La chasse aux papillons

Nous sommes environ à 18 heures après le début de la mission (18 heures MET, c’est-à-dire  à partir du décollage. MET = Mission Elapsed Time) lorsque le commandant Frank Borman atteint par le mal de l’espace est pris de nausées et se met à vomir. Bien que William Anders lui ait tendu un sac en plastique des « résidus » s’échappent et flottent dans le vaisseau spatial… peu après il a la diarrhée… James Lovell et William Anders ont passé un petit moment à rattraper des particules de vomi et de matières fécales avec des serviettes en papier. Anders dira plus tard : « C’était un peu comme aller à la chasse aux papillons »

 

T’es gonflé quand même

 

Alors que les astronautes sont en orbite autour de la Terre, avant le « Go for TLI », (Injection translunaire), nous sommes à 1 heure 13 minutes et 37 secondes dans le déroulement de la mission, Jim Lovell, qui s’est glissé sous les couchettes pour effectuer un réalignement de la plate forme de guidage, accroche l’anneau qui déclenche le gonflage automatique du gilet de sauvetage fixé sur la combinaison. A la vue de son coéquipier et de sa « bouée » jaune, autour du cou Frank Borman, le commandant de la mission, lui jettera un regard désabusé que Lovell n’oubliera jamais. Afin de ne pas surcharger le système de recyclage de l’air, (le gonflage est assuré par une cartouche de CO2) le gilet de sauvetage sera dégonflé en faisant passer le gaz par le dispositif qui sert à évacuer l’urine dans l’espace.

001:13:37 Lovell : Oh, flute !
001:13:38 Borman : Qu’est ce qu’il y a ?
001:13:40 Lovell : C’est mon gilet de sauvetage .
001:13:41 Borman en rigolant : Tu plaisantes ?

 


Si romantique

Jim Lovell avait emmené sa femme Marilyn et ses quatre enfants Barbara, James, Susan et Jeffrey au Cap pour qu’ils assistent au lancement, bien conscient du caractère hautement historique de cette mission. La veille de son départ, seul avec sa femme, il lui offre un petit cadeau. Il s’agit d’une photo noir et blanc prise par une sonde lunaire.
« Qu’est ce que c’est ? » demande t-elle.
« Je voulais juste que tu vois la montagne qui porte ton nom » Jim Lovell lui montre alors une structure montagneuse en forme de triangle qui se détache nettement de la surface plus foncée de la Mer de la Tranquillité. Il précise que c’est un point de repère qui sera utilisé par les astronautes de la première mission sur la Lune pour se diriger vers le site d’atterrissage. « J’ai appelé cette montagne le Mont Marilyn, toutefois le nom ne sera pas officiel car il faudrait qu’il soit approuvé par l’Union Astronomique Internationale… »
Marilyn s’en fichait, c’était le plus beau cadeau de Noël qu’elle n’avait jamais reçu !

Lors de leur première révolution autour de la Lune les astronautes d’Apollo 11 ont pointé une caméra vers la surface, Armstrong décrit ce qu’il voit, à un moment il dira : « Nous passons au-dessus du Mont Marilyn »

Le Mont Marilyn

Apollo 10 au-dessus du Mont Marilyn

 

 

On ne va plus à Acapulco !

Au début de l’été 1968, James Lovell avait fait une promesse à sa femme : toute la famille irait passer une semaine à Acapulco entre Noël et le Jour de l’An.
Ce 12 août, lorsque Jim Lovell rentre à la maison, Marilyn remarque que le visage de son mari a une expression particulière, lorsqu’elle lui demande ce qui ne va pas, ce dernier la prend par le bras et l’emmène dans son bureau, il ferme la porte et dit : « Je suis désolé de te dire ça, mais nous ne passerons pas Noël à Acapulco ».
Ne pouvant cacher sa déception elle s’exclame : « Comment ça nous n’allons pas à Acapulco ? Tu sera où si tu n’es pas avec la famille pour Noël ? »
Marilyn Lovell se rappellera toujours le visage radieux de son mari lorsqu’il lui annonce :
« Tu me crois si je te dis la Lune ?« 

 

La visite de Charles Lindbergh

Le 20 décembre, la veille du lancement, les astronautes eurent un invité surprise à déjeuner en la personne de Charles Lindbergh, accompagné de sa femme Anne.
41 ans après avoir été le premier à franchir l’Atlantique en avion, il venait, à 66 ans, rendre un hommage à ces hommes qui allaient traverser un océan autrement plus vaste et inexploré. Outre Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders, sont présents les astronautes Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Fred Haise qui forment l’équipage suppléant. Lindbergh, leur héro, leur raconte comment il a rencontré Robert Goddard, il se remémore alors une conversation qu’il a eu avec ce dernier concernant un voyage dans la Lune et le coût faramineux d’une telle entreprise : « Cela coûterait au moins un million de dollars » avait prédit Goddard. Tous éclatent de rire.
Lindbergh leur demande combien de carburant allait consommer la Saturn V, un des astronautes lui répond : « 20 tonnes par seconde ». Lindbergh esquisse un sourire :  « Dans les premières secondes de votre vol vous consommerez 10 fois plus de carburant que moi pendant tout le voyage ! »