La Confrérie du Jambon et des Oeufs

Il existe une suite à cette anecdote

Le premier lancement de la navette spatiale ayant effectivement eu lieu en avril 1981, comme les responsables du programme s’y étaient engagés dix mois plus tôt, l’administrateur de la NASA Alan Lovelace (né en 1929) a déclaré qu’il souhaitait que «les personnes ayant contribuées de manière significative» à l’événement soient identifiées et invitées à la prochaine réunion des responsables du programme, devant se tenir au Centre Spatial Kennedy.

Le jour venu, après avoir félicité les personnes présentes, il les intronise dans la toute nouvelle « Confrérie du Jambon et des Œufs de la navette spatiale ». Une carte de membre personnalisée leur est distribuée sur laquelle figure une photo de deux œufs au plat et une tranche de jambon, avec la phrase désormais célèbre : « Etes-vous impliqué – ou engagé ? »

Pour fêter ça, tout le monde est invité à un barbecue, à la maison de la plage.

Une photo de groupe a été prise qui fera office de certificat.

(Première rangée de g. à d.) : Walter Dankhoff, Walter Williams, Alan Lovelace, John Yardley, Kenneth S. Kleinknecht, Michael Weeks, Robert F. Thompson, Robert Gray, William R. Lucas, Edward P. Andrews, Gerald D. Griffin, Christopher Kraft, Aaron Cohen, Thomas L. Moser.

(Deuxième rangée de g. à d.) : Earl A. Reese, Frank Van Rensselaer, Robert E. Lindstrom, David R. Braunstein, George Hardy, Leroy Day, Daniel M. Germany, Philip E. Culberson, George F. Page, James B. Odom, James Robert « J.R. » Thompson, Philip Glynn.  [J’ai un gros doute concernant Leroy Day, je pense qu’il s’agit d’un « ajout »… La luminosité du visage est anormalement élevée, et l’incidence de la lumière très douteuse par rapport aux autres… C’est une opinion personnelle. La photo est extraite du livre de Leroy Day !]

Absents : President Ronald Reagan, John Young, Robert « Bob » Crippen, Richard H. Kohrs, Richard G. Smith, Donald Slayton, et Haggai « Guy » Cohen.

STS-1 et secrets d’état

Lors de son premier vol d’essai, du 12 au 14 avril 1981, la navette Columbia a perdu 16 tuiles de protection thermique placées sur les pods OMS (Orbital Maneuvering System) lors du décollage. 148 tuiles furent par ailleurs endommagées, sur les 30 759 qui protègent l’engin dans l’espace et surtout lors de la rentrée atmosphérique… Ce qui n’a pas alarmé les astronautes John Young et Robert Crippen… (15% des tuiles représentent 85% des risques encourus.)

Tuiles manquantes sur le pod droit de Columbia. (A gauche sur la photo)  Crédit photo : NASA

Les contrôleurs de vol et la presse, en revanche, se sont inquiétés… Mais Eugene Kranz, Directeur Adjoint des Opérations, a rassuré tout le monde en annonçant que des caméras de l’U.S Air Force à Hawaii [USAF Maui Optical Site (AMOS)] et en Floride (USAF Phillips Lab Malabar Test Facility à Valkaria) avaient permis d’examiner le ventre de l’orbiter et les ailes, et qu’aucune tuile manquante n’avait été décelée à ces endroits névralgiques.

Ce faisant il a dévoilé une information top secrète concernant les performances de ces caméras… Comme le fit remarquer le Washington Post ; « si elles sont capables de photographier des tuiles manquantes sur la navette à 300 km d’altitude, le même dispositif en orbite autour de la Terre, peut photographier une plaque d’immatriculation sur un parking de Moscou… »

Six mois après la mission, le magazine Aviation Week and Space Technology révèle que la navette avait également été photographiée par un satellite d’observation ultra-secret de la NRO (National Reconnaissance Office), le KH 11-2 (Keyhole = trou de serrure). La résolution théorique du KH 11-2 est estimée à 8,6 cm à une distance de 300 km.

John Young veut un drapeau américain plus grand

John Young a fait une sorte de fixation sur la taille du drapeau américain qu’il voulait porter sur sa combinaison spatiale pour le premier vol de la navette spatiale. Le modèle standard, à la taille règlementaire, ne lui convenait pas, car trop petit (8,9 x 5,7 cm). Il souhaitait un drapeau plus grand que l’écusson de la mission, de 10 x 10 cm, car disait-il : « L’amérique est plus grande que le programme navette spatiale… » Lorsqu’on lui proposa finalement une taille qui le satisfasse, son « exigence », inédite, avait fait le tour des centres de la NASA, et même de la presse… C’était devenu un sujet de plaisanterie…

Sur cette photo on aperçoit la taille de l’écusson drapeau américain standard sur l’épaule gauche de Robert Crippen

Et voici la taille du drapeau après l’intervention « patriotique » de John Young !

John Young se préparant pour son cinquième vol spatial !

 

Ainsi, le 12 avril 1981, lorsque John Young et Robert Crippen entrent dans la salle où les techniciens vont les aider à revêtir leur combinaison spatiale et tester son bon fonctionnement (suit-up room qui se trouve dans le Operation & Check Building), ils découvrent, accroché au mur, un immense drapeau américain, tellement grand qu’il recouvre entièrement ledit mur, et n’a d’ailleurs pas pu être complètement déplié. L’un des techniciens lui lance alors : « John, c’est assez grand ? »  Une petite blague qui a permis de relâcher un peu la tension avant cette mission essentielle.

On aperçoit l’immense drapeau accroché au mur

 

Cet immense drapeau avait été récupéré chez une agence immobilière qui le faisait flotter sur un mât devant ses locaux. Lorsque les techniciens chargés des combinaisons spatiales, qui logeaient dans un motel de Cocoa-Beach, ont aperçu, juste à côté, ce gigantesque drapeau, ils se sont faits fort de convaincre le personnel de le leur prêter pour cette petite blague.

John Young veut régler ses dettes avant STS-1

Quelques temps avant de se rendre au Centre Spatial Kennedy pour la première mission de la navette spatiale (STS-1), John Young et Joe Allen (astronaute de l’équipe de soutien et l’un des capcoms de la mission STS-1) vont déjeuner à la cafétéria du Centre Spatial Johnson. Young ayant oublié son argent, c’est Allen qui règle la note. Peu après, Young insiste pour le rembourser. Allen s’en amuse en lui disant que ce n’est pas la peine. « Non » lui répond John Young : « On ne vas pas voler sur ces engins (parlant de la navette) lorsque l’on a des dettes. »

Cette remarque, mi-figue mi-raisin, révèle que John Young était trop bien conscient, qu’il allait effectuer la mission spatiale américaine la plus risquée, jamais réalisée depuis le début de la conquête spatiale.

John Young et le syndrome du commandant de mission

L’astronaute John W. Young n’a pas eu le « syndrome du commandant » lors de la mission Apollo 16, c’est-à-dire l’astronaute dont la fréquence cardiaque est la plus élevée lors du lancement. Comme le rappelle le Dr Charles A. Berry, alors directeur des sciences de la vie à la NASA (Director of Life Sciences) : « Le commandant a la plus grande responsabilité et a habituellement le pouls le plus rapide. Or, lors du lancement d’Apollo 16 c’est le pilote du module lunaire, Charles M. Duke, qui a eu le rythme cardiaque le plus rapide, avec 130 battements par minute, vient ensuite celui du pilote du module de commande, Thomas K. Mattingly, avec 115.

C’est John Young, le commandant de la mission, qui effectuait son quatrième vol spatial, et deuxième mission vers la Lune, qui a eu la fréquence cardiaque la plus basse, avec 108 pulsations par minute.

Le record du rythme cardiaque le plus rapide est détenu par Charles Conrad Jr, dont le pouls a atteint 166 battements par minute juste avant le lancement de Gemini 11, le 12 septembre 1966.

Le pouls de John Young lors du décollage de la première mission de la navette spatiale n’a jamais dépassé 85 !