L’opération Overcast et Paperclip

L’opération Overcast est un programme secret (qui a généré beaucoup de fantasmes) sous les auspices de l’armée américaine, visant à faire venir aux Etats-Unis des scientifiques et des ingénieurs allemands, dans le cadre des réparations de guerre après le deuxième conflit mondial.

Dans un mémorandum daté du mardi 19 mars 1946 émanant du quartier général de l’armée, le nom de code « Overcast » en vigueur depuis le 19 juillet 1945, est remplacé par « Paperclip » avec effet rétroactif au mercredi 13 mars. Si Wernher von Braun et la plupart des membres de son équipe arrivent en Amérique sous l’égide d’Overcast, la majorité des scientifiques allemands entrent aux Etats-Unis alors que l’opération a changé de nom. Au final on parle pour tous « des scientifiques du projet Paperclip ».

Au mois de mai 1948, on compte 1 136 scientifiques allemands vivant aux Etats-Unis. Pour ce qui concerne les experts en fusées et missiles, 177 travaillent pour l’armée de terre, 205 pour l’Air Force, 72 pour la Navy, et 38 pour le Département du Commerce.

Dans son ouvrage « Science, Technology, and Reparations: Exploitation and Plunder in Postwar Germany » l’historien John Gimbel (1922-1992) estime que l’apport des scientifiques allemands a généré l’équivalent de 10 milliards de dollars (USD 1948) en brevets etc., ce qui représente 104 milliards de dollars en monnaie constante. Soit un peu moins de 5 % du produit intérieur brut de ce pays en 1948, qui était de 258 milliards de dollars (2 702 milliards en monnaie constante), et aurait permis d’économiser quelque 800 millions de dollars en recherche et développement, soit 8 milliards de dollars 2018.

A titre de comparaison, entre le 3 avril 1948 et le 30 juin 1952, les Etats-Unis ont prêté 13,3 milliards de dollars à l’Europe (140 milliards USD 2018) dans le cadre du plan Marshall (officiellement ; Programme de rétablissement européen – European Recovery Program.), l’Allemagne (République fédérale d’Allemagne à partir du 23 mai 1949) reçoit 1,4 milliards de dollars (14,6 milliards USD 2018), derrière le Royaume-Uni, la France, et l’Italie.

En tout et pour tout, entre 1 600 et  1 800 scientifiques allemands et leur famille seront accueillis aux Etats-Unis jusqu’à la fin des années 50.

Arseni Tarkovski : L’origine et l’avenir de l’Homme

L’immense poète ukrainien Arseni Tarkovski (1907-1989) résume parfaitement nos origines et notre avenir… qui passe inéluctablement par la conquête de l’espace…

Sachant que « nous sommes faits de poussières d’étoiles », (97% de notre corps est constitué par des atomes créés dans des étoiles), elles sont à la fois nos origines et notre avenir… Et comme notre Soleil s’éteindra lui aussi un jour, il faudra bien trouver une autre étoile et une planète…

« Je suis l’Homme, au milieu du monde. Derrière moi, des tas de protozoaires, devant moi, des myriades d’étoiles. Je me trouve entre les deux, dans toute ma grandeur. Deux rives reliées par une mer, un pont qui unit deux mondes. Et, mon Dieu, un papillon, tel une bribe de soie dorée qui rit de moi comme un enfant. »

 

Lorsque l’espace inspire le football… Le ballon Telstar.

Le 9 novembre dernier, la firme allemande Adidas a présenté le ballon officiel de la vingt-et-unième coupe du monde de football, organisée en Russie du 14 juin au 15 juillet 2018, il s’agit du Telstar 18 qui rend hommage au tout premier ballon de la marque aux trois bandes, utilisé 48 ans plus tôt lors de la coupe du monde au Mexique, c’était le Telstar 1970.  Un Telstar Durlast sera également utilisé en 1974 (avec le Adidas Chile tout blanc pour les matchs en nocturne ou le Apollo, de couleur orange), pour la coupe du monde qui a lieu en Allemagne, le ballon en cuir est recouvert de plusieurs couches de polyuréthane (Durlast™) pour assurer une meilleure étanchéité, et protéger les sérigraphies, car la marque est désormais autorisée à y faire figurer son logo…

Crédit Photo : l’extraordinaire collection de l’allemand René Sopp. « René Sopp Football History Exhibition »

https://www.flickr.com/photos/63255646@N03/sets/72157653365412205/

Le Telstar est un ballon de légende, avec son alternance de panneaux noirs et blancs, il avait été pensé pour lui donner une meilleure visibilité sur les téléviseurs noir et blanc. Telles certaines fusées qui ont un marquage en noir et blanc sur leur flanc pour améliorer leur visibilité et déceler tout mouvement de rotation sur elle-même, le Telstar permettait aux joueurs de visualiser l’effet qu’ils donnaient au ballon.

Le tout premier ballon Telstar en forme d’icosaèdre tronqué, dont les faces sont composées de 12 pentagones noirs et 20 hexagones blancs a été utilisé pour le championnat d’Europe de 1968, le Telstar Elast.  Nous sommes loin des premiers ballons en cuir marron dont la vessie était maintenue dans l’enveloppe en cuir par une lanière, et qui se gorgeaient d’eau lorsqu’il pleuvait, augmentant leur poids de 25%. (Faire une tête avec un tel ballon, avec le risque de se prendre la couture sur le front, demandait un certain courage.)

Dans les dessins-animés, les bandes dessinées, le ballon de foot est pratiquement toujours un Telstar. C’est désormais ainsi que l’on s’imagine un ballon de foot. Avant il ressemblait à cela…

A noter : les 20 ballons Telstar originaux fournis par Adidas pour la coupe du monde au Mexique ne présentaient aucune inscription. Il s’agit ici d’une des 600 000 répliques vendues par la suite.

C’est avec le Telstar qu’Adidas devient en 1970 le fournisseur officiel des ballons de la coupe du monde de football. Dès 1924, deux des quatre enfants Dassler créent la société Gebrüder Dassler Schuhfabrik (Fabrique de chaussures des frères Dassler) qui équipe certains athlètes de cette époque. Suite à une brouille, les deux frères se séparent, Rudolph Dassler (1898-1974), fonde la société Puma en 1948  et Adolf « Adi » Dassler (1900-1978) crée Adidas en 1949.

Pour Adidas Telstar signifie :  « Television star ».

Telstar, est également le nom du tout premier satellite expérimental de télécommunication actif américain.  Telstar 1, lancé le 10 juillet 1962, était une sphère de 87 cm d’une masse de 77 kg, développé par Bell Telephone Laboratories. 

Telstar I. Crédit photo : 1962 Universal Newsreel Educational Documentary – WDTVLIVE42

Une des trois stations de relais au sol utilisées, fut construite à Pleumeur-Bodou en Bretagne ; ce CTS (Centre de Télécommunication par Satellite) ou téléport, qui aura une longue carrière, a été utilisé pour la première transmission télévisée en mondovision via ce premier satellite.

Pour Bell, Telstar signifie : téléphone ou télécommunications par les étoiles.

D’après un sondage de l’agence d’information américaine (USIA) Telstar était plus connu au Royaume-Uni en 1962 que Spoutnik l’avait été en 1957. « Plutôt que de lancer un truc qui ne sert à rien, les américains ont mis sur orbite un satellite qui promet de relier les oreilles et les yeux du monde. »

La première coupe du monde de football retransmise en mondovision est celle de 1966, qui se déroule en Angleterre, la compétition est vue par environ deux milliards de personnes, la finale est suivie par 400 000 personnes dans 36 pays. En 1970 la coupe du monde est retransmise en couleur !

Ce ne sont pas des satellites Telstar qui retransmettent les coupes du monde de football de 1966, en Angleterre (Palmarès : Angleterre (∗), Allemagne de l’Ouest, Portugal), de 1970 au Mexique (Brésil (∗∗∗), Italie, Allemagne de l’Ouest), de 1974 en Allemagne (Allemagne de l’Ouest (∗∗), Pays-Bas, Pologne) etc., mais des Syncom et Intelsat…  (Pour la petite histoire… du football, c’est l’équipe d’Allemagne qui a disputé le plus grand nombre de finales de la coupe du monde ; huit, pour quatre gagnées ! Et elle fut quatre fois troisième.)

Maintenant il faut rendre à César ce qui appartient à César, l’alternance de panneaux noirs et blancs sur un ballon de foot date de 1962 et est le fait de l’équipementier danois Select Sport !

Le Telstar 18 est donc le treizième ballon créé par Adidas pour une coupe du monde de football. Il est même équipé d’une puce NFC (Near Field Communication) et coûte 150 euros.

Telstar est également le nom d’une équipe de foot néerlandaise fondée en 1963 de la fusion de Stormvogels IJmuiden et de VSV Velsen : le SC Telstar.

Anecdote dans l’anecdote : Pour la coupe du monde de 1994 qui se déroule aux Etats-Unis, Adidas crée le Questra (fabriqué en France), décoré avec des astres, il s’agit non seulement de rappeler les étoiles du drapeau américain, la quête des Etats-Unis vers les étoiles, mais également le vingt-cinquième anniversaire de la mission Apollo 11 !

Perso, j’aurais plutôt appelé ce ballon Questar !

L’événement marquant du XXe siècle

Un sondage auprès de personnalités et de journaliste américains a permis de déterminer le classement des « événements marquants du XXe siècle ». (Dans le cadre américano-américain.)

Apollo 11 arrive en deuxième position, après le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945, mettant un terme à la seconde guerre mondiale, et avant l’attaque de Pearl Harbor par les japonais le 7 décembre 1941.

Le lancement du premier satellite Spoutnik 1 arrive en 18e position ; le premier vol d’un Homme dans l’espace, Youri Gagarine, à la 60e place ; le premier américain dans l’espace, Alan Shepard à la 66e ; l’explosion de la navette spatiale Challenger à la 83e ; le premier américain en orbite, John Glenn à la 90e ; et le robot Mars Pathfinder à la 92e. Soit sept réalisations spatiales sur 100 événements.

CBS et la couverture du programme spatial (1961-1974)

La chaine de télévision américaine CBS (Columbia Broadcasting System) couvre le programme spatial américain depuis le tout début. La qualité de ses reportages et la compétence de ses journalistes sont une référence. Quelles furent les missions les plus médiatisées ?

Celle ayant totalisé le plus de « couverture » est bien entendu Apollo 11, avec 60 heures de programmes.

Maintenant, si l’on compare la durée totale des émissions consacrées à une mission particulière avec la durée de celle-ci, Apollo 11 n’arrive qu’à la deuxième position… Après le premier vol orbital américain, effectué par John Glenn.

En effet, la mission Friendship 7 a duré moins de 5 heures mais CBS lui a consacré plus de 25 heures, ce qui nous donne un ratio de 5 pour 1.

La mission Apollo 11 s’étant déroulée sur presque 200 heures et ayant généré 60 heures de couverture média par CBS, le ratio est de 1 pour 3.

La mission la moins médiatisée, est la dernière mission Skylab qui n’a bénéficié que de 34 minutes de couverture, pour une mission ayant duré 84 jours…  Le ratio est de 1 pour 4 000 !