Spoutnik et Edward Teller

Edward Teller, le père de la bombe à hydrogène, un homme qui ne mâchait pas ses mots, déclara, en parlant de Spoutnik : « Les soviétiques ont gagné une bataille plus importante et plus grande que Pearl Harbor ». Une analogie qui sera reprise par bon nombre de journalistes et de politiciens désireux d’utiliser une bonne formule pour qualifier cette catastrophe.

Spoutnik et Stephen King

Le vendredi 4 octobre 1957*, Stephen King, alors âgé de 10 ans, assiste à la projection du film Les soucoupes volantes attaquent (Earth vs. the Flying Saucers ) dans un cinéma de Stratford dans le Connecticut. Un problème de projecteur interrompt la séance provoquant un tollé général. Bientôt le responsable du cinéma fait son apparition, sûrement pour calmer le public, mais pâle et visiblement choqué il annonce : « Il faut que je vous dise quelque chose. Il faut que je vous dise que les russes ont envoyé un satellite en orbite autour de la Terre. Ils l’appellent Spoutnik ». La salle se fait silencieuse quelques instants puis une voix s’écrie : « Aller, on veut voir la fin du film, espèce de menteur ! »

« Jusqu’alors notre monde était partagé entre réalité et fantastique, Spoutnik a réuni les deux ! »

Le lancement de Spoutnik a eu lieu à 22:28 heure de Moscou et la mise en orbite vers 22:33. Le premier bip est capté quelques 90 minutes plus tard. Peu après l’agence TASS diffuse la nouvelle. (- 8 heures de décalage horaire avec Stratford)

Spoutnik brouille les ondes

John Williams de Melbourne (Floride) fut confronté à un curieux problème avec la porte de son garage. Cette satanée porte s’ouvrait à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sans que quiconque ne manipule la télécommande hertzienne.

Ce phénomène s’est produit la première fois à deux heures du matin, le bruit l’a réveillé, persuadé que des cambrioleurs tentent de voler sa voiture, il saisit son arme et se précipite au dehors, mais ne voit personne. Pensant que le voleur a fui il retourne se coucher. 90 minutes plus tard, la porte du garage s’ouvre à nouveau toute seule… Après plusieurs ouvertures spontanées il finit par comprendre qu’il doit y avoir un problème avec le mécanisme électronique qui commande l’ouverture de la porte. Il appelle donc la société qui a installé son système et expose son problème. « Ne vous inquiétez pas. Nous avons récemment reçu énormément d’appels pour le même problème. C’est à cause de ce machin russe dans le ciel, vous savez ce Spoutnik, il émet à la même fréquence que certains de nos récepteurs radio* »

Williams raccroche son téléphone et réalise qu’il vient d’avoir la conversation la plus surréaliste qu’il n’ait jamais eue. Il ne sait plus s’il doit être soulagé ou effrayé !

* Spoutnik émettait son bip bip sur les fréquences radio de 20,005 et 40,002 MHz.

Tout un poème pour Spoutnik

Devant l’affolement populaire et le déchaînement médiatique liés à Spoutnik, le Président Eisenhower veux se montrer rassurant en déclarant fort justement le 9 octobre lors d’une conférence de Presse «En ce qui concerne notre sécurité, je ne vois rien actuellement, qui puisse constituer une menace».
Le week-end suivant la mise en orbite du premier satellite, il va ainsi jouer au golf comme de coutume pour bien montrer à ses concitoyens qu’il n’y a absolument rien à craindre et essayer d’apaiser ce vent de panique, voire d’hystérie, que Spoutnik a déclenché aux Etats-Unis. La presse, l’opinion publique et les Démocrates ne l’entendent pas de cette oreille. Ainsi on peut lire à la une du journal The Birmingham News : «Ike joue au golf, il se tient au courant».

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(New Statesman 19 Oct. 1957)

Le gouverneur Démocrate du Michigan, Mennen Williams (1911-1988), s’improvisera poète en produisant ces deux quatrains qui mêlent le golf et Spoutnik :

Oh petit Spoutnik qui vole si haut
Avec ton bip “made in” Moscou
Tu dis au monde que le ciel est aux cocos
Alors qu’Oncle Sam est endormi

Tu fais savoir sur les fairways et les hautes herbes
Le Kremlin est compétent,
Nous espérons que notre golfeur le sera suffisamment
Et qu’il saura saisir la balle au bond

 

Oh little Sputnik, flying high

With made in Moscow beep,

You tell the world it’s a Commie sky

And Uncle Sam’s asleep.

 

You say on fairways and on rough

The Kremlin knows it all,

We hope our golfer knows enough

To get us on the ball.

 

 

 

Merci Monsieur Spoutnik

Gabriel HeatterEn janvier 1958, peu après la désintégration dans l’atmosphère du premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik 1, (le 4 janvier 1958), le célèbre animateur radio de MBS (Mutual Broadcasting System) Gabriel Heatter (1890-1972) fait sur les ondes la déclaration suivante :

« Merci M. Spoutnik. Vous ne saurez jamais tout ce que vous avez engendré. Vous nous avez choqué, aussi violemment que Pearl Harbor. Vous avez infligé un sacré coup à notre fierté. Vous nous avez fait réaliser que nous ne sommes pas les meilleurs dans tous les domaines. Vous nous avez fait redécouvrir un mot désuet, humilité. Vous nous avez réveillé après un longue torpeur. Vous nous avez fait prendre conscience qu’une nation peut ne parler que d’argent depuis trop longtemps. Une nation, comme un homme, peut devenir molle et complaisante. Qu’elle peut régresser lorsqu’elle pense être la numéro un en tout. Camarade Spoutnik, vous nous avez plus enseigné sur les Russes en une heure que tout ce que nous avions appris en quarante ans »