Compression temporelle

En 1977, lors d’un discours devant des pilotes d’essais, l’ex astronaute Michael Collins choisit une autre perspective, la compression temporelle, pour mieux faire appréhender à ses auditeurs les échelles de temps…

« Ainsi en réduisant l’âge du système solaire, environ 5 milliards d’années, à 5000 ans, ce qui correspond aux débuts de l’Histoire dans l’évolution humaine… On trouve que la vie est apparue il y a environ 400 ans, l’Homme il y a trois ans, le Christ est né hier, les frères Wright ont effectué le premier vol propulsé il y a vingt minutes, Chuck Yeager a passé le mur du son il y a 10 minutes, l’ère spatiale a débuté il y a trois minutes, et, si mes calculs sont bons, Neil Armstrong a marché sur la Lune il y a une minute et deux secondes »

Ce type de compression temporelle a également été effectué pour ramener l’histoire de l’univers (environ 15 milliards d’années) sur une année. A cette échelle 1 jour représente 41 millions d’années et une heure 1,71 millions d’années…

Le calendrier débute le 1er janvier à 00:00 avec le Big-Bang, notre Système Solaire se forme vers le 10 septembre, la vie apparaît sur Terre vers le 7 octobre, les premiers hominidés le 31 décembre vers 20:30, Homo Sapiens vers 23:52 et l’écriture est inventée vers 23:59:49 .

A 23:59:59,79 Konstantin Tsiolkovski annonce que l’Homme va sortir de son berceau et à 23:59:59,93 Neil Armstrong pose le pied gauche sur la Lune…

Armstrong, Collins, Lovell

Le 23 décembre 1968, Donald « Deke » Slayton et Neil Armstrong se trouvent au Centre de Contrôle des Missions près de Houston, pour suivre une retransmission télé, en direct de la mission Apollo 8. (Armstrong en est le commandant suppléant).

A l’issue de la retransmission, Slayton demande à Neil de le suivre dans une des salles adjacentes, pour parler un peu.

Donald Slayton lui demande alors ce qu’il pense de ces co-équipiers, Collins et Aldrin.

Armstrong lui répond que tout va bien, il n’y a aucun souci.

Slayton qui a une idée derrière la tête, lui dit alors qu’il n’est pas facile de travailler avec Buzz, ce à quoi Armstrong répond, que pour l’instant il n’a jamais eu de problème avec lui.

C’est alors que Slayton lui propose de remplacer Aldrin par James Lovell.
S’il le souhaite, il est tout disposé à bouleverser les rotations…

Armstrong lui demande alors un délai de réflexion.

Le lendemain, ayant pris sa décision, il va voir Slayton.

A ce moment très précis, « Jim » Lovell, pilote du CM, se trouve autour de la Lune.
Il n’a jamais eu vent de cette conversation… Armstrong n’en a jamais parlé à personne.

Il n’a jamais su, il le saura en lisant la magistrale biographie d’Armstrong « First Man » de James Hansen, que si la réponse de Neil Armstrong avait été différente, il aurait fait partie d’Apollo 11. De la même manière, Buzz Aldrin n’était pas au courant non plus, qu’il aurait pu être évincé…

En décembre 1968, Armstrong ne pouvait pas deviner qu’Apollo 11 serait la première mission à se poser sur la Lune.

Neil Armstrong souhaite garder Aldrin dans son équipe, pour deux raisons :

– Lovell avait commandé la mission Gemini XII, et il lui revenait de commander sa propre mission Apollo.
– Collins est le meilleur spécialiste du CM, si Lovell intègre son équipe, ce ne peut être que comme CMP… Il est déjà CMP sur Apollo 8 ! Collins avait bossé dur sur Apollo 8 avant d’être écarté suite à une excroissance osseuse entre deux vertèbres cervicales ! Il était impensable pour Slayton et Armstrong de le rétrograder en LMP. (Suivant la hiérarchie des vols Apollo, le numéro 1 est le CDR, le numéro 2 c’est le CMP, le 3ème c’est le LMP. Le LMP contrairement à son titre ne pilote rien du tout ! On peut très facilement le remplacer.

Pour la petite histoire, Aldrin ne s’est jamais entraîné ni sur le LLRV ni sur le LLTV – Le record appartient à Armstrong, le perfectionniste, 19 vols sur le LLRV et 8 sur le LLTV. Il est vrai qu’il a participé à la conception de la première version, le LLRV.

Comme chacun sait, James Lovell sera commandant d’Apollo 13…

Quant à Fred Haise, qui faisait partie de l’équipage suppléant d’Apollo 8, avec Armstrong et Aldrin, il aurait dû voler sur Apollo 11. Mais il sera remplacé par Collins, totalement remis de son opération chirurgicale aux vertèbres, qui réintègre les rotations de vol. Haise fera lui aussi, partie de l’équipage d’Apollo 13 !

Encore une de ces ironies du sort !