Américains et soviétiques s’échangent des échantillons de roches lunaires

En janvier 1971, Moscou, après des pourparlers avec l’académie des sciences de l’Union Soviétique, accepte d’échanger 3 grammes d’échantillons lunaires ramenés sur Terre par Luna 16 (sur 101 g) contre 3 grammes d’échantillons d’Apollo 11 (sur 22 kg) et 3 grammes d’Apollo 12 (sur 34 kg).  De très petites quantités, mais qui s’avèrent toutefois suffisantes pour effectuer des études scientifiques comparatives.

Apollo 11 comparé au premier vol des frères Wright

Dans le cadre du Apollo 11 Fifty-State-Tour, qui a commencé le 17 avril 1970 et s‘est terminé le 10 mai 1971, le module de commande Columbia, une pierre de Lune, un tableau de Norman Rockwell, les combinaisons des astronautes etc. ont fait, dans un immense semi-remorque, le tour des 50 états américains.

Du 17 au 20 décembre le musée itinérant se trouve à Washington D.C.. Les astronautes Neil Armstrong et Michael Collins assistent à la cérémonie d’ouverture, ainsi que George M. Low, alors administrateur de la NASA. Ce dernier fait un petit discours dans lequel il compare le premier vol motorisé des frères Wright le 17 décembre 1903, à bord du Flyer piloté par Orville, avec la mission Apollo 11.

« Le vol des frères Wright a duré 12 secondes ; Apollo 11, 156 heures. L’avion des frères Wright pesait 274 kg ;  Apollo 11, 3 millions de kg au décollage. L’avion des frères Wright a volé à la vitesse de 3 mètres par seconde ; Apollo 11, 10 700 mètres par seconde. Les frères Wright ont atteint l’altitude de 4,6 mètres ; Apollo 11 environ 389 000 km. L’avion des frères Wright a consommé 1,5 kg de carburant ; Apollo 11 a consommé 2,7 millions de kg d’hydrogène liquide, d’oxygène liquide et de kérosène. L’avion des frères Wright a parcouru une distance en vol de 36,6 mètres ; Apollo 11 a parcouru environ 1 530 000 km. Cinq spectateurs ont assisté au vol des frères Wright, alors que 500 millions de personnes, un sixième de la population mondiale, ont pu suivre le vol d’Apollo 11. »

J’ajouterai juste que 65 ans et 7 mois séparent ces deux vols, il y a donc eu des personnes qui ont été contemporaines de ces deux événements !

Ce que Neil Armstrong aurait pu dire sur la Lune

« Lorsque Neil A. Armstrong, un astronaute civil, blond aux yeux bleus, âgé de trente-huit ans, originaire de Wapakoneta, Ohio, sortira du module lunaire cet été et posera sa botte spatiale taille 44,5 sur la surface de la Lune, l’événement éclipsera, d’un point de vue historique, le débarquement de Christophe Colomb sur le nouveau monde. Ce pas du commandant Armstrong n’affectera bien évidemment pas immédiatement notre mode de vie sur terre (pas plus que ce ne fut le cas avec Colomb) mais il marquera dans la saga de l’Homme, le point de départ d’une fantastique nouvelle aventure. Car ce pas sur la surface de la Lune signera le début des voyages dans le système solaire, même dans l’univers, des vols qui ne nous amènerons pas seulement vers de nouveaux mondes, de nouvelles substances, de nouvelles conceptions sur la nature de la matière et de la vie elle-même, mais également sans aucun doute possible, vers de nouvelles formes de vie. Qui plus est, ce pas d’Armstrong sera le premier à être enregistré en totalité par un microphone et une caméra de télévision. Les générations futures pourront revivre tout ce qui a été dit et accompli à ce moment-là, ce qui n’avait encore jamais été fait dans l’histoire des grandes explorations. La portée prodigieuse, et la visibilité sans précédent, de ce que le commandant Armstrong va réaliser, font qu’une question se pose dans toute son acuité : que devrait dire l’astronaute au moment de faire le premier pas sur la Lune ? »

—William H. Honan, Juillet 1969

C’est dans le magazine mensuel « Esquire » du mois de juillet 1969, que le journaliste William Holmes Honan (1930-2014) pose cette question cruciale. Voici ce que des personnalités du moment, sportifs, acteurs, écrivains, philosophes, politiques, auraient dit en la circonstance.

Esquire-juillet-1969

 

Cassius Clay (1942) l’un des plus grands boxeurs de tous les temps, qui prend le nom de Mohamed Ali en 1964 avant sa conversion à l’Islam quelques années plus tard… En 1969 il avait 27 ans :

« Ramenez-moi un challenger, car  ici sur Terre je les ai tous battu. »

 

Leonard Nimoy (1931-2015), acteur, scénariste, photographe, l’éternel M. Spock de la série télévisée Star Trek. Il avait 38 ans en 1969.

« Je dirais à la Terre : d’ici tu es une boule paisible et merveilleuse et mon seul souhait serait que tout le monde puisse la voir dans cette perspective et unité. »

 

Kurt Vonnegut (1922-2007) écrivain et romancier. Il avait 47 ans en 1969.

« Est-ce là le visage qui a provoqué le départ d’un millier de navires ? »

Au départ cette phrase évoque l’origine de la guerre de Troie, le visage étant celui d’Hélène « enlevée » par Pâris. Cette femme, la plus belle du monde, dont le magnifique visage a précipité un millier de navires sur les mers. (Cette citation de Vonnegut est extraite de  La Tragique Histoire du docteur Faust de Christopher Marlowe)

 

Ayn Rand (1905-1982): née Alissa Zinovievna Rosenbaum, est une philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe, juive athée. Elle avait 64 ans en 1969.

« Qu’est ce que l’homme à fait ! »

La phrase originale « What hath God Wrought ! » ; « Quelle œuvre Dieu a faite ! » est une phrase extraite du « Livre des Nombres » qui raconte le châtiment infligé par Dieu à Israël pour sa désobéissance. « What hath God wrought ! » est une version archaïque de « What has God done ! ». C’est également une interjection d’émerveillement et de fascination.

 

Vladimir Nabokov  (1899–1977) écrivain américain d’origine russe, il avait 70 ans en 1969.

« Vous voudriez qu’il ait une boule dans la gorge pour lui éviter de dire une bêtise. »

 

Sun-Ra (né Herman Poole Blount – 1914-1993) est un compositeur et pianiste de jazz américain connu pour ses compositions et ses performances phénoménales autant que pour la « philosophie cosmique » qu’il prêchait. Il avait 55 ans en 1969.

« La réalité a touché le mythe. L’humanité peut avancer pour réaliser l’impossible, car lorsque vous avez réalisé un impossible les autres viennent se joindre à lui pour être avec leur frère, le premier impossible, emprunté au mythe. Joyeuse ère spatiale à vous… »

 

Truman Capote (1924-1984) Truman Streckfus Persons, est un écrivain américain, auteur de romans, nouvelles, reportages… Il avait 45 ans en 1969.

« Si j’étais le premier astronaute sur la Lune ma première remarque serait : Jusqu’à présent tout va bien. »

 

Richard Buckminster Fuller (1895-1983) est un architecte, inventeur, écrivain et futuriste américain. Il avait 74 ans en 1969.

« J’aimerais que tu sois là. »

 

Bob Hope – Leslie Townes Hope (1903-2003) est un acteur, chanteur et humoriste américain d’origine britannique, grand joueur de Golf… Il avait 66 ans.

1- « Bon, au moins je n’ai pas atterri à La Havane. »

2-  « Mon Dieu, du smog ! » (de l’anglais smoke, fumée et fog, brouillard, produit par la pollution industrielle)

3- « Bon sang, elle est faite de fromage ! »

 

George Stanley McGovern (1922-2012) est un homme politique américain. Il fut membre du congrès des États-Unis, sénateur démocrate.McGovern était très fermement opposé à la guerre du Viêt Nam. Il servait les Nations unies comme ambassadeur. Il avait 47 ans en 1969.

« Je hisse le drapeau des Nations Unies pour revendiquer cette planète au nom de toute l’humanité et pour marquer une nouvelle ère d’entente et de coopération entre les nations, à la fois sur la Lune et sur Terre. »

 

James W. Whittaker (1929) premier américain à atteindre le sommet de l’Everest en 1963 au sein de l’expédition organisée par Norman Dyhrenfurth,  sur lequel il planta un drapeau américain. Il avait 40 ans en 1969.

« Et maintenant comment diable allons-nous rentrer ? »

« Pour moi, ce serai une chose assez naturelle de dire cela. Comme l’alpiniste, l’astronaute est extrêmement motivé pour atteindre son but – il donne son maximum, parfois au-delà du raisonnable (cependant pas autant qu’un alpiniste) – il n’envisage pas d’échouer jusqu’au moment où il atteint son objectif. Lorsque vous avez atteint votre but vous pensez immédiatement à la manière dont vous allez revenir. »

 

Hubert Horatio Humphrey II (1911-1978) fut maire de Minneapolis, sénateur démocrate du Minnesota, 38e vice-président des États-Unis de 1965 à 1969 sous le mandat de Lyndon Johnson. Il avait 58 ans en 1969.

« Puissent les conflits et les problèmes de l’Homme ne jamais voir le jour ici. Puisse la Lune représenter un symbole de paix et de coopération pour les nations de la Terre. »

 

John Kenneth Galbraith (1908-2006) est un économiste de nationalités canadienne et américaine. Il fut le conseiller économique de différents présidents des États-Unis, de Franklin Delano Roosevelt à John Fitzgerald Kennedy et Lyndon B. Johnson. Il avait 61 ans en 1969.

« Nous allons devoir paver cette satanée chose. »

 

Issac Asimov (1920-1992) l’un des plus grands auteurs de science-fiction, et vulgarisateur scientifique talentueux. Il avait 49 ans en 1969.

« Goddard, nous y sommes ! »

« Ce devrait être un hommage à Robert Hutchings Goddard, qui est le père de tout ceci. En 1926 il a lancé la première fusée à ergols liquides. Auparavant, en 1919, il a écrit un opuscule sur les fusées : A Method of Reaching Extreme Altitudes (Un moyen pour atteindre des altitudes extrêmes). Il fut le premier américain à évoquer le vol de fusées dans des revues scientifiques. Il n’a eu aucune reconnaissance pour son travail. Il fut contraint de quitter le Massachusetts parce que ses expériences étaient considérées dangereuses. Beaucoup d’appareillages utilisés dans les fusées ont été brevetés par Goddard. Il est décédé le 10 août 1945 dans l’indifférence. Après la guerre lorsque l’on posait des questions sur les fusées aux scientifiques allemands qui ont conçu la V2, ils répondaient : « Pourquoi nous interroger ; demandez à Goddard ! » Je suis enclin à être plutôt sentimental à ce sujet. J’aimerais que nos astronautes disent : « Goddard, nous y sommes ! »

 

Lawrence Ferlinghetti (1919) est un poète américain, plus connu comme co-fondateur de la librairie « City Lights Bookstore » et d’une maison d’édition du même nom qui a fait paraître les travaux littéraires de poètes de la Beat Generation, comme Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Il avait 50 ans en 1969.

« Nous, les empereurs romains de l’espace, avons ainsi prouvé que les cieux n’existent pas et que le seul Dieu, c’est la conscience elle-même. »

 

Edward Irving Koch (1924-2013) est un homme politique américain, membre du congrès de 1969 et 1977, et maire de New York de 1978 à 1989. Il avait 45 ans en 1969.

« Je proclame la Lune un laboratoire scientifique international, pour tous les Hommes de toutes les nations, à utiliser pacifiquement dans leur quête d’une compréhension approfondie des nombreux mondes qui sont les leurs. »

 

« Justice » William Orville Douglas  (1898-1980), est un juge de la Cour suprême des États-Unis. Il resta à son poste 36 ans et 209 jours ce qui fait de lui le juge ayant eu le plus long mandat à la Cour suprême de toute l’histoire du pays. Il avait 71 ans en 1969.

« Je m’engage à ce que nous, le peuple de la Terre, n’encombrerons pas, ne polluerons pas, et ne spolierons pas la Lune comme nous l’avons fait avec notre propre planète »

 

Timothy Francis Leary (1920-1996) est un écrivain américain, psychologue, neuropsychologue et militant pour l’utilisation scientifique des psychédéliques. Il est le plus célèbre partisan des bienfaits thérapeutiques et spirituels du LSD.  Il avait 49 ans en 1969.

1- « La CIA a encore tout foiré. Comment tous ces jeunes aux pieds nus, aux cheveux longs, aux yeux rieurs, ont pu aller là-haut avant nous ? »

2- « Eldridge Cleaver, vous êtes en état d’arrestation pour avoir pénétré sur un terrain militaire. »

(Leroy Eldridge Cleaver (1935-1998) est un militant des droits civiques et activiste politique prônant la lutte armée, il fut un membre important des Black Panther.)

 

U Thant  –  Maha Thray Sithu U Thant (1909-1974) est un homme politique birman, troisième secrétaire général des Nations unies de 1961 à 1971. Au cours des dix années passées à la tête de l’ONU, U Thant suscita l’admiration pour son intégrité et son talent de négociateur patient et subtil. Il avait 60 ans en 1969.

« Lorsque j’ai accueilli le colonel Frank Borman, commandant de la mission Apollo 8, au quartier général des Nations Unies le 10 janvier 1969 il m’a dit : « Nous avons vu la Terre de la taille d’un quarter (pièce de 25 cents) et nous avons alors réalisé qu’elle n’était qu’une. Nous sommes tous frères. » J’aimerais que le premier astronaute à atterrir sur la lune nous rappelle ce fait afin que nous ayons tous une nouvelle perspective qui nous permette, dans le cadre de la charte des Nations Unies, de pratiquer la tolérance et de vivre en paix avec les uns et les autres comme de bons voisins. »

 

Joseph Heller  (1923-1999), est un auteur américain mondialement connu pour ses écrits satiriques concernant la Seconde Guerre mondiale notamment Catch 22 qui fut publié en 1961 aux États-Unis et en 1964 en France sous le titre de l’Attrape-nigaud. Il avait 46 ans en 1969.

« J’aimerais ne rien entendre, de toute façon il y a de fortes chances que je ne sois pas à l’écoute. Je suis beaucoup plus intéressé parce que Joe Namath ou George Sauer (deux grands joueurs de football américain) ont à dire sur n’importe quel sujet et j’espère que le premier atterrissage sur la Lune n’interviendra pas lors d’un match des Jets (New York Jets) et que la retransmission du match soit interrompue. Ma phrase favorite la plus récente a été prononcée par George Sauer qui évoquait la coupe de cheveux d’un joueur de Baltimore : « Il devrait se laisser pousser les cheveux, il a une tête bizarre avec cette coupe ». Je doute que n’importe quelle phrase prononcée lors de l’atterrissage sur la Lune ait plus de sens. »

 

En définitive la phrase de Neil Armstrong : « C’est un petit pas pour un Homme, un bond de géant pour l’humanité » surclasse de très loin tout ce qui été suggéré précédemment !

Le pire et le meilleur des journalistes spécialisés dans le spatial

Un bon journaliste essaie toujours d’incorporer des informations techniques dans ses articles,  mais trop souvent ces précisions sont maladroitement intégrées, galvaudées, parfois hors de propos,  voire même inexactes…

Voici un exemple du meilleur, de ce qu’un très grand journaliste peut produire !   Il s’agit de deux phrases extraites de l’article de John Noble Wilford paru le 21 juillet 1969 dans le New York Times, dont la manchette annonçait : « DES HOMMES MARCHENT SUR LA LUNE » (MEN WALK ON THE MOON), qui avait pour titre « Une surface poudreuse est explorée de près. » (A Powdery Surface is Closely Explored).

NYT 21 juillet 1969

« Bien que M. Armstrong soit un homme peu disert, son rythme cardiaque a révélé son émotion au moment du premier atterrissage sur la surface de la Lune. Lors de l’allumage du moteur de l’étage de descente, son cœur battait à 110 – alors que son rythme normal se situe à 77 battements par minute –  pour monter jusqu’à 156 au moment de l’atterrissage. »

John Noble Wilford, qui, 43 ans plus tard, rédigera également la nécrologie de Neil Armstrong, toujours à la une du New York Times.

John Noble Wilford

Pete Conrad commente la phrase de Neil Armstrong

Au Centre de Contrôle des Missions dans la banlieue de Houston, personne n’est surpris lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin demandent à modifier quelque peu le plan de vol en sollicitant la permission d’effectuer leur sortie sur la Lune avant leur période de repos et non pas après, arguant que de toute façon ils n’arriveraient pas à dormir.  Tous les astronautes et contrôleurs de vol se précipitent dans le MOCR (Mission Operations Control Room) pour assister à cet événement historique. Chaque console ne possède que 4 prises jack pour connecter un casque audio, et rapidement tous les emplacements sont occupés.

Pete Conrad, qui doit commander la prochaine mission lunaire, ne trouve pas de place à la console du CapCom, aussi Jerry C. Bostick le responsable de la section « Dynamique de Vol », qui fait partie de l’équipe blanche de Gene Kranz (celle qui officiait lors de l’atterrissage sur la Lune),  lui propose de venir brancher ses écouteurs sur la console  FDO (Prononcer FIDO – Flight Dynamics Officer), dans la « tranchée ».  A ce moment-là, c’est Philip C. Shaffer de l’équipe verte de Clifford Charlesworth qui fait office de FDO.

Conrad et Bostick sont assis juste derrière la console, lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune et annonce : « C’est un petit pas pour un Homme, un bond de géant pour l’humanité ». Pete Conrad se tourne vers Jerry Bostick et lui demande : « Qu’est ce qu’il a dit ?

–  Un grand pas pour l’humanité  ! »

  Conrad reste pensif quelques secondes et lance : « C’est bien le genre de Neil de dire un truc aussi profond. Si cela avait été moi, j’aurai probablement dit : nom de Dieu, cette surface* merdique est glissante ! »

*Charles Conrad parle de la « semelle » de 94 cm de diamètre placée à l’extrémité de chaque jambe, qui doit limiter l’enfoncement du LEM sur le sol lunaire et sur laquelle Neil Armstrong  doit sauter, du dernier barreau de l’échelle, avant de se stabiliser et poser un pied (le gauche en l’occurence) sur la surface de la Lune.