Le coût de la nourriture pour les missions spatiales

Le coût de la nourriture pour les missions spatiales américaines est en constante diminution affirme en 1972 le Dr Malcolm C. Smith qui en est le responsable au Centre des Vols Habités près de Houston, son titre exact est Chief of Food and Nutrition (Chef de l’alimentation et de la nutrition).

Ainsi le coût de revient d’une ration journalière, par astronaute, pendant la période pré-Apollo s’élevait à environ 300 dollars.  D’Apollo 7 à Apollo 14 ce coût est en moyenne de 190 dollars, pour Apollo 15 il est de 142 dollars et pour Apollo 16 et 17 et les misions Skylab il tombe à 75 dollars.

Pour la navette et la Station Spatiale Internationale le coût moyen journalier est de 50 dollars par astronaute. (Petit déjeuner et déjeuner reviennent à environ 12,50 dollars chacun, et le dîner à 25 dollars)

Ce sont bien évidemment les coûts liés à la préparation, au conditionnement, et aux contrôles, qui sont le plus importants… La nourriture étant offerte par les fabricants et les producteurs ; plus d’une centaine.

Sustenter trois astronautes Apollo (de 7 à 14) coûtait donc environ 570 dollars par jour. Il s’agit là de dollars des années 1970, car en dollars constants, c’est à dire en tenant compte de l’inflation, cela nous donne 3 600 dollars (USD) d’aujourd’hui, soit environ 3 000 euros par jour !  La durée moyenne d’une mision Apollo (7 à 14) étant de 8 jours et demi on atteint la très coquette somme de  30 600 dollars ou 25 500 euros.

Frank K. Ellis, un candidat astronaute hors du commun

Sur les 5 000 candidatures reçues par la NASA pour le recrutement de son cinquième groupe d’astronautes en 1966, seulement 351 répondaient aux critères de sélection ; au final 159 furent retenues. 44 candidats subiront l’ensemble des tests et ce sont finalement 19 astronautes qui composeront ce groupe 5.

Parmi ces candidatures, l’une est particulièrement remarquable, il s’agit de celle du lieutenant Frank K. Ellis (1933-2016) de l’US Navy. Une candidature qui révèle une extraordinaire résilience…

Le 11 juillet 1962, à 29 ans, Frank Ellis est victime d’un effroyable accident aux commandes de son Grumman F-9 Cougar, alors qu’il se prépare à atterrir sur la base aéronavale de Point Mugu en Californie, la commande des gouvernes de profondeur ne répond plus, l’avion pique du nez, il va s’écraser… A 100 mètres d’altitude, il s’apprête à s’éjecter lorsqu’il aperçoit une zone résidentielle faisant partie de la base, et des personnes alentour, sur lesquelles son appareil va s’écraser, il manœuvre aussitôt pour les éviter, ce faisant il perd de précieuses secondes, l’avion continuant à perdre de l’altitude, Frank Ellis ne finit par s’éjecter qu’ à une hauteur d’environ 25 mètres, ce qui est beaucoup trop bas. Son parachute ne s’ouvre pas complètement, heureusement un eucalyptus vient quelque peu amortir sa chute, ce qui lui sauve la vie, avant de tomber à demi-inconscient sur le sol.

Les secours arrivent très rapidement sur les lieux et constatent que sous la violence du choc sa jambe droite est entièrement sectionnée sous le genou, et que sa jambe gauche est cassée en trois endroits. Les médecins ont peu d’espoir de lui sauver la vie.

L’héroïque manœuvre pour éviter à son Cougar en perdition de s’écraser sur le lotissement a sauvé de nombreuses vies, mais l’a très gravement mutilé…

Contre toute attente, sa pugnacité et une excellente condition physique par ailleurs, lui permettent de survivre, hélas après trois semaines d’efforts acharnés pour sauver sa jambe gauche, les médecins doivent se résoudre à lui amputer celle-ci également…

Après l’amputation, les douleurs insoutenables ont disparues et son état psychologique et physique sont en constante progression : « J’étais si reconnaissant d’être toujours en vie, j’aurais dû mourir dans ce crash ! »

En décembre il essaye ses nouvelles prothèses et n’a plus qu’un objectif : revoler avec la Navy. Passer le restant de sa vie à ne rien faire avec une pension d’invalidité, très peu pour lui… Il a perdu ses deux jambes, mais il veut retourner dans le ciel…

Il reçoit la Distinguished Flying Cross pour acte d’héroïsme après deux ans de convalescence.

Pour prouver qu’il peut revoler, il s’impose un entrainement sportif draconien, natation,  cyclisme, course d’obstacles etc… Et même un saut en parachute !

A force de persévérance et de détermination les responsables de la Navy, pour le moins réticents, finirent par lui redonner une accréditation de vol temporaire, puis définitive, mais uniquement sur des appareils à double commandes et en présence d’un co-pilote qualifié.

Lorsque Frank Ellis entend à la radio que la NASA cherche des pilotes qualifiés ne mesurant pas plus d’1 m 70, il se dit qu’il est le seul pilote à pouvoir faire varier sa taille de 1 m 60 à 1 m 85… « Par ailleurs peut-être que la NASA utilisera une petite capsule, juste assez grande pour le plus petit pilote de la Navy… Je peux laisser mes jambes sur le pas de tir » ironisa-t-il lors d’une interview.

Lorsque la NASA retourna à la Navy les candidatures la concernant pour valider les présélections basées sur leur dossier militaire, le nom d’Ellis figurait sur la liste des 50 pilotes retenus. Après le passage par le chef des opérations navales, son nom n’apparaît plus… Lorsque l’amiral David MacDonald renverra la liste à la NASA accompagnée d’une lettre d’explication, il écrira que Frank Ellis n’est pas techniquement qualifié pour être astronaute, mais du point de vue de la motivation, de la formation, de l’entraînement, et de l’expérience, il était classé cinquième sur la liste.

Déçu, il déclara que ne pas avoir de jambes ne diminuait en rien ses qualités de pilote, et que dans l’espace, en impesanteur, les jambes ne servent à rien !

Malgré toutes ses démarches Frank Ellis n’obtiendra jamais, non plus, sa certification solo…Il quitte la Navy le 31 octobre 1968 pour se consacrer à une carrière dans l’immobilier. Il est mort le 27 décembre 2016, laissant sa femme Christine, 4 enfants et 6 petits-enfants…

A ce jour aucun Homme handicapé n’est encore jamais allé dans l’espace !

“We Reach the Moon” : un livre sorti en librairie 3 jours après le retour d’Apollo 11.

A peine 76 heures après le retour sur Terre d’Apollo 11, Bantam Books et le New York Times sortent en librairie un ouvrage de 416 pages sur l’histoire du programme spatial américain de 1961 au triomphe d’Apollo 11, intitulé We Reach the Moon (que je traduirais librement par La Lune en ligne de mire ou Nous décrochons la Lune ou encore Objectif Lune). Un projet entrepris 2 ans auparavant. L’impression du livre a commencé le 24 juillet, juste après le retour des astronautes, pendant que le journaliste spécialisé dans le spatial, John Noble Wilford, terminait le texte. Les dernières pages furent envoyées à l’imprimeur de Chicago par Télex le 25 juillet. Cette première édition à couverture souple a été tirée à 375 000 exemplaires.

Au 31 décembre 1969, 1 million d’exemplaires auront été vendus aux Etats-Unis et à l’étranger.

L’opinion publique américaine et une mission martienne habitée

Du 26 au 28 juillet 1969, deux jours seulement après le retour triomphal des astronautes d’Apollo 11, Gallup effectue un sondage qui révèle que les américains sont peu enthousiastes quant à une expédition habitée sur la surface de Mars. Alors que la majorité des jeunes sont pour, les personnes de plus de trente ans y sont opposées. 39% des personnes interrogées sont pour que des astronautes atterrissent sur Mars, 53% sont contre, et 8% n’ont pas d’avis sur la question. Sondage qui révèle également que la population noire est trois fois plus hostile à une telle mission.

Pour le trentième anniversaire d’Apollo 11, en 1999, Gallup a réalisé le même sondage et les chiffres sont étonnamment similaires : 43% sont pour, 54% sont contre, et 3% n’ont pas d’avis !

Etude comparative des programmes spatiaux soviétique et américain

Le Dr Charles S. Sheldon (1917-1981) était le chef de la division scientifique du service de recherche du Congrès et une sommité sur le programme spatial soviétique. Il est le premier à avoir compris que la dénomination Cosmos ne concernait pas un type de vaisseau spatial ou un programme en particulier mais est une appellation servant de couverture à d’innombrables types d’activités spatiales y compris les missions ratées. L’une de ses études, Review of the Soviet Space Program with Comparative United States Data, (Etude du programme spatial soviétique avec des données comparatives des États-Unis), publié par le Congrès en 1967 retrace le développement du programme spatial soviétique avec une minutie et une acuité jamais atteinte dans un document rendu public. Sheldon a notamment participé à la rédaction du National Aeronautics and Space Act de 1958 qui a permis la création de la NASA et du Communications Satellite Act de 1962 qui a permis d’impliquer des sociétés privées pour la commercialisation des satellites de télécommunication.

Lors d’un discours au National Space Club à Washington D.C. en août 1970 il donne les informations suivantes :

« L’U.R.S.S. dépense 2% de son PNB pour l’espace et les Etats-Unis 0,5 %. En 1969 le PNB de l’Union soviétique est estimé à 420 milliards de dollars ; celui des Etats-Unis est de 931 milliards. Les lancements spatiaux soviétiques réussis furent au nombre de 44 en 1966, 74 en 1968, 70 en 1969, et jusqu’ici, 40 pour cette année. La part la plus importante de leur activité concerne la photo reconnaissance. Chaque année l’U.R.S.S. dépasse les Etats-Unis en ce qui concerne la masse totale des charges utiles envoyées dans l’espace, ce depuis les 83,5 kg du premier Spoutnik en 1957, sauf pour l’année 1969. La masse totale des charges utiles envoyées par l’U.R.S.S. s’élève à 2 millions de kg comparé à 1,9 millions de kg pour les Etats-Unis. »

En 1971, il affirme qu’environ 600 000 personnes travaillent pour le programme spatial soviétique. Entre 1957 et 1970 Vandenberg AFB est le site qui enregistre le plus grand nombre de lancements réussis, avec 311, vient ensuite Baïkonour avec 282, puis le Centre Spatial Kennedy avec 189, et Plesetsk avec 147. Les missions militaires représentent environ les 2/3 des lancements pour les deux pays. Alors que les missions militaires sont en hausse en U.R.S.S., avec 28 missions en 1966 et 57 en 1970 elles sont en baisse aux Etats-Unis, avec 34 en 1966 et 16 en 1970.  Bien que les deux nations soient en compétition, elles collaborent notamment pour la météorologie, la biologie spatiale, le géomagnétisme, et la mise au point de systèmes d’amarrages compatibles afin de faciliter l’assistance mutuelle en cas de problème, ou la conduite de projets communs.