Eugene Cernan face à un crotale diamantin

John Young, Charlie Duke et Stuart Roosa acceptèrent de remplacer au pied levé les astronautes David Scott, Alfred Worden et James Irwin, l’équipage remplaçant de la mission Apollo 17, qui, empêtrés dans « le scandale des timbres » suite à la mission Apollo 15, furent relevés de toutes leurs fonctions au sein de la NASA.

Comme tous les astronautes remplaçants, ils n’arrêtaient pas de chambrer les « titulaires » Eugene Cernan, Harrison Schmitt et Kenneth Mattingly. On va vous rendre malade, vous casser une jambe ou un bras pour prendre votre place…

Un après-midi, alors que Duke et Roosa terminent un entrainement, ils voient arriver John Young, blanc comme un linge, à bout de souffle. Il vient de faire un jogging près des marais du Centre Spatial Kennedy.

« Qu’est ce qu’il t’arrive, John ? »

« C’est le plus gros serpent à sonnettes que je n’ai jamais vu de ma vie ! » dit-il en haletant. « Je lui ai balancé des pierres, mais je ne sais pas si je l’ai touché. »

Curieux, Duke et Roosa lui demandent à quel endroit exactement il a vu ce serpent.

Lorsqu’ils se rendent sur les lieux, ils entendent le bruit de crécelle caractéristique de la cascabelle de ce serpent, mais d’une intensité inaccoutumée. Guidés par le son, ils s’approchent prudemment, ils aperçoivent alors un crotale diamantin, le plus gros qu’ils n’aient jamais vu. Sachant que cet animal est très dangereux (le taux de mortalité des morsures atteint de 20 à 30 %), ils décident de le tuer, à coups de pierres, pour rester à bonne distance… Le serpent fait 1m 90 de long, et aussi gros que la cheville de Charlie Duke… Il est énorme, avec une cascabelle composée de sept grosses écailles !

Ils mettent le serpent dans le coffre pour le montrer à tout le monde… En chemin, il leur vient une idée…

Alors que Gene Cernan est dans le simulateur, les trois conspirateurs en profitent pour déposer le serpent sous son bureau, en le disposant de manière à lui donner une posture agressive. Ils appellent ensuite leur secrétaire et la prient d’aller vite chercher Cernan, c’est urgent, on le demande au téléphone, c’est très important. Quelques minutes plus tard Cernan accourt dans la salle, se précipite vers son bureau, s’assoit dans son fauteuil à roulettes. Alors qu’il avance son siège pour s’installer à son bureau, il jette un coup d’œil dessous et aperçoit le serpent. Il pousse aussitôt un hurlement à glacer le sang, propulse sa chaise, qu’il fait littéralement décoller, et se retrouve à l’autre bout de la pièce en hurlant « Qu’est ce que c’est que ça ? », et sort de la salle en courant.

Lorsqu’il entend des éclats de rire, Cernan comprend qu’il vient de se faire avoir, encore sous le coup de la décharge d’adrénaline, il jure à tout-va… Beau joueur, il se calme rapidement…

Le serpent lui a fait très peur, et rétrospectivement, Duke s’en voudra un peu, Cernan aurait pu avoir une crise cardiaque.

Quatre drapeaux tout fripés

C’est le 30 juin 1969 lors d’un dîner donné à la Maison-Blanche que les astronautes d’Apollo 10, Thomas Stafford, John Young et Eugene Cernan offrent au Président Richard Nixon et au Vice-Président Spiro Agnew quatre drapeaux américains, quelque peu froissés, qu’ils avaient emporté avec eux lors de la mission. Stafford dit au Président :

« Ces drapeaux ont fait le voyage vers la Lune, et ont tourné 31 fois autour d’elle, c’est pourquoi nous avons pensé que vous les voudriez tels que nous les avons ramenés. C’est la raison pour laquelle nous ne les avons pas repassés avant de les encadrer. »

Le dernier drapeau américain sur la Lune

Le drapeau américain planté sur la Lune lors de la mission Apollo 17 était plus grand que les cinq drapeaux précédents ; 1,00 x 1,80 mètres au lieu de 0,90 x 1,50 m.

Une autre particularité, ce drapeau a fait le voyage sur la Lune avec Apollo 11 puis fut accroché dans la Salle de Contrôle de Mission n°2 (MOCR qui se prononce « moh-ker » : Mission Operation Control Room). C’est Harrison Schmitt qui a eu l’idée de l’emporter pour le laisser sur la Lune !

118:21:24 (Temps écoulé depuis le décollage h:min:s) : Début du déploiement du drapeau dans la vallée de Taurus-Littrow, qui dure environ une minute et quarante secondes.

118:23:53 Cernan: « …this has got to be one of the most proud moments of my life. I guarantee you. »  « Ce doit être l’un des plus grands moments de fierté de ma vie. Je vous le garantis. »

118:24:06 Schmitt: « Houston, je ne sais pas combien de personnes sont au courant, mais ce drapeau était accroché au MOCR depuis Apollo 11. Et c’est avec une extrême fierté que nous le déployons sur la Lune, afin qu’il y reste aussi longtemps que possible, en l’honneur de toutes les personnes qui ont travaillé si dur pour nous permettre d’être ici, ainsi que tous les autres équipages, et de faire que ce pays, les Etats-Unis, et l’humanité, soient un peu différents de ce qu’ils furent.

Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont emporté sur la Lune un drapeau identique, afin de remplacer celui de la salle de contrôle ! Ils le remettront au Directeur de Vol Eugene Kranz, à l’occasion d’une petite cérémonie, qui l’acceptera au nom de tous les contrôleurs de vol.

Eugene Cernan (12 décembre 1972)

Harrison Schmitt  (12 décembre 1972)

High Flight, un sonnet dans l’espace

Le sonnet High Flight écrit par le pilote de chasse John Gillespie Magee Jr. (1922-1941) qui fut tué en vol le 11 décembre 1941, à l’âge de 19 ans, lors d’une colision avec son Supermarine Spitfire et un Airspeed AS.10 Oxford, au-dessus du Lincolnshire en Angleterre, trois mois après avoir écrit ce poème cultissime pour tous les aviateurs, a été de nombreux vols spatiaux américains ; Gemini 10, Apollo 10, Apollo 11, Apollo 15… Un poème qui décrit magistralement l’extase du pilote lorsqu’il vole.

 

 

« Ce n’est pas un hasard, si nous, trois astronautes aguerris, avions le poème de John Magee à bord d’Apollo 10, car il y a vraiment eu des moments, où j’ai ressenti que je pouvais tendre la main, comme il le dit, et toucher le visage de Dieu. »  Eugene Cernan

 

High Flight

Oh ! I have slipped the surly bonds of earth
And danced the skies on laughter-silvered wings;
Sunward I’ve climbed, and joined the tumbling mirth
Of sun-split clouds – and done a hundred things
You have not dreamed of – wheeled and soared and swung
High in the sunlit silence. Hov’ring there
I’ve chased the shouting wind along, and flung
My eager craft through footless halls of air.
Up, up the long delirious, burning blue,
I’ve topped the windswept heights with easy grace
Where never lark, or even eagle flew –
And, while with silent lifting mind I’ve trod
The high untresspassed sanctity of space,
Put out my hand and touched the face of God.

 

Toute tentative de traduction d’un poème est vaine car bien évidemment on perd l’essentiel. Le sens d’un poème est inséparable des mots choisis et toutes les résonances qui vibrent dans l’original, toutes les images évoquées, les interprétations possibles, sont perdues… Je vous propose toutefois ma traduction de ce sonnet :

 

Haut Vol

Oh ! J’ai rompu les liens qui me rattachaient à la Terre
Et dansé dans le ciel, sur des ailes riantes et argentées.
J’ai grimpé vers le soleil, et partagé l’allégresse
Des nuages transpercés par sa lumière – et fait cent choses
Dont vous n’avez même jamais rêvé – tournoyé, plané, virevolté
Là-haut dans le silence ensoleillé. Alors que je volais là-haut
J’ai poursuivi le vent hurlant, et lancé
Mon fier aéronef à travers les espaces insondables.
Haut, toujours plus haut dans un délire bleu incandescent
J’ai survolé les sommets balayés par les vents, avec grâce et aisance
Où jamais une alouette ni même un aigle n’ont volé.
Et alors qu’en silence mon esprit s’élevait, j’ai atteint
Le sanctuaire celeste inviolé,
Tendu ma main, et effleuré le visage de Dieu.

 

I Was Strolling on the Moon One Day

Les astronautes Eugene Cernan et Harrison Schmitt ont débuté la première des trois activités extra-véhiculaires* sur la surface de la Lune de la mission Apollo XVII, il y a quatre heures et trente-cinq minutes, et se trouvent alors à la Station 1, à quelque 150 mètres du cratère Steno, à une distance d’environ 1,6 km au sud du LM. Un site d’exploration géologique qu’ils ont rejoint en « jeep lunaire ».

En descendant à pied une légère pente, le géologue Harrison Schmitt se met à chanter une adaptation circonstancielle du refrain de la chanson « The Fountain in the Park », composée par Robert King (1862-1932) en 1884, qui a utilisé le pseudonyme Ed Haley pour la signer. L’extrait en question a notamment été interprété par Judy Garland dans la comédie musicale « En avant la musique » (Strike Up the Band) sortie en 1940.

While strolling through the park one day
In the merry merry month of May
I was taken by surprise
By a pair of roguish eyes
In a moment my poor heart was stole away

C’est ainsi que le 12 décembre 1972, Harrison Schmitt et Eugene Cernan chantent tous les deux sur la Lune…

121:35:45 (Temps écoulé depuis le décollage, h:min:s) Harrison Schmitt commence : « I was strolling on the Moon one day… » (Je me baladais sur la Lune un jour…)

121:35:49 Eugene Cernan entonne :  (Les deux chantent en même temps) « …in the merry, merry month of… » (en ce joyeux, joyeux mois de…)

121:35:51 Cernan :  « …May » . Schmitt:  « …December ».

La mission Apollo 17 se déroulant au moins de décembre, Schmitt utilise très justement le mois en cours, alors que Cernan s’en tient à la chanson originale.

121:35:52 Cernan le reprend : « No, May. »

121:35:54 Schmitt rectifie : « May. »

121:35:55 Schmitt poursuit : « When much to my surprise, a pair of bonny eyes.. ». (Quand à ma grande surprise une paire de beaux yeux…) Schmitt ne se souvient plus des paroles…)  « …be-doop-doo-doo… »

Il s’interrompt pour ajouter : « Isn’t this a neat way to travel? » (N’est ce pas un moyen sympa de voyager ?) faisant également référence à leur façon de se déplacer sur la Lune ; par bonds, puis continue à chantonner : « …dum du dum du dum… »

A 121:36:05 Robert Parker [Astronaute du groupe 6 (1967)] qui fait office de capcom annonce : « Sorry about that, guys, but today may be December ». [Désolé de vous dire ça les gars, mais aujourd’hui (dans le contexte présent), Décembre serait plus approprié.]

Dans l’Apollo 17 Lunar Surface Journal de Eric M. Jones, la remarque de Robert Parker est retranscrite comme ci-dessus, mais ne s’agit-il pas plutôt d’un jeu de mot ? Et alors il eût fallu la retranscrire ainsi : « Sorry about that, guys, but today May be December » avec un M majuscule pour désigner le mois de Mai, et non l’auxiliaire modal !

La scène en image !

*La première des trois activités/sorties extra-véhiculaires, ou EVA (pour Extra Vehicular Activity) a commencé le 11 décembre à 23:54:49 (avec Eugene Cernan qui sort du LM le 12 décembre à 00:01:00) et se termine le 12 décembre à 7:06:42, heure UTC. (De 117:01:35 à 124:13:28 GET – Ground Elapsed Time i.e. le temps écoulé depuis le décollage.)

La deuxième EVA dure 7:36:56,  et la troisième 7:15:08. Il y a également une sortie dans l’espace de Ronald Evans lors du trajet retour d’une durée de 1 heure et 7 minutes.

La durée de l’activité extra-véhiculaire est calculée à partir de la dépressurisation complète du module lunaire jusqu’à sa repressurisation.