil, et partagé l’allégresse
Des nuages transpercés par sa lumière – et fait cent choses
Dont vous n’avez même jamais rêvé – tournoyé, plané, virevolté
Là-haut dans le silence ensoleillé. Alors que je volais là-haut
J’ai poursuivi le vent hurlant, et lancé
Mon fier aéronef à travers les espaces insondables.
Haut, toujours plus haut dans un délire bleu incandescent
J’ai survolé les sommets balayés par les vents, avec grâce et aisance
Où jamais une alouette ni même un aigle n’ont volé.
Et alors qu’en silence mon esprit s’élevait, j’ai atteint
Le sanctuaire celeste inviolé,
Tendu ma main, et effleuré le visage de Dieu.

 

Les astronautes de la sagesse

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Eugene Cernan – Thomas Stafford – John Young (NASA – 1969)

Sur cette photo, l’équipage d’Apollo 10 reproduit un symbole pictural d’origine oriental : les singes de la sagesse.

Il s’agit de trois singes dont le premier se couvre la bouche avec les mains, le deuxième les yeux, le dernier les oreilles.  « Je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire », « je ne vois pas ce qu’il ne faut pas voir », et « je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre ».

Que l’on peut également interprêter à contrario par : ne pas se taire pour ne pas prendre de risque, ne pas se cacher les yeux devant les difficultés,  ne pas se boucher les oreilles pour ne pas savoir. Il n’est nullement question de s’isoler du monde qui nous entoure.

Ironiquement, c’est Eugene Cernan qui se couvre la bouche !  cf Un juron médiatisé