Cernan et Schmitt membres à vie de l’Association des Carrossiers d’Amérique

Le 15 décembre 1972, les astronautes d’Apollo 17 Eugene Cernan et Harrison Schmitt, qui se trouvent toujours sur la Lune, sont élus membres honoraires à vie de l’Association des Carrossiers Automobiles d’Amérique (Auto Body Association of America) pour avoir réussi à réparer le « garde-poussière » de leur véhicule sur la Lune. Reg Predham, le président de l’association, précise que les astronautes recevront bientôt leur épinglette et leur carte d’adhérent. La société Boeing recevra également une attestation, certifiant qu’elle a construit un véhicule pouvant être réparé à 400 000 km de tout fournisseur de pièces détachées.

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà une association très réactive, dont les membres ne manquent pas d’humour.

Quelques détails sur la réparation ICI.

John Young, seul en orbite autour de la Lune

Lorsque le jeudi 22 mai 1969, à 19:00:57 (GMT) le module lunaire (LM) dont l’indicatif est Snoopy, dans lequel se trouvent Thomas Stafford et Eugene Cernan,  se sépare du module de commande et de service (CSM), Charlie Brown, John Young se retrouve tout seul. Il devient ainsi le premier humain à voler en solo autour de la Lune.

Le module de commande Apollo 10 « Charlie Brown » avec John Young à bord.

35 minutes après la séparation, lorsque toutes les vérifications ont été faites et de petits problèmes résolus, les deux vaisseaux spatiaux s’éloignent. Le LM se met alors sur une orbite très proche de 112,8 par 15,7 km, (le CSM restant sur une orbite quasi circulaire à quelque 111 km d’altitude, ce qui équivaut à 60 milles marins).

Le périsélène exact, mesuré à 21:29:43 (GMT) très précises, est de 14,4 km, à quelques degrés du site d’atterrissage prévu pour Apollo 11, qu’ils survolent à deux reprises.  Le LM ne peut pas descendre plus bas, car 13-14 km est l’altitude limite, en-deça il faut commencer la descente propulsée.

Alors que les deux vaisseaux spatiaux s’éloignent l’un de l’autre, on assiste à ces échanges :

Eugene Cernan (pilote du LM) : « John, tu es le premier véhicule spatial photographié par un autre en orbite autour de la Lune. Qu’est ce que tu en penses ?

John Young (pilote du CSM) : « Je pense que c’est bien. »

Quelques minutes plus tard :

John Young : « Vous ne saurez jamais comment cet engin (parlant du module de commande) est spacieux lorsqu’il n’y a plus qu’une personne à l’intérieur. »

Rires de Thomas Stafford, le commandant de la mission.

Eugene Cernan : « Tu ne sauras jamais à quel point il parait minuscule lorsque tu es aussi loin que nous le sommes. »

Rires de Thomas Stafford

Deux minutes plus tard :

Eugene Cernan : « A bientôt, John, (suite inaudible, friture). »

John Young : « Bien reçu. »

Eugene Cernan : « Amuse-toi bien pendant notre absence, bébé. »

Thomas Stafford : « Oui, j’espère que tu ne te sentiras pas trop seul là-bas, John. »

Eugene Cernan :  « Et n’accepte aucune mise à jour pour la TEI. » (Trans-Earth Injection – Injection Trans-Terrestre)

[Cernan fait allusion à l’allumage du moteur SPS (Service Propulsion System) du module de service qui permet de modifier la course du vaisseau spatial et le ramener sur une trajectoire qui croisera celle de la Terre. Il plaisante sur le fait que Young n’attende pas le retour des deux astronautes, et reparte sans eux. ]

Rires de Stafford

John Young : « Ne vous en faites pas, jusqu’à ce que vous reveniez, je ne prendrai plus aucune note sur le PAD. »

[Le PAD (Preliminary Advisory Data – Données Consultatives Préalables) est un classeur contenant des fiches pré-imprimées sur lesquelles les astronautes inscrivent régulièrement les données nécessaire (vélocité, position etc.) pour effectuer une manœuvre, elles sont communiquées par le centre de contrôle quelques temps avant ladite manœuvre, (changement d’orbite, correction mi-course etc.). Une procédure qui permet de pallier une perte des communications avec la Terre à l’instant t.]

Malgré les dangers encourus, lors de cette mission à très haut risque, les astronautes plaisantent, pour relâcher un peu la tension…

L’équipage d’Apollo X. (De g. à d.) Eugene A. Cernan (1934-2017) – Thomas P. Stafford (1930) – John W. Young (1930-2018) – Crédit Photo : Ralph MORSE / LIFE

John Young peut enfin manger un sandwich dans l’espace

C’est lors de la vingtième mission spatiale habitée américaine, Apollo 10, du 18 au 26 mai 1969, que les astronautes Thomas Stafford, John Young et Eugene Cernan purent pour la première fois se confectionner de vrais sandwichs, enfin, presque.  Ils avaient en effet dans leurs provisions, des tranches de pain blanc et de pain de seigle, spécialement conditionnées, ainsi que des tubes de pâtes à tartiner au poulet-salade et jambon-salade.

C’est ainsi qu’au deuxième jour de la mission, à exactement 028:19:36 (Temps écoulé depuis le décollage) on assiste à la conversation suivante :

028:19:36 Eugene Cernan: Reçu. Hé, Charlie, nous étions là-haut en train de manger un nouveau plat, un peu tard comme d’habitude, et tu sais quoi ? Il s’agissait d’un sandwich poulet salade.

028:19:48 CapCom Charles Duke: Ah, et quel goût ça a ?

028:19:52 Cernan: Tu me crois si je te dis comme un sandwich poulet salade ?

028:19:56 Duke: Eh, c’est super !

028:19:57 Cernan: Une première.

028:19:58 Duke: On dirait un vrai repas de gourmet

028:20:03 Duke: Nous allons noter ce commentaire : « le poulet est bon »

028:20:05 Stafford: C’est un sacré progrès

028:20:07 Duke: Bien reçu. D’accord nous notons votre appréciation : « Le sandwich poulet salade a bon goût. »

028:20:14 Cernan: Tu as remarqué que je n’ai pas dit : « Bon sandwich au bœuf salé. »

028:20:17 Duke: Oui j’ai bien saisi. Nous allions justement vous poser la question.

028:20:24 Cernan: Ce n’est pas la peine.

En effet, le sandwich au bœuf salé fait référence à cette autre anecdote qui date de la septième mission spatiale habitée américaine, Gemini 3 (23 mars 1965) ! On notera que le principal concerné, John Young, est resté  « étrangement » silencieux lors de cet échange !

Anecdote dans l’anecdote : John Young pourra « légalement » déguster du corned beef (boeuf salé) lors de la première mission de la navette spatiale du 12 au 14 avril 1981…  16 ans après Gemini 3… Certainement un clin d’oeil !  En espérant qu’il y avait de la moutarde et des cornichons !

 

Eugene Cernan face à un crotale diamantin

John Young, Charlie Duke et Stuart Roosa acceptèrent de remplacer au pied levé les astronautes David Scott, Alfred Worden et James Irwin, l’équipage remplaçant de la mission Apollo 17, qui, empêtrés dans « le scandale des timbres » suite à la mission Apollo 15, furent relevés de toutes leurs fonctions au sein de la NASA.

Comme tous les astronautes remplaçants, ils n’arrêtaient pas de chambrer les « titulaires » Eugene Cernan, Harrison Schmitt et Kenneth Mattingly. On va vous rendre malade, vous casser une jambe ou un bras pour prendre votre place…

Un après-midi, alors que Duke et Roosa terminent un entrainement, ils voient arriver John Young, blanc comme un linge, à bout de souffle. Il vient de faire un jogging près des marais du Centre Spatial Kennedy.

« Qu’est ce qu’il t’arrive, John ? »

« C’est le plus gros serpent à sonnettes que je n’ai jamais vu de ma vie ! » dit-il en haletant. « Je lui ai balancé des pierres, mais je ne sais pas si je l’ai touché. »

Curieux, Duke et Roosa lui demandent à quel endroit exactement il a vu ce serpent.

Lorsqu’ils se rendent sur les lieux, ils entendent le bruit de crécelle caractéristique de la cascabelle de ce serpent, mais d’une intensité inaccoutumée. Guidés par le son, ils s’approchent prudemment, ils aperçoivent alors un crotale diamantin, le plus gros qu’ils n’aient jamais vu. Sachant que cet animal est très dangereux (le taux de mortalité des morsures atteint de 20 à 30 %), ils décident de le tuer, à coups de pierres, pour rester à bonne distance… Le serpent fait 1m 90 de long, et aussi gros que la cheville de Charlie Duke… Il est énorme, avec une cascabelle composée de sept grosses écailles !

Ils mettent le serpent dans le coffre pour le montrer à tout le monde… En chemin, il leur vient une idée…

Alors que Gene Cernan est dans le simulateur, les trois conspirateurs en profitent pour déposer le serpent sous son bureau, en le disposant de manière à lui donner une posture agressive. Ils appellent ensuite leur secrétaire et la prient d’aller vite chercher Cernan, c’est urgent, on le demande au téléphone, c’est très important. Quelques minutes plus tard Cernan accourt dans la salle, se précipite vers son bureau, s’assoit dans son fauteuil à roulettes. Alors qu’il avance son siège pour s’installer à son bureau, il jette un coup d’œil dessous et aperçoit le serpent. Il pousse aussitôt un hurlement à glacer le sang, propulse sa chaise, qu’il fait littéralement décoller, et se retrouve à l’autre bout de la pièce en hurlant « Qu’est ce que c’est que ça ? », et sort de la salle en courant.

Lorsqu’il entend des éclats de rire, Cernan comprend qu’il vient de se faire avoir, encore sous le coup de la décharge d’adrénaline, il jure à tout-va… Beau joueur, il se calme rapidement…

Le serpent lui a fait très peur, et rétrospectivement, Duke s’en voudra un peu, Cernan aurait pu avoir une crise cardiaque.

Quatre drapeaux tout fripés

C’est le 30 juin 1969 lors d’un dîner donné à la Maison-Blanche que les astronautes d’Apollo 10, Thomas Stafford, John Young et Eugene Cernan offrent au Président Richard Nixon et au Vice-Président Spiro Agnew quatre drapeaux américains, quelque peu froissés, qu’ils avaient emporté avec eux lors de la mission. Stafford dit au Président :

« Ces drapeaux ont fait le voyage vers la Lune, et ont tourné 31 fois autour d’elle, c’est pourquoi nous avons pensé que vous les voudriez tels que nous les avons ramenés. C’est la raison pour laquelle nous ne les avons pas repassés avant de les encadrer. »