Erich Warsitz et le missile V2

Avec l’argent gagné comme pilote d’essai, notamment à Peenemünde, Erich Warsitz fonde une société, Warsitz Werke (Usine Warsitz) spécialisé dans la production de divers matériels de haute précision.

Proche ami de Wernher von Braun, il fut amené à produire des éléments de la fusée A4.

Le ministère de l’armement et de la production de guerre, dirigé par Albert Speer, lui confiera des contrats, pour la production en série de clapets, et de pièces de la chambre de combustion du missile V2.

Les astronautes d’Apollo 11 sont à Paris

Dans le cadre du « GIANTSTEP- APOLLO 11 Presidential Goodwill Tour », les astronautes de la mission Apollo 11 effectuent une tournée mondiale. Du 29 septembre au 5 novembre 1969, ils visitent 27 villes étrangères dans 23 pays.

Le mercredi 8 octobre, les astronautes et leurs épouses arrivent en France. Le matin même ils étaient à Madrid, en Espagne.

Pourquoi Paris ? Un élément de réponse dans ce message confidentiel émanant de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, à destination du Secrétaire d’Etat, l’équivalent du Ministre des Affaires Etrangères :

La visite des astronautes pourrait être un facteur décisif pour s’attirer la faveur des intellectuels français, dont les doutes, pour ne pas parler d’hostilité, et le sentiment de supériorité envers les Etats-Unis, nous ont causés des problèmes sérieux dans le passé.

Nous sommes convaincus que cette visite serait bien plus efficace que les opérations de relations publiques habituelles, car ces hommes sont considérés en ce moment comme des héros supranationaux, dont les exploits ont touché toute l’humanité, exceptés Picasso et Marcuse.

En effet, Pablo Picasso (1881-1973) qui résidait en France, avait déclaré que l’Homme sur la Lune ne signifiait rien pour lui, il s’en fichait royalement.

Quant au philosophe Herbert Marcuse (1898-1979), interrogé au lendemain du 21 juillet, alors qu’il était en vacances sur la Côte d’Azur, il avait déclaré : “C’est moins important que Mai 68”.

Après avoir patienté dix minutes, les astronautes d’ Apollo 11 atterrissent à Orly à 10:40. A l’issue d’une petite cérémonie de bienvenue, ils prennent rapidement possession de leurs suites à l’hôtel de Crillon.

A 12:15 ils arrivent à l’Hôtel de Ville, le lieu historique de rassemblement des parisiens.

Le président du Conseil de Paris, Etienne Royer de Véricourt (1905-1997), après un discours devant une place bondée, leur remet la médaille Vermeil, la plus haute récompense de la ville de Paris.

De l’Hôtel de Ville, ils remontent dans une voiture décapotable la rue de Rivoli, où des dizaines de milliers de parisiens se sont massés.

De g. à d. Edwin Aldrin, Neil Armstrong, Michael Collins et Jacques Chaban-Delmas

Ils arrivent à l’Hôtel Matignon à 13:00, où ils sont reçus par le premier Ministre Jacques Chaban-Delmas (1915-2000), qui a quitté le conseil des ministres plus tôt pour ce faire.

Dans le grand salon de l’Hôtel Matignon il leur remettra la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur.

Après le déjeuner, en présence notamment d’ André Turcat, le premier pilote d’essai de Concorde, de Jacqueline Auriol la première pilote d’essai, et du commandant Cousteau, les astronautes répondent aux questions des journalistes sur le perron de Matignon.

Sortie de l’Hôtel de Matignon

A 14:45 les astronautes retournent à l’Hôtel de Crillon pour se rafraichir. 

A 15:15 ils arrivent au Palais de l’Elysée où les accueillent le président Georges Pompidou (1911-1974) et l’ambassadeur des Etats-Unis Sargent Shriver (1915-2011), dans le salon des ambassadeurs.

Georges Pompidou les recevra personnellement, sans les épouses, dans son bureau pendant 40 minutes.

Les astronautes d’Apollo 11 avec le président de la république française Georges Pompidou.

A 16:00 ils repartent de l’Elysée, une foule considérable est présente le long du Faubourg Saint-Honoré.

Ils se rendent ensuite au siège de l’UNESCO où ils donnent une conférence de presse entre 17:30 et 18:25.

A leur arrivée ils sont longuement applaudis par les journalistes debout. Au cours de cette conférence on leur demande notamment quel est leur scientifique français préféré, Armstrong répond Descartes.

On leur pose des questions sur le voyage vers Mars, que Neil Armstrong juge faisable à court terme.

Un « journaliste » évoque même les soucoupes volantes, demandant aux astronautes s’ils y croient ! Michael Collins répond par la négative…

A 21:00 ils se rendent au Palais de Chaillot pour une autre réception officielle. Un film d’une vingtaine de minutes sur leur mission est projeté.

L’académicien Maurice Druon prononce un remarquable éloge : « Le carburant de votre fusée, c’est tout l’effort de l’espèce humaine depuis la fin de la période glaciaire… ».

Le Colonel Bernard Dupérier (1907-1995) leur remet la Grande Médaille d’or de l’Aéro-Club de France. Les seuls américains à l’avoir reçue jusqu’alors étaient Orville et Wilbur Wright en 1908, et Charles Lindbergh en 1927, ils sont les premiers « spationautes » de l’Histoire à la recevoir.

L’année suivante les astronautes d’Apollo 13 recevront cette distinction, et en 1981 ce seront John Young et Robert Crippen.

Un intermède cocasse, rétrospectivement du moins, intervient lorsqu’un jeune acteur de 27 ans, Daniel Villenfin, monte sur l’estrade où sont assis les astronautes et se dirige prestement vers Neil Armstrong.

Il est immédiatement intercepté par la sécurité et évacué. Rien de grave en définitive, il voulait juste un autographe !

Crédit photo : Associated Press
A la une du « The Michigan Daily » – 9 octobre 1969.

Toute la scène est passée en direct à la télévision, et sera rapportée par les journaux du monde entier, avec la photo (ci-dessus), même par le Sydney Morning Herald en Australie !

Son seul moment de « gloire » semble t-il. On aperçoit distinctement le stylo dans sa main droite et un papier dans la gauche. Neil Armstrong ne semble nullement effrayé.

Le 9 octobre dans les salons de l’Hôtel de Crillon, le journal parisien Le Figaro, à travers une campagne de souscription auprès de ses lecteurs, offrira à chacun des trois astronautes un module lunaire en or 18 carats.

Le LM constitué d’or, de laque noire, et d’émail pèse 846 grammes et mesure 15.0 x 10.0 x 25.0 cm. Il est réalisé par le célèbre joaillier de la place Vendôme, Cartier.

Les trois astronautes d’ Apollo 11.

L’œuvre d’art est présentée dans un écrin en cuir rouge en forme de pyramide.

Chaque module, contient dans le moteur de l’étage de descente, un microfilm portant les noms des personnes qui contribuèrent à l’opération.

Sur le module lunaire figure l’inscription : « Les lecteurs du journal Le Figaro » et juste dessous le prénom et le nom de l’astronaute.

Cartier a racheté l’exemplaire de Michael Collins lors d’une vente aux enchères en 2003 pour la somme de 56 000 USD (75 000 en dollars constants).

Celui d’Armstrong, qu’il avait donné au Armstrong Air and Space Museum de Wapakoneta, sa ville de naissance, a été volé le vendredi 28 juillet 2017.

Le module lunaire de Buzz Aldrin a été mis aux enchères par RR Auction le 16 novembre 2017, et vendu 149 000 USD ! L’œuvre d’art est un peu abimée, il manque certains éléments. Cartier a proposé de restaurer l’objet aux frais de l’acquéreur.

Peu après, les astronautes d’ Apollo 11 reprennent l’avion à destination des Pays-Bas…

 

Le contrat en or d’ Erich Warsitz

Erich Warsitz (circa 1934)

Lorsque Erich Warsitz (1906-1983), le pilote d’essai légendaire, le premier Homme à piloter un jet, se voit proposer un contrat par le constructeur d’avions Heinkel, pour tester ses nouveaux prototypes munis de moteurs-fusée (He 176) ou de réacteurs (He 178), notamment à Kummersdorf et à Peenemünde, il le montre à son supérieur, le GeneralOberst Ernst Udet (1896-1941).

Lorsqu’il en prend connaissance, il explose : « Vous voulez signer ça ? Mais ils vous prennent pour qui ? Les risques encourus sont immenses ! »

Avec son stylo violet, Ernst Udet raye la somme de 5 000 Reichsmark prévue pour le premier vol, et la remplace par 50 000. Les primes pour chaque tranche de 100 km/h supplémentaire atteint, et pour chaque vol effectué, est augmenté également.

Erich Warsitz retourne voir Ernst Heinkel (1888-1958), qui n’en croit pas ses yeux. Lisant les sommes demandées il pâlit : « Qui au monde dispose d’autant d’argent ? »

Heinkel prend son stylo-plume et signe le contrat, en disant : « Peu importe, de toute façon c’est « le Gros » qui paiera. »  Der Dicke, c’est Hermann Göring (1893-1946), le commandant en chef de la Luftwaffe et ministre de l’Aviation.  En effet, c’est le RLM, (Reichsluftfahrtministerium) le Ministère de l’Aviation du Reich, qui règlera toutes les factures.

Le contrat prévoit notamment de substantielles primes :

  • Premier vol : 50 000 Reichsmark
  • Vitesse de 400 km/h : 20 000 RM
  • Pour toute tranche additionnelle de 100 km/h : 20 000 RM de plus jusqu’à 900 km/h
  • Vitesse de 1 000 km/h : 50 000 RM

Par ailleurs pour chaque vol, quelle que soit la durée, Erich Warsitz touche une prime de 500 RM.

Outre ces bonus, Erich Warsitz recevait la rémunération la plus élevée pour un pilote d’essai du RLM, et à Peenemünde, il fut nommé chef pilote ; le grade le plus élevé du centre de recherche.

Ainsi en 1938 et en 1939, Erich Warsitz a gagné, chaque année, la somme faramineuse de 600 000 RM, soit 1 200 000 RM au total !  A l’époque un ingénieur de premier plan dans l’industrie allemande ne pouvait espérer gagner que 10 000 RM par an !