CBS et la couverture du programme spatial

La chaine de télévision américaine CBS (Columbia Broadcasting System) couvre le programme spatial américain depuis le tout début. La qualité de ses reportages et la compétence de ses journalistes sont une référence. Quelles furent les missions les plus médiatisées ?

Celle ayant totalisé le plus de « couverture » est bien entendu Apollo 11, avec 60 heures de programmes.

Maintenant, si l’on compare la durée totale des émissions consacrées à une mission particulière avec la durée de celle-ci, Apollo 11 n’arrive qu’à la deuxième position… Après le premier vol orbital américain, effectué par John Glenn.

En effet, la mission Friendship 7 a duré moins de 5 heures mais CBS lui a consacré plus de 25 heures, ce qui nous donne un ratio de 5 pour 1.

La mission Apollo 11 s’étant déroulée sur presque 200 heures et ayant généré 60 heures de couverture média par CBS, le ratio est de 1 pour 3.

La mission la moins médiatisée, est la dernière mission Skylab qui n’a bénéficié que de 34 minutes de couverture, pour une mission ayant duré 84 jours…  Le ratio est de 1 pour 4 000 !

Peter Ritchie Calder, l’humanisme environnemental et la conquête spatiale.

En 1970, Lord Ritchie-Calder (1906-1982) écrivait dans le magazine Foreign Affairs :

« Les civilisations passées sont enterrées dans les cimetières de leurs propres erreurs, alors que chacune d’entre elles est morte en raison de sa cupidité, de sa négligence, une autre a pris sa place. C’est parce que ce genre de civilisations était confiné à une localité, une région. Aujourd’hui, la nôtre, est une civilisation globale, elle n’est pas délimitée par le Tigre et l’Euphrate, ni même par l’Hellespont et l’Indus ; c’est le monde entier. Sa planète s’est réduite à un tel point qu’un satellite fabriqué par l’Homme peut en faire le tour 16 fois par jour, parcourant les clôtures gravitationnelles du domaine familial de l’Homme. C’est une communauté tellement interdépendante que nos erreurs ont des conséquences à l’échelle mondiale… L’Homme moderne peut être encore plus prétentieux que les Anciens, qui dans l’arrogance de leurs réalisations matérielles ont construit des pyramides en guise de pierres tombales pour leurs civilisations. Nous pouvons envoyer nos pyramides dans l’espace, afin qu’elles orbitent pour l’éternité, autour d’une planète qui a péri à cause de notre criminelle négligence. »

Le coût de la nourriture pour les missions spatiales

Le coût de la nourriture pour les missions spatiales américaines est en constante diminution affirme en 1972 le Dr Malcolm C. Smith qui en est le responsable au Centre des Vols Habités près de Houston, son titre exact est Chief of Food and Nutrition (Chef de l’alimentation et de la nutrition).

Ainsi le coût de revient d’une ration journalière, par astronaute, pendant la période pré-Apollo s’élevait à environ 300 dollars.  D’Apollo 7 à Apollo 14 ce coût est en moyenne de 190 dollars, pour Apollo 15 il est de 142 dollars et pour Apollo 16 et 17 et les misions Skylab il tombe à 75 dollars.

Pour la navette et la Station Spatiale Internationale le coût moyen journalier est de 50 dollars par astronaute. (Petit déjeuner et déjeuner reviennent à environ 12,50 dollars chacun, et le dîner à 25 dollars)

Ce sont bien évidemment les coûts liés à la préparation, au conditionnement, et aux contrôles, qui sont le plus importants… La nourriture étant offerte par les fabricants et les producteurs ; plus d’une centaine.

Sustenter trois astronautes Apollo (de 7 à 14) coûtait donc environ 570 dollars par jour. Il s’agit là de dollars des années 1970, car en dollars constants, c’est à dire en tenant compte de l’inflation, cela nous donne 3 600 dollars (USD) d’aujourd’hui, soit environ 3 000 euros par jour !  La durée moyenne d’une mision Apollo (7 à 14) étant de 8 jours et demi on atteint la très coquette somme de  30 600 dollars ou 25 500 euros.

Frank K. Ellis, un candidat astronaute hors du commun

Sur les 5 000 candidatures reçues par la NASA pour le recrutement de son cinquième groupe d’astronautes en 1966, seulement 351 répondaient aux critères de sélection ; au final 159 furent retenues. 44 candidats subiront l’ensemble des tests et ce sont finalement 19 astronautes qui composeront ce groupe 5.

Parmi ces candidatures, l’une est particulièrement remarquable, il s’agit de celle du capitaine de corvette (lieutenant-commander) Frank K. Ellis (1933-2016) de l’US Navy. Une candidature qui révèle une extraordinaire résilience…

Le 11 juillet 1962, à 29 ans, Frank K. Ellis est victime d’un effroyable accident aux commandes de son Grumman F-9 Cougar, alors qu’il se prépare à atterrir sur la base aéronavale de Point Mugu en Californie, la commande des gouvernes de profondeur ne répond plus, l’avion pique du nez, il va s’écraser… A 100 mètres d’altitude, il s’apprête à s’éjecter lorsqu’il aperçoit une zone résidentielle faisant partie de la base, et des personnes alentour, sur lesquelles son appareil va s’écraser, il manœuvre aussitôt pour les éviter, ce faisant il perd de précieuses secondes, l’avion continuant à perdre de l’altitude, Frank Ellis ne finit par s’éjecter qu’ à une hauteur d’environ 25 mètres, ce qui est beaucoup trop bas. Son parachute ne s’ouvre pas complètement, heureusement des eucalyptus viennent quelque peu amortir sa chute, ce qui lui sauve la vie, avant de tomber à demi-inconscient sur le sol.

Les secours arrivent très rapidement sur les lieux et constatent que sous la violence du choc sa jambe droite est entièrement sectionnée sous le genou, et que sa jambe gauche est cassée en trois endroits. Lorsque James Rubright de l’équipe de sauvetage saute de l’hélicoptère, il enlève aussitôt sa ceinture pour faire un garrot sur la jambe amputée, un geste qui lui sauve la vie.

Les médecins de l’hôpital St John ont peu d’espoir…

L’héroïque manœuvre pour éviter à son Cougar en perdition de s’écraser sur le lotissement a sauvé de nombreuses vies, mais l’a très gravement mutilé…

Contre toute attente, sa pugnacité et une excellente condition physique par ailleurs, lui permettent de survivre, hélas après trois semaines d’efforts acharnés pour sauver sa jambe gauche, les médecins doivent se résoudre à lui amputer celle-ci également…

Après l’amputation, les douleurs insoutenables, la fièvre, ont disparues et son état psychologique et physique sont en constante progression : « J’étais si reconnaissant d’être toujours en vie, j’aurais dû mourir dans ce crash ! »

En décembre il essaye ses nouvelles prothèses et n’a plus qu’un objectif : revoler avec la Navy. Passer le restant de sa vie à ne rien faire avec une pension d’invalidité, très peu pour lui… Il a perdu ses deux jambes, mais il veut retourner dans le ciel…

Il reçoit la Distinguished Flying Cross pour acte d’héroïsme après deux ans de convalescence.

Frank K. Ellis vient de recevoir sa Distinguished Flying Cross, à gauche son épouse Christine, à droite le vice-amiral Paul Stroop, commandant des forces aériennes navales de la flotte du Pacifique. 

Pour prouver qu’il peut revoler, il s’impose un entrainement sportif draconien, natation,  cyclisme, ski nautique, course d’obstacles etc… Et même un saut en parachute !

Frank K. Ellis se prépare pour une séance de ski-nautique.

A force de persévérance et de détermination les responsables de la Navy, pour le moins réticents, finirent par lui redonner une accréditation de vol temporaire, puis définitive, mais uniquement sur des appareils à double commandes et en présence d’un co-pilote qualifié.

Frank K. Ellis sortant de son McDonnell F3H Demon

Lorsque Frank Ellis entend à la radio que la NASA cherche des pilotes qualifiés ne mesurant pas plus d’1 m 82, il se dit qu’il est le seul pilote à pouvoir faire varier sa taille de 1 m 50 à 1 m 78… « Par ailleurs peut-être que la NASA utilisera une petite capsule, juste assez grande pour le plus petit pilote de la Navy… Je peux laisser mes jambes sur le pas de tir » ironisa-t-il lors d’une interview.

Lorsque la NASA retourna à la Navy les candidatures la concernant pour valider les présélections basées sur leur dossier militaire, le nom d’Ellis figurait sur la liste des 50 pilotes retenus. Après le passage par le chef des opérations navales, son nom n’apparaît plus… Lorsque l’amiral David MacDonald renverra la liste à la NASA accompagnée d’une lettre d’explication, il écrira que Frank Ellis n’est pas techniquement qualifié pour être astronaute, mais du point de vue de la motivation, de la formation, de l’entraînement, et de l’expérience, il était classé cinquième sur la liste.

Déçu et très en colère, il déclara que ne pas avoir de jambes ne diminuait en rien ses qualités de pilote, et que dans l’espace, en impesanteur, les jambes ne servent à rien !

Malgré toutes ses démarches Frank Ellis n’obtiendra jamais, non plus, sa certification solo…Il quitte la Navy le 31 octobre 1968 pour se consacrer à une carrière dans l’immobilier. Il est mort le 27 décembre 2016, laissant sa femme Christine, 4 enfants et 6 petits-enfants…

A ce jour aucun Homme handicapé n’est encore jamais allé dans l’espace !

Frank Ellis à bicyclette…

La famille Ellis circa 1964 : (De g. à d.) Debra Ann, David Alan, Daniel Andrew, Christine « Chris », Dana Angela, et Frank. Tous les prénoms de ses enfants commencent par un D et le second par un A !

 

Frank K. Ellis a écrit un livre intitulé : « No Man Walks Alone ».

« We Reach the Moon » : un livre sorti en librairie 3 jours après le retour d’Apollo 11.

A peine 76 heures après le retour sur Terre d’Apollo 11, Bantam Books et le New York Times sortent en librairie un ouvrage de 416 pages sur l’histoire du programme spatial américain de 1961 au triomphe d’Apollo 11, intitulé We Reach the Moon (que je traduirais librement par La Lune en ligne de mire ou Nous décrochons la Lune ou encore Objectif Lune). Un projet entrepris 2 ans auparavant. L’impression du livre a commencé le 24 juillet, juste après le retour des astronautes, pendant que le journaliste spécialisé dans le spatial, John Noble Wilford, terminait le texte. Les dernières pages furent envoyées à l’imprimeur de Chicago par Télex le 25 juillet. Cette première édition à couverture souple a été tirée à 375 000 exemplaires.

Au 31 décembre 1969, 1 million d’exemplaires auront été vendus aux Etats-Unis et à l’étranger.