Willy Ley et Wernher von Braun oublient qu’ils travaillent sur un dessin animé.

Alors que Willy Ley (2 décembre 1906 – 24 juin 1969) et Wernher von Braun (23 mars 1912 – 16 juin 1977) travaillent dans les studios Disney à Burbank en Californie sur le scénario de Man In Space, ils imaginent un instrument pour le centre de contrôle de mission, qui permettrait de visualiser à tout moment la position du vaisseau spatial par rapport à la surface de la Terre.

Willy Ley et Wernher von Braun. Crédit photo : Science Photo Library

Cet appareillage, disent-ils, devrait ressembler à une sphère représentant la Terre muni d’un anneau en plastique transparent pour représenter l’orbite, sur lequel un point lumineux mobile figurerait le vaisseau spatial.

Von Braun demande alors : « Comment pourrait-on construire un truc pareil ? »

Une conversation animée s’engage alors…

Après quelque temps, l’un des artistes les ramène un peu à la réalité en leur disant : « Vous savez, ici chez Disney, nous ne faisons que dessiner les choses ! ».

Wernher von Braun provoque une crise de jalousie conjugale

Les soirées au Club des Officiers de l‘US Air Force au Cap Canaveral étaient renommées… Ces dernières étaient très courues, l’on y trouvait une nourriture raffinée, de l’alcool à volonté, un orchestre, une piste de danse, et du beau monde…

Quelques heures avant de se rendre à l’une de ces soirées le Dr Gerhard Hengst, ancien de Peenemünde travaillant au Cap canaveral, et sa femme Maria ont une dispute, quand ils arrivent sur les lieux ils sont toujours en froid… A l’issue du dîner la musique commence, et Wernher von Braun, dont l’épouse Maria est absente, invite à plusieurs reprises la ravissante Maria Hengst à danser. Celle-ci avouera plus tard que « von Braun était un homme plein de charme, avec lequel on pouvait parler de tout, et qui était doté d’un merveilleux sens de l’humour ». Le courant passe très bien.

Pendant ce temps, Gerhard Hengst assis à table, a la tête des mauvais jours, il bout intérieurement…

Lorsque Wernher von Braun raccompagne Maria Hengst à sa table, cette dernière lui demande de bien vouloir remonter la fermeture éclair de sa robe de soirée qui n’était plus fermée jusqu’en haut ; von Braun s’exécute.

C’en est trop pour Gerhard Hengst, danser avec son épouse est une chose, remonter la fermeture éclair de sa robe en est une autre, il lance un regard noir à sa femme et, les mâchoires serrées, lui intime qu’il est temps de rentrer. Ils prennent rapidement congé, Gerhard Hengst lui attrape fermement le coude en se dirigeant vers la porte de sortie. Durant le trajet retour, aucun mot n’est échangé, mais au moment d’aller se coucher Maria finit par lui adresser la parole : « Qu’est-ce que tu as à la fin ? »

« Tu me demandes ce que j’ai ? » fulmine-t-il « Tu m’as fait honte devant tous mes amis, tous mes collègues, en dansant collé-serré avec von Braun comme si vous étiez ensemble, et ensuite tu lui demandes de remonter la fermeture de ta robe alors même que je suis là, juste à côté ! Voilà ce que j’ai ! »

Toujours assis dans son lit, remontant son réveille-matin mécanique, comme chaque soir, il est pris d’un irrépressible accès de colère et jette ce dernier contre le mur. Le réveil se fracasse brisant le verre recouvrant le cadran.

Maria va chercher un balai mais ne ramasse que le verre éparpillé sur le sol de la chambre, ignorant le réveil partiellement disloqué.

Le lendemain matin, le réveil a disparu. Le couple n’en reparla jamais, le mari jaloux mais honteux de son comportement, avait dû le jeter.

Le réveil fut retrouvé dans une boîte, et des années plus tard, après la mort de Gerhard Hengst, les circonstances de son état furent élucidées par sa veuve.

Maria et Gerhard Hengst (Janvier 1961). Crédit Photo : Scan Olivier COUDERC – From Peenemünde to Cape Canaveral and Beyond par Werner Hengst. Copyright 2018 by Christy Hengst.

Le docteur en physique Gerhard A. Hengst (1902-1981) était directeur de la electro-optical systems branch à la NASA au Cap Canaveral, il a notamment conçu des caméras de poursuite pour les fusées. Il avait fait de même à Peenemünde avant d’être détaché dans une société d’électro-optique à Munich après le bombardement du centre de recherche en août 1943. En 1952, lors d’une visite en Allemagne, il est approché par Ernst Steinhoff (1908-1987) avec lequel il avait travaillé à Peenemünde, qui lui propose un emploi aux Etats-Unis rémunéré 700 dollars par mois (le salaire moyen mensuel en 1953 était de 270 USD). Dans l’état où se trouve alors la recherche et l’économie allemande, une telle offre ne se refuse pas. Il émigre le 11 mars 1953 parmi un contingent de trente scientifiques allemands et leur famille, et devient citoyen américain en juin 1963 en même temps que sa deuxième épouse Maria. [Sa première femme, Emma, est décédée en Allemagne en décembre 1951 des suites d’une péritonite, car elle était allergique à la pénicilline qui aurait pu la sauver ; elle lui a donné son unique enfant, Werner (1936-2016)]. Quelques années plus tard, à la retraite, Maria le convainc de retourner en Allemagne, à Munich. La boucle est bouclée…

La mission Saturn I SA-5 et le président Kennedy

Lors de sa dernière visite au Launch Operations Center, les installations de lancement du Cap Canaveral, le 16 novembre 1963 en fin de matinée, le président John Kennedy est plus particulièrement intéressé par les implications du prochain vol d’une Saturne 1, en effet si ce lancement est une réussite les Etats-Unis vont pour la première fois dépasser les soviétiques pour ce qui concerne la masse satellisable. Il aura fallu attendre six ans pour que les Etats-Unis disposent enfin d’un lanceur plus puissant que l’URSS.

Lors de la visite du pad 37B Wernher von Braun lui explique les enjeux de ce prochain vol, fasciné il se place sous la fusée et contemple les moteurs…

Sous le lanceur Saturne I SA-5. De g. à d. Robert Seamans (1918-2008 – Administrateur associé de la NASA), George Smathers (1913-2007 – Sénateur de la Floride), le président John Kennedy (1917-1963), James Webb (1906-1992 – Administrateur de la NASA), Wernher von Braun (1912-1977 – partiellement caché – Directeur du Centre Spatial Marshall) , Hugh Dryden (1898-1965 – Administrateur Adjoint de la NASA) et le général Chester Clifton (1913-1991 – Conseiller militaire en chef du président).

Six jours plus tard le président Kennedy est assassiné…

Jacqueline Kennedy demandera s’il ne serait pas possible que cette Saturne SA-5 puisse « porter » quelque chose de spécial en mémoire du Président, qui attendait ce lancement avec tant d’impatience…

La NASA étudia plusieurs possibilités : que son discours d’investiture, resté dans tous les esprits, soit retransmis depuis l’espace pendant une journée ; que le nom du président soit inscrit sur l’élément orbital, peut-être par la veuve du président elle-même…

Après réflexion, ces idées furent rejetées… Et si la mission était un échec ? Si le lanceur explosait ?

Il fut donc exclu d’organiser une cérémonie publique, quant à envisager un hommage privé qui n’aurait été révélé qu’après le succès de la mission, pas question, cette manière de procéder aurait certainement déclenché d’acerbes critiques de la part des médias. Il fut donc sagement décidé de ne rien faire…

Le lancement prévu à l’origine pour décembre interviendra finalement le 29 janvier 1964, c’est un succès total, 17,55 tonnes seront satellisées, le record de l’époque.

SA-5

Entre temps, le 29 novembre 1963, le Launch Operations Center a été rebaptisé John F. Kennedy Space Center.

Lorsque le succès du lancement est avéré, Robert Seamans l’administrateur associé de la NASA appelle aussitôt Jacqueline Kennedy pour la prévenir…

Le samedi 1er février 1964 Wernher von Braun écrit une lettre à Jacqueline Kennedy… Le lundi suivant, en fin d’après-midi, Robert Seamans rend personnellement visite à la veuve du Président, et lui offre notamment une maquette de la SA-5 utilisée par les ingénieurs du Centre Spatial Marshall pour le développement de l’engin, qui sera exposée à la Bibliohèque Kennedy, désormais John F. Kennedy Presidential Library and Museum à Boston. Il fera par la suite envoyer d’autres maquettes pour le fils du président, John Jr., 3 ans, subjugué par celle offerte à sa maman.

Il me paraît inconcevable qu’aucun ingénieur ou technicien travaillant au pad 37B n’ait au moins inscrit les initiales du président Kennedy sur la SA-5… C’est tellement improbable !