Richard Nixon, Michael Collins et William Anders allument un cigare pour le retour d’Apollo XIII

Le mardi 17 avril 1970, le président Nixon bouleverse son planning, il tient à regarder en direct le retour des astronautes d’Apollo XIII, en présence de Henri Kissinger son conseiller pour la sécurité nationale, ainsi que Michael Collins (Gemini X – Apollo 11) et William Anders (Apollo 8), qui dès le matin, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche répondent à ses questions et lui donnent des informations techniques…

Richard Nixon, les pieds sur le bureau, est informé par William Anders, debout, et Michael Collins assis à droite, du déroulement des dernières phases de la mission. Assis à gauche, Henri Kissinger le conseiller spécial du président pour la sécurité nationale. Bureau ovale de la Maison-Blanche.
De g. à d. Michael Collins, William Anders , Henri Kissinger, et Richard Nixon suivent le retour des astronautes d’Apollo XIII dans une pièce adjacente. Le président ne voulait pas de poste de télévision dans le bureau ovale. © CORBIS/Corbis via Getty Images)

Les trois chaines nationales, ABC, NBC et CBS, suivent le retour d’Apollo XIII depuis 7 heures du matin, plus de 70 millions d’américains assisteront en direct au retour de James Lovell, John Swigert et Fred Haise.  ABC s’est adjoint les services de l’astronaute Charles Conrad (Gemini 5 – Gemini XI- Apollo 12), NBC celui d’Eugene Cernan (Gemini IX – Apollo 10) et sur CBS c’est Walter Schirra (Mercury Sigma 7 – Gemini 6 – Apollo 7) qui fait équipe avec le journaliste Walter Cronkite. Aucun amerrissage n’a jamais bénéficié d’une couverture médiatique aussi importante.

Lorsque le module de commande Odyssey touche l’océan à 13 h 08 heure de Washington D.C., le président Nixon exulte et applaudit longuement…

William Anders fait alors remarquer au président des Etats-Unis qu’il est de coutume d’allumer un cigare lorsque les astronautes font leurs premiers pas sur le bâtiment de récupération…  Le moment venu, 45 minutes plus tard, Nixon ouvre une boîte de cigares, en offre un à toutes les personnes présentes, et en prend un pour lui… Le cigare du triomphe.

Richard Nixon dans la salle de presse de la Maison-Blanche. James S. Brady Press Briefing Room.

Richard Nixon déclarera en milieu d’après-midi devant la presse :  « Il n’existe pas d’adjectif assez fort, voici donc mon sentiment d’un point de vue personnel. Je pensais que le jour le plus exaltant de ma vie était celui où j’ai été élu président des Etats-Unis, le second, le jour où Apollo 11 est revenu sur Terre, j’étais là pour les accueillir. Mais il ne fait aucun doute dans mon esprit, que ce jour est désormais le plus émouvant, le plus signifiant que je n’ai jamais vécu. »

Quant à William Anders, en apprenant que chaque cigare vaut 65 cents (4,50 dollars en monnaie constante), il précisera : « Mais je n’en ai fumé que l’équivalent de 5 cents.»

Des graffitis dans le module de commande Columbia

Les trois astronautes utilisaient les parois du vaisseau spatial pour prendre des notes, la plupart du temps des chiffres et des coordonnées…

Le programme de modélisation du module de commande Columbia en 3D , réalisé en 2016 par la Smithsonian Institution, pour le quarante-septième anniversaire d’Apollo 11, a permis de révéler au public la totalité de ces graffitis.

Ainsi par exemple, Michael Collins avait dessiné au feutre un petit calendrier de la mission, marquant d’une croix chaque jour écoulé… Seul le jeudi 24, le jour du retour sur Terre, n’est pas coché…

Le calendrier est dessiné à même la paroi du vaisseau spatial, puis recouvert d’une feuille plastique pour éviter son effacement au passage des astronautes.

Le témoignage le plus émouvant est la toute dernière inscription laissée par Michael Collins qui, alors que les trois astronautes sont en quarantaine sur le porte-avions Hornet, va retourner dans le module de commande Columbia, le lendemain soir, pour y inscrire un dernier mot. Le module de commande, également isolé biologiquement, était relié par un tunnel à la Mobile Quarantine Facility (MQF), afin de permettre son déchargement. (La MQF est cette « caravane » dans laquelle les astronautes vont passer leurs premiers jours de quarantaine jusqu’à leur arrivée à Houston.)

Il explique dans son excellente autobiographie Carrying the Fire publiée en 1974, (et fâcheusement toujours pas traduite en français à ce jour), qu’il n’est pas particulièrement sentimental vis-à-vis de machines, mais qu’il fut pris d’un désir irrépressible de laisser un dernier message à Columbia, car il ne pouvait décemment pas la quitter comme ça, c’est ainsi qu’il inscrivit :  « Vaisseau spatial 107 – alias Apollo 11 – alias « Columbia ». Le meilleur vaisseau jamais produit (n’ayant jamais existé). Que Dieu la bénisse. Michael Collins, Pilote du Module de Commande. »

« Spacecraft 107 – alias Apollo 11  alias « Columbia ». The Best Ship to Come Down the Line. God Bless Her. Michael Collins, CMP. » »

Inscription qui se situe au niveau de la lower equipment bay, sur le système de navigation du vaisseau spatial, juste au-dessus du support d’attache de l’oculaire du sextant.

En haut l’emplacement du touchant message de Michael Collins, en bas à gauche le calendrier…

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La lisibilité de ce premier tracé n’étant pas satisfaisant, Michael Collins décide de retourner dans le vaisseau spatial, une fois les astronautes et les accompagnants rendus à Houston, dans le Lunar Receiving Laboratory où ils vont terminer leurs 21 jours de quarantaine, pour repasser plusieurs fois avec un stylo sur les mots…

Bouleversant message pour la postérité, qui en dit long sur l’état d’esprit de Michael Collins…

Une photo où seul Michael Collins ne figure pas

L’une des photos préférées de Michael Collins, concernant le programme Apollo, est sentimentalement parlant, celle qu’il a prise lui-même alors que Neil Armstrong et Buzz Aldrin, dans l’étage de remontée du Module Lunaire Eagle, s’apprêtent à le rejoindre dans le Module de Commande Columbia, après leur périple sur la surface de la Lune. Au loin on aperçoit la Terre, qui abritait alors quelque 3,6 milliards d’êtres humains…

« Trois milliards plus deux ». Photo prise le 21 juillet 1969 à 17:34 (Eastern Daylight Time) soit 22:34 heure de Paris. (Apollo 11, AS11-44-6642)

Michael Collins a donné un nom à cette photo, « Trois milliards plus deux », une image qui se trouve juste au-dessus de son bureau… Chaque fois qu’il la regarde il se dit également que toute l’humanité figure sur cette photo, excepté lui-même…