Lorsqu’un astronaute retrouve sa combinaison spatiale sur eBay

L’astronaute Clayton Anderson (né en 1959) a passé 147 jours à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS) en 2007, (exactement du 10 juin au 4 novembre) lors de l’Expédition 15. C’est la navette Atlantis (Mission STS-117) qui l’y emmène, et c’est Discovery (STS-120) qui le ramène sur Terre.

Les américains ayant annulé leur projet CRV (Crew Return Vehicle), un vaisseau spatial dédié spécifiquement pour l’évacuation des résidents de la Station Spatiale Internationale en cas d’urgence, c’est une capsule Soyouz TMA, continuellement amarrée à la station (par périodes de six mois) qui fait office de chaloupe de sauvetage. En ce moment il y a six personnes à bord de la station, il y donc deux Soyouz amarrés. Pour pouvoir l’utiliser, la NASA a signé un contrat avec Roscosmos, l’agence spatiale russe qui comprend notamment l’entrainement des astronautes, dont des stages de survie propres aux conditions d’atterrissage de la capsule… Et bien évidemment la fourniture d’une combinaison de secours, actuellement la Sokol KV-2,  qui est fabriquée par la société NPP Zvezda, la seule qui permette de voler à bord de Soyouz.

[En 2007 un siège sur Soyouz est facturé 21,8 millions de dollars. Puis, avec l’arrêt du programme navette spatiale (dernier vol en juillet 2011) et les retards du Commercial Crew Program qui doit permettre aux américains de se rendre sur l’ISS par leurs propres moyens, via les sociétés privées SpaceX et Boeing, les prix n’ont cessé de flamber, et l’on atteint désormais la somme faramineuse de 81 millions de dollars par vol ! Même en tenant compte de l’inflation, 21,8 millions de dollars en 2007 sont l’équivalent de 26,6 millions en 2018 ! Depuis 2006 la NASA aura versé 3,36 milliards de dollars à la Russie, rien que pour envoyer ses astronautes sur l’ISS et les ramener sur Terre.]

Pendant que Clayton Anderson s’entraîne à la Cité des Etoiles, à Moscou, quelqu’un lui propose, moyennant la somme de 10 000 dollars américains, de récupérer sa combinaison après la mission, et de la lui envoyer directement chez lui. Alors peu au fait des us et coutumes russes, il prend cette « offre » pour une boutade…

Clayton Anderson a enfilé sa combinaison Sokol (Faucon en russe) à bord de l’ISS. Derrière lui en haut le russe Oleg Kotov et en-bas à droite le commandant russe de la mission, Fyodor Yurchikhin. Photo NASA.

Des années plus tard, après sa mission dans l’ISS, Anderson apprend que bon nombre de ses collègues ont conservé leurs gants en guise de souvenir. Lorsque les russes apprennent cela, ils exigent, auprès de la NASA, le retour de tous les gants « escamotés »… L’agence spatiale américaine négocie un compromis ; un prêt « temporaire ».  Il faut savoir que ces gants sont fabriqués sur mesure, deux paires de gants sont confectionnés pour chaque combinaison, et ont une date de péremption, ils ne peuvent donc pas resservir. Qui plus est, il ne faut pas oublier que la NASA a payé le prix fort pour cet équipement !

Anderson aimerait bien récupérer ses gants pour les donner au Strategic Air Command and Aerospace Museum, un musée qui se trouve désormais près de la ville où il a grandi, Ashland au Nebraska. Les démarches de la NASA, et les siennes, restent vaines, niet  répondent les russes.

En janvier 2013 il démissionne de la NASA, après y avoir travaillé pendant 30 ans, dont les 15 derniers comme astronaute.

En 2015, alors qu’il a perdu tout espoir, un collègue lui envoie un courriel avec un lien, qui l’emmène sur le site d’enchères américain eBay. Stupéfait, et dégoûté, il constate que ses gants sont en vente, ce sont bien ses initiales : KA (en alphabet cyrillique Clayton s’écrit avec un K).

Le pseudo du vendeur est Maxim, il vend la paire de gants 4 000 dollars en « achat immédiat ». Après en avoir discuté avec sa femme, de peur de ne pas remporter l’enchère, il décide de les acheter sur le champ. En dépit de ses craintes et réticences la transaction se déroule parfaitement, puisqu’il reçoit son colis quelques jours plus tard ; les gants sont en parfait état. C’est ainsi que ledit musée compta un élément de plus dans son pavillon dédié à l’espace.

Comme le précise le rédacteur indépendant Terry Dunn dans son article publié sur Tested.com intitulé From Russia with Gloves : « Après des années de vains efforts, Clay trouva finalement un moyen de récupérer ses gants Sokol pour un musée. Force est de constater que l’argent a été un bien meilleur catalyseur que la diplomatie. »

Clayton Anderson s’interroge alors : « Si ce Maxim a pu avoir mes gants, peut-être qu’il pourra se procurer ma combinaison ? »

Non seulement Maxim a la combinaison, mais également les gants de rechange, les sous-vêtements, les badges, les bottes grises en cuir utilisées lors des déplacements, et même l’étiquette brodée avec son nom… Le prix demandé : 50 000 dollars ! Il se souvient alors, dépité, de la proposition qu’on lui avait faite à la Cité des Etoiles, au Centre d’Entrainement des Cosmonautes Youri Gagarine !

N’ayant pu réunir que la moitié de la somme sur ses propres deniers et l’aide de deux amis, l’achat se fait en deux temps. Avec un premier versement de 20 000 dollars Maxim s’engage à envoyer la combinaison de Russie chez un ami dans le Maryland. Ayant reçu les preuves de l’arrivée du Sokol sur le sol américain, Clayton Anderson continue la levée de fonds. De son côté, le musée organise par le truchement d’une campagne internet un appel à dons, le slogan de cette opération : « Save the Suit ». (Récupérons la combinaison)

En quelques mois la somme nécessaire, soit 73 000 dollars, est collectée,  elle servira pour effectuer le deuxième versement au vendeur, rembourser Clay Anderson et ses amis, et faire l’acquisition d’une vitrine qui permettra de conserver et exposer la combinaison dans les meilleures conditions possibles. La transaction finale se déroule sans anicroche et la combinaison est finalement livrée.

C’est ainsi que le samedi 21 octobre 2017, Clayton Anderson en personne, présente devant un public de plus de 200 personnes, à l’occasion d’une soirée organisée de 17:00 à 20:00, à laquelle quelque 900 personnes assisteront au total, sa chère combinaison Sokol, enfin dans son musée préféré, quelque 10 ans après sa mission dans la Station Spatiale Internationale.

Anderson étant à ce jour le seul astronaute natif du Nebraska, il était normal qu’il tienne absolument à ce que ce soit un musée de ce même état qui accueille sa combinaison Sokol.

Clayton Anderson au Strategic Air Command and Aerospace Museum à côté de sa combinaison Sokol KV-2. Crédit photo : Suzy NELSON – The Ashland Gazette

Une combinaison qu’il n’a porté en définitive qu’une seule fois « en opération », lorsque l’équipage de l’Expédition 15 a dû déplacer le Soyouz TMA-10 vers un autre port d’amarrage pour libérer ce dernier. Dans ce cas précis, le protocole de sécurité prévoit que les trois occupants de l’ISS doivent prendre place dans le Soyouz, car il s’agit d’éviter qu’un astronaute reste seul dans l’ISS au cas où le vaisseau spatial serait dans l’incapacité de s’amarrer à la station. La manœuvre n’a duré que 20 minutes et s’est parfaitement déroulée.

Clayton Anderson dans Soyouz. Photo NASA.

On se demande comment ces articles, qui sont techniquement la propriété de l’état russe, financés par les américains, ont pu se retrouver sur un site d’enchère comme eBay. Ceci dit, tout le monde sait que le spatial russe est gangrené par la corruption, sachant qu’en Russie elle est endémique, le pays se situant à la 131e place sur 176, en 2016, selon Transparency International ! (Le classement se faisant, du moins au plus corrompu. Les Etats-Unis sont à la 18e place et la France à la 23e). Si vous allez sur eBay.com et recherchez des articles « Sokol », la liste est impressionnante !

De la même manière, en 2012 par exemple, la combinaison Sokol de Shannon Lucid (mission sur Mir du 22 mars au 26 septembre 1996) a été vendue aux enchères par la maison Bonhams pour la somme de 28 427 euros… En 2016 celle de Donald Pettit, de l’Expedition 6 (du 25 novembre 2002 au 3 mai 2003), qui a regagné la Terre à bord de Soyouz TMA-1, a été vendue pour la bagatelle de  50 817 euros…

 

Anecdote dans l’anecdote : Clayton Anderson travaille à la NASA depuis 1983, tout d’abord au sein de la division Mission Planning and Analysis, au Centre Spatial Johnson (…) Il ne devient astronaute qu’en 1998 (Groupe 18) après avoir postulé… 15 fois !

 

Mes plus chaleureux remerciements à M. Dominique Gaudrier, grand passionné de la conquête de l’espace depuis 1965, et collectionneur émérite, à l’origine de cette anecdote. L’essentiel de cette histoire se trouve ici en anglais. Vous pouvez retrouver les excellentes contributions de « Papy Domi » sur l’excellent Forum de la Conquête Spatiale.

Un journal économique soviétique rapporte de curieuses histoires de Cap Kennedy

Le 25 juin 1972, le journal soviétique spécialisé dans l’économie, Sotsialisticheskaya Industriya, (Industrie Socialiste) se fait l’écho « d’histoires curieuses qui se sont produites à Cap Kennedy ». C’est ainsi que le journal rapporte l’histoire d’un alligator qui a déclenché le système d’alarme protégeant une fusée sur son pas de tir, quelques secondes avant la mise à feu ; l’explosion d’un missile Polaris, à 800 mètres du pas de tir, déclenchant un incendie, qui a provoqué la panique de serpents très venimeux qui se sont réfugiés dans des bâtiments ; l’histoire d’un pic-vert qui a endommagé un dispositif électronique, provoquant le report du lancement.

Les anecdotes concernant des animaux interférant avec les opérations de lancement au Centre Spatial Kennedy et au Cap Canaveral sont relativement nombreuses et pour la plupart anodines, de l’alligator qui traverse la route pendant que le van emmène les astronautes au pas de tir, à la chauve-souris agrippée au réservoir extérieur de la navette spatiale… Le risque le plus dangereux étant constitué par les collisions avec des oiseaux, (310 espèces dans la région) notamment à l’époque des décollages de la navette spatiale, en raison des dommages pouvant être causés à son système de protection thermique.  Risque pour lequel une « BIRD Team » a même été constituée. (En anglais bird signifie oiseau, mais dans ce cas il s’agit de l’acronyme de : Bird Investigation Review and Deterrent) en charge d’évaluer les risques liés aux oiseaux et de mettre en oeuvre les mesures dissuasives avant chaque lancement.)

Ces histoires ne sont pas si curieuses en définitive, pour la bonne et simple raison que depuis 1963, le site de Merritt Island est une réserve naturelle protégée de 567 km² (Merritt Island National Wildlife Refuge et Canaveral National Seashore) sous l’égide du U.S. Fish and Wildlife Service, l’organisme d’état chargé de la protection de la faune de la flore, et des habitats naturels, aux Etats-Unis.

Crédit Photo : Wallace William « Win » McNamee (1932-2017)

Les opérations liées aux lancements spatiaux, technologie de pointe s’il en est, n’étant pas incompatibles avec la préservation de la Nature.

Thomas Paine fait le bilan des douze premières années de la NASA

Le 6 avril 1970, 5 jours avant le lancement d’Apollo XIII, l’administrateur de la NASA, Thomas O. Paine (1921-1992) témoigne devant le Comité du Sénat sur les sciences aéronautiques et spatiales (U.S. Senate Committee on Aeronautical and Space Sciences) alors dirigé par le sénateur démocrate Clinton Presba Anderson (1895-1975).

Il s’agit de faire un bilan sur les avancées et les retombées du secteur spatial…

« Lors des 12 premières années spatiales, la capacité de mise en orbite a augmenté d‘un facteur 10 000, passant des 13,9 kg d’Explorer 1 aux 136 tonnes d’Apollo XIII, le record de vitesse a été multiplié par 13 passant de 3 000 km/h à 40 000 km/h (Apollo X), l’altitude atteinte a été multipliée par 10 000, passant de 38 400 mètres à 377 400 km. Les astronautes cumulent 5 843 heures de présence dans l’espace, et ont parcouru 113 400 000 km. 12 Hommes ont été en orbite autour de la Lune et 4 ont marché sur sa surface. La NASA a lancé 155 satellites et sondes spatiales qui ont permis de collecter des données scientifiques et pratiques, auxquels il faut ajouter 23 lancements dans le cadre de programmes de coopération internationale.

Aujourd’hui nous vivons dans un monde différent car en 1958 les Etats-Unis ont compris les enjeux de l’espace et le pays a fait les investissements nationaux nécessaires. En 12 ans plus d’un milliard d’enfants sont nés dans le monde, c’est la première génération spatiale. Grâce au programme spatial ils auront accès à une nouvelle science, une nouvelle cosmologie, et une nouvelle vision de l’Homme et de sa destinée dans l’univers. Les enfants d’aujourd’hui peuvent regarder l’avenir avec confiance, de nouvelles opportunités s’offriront à eux, avec les nouvelles grandes avancées que l’Homme accomplira au XXIe siècle… Cette génération verra la Terre dans sa globalité pour la première fois, et sera en mesure d’appréhender la technologie, la science et la philosophie, comme une réalité unique, commune à tous les Hommes de la planète bleue. »

Thomas Paine a également communique les chiffres suivants : en 1969 la NASA a distribué 1,6 millions de publications scientifiques et techniques, 3 211 500 microfiches ; les initiatives à destination des écoles américaines y compris les expositions itinérantes dans le cadre du projet « SPACE mobile » ont touché 3 306 410 écoliers en direct, et 20 391 500 grâce à la vidéo.

Des laboratoires de recherche spatiale ont été créés dans 34 institutions de l’enseignement supérieur pendant les années 60, dans lesquels plus de 1 000 étudiants ont fait des études menant à un doctorat. La NASA a reçu 968 830 lettres en 1969 (soit plus de 20 000 par semaine), ses expositions ont été vues par 37,6 millions de personnes et ses films par 9,8 millions directement et 248 millions à travers la télévision.

La couverture média des activités spatiales de la NASA en 1969 inclut l’accréditation de 3 497 journalistes en provenance de 57 pays pour la couverture de la mission Apollo 11.

Le coût de la nourriture pour les missions spatiales

Le coût de la nourriture pour les missions spatiales américaines est en constante diminution affirme en 1972 le Dr Malcolm C. Smith qui en est le responsable au Centre des Vols Habités près de Houston, son titre exact est Chief of Food and Nutrition (Chef de l’alimentation et de la nutrition).

Ainsi le coût de revient d’une ration journalière, par astronaute, pendant la période pré-Apollo s’élevait à environ 300 dollars.  D’Apollo 7 à Apollo 14 ce coût est en moyenne de 190 dollars, pour Apollo 15 il est de 142 dollars et pour Apollo 16 et 17 et les misions Skylab il tombe à 75 dollars.

Pour la navette et la Station Spatiale Internationale le coût moyen journalier est de 50 dollars par astronaute. (Petit déjeuner et déjeuner reviennent à environ 12,50 dollars chacun, et le dîner à 25 dollars)

Ce sont bien évidemment les coûts liés à la préparation, au conditionnement, et aux contrôles, qui sont le plus importants… La nourriture étant offerte par les fabricants et les producteurs ; plus d’une centaine.

Sustenter trois astronautes Apollo (de 7 à 14) coûtait donc environ 570 dollars par jour. Il s’agit là de dollars des années 1970, car en dollars constants, c’est à dire en tenant compte de l’inflation, cela nous donne 3 600 dollars (USD) d’aujourd’hui, soit environ 3 000 euros par jour !  La durée moyenne d’une mision Apollo (7 à 14) étant de 8 jours et demi on atteint la très coquette somme de  30 600 dollars ou 25 500 euros.

La NASA doit changer son vieux Convair C-240

En 1962, lorsque le Space Task Group de Robert Gilruth fut transféré de Langley à Houston, les incessantes allées et venues à bord de ce vieux Convair C 240 dont la vitesse de pointe ne dépassait pas les 350 km/h étaient loin d’être idéales. La NASA se prépare à envoyer des Hommes sur la Lune, alors que ses cadres se déplacent dans un vieux coucou ! Robert Seamans décide alors de convaincre James Webb  d’acquérir un avion à réaction qui diviserait par deux le temps des trajets.

James Webb : « Il est hors de question d’avoir ce genre d’avions dans notre organisation, parce que les membres du Congrès impliqués dans le programme spatial voudront l’emprunter. Non, pas de jet chez nous ! »

Finalement, Robert Seamans propose à Webb d’acquérir un Gulfstream I,  (Grumann G-159) un avion à hélices avec un moteur à réaction, suffisamment lent pour que les membres du Congrès préfèrent les avions plus rapides de l’US Air Force, qu’ils peuvent utiliser à leur entière discrétion.

En définitive, la NASA acheta quatre Gulfstream 1, un appareil fut basé à Washington, un au Marshall, un à Houston et le dernier au Cap. Chacun peut transporter 11 passagers. Ils ont une vitesse maximale de de 560 km/h, et une vitesse de croisière de 470 km/h, pas très rapides, mais plus que ce vieux Convair CV-240.  C’est ainsi que pendant plus de trente ans les cadres de la NASA se déplaceront dans ces Gulfstream I…

Anecdote dans l’anecdote : En 2004 la NASA possédait sept avions d’affaires, comptabilisant pour cette année-là, le transport de 10 000 passagers pour un total de 6,4 millions de km.  (Le Gulfstream I du Centre Spatial Johnson a été mis à la retraite en mars 2005).

Avions de la NASA

En août 2005 un rapport de le GAO (US Government Accountability Office), l’équivalent de notre Cour des Comptes, dénonçait le gaspillage des fonds publics relatifs à l’utilisation et l’entretien de ces avions. Si les collaborateurs de la NASA avaient utilisés les transports aériens, l’agence  aurait pu économiser 20 millions de dollars (années fiscales 2003, 2004) !

Pour les anglophones, la rapport détaillé de cet audit.