Lorsque l’espace inspire le football… Le ballon Telstar.

Le 9 novembre dernier, la firme allemande Adidas a présenté le ballon officiel de la vingt-et-unième coupe du monde de football, organisée en Russie du 14 juin au 15 juillet 2018, il s’agit du Telstar 18 qui rend hommage au tout premier ballon de la marque aux trois bandes, utilisé 48 ans plus tôt lors de la coupe du monde au Mexique, c’était le Telstar 1970.  Un Telstar Durlast sera également utilisé en 1974 (avec le Adidas Chile tout blanc pour les matchs en nocturne ou le Apollo, de couleur orange), pour la coupe du monde qui a lieu en Allemagne, le ballon en cuir est recouvert de plusieurs couches de polyuréthane (Durlast™) pour assurer une meilleure étanchéité, et protéger les sérigraphies, car la marque est désormais autorisée à y faire figurer son logo…

Crédit Photo : l’extraordinaire collection de l’allemand René Sopp. « René Sopp Football History Exhibition »

https://www.flickr.com/photos/63255646@N03/sets/72157653365412205/

Le Telstar est un ballon de légende, avec son alternance de panneaux noirs et blancs, il avait été pensé pour lui donner une meilleure visibilité sur les téléviseurs noir et blanc. Telles certaines fusées qui ont un marquage en noir et blanc sur leur flanc pour améliorer leur visibilité et déceler tout mouvement de rotation sur elle-même, le Telstar permettait aux joueurs de visualiser l’effet qu’ils donnaient au ballon.

Le tout premier ballon Telstar en forme d’icosaèdre tronqué, dont les faces sont composées de 12 pentagones noirs et 20 hexagones blancs a été utilisé pour le championnat d’Europe de 1968, le Telstar Elast.  Nous sommes loin des premiers ballons en cuir marron dont la vessie était maintenue dans l’enveloppe en cuir par une lanière, et qui se gorgeaient d’eau lorsqu’il pleuvait, augmentant leur poids de 25%. (Faire une tête avec un tel ballon, avec le risque de se prendre la couture sur le front, demandait un certain courage.)

Dans les dessins-animés, les bandes dessinées, le ballon de foot est pratiquement toujours un Telstar. C’est désormais ainsi que l’on s’imagine un ballon de foot. Avant il ressemblait à cela…

A noter : les 20 ballons Telstar originaux fournis par Adidas pour la coupe du monde au Mexique ne présentaient aucune inscription. Il s’agit ici d’une des 600 000 répliques vendues par la suite.

C’est avec le Telstar qu’Adidas devient en 1970 le fournisseur officiel des ballons de la coupe du monde de football. Dès 1924, deux des quatre enfants Dassler créent la société Gebrüder Dassler Schuhfabrik (Fabrique de chaussures des frères Dassler) qui équipe certains athlètes de cette époque. Suite à une brouille, les deux frères se séparent, Rudolph Dassler (1898-1974), fonde la société Puma en 1948  et Adolf « Adi » Dassler (1900-1978) crée Adidas en 1949.

Pour Adidas Telstar signifie :  « Television star ».

Telstar, est également le nom du tout premier satellite expérimental de télécommunication actif américain.  Telstar 1, lancé le 10 juillet 1962, était une sphère de 87 cm d’une masse de 77 kg, développé par Bell Telephone Laboratories. 

Telstar I. Crédit photo : 1962 Universal Newsreel Educational Documentary – WDTVLIVE42

Une des trois stations de relais au sol utilisées, fut construite à Pleumeur-Bodou en Bretagne ; ce CTS (Centre de Télécommunication par Satellite) ou téléport, qui aura une longue carrière, a été utilisé pour la première transmission télévisée en mondovision via ce premier satellite.

Pour Bell, Telstar signifie : téléphone ou télécommunications par les étoiles.

D’après un sondage de l’agence d’information américaine (USIA) Telstar était plus connu au Royaume-Uni en 1962 que Spoutnik l’avait été en 1957. « Plutôt que de lancer un truc qui ne sert à rien, les américains ont mis sur orbite un satellite qui promet de relier les oreilles et les yeux du monde. »

La première coupe du monde de football retransmise en mondovision est celle de 1966, qui se déroule en Angleterre, la compétition est vue par environ deux milliards de personnes, la finale est suivie par 400 000 personnes dans 36 pays. En 1970 la coupe du monde est retransmise en couleur !

Ce ne sont pas des satellites Telstar qui retransmettent les coupes du monde de football de 1966, en Angleterre (Palmarès : Angleterre (∗), Allemagne de l’Ouest, Portugal), de 1970 au Mexique (Brésil (∗∗∗), Italie, Allemagne de l’Ouest), de 1974 en Allemagne (Allemagne de l’Ouest (∗∗), Pays-Bas, Pologne) etc., mais des Syncom et Intelsat…  (Pour la petite histoire… du football, c’est l’équipe d’Allemagne qui a disputé le plus grand nombre de finales de la coupe du monde ; huit, pour quatre gagnées ! Et elle fut quatre fois troisième.)

Maintenant il faut rendre à César ce qui appartient à César, l’alternance de panneaux noirs et blancs sur un ballon de foot date de 1962 et est le fait de l’équipementier danois Select Sport !

Le Telstar 18 est donc le treizième ballon créé par Adidas pour une coupe du monde de football. Il est même équipé d’une puce NFC (Near Field Communication) et coûte 150 euros.

Telstar est également le nom d’une équipe de foot néerlandaise fondée en 1963 de la fusion de Stormvogels IJmuiden et de VSV Velsen : le SC Telstar.

Anecdote dans l’anecdote : Pour la coupe du monde de 1994 qui se déroule aux Etats-Unis, Adidas crée le Questra (fabriqué en France), décoré avec des astres, il s’agit non seulement de rappeler les étoiles du drapeau américain, la quête des Etats-Unis vers les étoiles, mais également le vingt-cinquième anniversaire de la mission Apollo 11 !

Perso, j’aurais plutôt appelé ce ballon Questar !

L’événement marquant du XXe siècle

Un sondage auprès de personnalités et de journaliste américains a permis de déterminer le classement des « événements marquants du XXe siècle ». (Dans le cadre américano-américain.)

Apollo 11 arrive en deuxième position, après le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945, mettant un terme à la seconde guerre mondiale, et avant l’attaque de Pearl Harbor par les japonais le 7 décembre 1941.

Le lancement du premier satellite Spoutnik 1 arrive en 18e position ; le premier vol d’un Homme dans l’espace, Youri Gagarine, à la 60e place ; le premier américain dans l’espace, Alan Shepard à la 66e ; l’explosion de la navette spatiale Challenger à la 83e ; le premier américain en orbite, John Glenn à la 90e ; et le robot Mars Pathfinder à la 92e. Soit sept réalisations spatiales sur 100 événements.

CBS et la couverture du programme spatial (1961-1974)

La chaine de télévision américaine CBS (Columbia Broadcasting System) couvre le programme spatial américain depuis le tout début. La qualité de ses reportages et la compétence de ses journalistes sont une référence. Quelles furent les missions les plus médiatisées ?

Celle ayant totalisé le plus de « couverture » est bien entendu Apollo 11, avec 60 heures de programmes.

Maintenant, si l’on compare la durée totale des émissions consacrées à une mission particulière avec la durée de celle-ci, Apollo 11 n’arrive qu’à la deuxième position… Après le premier vol orbital américain, effectué par John Glenn.

En effet, la mission Friendship 7 a duré moins de 5 heures mais CBS lui a consacré plus de 25 heures, ce qui nous donne un ratio de 5 pour 1.

La mission Apollo 11 s’étant déroulée sur presque 200 heures et ayant généré 60 heures de couverture média par CBS, le ratio est de 1 pour 3.

La mission la moins médiatisée, est la dernière mission Skylab qui n’a bénéficié que de 34 minutes de couverture, pour une mission ayant duré 84 jours…  Le ratio est de 1 pour 4 000 !

Peter Ritchie Calder, l’humanisme environnemental et la conquête spatiale.

En 1970, Lord Ritchie-Calder (1906-1982) écrivait dans le magazine Foreign Affairs :

« Les civilisations passées sont enterrées dans les cimetières de leurs propres erreurs, alors que chacune d’entre elles est morte en raison de sa cupidité, de sa négligence, une autre a pris sa place. C’est parce que ce genre de civilisations était confiné dans une localité, une région. Aujourd’hui, la nôtre, est une civilisation globale, elle n’est pas délimitée par le Tigre et l’Euphrate, ni même par l’Hellespont et l’Indus ; c’est le monde entier. Sa planète s’est réduite à un tel point qu’un satellite fabriqué par l’Homme peut en faire le tour 16 fois par jour, parcourant les clôtures gravitationnelles du domaine familial de l’Homme. C’est une communauté tellement interdépendante que nos erreurs ont des conséquences à l’échelle mondiale… L’Homme moderne peut être encore plus prétentieux que les Anciens, qui dans l’arrogance de leurs réalisations matérielles ont construit des pyramides en guise de pierres tombales pour leurs civilisations. Nous pouvons envoyer nos pyramides dans l’espace, afin qu’elles orbitent pour l’éternité, autour d’une planète ayant péri, à cause de notre criminelle négligence. »

L’opinion publique américaine et une mission martienne habitée

Du 26 au 28 juillet 1969, deux jours seulement après le retour triomphal des astronautes d’Apollo 11, Gallup effectue un sondage qui révèle que les américains sont peu enthousiastes quant à une expédition habitée sur la surface de Mars. Alors que la majorité des jeunes sont pour, les personnes de plus de trente ans y sont opposées. 39% des personnes interrogées sont pour que des astronautes atterrissent sur Mars, 53% sont contre, et 8% n’ont pas d’avis sur la question. Sondage qui révèle également que la population noire est trois fois plus hostile à une telle mission.

Pour le trentième anniversaire d’Apollo 11, en 1999, Gallup a réalisé le même sondage et les chiffres sont étonnamment similaires : 43% sont pour, 54% sont contre, et 3% n’ont pas d’avis !