Les rencontres entre Wernher von Braun et Adolf Hitler

Le 3 janvier 2017 j’ai publié cette anecdote : Wernher von Braun et Adolf Hitler.

En fin d’article je faisais allusion à cet ouvrage : Hitler – Das Itinerar: Aufenthaltsorte und Reisen von 1889 bis 1945 de Harald Sandner (Berlin Story Verlag GmbH – 2016) qui répertorie tous les déplacements (ou presque) effectués par Hitler au cours de sa vie. Un travail monumental, extraordinaire… 

Je me suis donc servi de cet ouvrage pour vérifier la date de la visite d’Hitler à Kummersdorf, censée s’être produite au printemps 1934.

Il s’avère, d’après les travaux d’Harald Sandner, que Hitler ne s’est pas rendu à Kummersdorf en 1934, comme l’affirmait von Braun lui-même, ainsi que tous les historiens que j’ai pu lire, y compris Michael Neufeld, mais en 1935, très exactement le mercredi 6 février 1935.

Du coup j’en ai profité pour vérifier également la date du 23 mars 1939… Il se trouve que ce jour là  Hitler est en déplacement dans le territoire de Memel, que le Reich vient d’annexer. Hitler quitte Berlin en train le 22 mars à 15:20 pour le port de Swinemünde (à 43 km au sud-est de Peenemünde !) puis se rend à Memel sur le torpilleur Leopard. Il passe la nuit sur le cuirassé Deutschland et regagne Berlin le 24 mars vers 13:30. Le 25 est un samedi, le soir même il quitte Berlin dans son train spécial (Sonderzug) pour se rendre à Munich, puis à Berchtesgaden, il y restera jusqu’au 31 mars…

La visite de Kummersdorf a donc certainement dû se faire le 22 au matin. Dans son ouvrage Harald Sandner ne mentionne aucune activité pour ce laps de temps… Je lui ai envoyé un courriel pour lui poser la question…

Les autres dates sont conformes.

Jusqu’à plus ample informé concernant mars 1939, les dates où von Braun a croisé le chemin d’Hitler sont donc :

  • Jeudi 21 septembre 1933 – Kummersdorf Schießplatz
  • Mercredi 6 février 1935 – Kummersdorf Schießplatz
  • Mercredi 22 mars 1939 – Kummersdorf Schießplatz (le plus probable, mais à confirmer)
  • Mercredi 20 août 1941 – Führerhauptquartier Wolfsschanze
  • Mercredi 7 juillet et jeudi 8 juillet 1943 – Führerhauptquartier Wolfsschanze

 

La collaboration entre Wernher von Braun et Walt Disney

En 1923, Walter Elias Disney (1901-1966) et son frère Roy Oliver (1893-1971) créent la compagnie Disney, le premier est le génie créatif, le second est l’homme d’affaire. Dans les années 50 les activités florissantes de la société se diversifient, production d’émissions de télévision, création du pemier parc à thèmes (Disneyland en Californie)… Adolf Hitler adorait les films de Walt Disney, lorsque son ministre de la Propagande Joseph Goebbels lui offre 18 dessins animés de Mickey comme cadeau de Noël en 1937, il est enchanté !

Après la fin de la deuxième guerre mondiale, les américains deviennent friands de science-fiction, les années 40 et 50 constituent l’âge d’or de la science-fiction littéraire, et les années 50 celui du cinéma de science-fiction…

Pour Wernher von Braun, les années 50 furent professionnellement très frustrantes, à son grand désarroi la conquête de l’espace ne figure pas dans les préoccupations des responsables politiques américains… Il est écarté du programme d’envoi d’un satellite dans l’espace, dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale, puisque désormais l’armée de terre pour laquelle il travaille ne peut plus développer des fusées d’une portée supérieure à 300 km (ce qui était déjà le cas de la A4/V2 à Peenemünde). Heureusement en octobre 1957, avec Spoutnik, et les échecs du programme Vanguard, tout va changer…

Entre temps, von Braun a eu l’opportunité d’exposer sa vision de la conquête spatiale habitée ; d’abord dans la revue hebdomadaire Collier’s qui était lue par environ deux millions d’américains. Entre le 22 mars 1952 et le 30 avril 1954 le magazine Collier’s publie huit articles sur la conquête de l’espace écrits par Wernher von Braun (1912-1977), Fred L. Whipple (1906-2004) Joseph Kaplan (1902-1991), Heinz Haber (1913-1990) et Willy Ley (1906-1969), illustrés par Chesley Bonestell (1888-1986), Fred Freeman (1906-1988) and Rolf Klep (1904-1981). Ces articles vont permettre de faire le lien entre science-fiction et science. Les américains ont employé le terme science factual.

Il se trouve que l’un des principaux collaborateurs de Walt Disney, Ward Kimbal (1914-2002) avait lu ces articles et avait été très impressionné. Au même moment, Walt Disney qui avait bien évidemment saisi le formidable potentiel de la télévision, (le début des années 50 marque le début de l’ère du petit écran), souhaite produire des émissions. C’est la toute première fois qu’un studio cinéma se lance dans la télévision. Toujours précurseur, il souhaite divertir, mais également éduquer (ce qu’il appellera edutainment, des mots education, et entertainment qui signifie divertissement) …  Ces émissions feront un véritable carton, ce nouveau média permettra à Disney de promouvoir ses produits et ses activités comme jamais… Notamment, bien évidemment, le parc Disneyland.

Walt Disney dans son bureau avec des maquettes Strombecker et d’autres réalisées par Gerd de Beek.

Le mercredi 27 octobre 1954 à 19:30 la première émission télévisée hebdomadaire conçue par Disney est diffusée sur la chaîne ABC. Le programme s’intitule  Disneyland (il changera plusieurs fois de nom ; Walt Disney Presents en 1958, Walt Disney’s Wonderful World of Color en 1961, The Wonderful World of Disney en 1969…). La première d’une très longue série, puisque ce programme, dans sa catégorie, est classé second parmi les plus anciens de la télévision américaine (Après the Hallmark Hall of Fame), le dernier épisode est diffusé le 24 décembre 2008. La genèse de cette émission est l’aboutissement d’un accord entre la société Disney et la chaine ABC, en échange, ABC-Paramount s’engage à participer à hauteur de 500 000 dollars (4 600 000 en monnaie constante) dans la création du parc Disneyland, à se porter caution pour un prêt de 4,5 millions de dollars (41,4 millions en 2018), et à devenir actionnaire à hauteur de 35% dans le capital de la société Disneyland Incorporated. Actions que la société Disney rachètera en totalité des années plus tard. Le contrat est signé le 2 avril 1954. (Il s’agit ici de simplifier les choses, les ramifications de cet accord sont en réalité beaucoup plus complexes.)

Un encart dans « TV Guide » annonce la nouvelle émission de Disney sur la chaine WABC-TV Channel 7

C’est ainsi que Ward Walrath Kimbal, l’un des « 9 sages » des Studios Walt Disney, présent dans la société depuis 1934, propose à son patron de consacrer une émission à l’Homme dans l’espace… Ce dernier est enthousiaste, il lui donne carte blanche.  Ward Kimbal contacte en premier lieu Willy Ley, écrivain, journaliste et vulgarisateur, au savoir encyclopédique, ancien de la VfR (Verein für Raumschiffahrt – Association pour le vol spatial), puis Wernher von Braun, le plus grand expert au monde en matière de fusée, et Heinz Haber, spécialiste de la médecine spatiale naissante (tous les trois avaient collaboré aux articles de Collier’s) pour faire office de consultants techniques. Rappelons qu’en 1954 quelque 26 millions de foyers américains soit 55,7% de la population (163 millions – 1 ménage était alors composé de 3,34 personnes en moyenne) dispose d’un poste de télévision. L’année de création de la NASA, 1958, ce sont 42 millions de foyers, soit 83,2% de la population, qui possèdent au moins un téléviseur. Von Braun, le plus grand prosélyte de la conquête de l’espace à ce jour, saute bien évidemment sur l’occasion, une opportunité unique, inespérée, pour « vendre » son rêve au grand public, qui remonte au temps où sa mère lui a offert une lunette astronomique pour sa confirmation.

Walter Elias Disney et Wernher von Braun

Non seulement von Braun, qui a alors 42 ans, sera l’un des conseillers techniques, mais il présentera également certaines séquences, avec cet accent germanique qui accroit encore sa crédibilité aux yeux des américains. En effet, la science allemande a dominé le monde de la fin du XIXe jusqu’au début du XXe siècle. De nombreux scientifiques allemands de tout premier plan, ont par ailleurs émigré aux Etats-Unis pour fuir le nazisme, tel Albert Einstein, dont le nom est devenu synonyme de génie. Dans l’imaginaire américain, un savant avec un accent germanique était un gage de grande compétence… A cet égard, Willy Ley et Heinz Haber, qui interviennent aussi dans l’émission, avaient également un accent allemand fort prononcé, et pour cause…

Ward Kimbal

Heinz Haber, Wernher von Braun, et Willy Ley

Persuader le grand public que l’exploration de l’espace est possible, fut certainement l’un des plus grands succès de Wernher von Braun, une démarche télévisuelle capitale pour la suite des événements, son influence fut déterminante… Il inculquera aux américains une culture de l’espace, malheureusement toujours inexistante en France à l’heure actuelle… Complètement impliqué dans le projet, il profitait de ses nombreuses visites chez les contractants de la Côte Ouest, fabricants des composants des fusées Redstone et Jupiter, pour se rendre aux Studios Disney, et travailler avec les artistes et les producteurs jusqu’au petit matin. Il ne comptait pas ses heures.

(De g. à d.) Edle Bakke (superviseur de scénario), Bill Bosche, Wernher von Braun (1954 – Studios Disney)

La première émission d’une durée de 49 mn (hors publicités), intitulée Man in Space (L’Homme dans l’espace) est diffusée le 9 mars 1955, (Saison 1 – Episode 20 de l’émission Disneyland), il y a très exactement 63 ans aujourd’hui. A ce moment là, Wernher von Braun est toujours allemand, il sera naturalisé américain le 15 avril. Ce jour là, les téléspectateurs sont « scotchés », pas de Mickey, pas de Donald, pas de Davy Crockett, mais une formidable émission sur le thème de l’Homme dans l’espace.

(De g. à d. ) Wernher von Braun, Willy Ley, Walt Disney, Heinz Haber

Plus de 42 millions de personnes verront cette émission, qui sera rediffusée 3 mois plus tard, le 15 juin, puis à nouveau le 7 septembre… Une version abrégée en Technicolor de 33 minutes sera diffusée au cinéma, juste avant la projection du film « Davy Crockett et les pirates de la rivière » (sorti le 18 juillet 1956 aux Etats-Unis – Davy Crockett and the River Pirates) qui fut un énorme succès au box office bien qu’il s’agisse de deux épisodes diffusés sept mois auparavant à la télévision, toujours dans l’émission Disneyland.

L’affiche du film avec à droite la mention du court-métrage « Man In Space » qui est diffusé juste avant le film

C’est cette version abrégée pour le cinéma, qui sera nommée dans la catégorie court-métrage documentaire lors de la 29e cérémonie des Oscars, qui se déroule le mercredi 27 mars 1957. [Pour être sélectionné aux Oscars un film doit bien évidemment être diffusé au cinéma et non pas à la télévision. C’est The True Story of the Civil War de Louis Clyde Stoumen qui sera primé. Jacques Yves Cousteau quant à lui, reçoit l’Oscar du meilleur documentaire pour Le Monde du Silence ! Depuis sa première statuette en 1932, c’est Walt Disney qui détient le record des récompenses aux Oscars, avec 22, auxquels il faut ajouter 4 Oscars d’honneur.]

Au total, ce seront plus de 100 millions de personnes qui verront cet épisode, significatif à plus d’un titre, puisqu’il a également lancé la franchise sur la prospective (futurologie), qui se matérialisera avec le thème Tomorrowland de la série, et des parcs. Des Fantasyland, Frontierland, Adventureland, et Tomorrowland, c’est cette dernière thématique qui posera le plus de problèmes au groupe Disney. Ward Kimbal produira également d’autres émissions à succès sur la science et ses applications futures, comme celle sur le thème de l’atome, avec « Our Friend the Atom »…

Le premier opus, présenté par Walt Disney (comme tous les épisodes de la série Disneyland, jusqu’à sa mort), puis par Ward Kimbal, aborde l’histoire des fusées avec Willy Ley, et l’explication de certains principes scientifiques de base, avec un buste animé d’Issac Newton. (Principe de la gravité, de l’action et de la réaction…). Heinz Haber évoque ensuite les problèmes physiologiques et pratiques, à l’aide du personnage, homo sapiens extra terrestrialis. Il explique entre autres, l’impesanteur, les problèmes liés aux radiations, comment manger et dormir dans l’espace, même la psychologie est très brièvement évoquée. Wernher von Braun (photo ci-contre) commence son exposé à 31:30, c’est à 35:48 qu’il prononce ces mots : « …Si nous devions entreprendre aujourd’hui, un programme spatial, organisé et pérenne, je pense que l’on pourrait construire une fusée permettant d’emporter un passager d’ici dix ans…»

 

L’émission est terriblement efficace et didactique, avec beaucoup d’humour, la quintessence du savoir-faire Disney, et, scientifiquement irréprochable. Si l’on en croit Ward Kimbal, le Président des Etats-Unis Dwight D. Eisenhower, demandera une copie de l’émission pour la montrer à ses collaborateurs. Le 29 juillet, il annonce que les Etats-Unis lanceront un petit satellite inhabité autour de la Terre dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale. Leonid Sedov, le représentant du programme spatial soviétique, sollicitera lui aussi une copie de l’émission, par une lettre en date du 24 septembre 1955 adressée à Frederick C. Durant, qui était alors le président de la Fédération Internationale d’Astronautique… Sergueï Korolev a-t-il vu ce film ? Quelques mois après la diffusion de l’émission, la American Rocket Society tient sa réunion la plus importante depuis sa création en 1930, à cette occasion elle va projeter Man In Space devant plus 600 personnes.

Au total ce sont 3 épisodes sur la conquête de l’espace qui seront produits par Ward Kimbal, qui en fut également officiellement le co-auteur avec William Bosché (1922-1990). (Trois autres épisodes sur l’espace, indépendamment des trois premiers, furent envisagés mais jamais concrétisés, l’un deux sur le programme Vanguard, mais avec le lancement de Spoutnik, le projet, qui avait atteint le stade de la pré-production, fut abandonné…)

Le deuxième volet, Man and The Moon (L’Homme et la Lune) (48:50) diffusé le 28 décembre 1955 (Saison 2 Episode 14), évoque tout d’abord les mythes et croyances liés et l’influence de la Lune, puis la construction d’une station spatiale, pour finir par un film, avec de vrais acteurs, retraçant un vol circumlunaire habité… Le troisième opus, Mars and beyond (Mars et au-delà) (48:50 mn), diffusé le 4 décembre 1957 (Saison 4 épisode 12) relate notamment les spéculations concernant la présence de vie intelligente sur Mars, puis décrit une expédition habitée, composée de six vaiseaux spatiaux, à destination de cette planète. A l’origine, cette troisième partie devait être diffusée au printemps 1956, pour coïncider avec le périgée de la planète rouge, le moment où elle se trouve au plus près de la Terre, mais cet ultime épisode a pris beaucoup de retard, en raison de celui consacré à Vanguard, commandé par IBM et l’U.S National Academy of Science. (Ce qui démontre de la meilleure manière possible à quel point le travail effectué sur Man In Space et Man and the Moon a été tenu en haute estime.) 

Mars and beyond est donc finalement programmé avec un an et demi de retard, le 4 décembre 1957, soit deux mois après le lancement de Spoutnik ; un mois après Laïka ; et juste deux jours avant l’échec de Vanguard TV3, le 6 décembre, qui constitue la première tentative américaine de mise en orbite d’un satellite, que certains médias ont qualifié de Flopnik et de Kaputnik !

Dans ce dernier volet, Walt Disney présente le contenu de l’émission avec un robot, « Garco », fabriqué par l’ingénieur Harvey Chapman de la Garrett Supply Company avec des pièces détachées d’avions. Le physicien nucléaire Ernst Stuhlinger, un proche collaborateur de Wernher von Braun au Centre Spatial Marshall, spécialiste de la propulsion ionique, et consultant pour cet épisode, fait une apparition aux côtés de Wernher von Braun, mais sans faire le moindre commentaire…

(De g. à d.) William « Bill » Bosché, Walt Disney, Ward Kimbal, inspectant une maquette du vaisseau spatial pour Mars and Beyond

Ernst Stuhlinger et Wernher von Braun et le vaisseau spatial imaginé pour aller sur Mars. Au total, la flottille pour rallier la planète rouge est constituée de six de ces engins.

Au total, les trois épisodes ont coûté 1 million de dollars (soit 9,15 millions en monnaie constante) le premier, 300 000 dollars (soit 2 750 000 USD 2018), le second, 250 000 dollars (soit 2 300 000 USD 2018), le dernier 450 000 dollars (soit 4 100 000 USD 2018). Ce qui était considérable pour une émission télé à l’époque. Les critiques, quant à elles, furent très élogieuses, même celles des scientifiques et professionnels de l’industrie aérospatiale naissante. Ces épisodes rapporteront des dizaines de millions de dollars de l’époque, notamment grâce à la vente des produits dérivés (merchandising) ; livres, maquettes, etc..

Après les succès soviétiques, alors que la NASA semble piétiner, certains n’avaient t-ils pas suggérer de laisser Disney s’occuper du programme spatial, lui au moins a un plan et une vision !

En avril 1965, dix ans après Man in Space, Wernher von Braun invite Walt Disney, son frère Roy, Bill Bosche, Ken Peterson, John Hench, Claude Coats, et Ken O’Connor à visiter les trois principaux centres spatiaux de la NASA ; le centre des vols spatiaux habités près de Houston au Texas, le centre spatial Kennedy en Floride (où sera construit DisneyWorld, inauguré en 1971), et le centre spatial Marshall à Huntsville en Alabama dont Wernher von Braun est le directeur, c’est alors le centre de la NASA le plus important en terme de budget et de personnel. L’invitation est lancée par l’intermédiaire de Bill Bosché, dessinateur, scénariste et producteur, avec lequel von Braun avait travaillé en étroite collaboration, c’est ensemble qu’ils avaient conçu le « storyboard » de l’émission, et notamment abordé tous les aspects et détails techniques des épisodes :  « Il y a quelques années seulement j’ai eu le plaisir de travailler avec vous sur un projet qui s’est avéré des plus prophétique. Je sais que vous avez gardé un vif intérêt pour notre programme spatial et en particulier pour les vols spatiaux habités, c’est la raison pour laquelle vous pourriez trouver intéressant de venir constater par vous-même à quel point vous fûtes prémonitoire. »

(De g. à d. au premier plan) Robert John « RJ » Schwinghamer, Walt Disney, B.J. Bernight, et Wernher von Braun. (13 avril 1965 – Centre Spatial Marshall)

Centre Spatial Marshall (West Test Area). Au premier plan, au centre, Karl Heimburg, le Directeur de la Division Test, Wernher von Braun, Walt Disney. A l’arrière plan on aperçoit le Dynamic Test Stand avec le S-1C de la Saturne V. (13 avril 1965)

Maria von Braun, Wernher von Braun et Walt Disney, au Centre Spatial Marshall (13 avril 1965)

A droite, William Bosché, devant lui, Walt Disney. Au Centre de Contrôle des Missions près de Houston.

A 63 ans, Walt Disney effectue un rendez-vous dans l’espace dans le simulateur Gemini, et atterrit sur la Lune dans le simulateur du LM… Roy Disney d’habitude si réservé déclara : « J’ai été complètement subjugué par ce que nous avons vu, quiconque le serait s’il voyait ce fantastique effort et l’organisation mise en place pour les vols spatiaux, comme celui effectué brillamment par McDivitt et White lors de leur mission de 4 jours. Il est difficle d’appréhender, de réellement comprendre, à moins d’avoir vu certains aspects, comme nous avons pu le faire juste avant le vol, l’audace nécessaire à une telle entreprise, qui reste pratiquement incompréhensible aux esprits non scientifiques. Ce sont par exemple 300 000 personnes qui sont impliquées dans la conception, la vérification, et la réalisation d’un vol spatial. Avec un réseau de suivi qui couvre l’essentiel de la planète. Ces personnels de la NASA ne peuvent pas commettre la moindre erreur, bien évidemment. Tout doit être prévu avant le vol. Qui plus est, la représentation doit être donnée devant les yeux et les oreilles du monde entier, à la fois les amis et les ennemis. Chaque américain devrait être, doit être fier, de faire partie, quelque part, de l’effort entrepris par notre pays pour conquérir cette fabuleuse nouvelle frontière que constitue l’espace. »

En lançant cette invitation Wernher von Braun avait dans l’idée de renouveller une collaboration avec les Studios Disney pour promouvoir l’après Apollo, malheureusement Walt Disney est pris par d’autres projets, tel EPCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow – Prototype expérimental d’une communauté du futur) et aucun projet concret ne verra le jour, à sa grande déception… Même si sur la une de l’édition du journal The Huntsville Times en date du 13 avril 1965, on peut lire : « Walt Disney s’engage à soutenir le programme spatial » et dans le texte  « Si je peux être d’une quelconque utilité avec mes émissions télévisées… sensibiliser les gens sur le fait que nous devons continuer à explorer l’espace, je le ferai. »

Ces trois épisodes, mythiques, ont incontestablement marqué les esprits, et permirent de vendre l’idée du vol spatial aux américains, un jeune garçon de treize ans, de l’Iowa, un certain Steve Bales, fut très marqué par ce programme. Le 20 juillet 1969 il se trouve au centre de contôle des missions près de Houston et prendra une décision qui « sauvera » la mission Apollo 11… « C’est le dessin animé de Walt Disney devenu réalité » dira t-il.

Avec ces épisodes Wernher von Braun a pris beaucoup de risques, dont il était parfaitement conscient, notamment de crédibilité… S’associer à l’image de Disney aurait pu le desservir. Il devient une célébrité aux Etats-Unis, célébrité qui provoquera beaucoup de jalousies et d’inimitiés, notamment parmi certains de ses futurs collègues à la NASA… et plus tard, d’autres encore (…)

Malheureusement, Walt Disney décède le 15 décembre 1966 d’un cancer du poumon, et ne verra pas le premier vol circumlunaire réalisé par Apollo 8, au contraire de son frère Roy, qui disparait le 20 décembre 1971, et qui a donc également vu les premiers pas de l’Homme sur la Lune.

Willy Ley, l’autre prosélyte de la conquête de l’espace, est terrassé par une crise cardiaque le 24 juin 1969 à l’âge de 63 ans, 26 jours seulement avant l’atterrissage d’Apollo 11 dans la  Mer de la Tranquilité… Il ne verra pas non plus s’accomplir le plus vieux rêve de l’humanité. Il avait déjà acheté son billet d’avion pour assister au décollage…

Juste après la mise en orbite autour de la Lune d’Apollo 8, Ward Kimball reçoit un coup de fil de Wernher von Braun : « Tu as vu Ward, ils ont suivi notre script ! ».

– « Oui, point par point ! »

 

Les trois épisodes sur YouTube, un grand merci à Rick Morgan.

 

 

 

 

Les épisodes de la série Tomorrowland sont compilés dans ce magnifique coffret de deux DVD.

 

 

 

 

 

« When You Wish upon a Star »… You may reach the stars…

Que reste t-il des pionniers de la NASA après la démission de Wernher von Braun ?

Dans l’édition du New York Times du 27 mai 1972, l’excellent journaliste spécialisé dans le spatial John Noble Wilford (né en 1933) évoquant la démission de Wernher von Braun en date du 26 mai, rappelle que « beaucoup de ceux qui ont participé  à l’effort spatial américain pendant les quinze années écoulées ont quitté le programme ; John Glenn, l’astronaute Mercury, premier américain en orbite autour de la Terre est désormais un homme d’affaire avec des ambitions politiques, l’astronaute d’Apollo 8 Frank Borman est le vice-président d’Eastern Airlines, Neil Armstrong, l’astronaute d’Apollo 11 est professeur à l’université de Cincinnatti, l’ancien administrateur de la NASA James E. Webb qui a constitué « l’équipe Apollo » est avocat-conseil à Washington D.C., le Dr Thomas O. Paine administrateur de la NASA au moment des premiers atterrissages sur la Lune est vice président de la General Electric Corporation. Le Dr Robert Gilruth, directeur du centre des vols spatiaux habités près de Houston vient de prendre sa retraite. Il s’occupait d’organiser les vols spatiaux, pendant que le Dr. von Braun construisait les fusées. D’autres sont partis vers l’industrie ou sont proches de la retraite. De l’équipe originelle des 118 ingénieurs allemands venus aux Etats-Unis, seuls 35 travaillent toujours au Centre Spatial Marshall (MSFC), le Dr Eberhard Rees, un autre des concepteurs de la fusée V2 à Peenemünde, en est l’actuel directeur. Six personnes de l’équipe originelle dont le Dr Kurt Debus, directeur du Centre Spatial Kennedy, travaillent toujours à la NASA dans d’autres centres. » (Kurt Debus prendra sa retraite deux ans plus tard). « Concernant les autres, 22 ont rejoint l’industrie, 12 sont décédés, 16 sont repartis en Europe, et 26 ont pris leur retraite. »

L’année 1972, avec la dernière mission sur la Lune en décembre, marque et confirme le « déclin » de la NASA, faute de subsides, après un âge d’or qui a duré de 1958 à 1969. Le temps passe et les temps changent…

Le Congrès des Etats-Unis rend hommage à Wernher von Braun

Le mercredi 7 juin 1972, deux résolutions (Concurrent Résolution) du Sénat et de la Chambre des Représentants, sont présentées, pour rendre hommage à Wernher von Braun qui vient de démissionner (le 26 mai) des ses fonctions d’Administrateur Adjoint en charge de la planification à la NASA. Le Sénateur Républicain de la Pennsylvanie Hugh Scott (1900-1994) a déposé la résolution S.R. 84, simultanément avec la H.R. 628 du Représentant Républicain de ce même état, John Irving Whalley (1902-1980).

« Exprimant la gratitude et les remerciements de la nation à l’occasion de la démission de Wernher von Braun de ses fonctions à la NASA. Le Comité de la Science et de l’Astronautique a été informé de ces résolutions. »

 

Le texte lu devant les sénateurs :

Considérant le fait que le développement du programme spatial national a amené la science et la technologie à des niveaux jamais atteints jusque là, que ce fut une source d’inspiration, de stimulation intellectuelle, et a développé un sens de l’aventure, non seulement pour le peuple des Etats-Unis, mais pour le monde entier ; et

Attendu que les réalisations du programme spatial sont en grande partie le résultat direct des contributions apportées au cours des années par le docteur Wernher von Braun, dont la stature comme génie spatial du XXe siècle et architecte en chef de la prochaine étape de l’exploration de l’espace, a déjà commencé à se muer en légende; et

Attendu que le départ du docteur von Braun de la NASA, effectif à la fin du mois de juin 1972, nous donne une excellente opportunité pour lui exprimer publiquement notre gratitude pour tout ce qu’il a fait pour le programme spatial et reconnaître également ses contributions dans les autres domaines liés à l’espace :

En conséquence, il est décidé par la présente résolution (parallèlement à celle de la Chambre des Représentants) ; Que le Congrès des États-Unis, de sa part, et au nom du peuple américain, exprime au docteur Wernher von Braun sa gratitude et sa reconnaissance, pour ses remarquables réalisations et contributions au programme spatial, et pour ce que ces dernières ont apporté et apporteront encore à l’humanité.

 

Une leçon inoubliable pour Wernher von Braun

Alors qu’il était étudiant à l’Institut de Technologie de Berlin-Charlottenburg (1930-1932) Wernher von Braun eut l’occasion de se confronter aux exigences et à la dextérité que requiert la fabrication industrielle. Ce faisant, il a reçu une leçon que jamais il n’oubliera.

Afin de lui inculquer les aspects techniques liés à l’usinage, à l’ajustage, au polissage etc. d’une pièce, il effectua un stage pratique de plusieurs semaines dans une usine produisant des locomotives. L’atelier était rempli de machines outils plus perfectionnées les unes que les autres.  Von Braun est ravi, il se présente au contremaitre, un homme bourru, moustachu, au regard sévère, qui porte un tablier très sale.

Lui tendant un bloc de fer de la taille d’un ballon de handball, il lui demande de le façonner en un cube parfait.

Chacun des angles doit être parfaitement droit, chaque face égale, et sans aucune aspérité, il doit être parfaitement poli. Puis, il lui désigne… l’étau qu’il devra utiliser…

C’est un peu contrarié que von Braun se dirige vers l’établi et se met au travail. Quelques jours plus tard il montre le résultat de ses efforts au contremaitre. Ce dernier mesure les angles, ils ne sont pas droits. Continuez à limer lui ordonne le contremaitre. Deux semaines plus tard von Braun soumet à nouveau le fruit de son travail. Toujours imparfait, il doit se remettre à la tâche. Orgueilleux von Braun redouble d’efforts, le bloc de métal a bien diminué de volume. Cinq semaines se sont écoulées…

« Je lui ai finalement remis le produit de mon effort absolu » se rappelle von Braun. « Le cube était un peu plus gros qu’une noix ». Regardant par-dessus ses lunettes poussiéreuses, le contremaitre mesure chaque angle, chaque côté. Le cœur de von Braun bat la chamade. Finalement la récompense suprême : « Gut ! Ja Gut ! C’est exactemant ce que j’attendais. »

A 18 ans, l’étudiant von Braun vient d’apprendre l’auto-discipline et la perfection dans ce genre de « petits travaux » manuels.