John Young offre un sandwich de contrebande à son commandant

Alors que les astronautes Virgil Grissom et John Young s’apprêtent à prendre leur première collation, ils doivent en réalité tester des échantillons de nourriture spécialement produits et conditionnés pour être consommés en impesanteur, Young sort un paquet de sa poche et le donne à son commandant. ( à 1 h 52 mn – Temps écoulé depuis le décollage.)

Bien que le très aromatique sandwich au « corned beef » (boeuf salé) ait été conservé au réfrigérateur afin de lui garder sa consistance, Grissom vit des miettes flotter près de lui après en avoir pris une bouchée… Il s’empressa donc de le remballer et de le ranger dans une poche de sa combinaison.

Young avait pu introduire ce sandwich de contrebande dans le vaisseau spatial avec la complicité de l’astronaute Wally Schirra qui l’avait acheté dans une épicerie fine de Cocoa Beach, le « Wolfie’s ». Il connaissait bien le directeur de l’établissement, Paul Ransom.

Après le vol, un technicien particulièrement zélé remarqua des miettes et s’empressa de rédiger un rapport qui remonta jusqu’au… Congrès. Certains politicards trop contents de pouvoir se faire un peu de pub exigèrent des comptes : « Comment la NASA peut-elle permettre que des astronautes enfreignent les règles les plus élémentaires de sécurité à bord d’un vaisseau spatial américain ? »

James Webb était furieux. Young fut ainsi le premier astronaute à être publiquement réprimandé. Des miettes de pain auraient pu provoquer une catastrophe (comme être inhalées par les astronautes, endommager le système de ventilation, se loger sous les interrupteurs du panneau de contrôle…) Fort heureusement cette « réprimande » n’affectera  pas sa carrière !

Young gardera longtemps sur son bureau les restes du sandwich dans un sachet sous vide, posé sur sa lettre de réprimande !

Il n’a pas fallu très longtemps pour que le Wolfie’s donne un nom à son sandwich au « corned beef » : le Gus Grissom !

 

La très courte conversation entre Young et Grissom :

John Young tend le sandwich emballé à Grissom…

01 52 26  Grissom :  Qu’est-ce que c’est ?

01 52 27 Young : Un sandwich au bœuf salé.

01 52 28 Grissom : Où as-tu trouvé ça ?

01 52 30 Young : Je l’ai emmené avec moi. Voyons-s ’il est bon. Il est appétissant, tu ne trouves pas ?

Grissom en prend une bouchée.

01 52 41 Grissom : Oui… Il se désagrège. Je vais le mettre dans ma poche.

01 52 43 Young : Ah bon ?

01 52 49  Young : C’était juste une idée, de toute façon.

01 52 51 Grissom : Ouais.

01 52 52 Young : Pas très bonne.

01 52 54 Grissom : Très bonne, si seulement il ne s’était pas désagrégé.

Young sortant des échantillons de nourriture autorisée

01 53 13 Young : Tu veux de la cuisse de poulet ?

01 53 15 Grissom : Non, tu peux t’en occuper.

Dans ses mémoires Young confie que son sandwich était en réalité le troisième emporté dans un vaisseau spatial.

Et comme il l’a précisé : « De toute façon, il n’y avait pas de moutarde, ni de cornichons dans ce sandwich. »

La Vieille Garde

Alors que les astronautes Virgil « Gus » Grissom et John Young se dirigent vers la salle où ils vont revêtir leur combinaison spatiale, Walter Schirra, le commandant de réserve, « surgit » dans sa combinaison argentée Mercury avec une écharpe sur laquelle est inscrit « Old NASA », en criant : « Eh, les gars, si vous avez la trouille, je suis prêt à partir ! »

 

GT3 Schirra

 

Un pied de nez en guise d’indicatif

Les astronautes avaient pris l’habitude de donner un nom à leur « capsule » et pour la mission Gemini 3, Virgil Grissom avait choisi l’indicatif « Molly Brown » * en référence à une comédie musicale de Broadway intitulée « The Unsinkable Molly Brown » (l’insubmersible Molly Brown) et ceci, pour faire un pied de nez à la polémique qui a suivi la perte de sa capsule Mercury « Liberty Bell », tombée au fond de l’océan atlantique.
Lorsque la NASA lui a demandé de changer de nom, il a proposé « Titanic »…
C’est bon pour « Molly Brown » lui a-t-on rétorqué !
Peu après, un mémo issu des hautes sphères de la NASA, interdira désormais de donner des noms aux vaisseaux spatiaux, et ce, jusqu’à la mission  Apollo 9, où il fallait faire une distinction entre le CSM et le LM.

Virgil GRISSOM et John YOUNG (au premier plan)

Virgil GRISSOM

*  Margaret Brown (1867-1932) très célèbre au Colorado pour son engagement en faveur des femmes et des plus démunis, acquiert une renommée internationale  en faisant partie des rescapés du Titanic. Sauvée à bord du canot no 6, elle participera  à la création du Comité des Survivants. Ce n’est qu’après sa mort que Hollywood s’empare de son personnage pour un faire un mythe et qu’elle deviendra pour la postérité « L’insubmersible Molly Brown ». Il faut savoir qu’elle a reçu la Légion d’Honneur pour son action au cours de la première guerre mondiale, où, se trouvant en France, elle a aidé à soigner des soldats blessés. Une femme tout à fait exceptionnelle !

Comme un boulet de canon !

Avant d’appeler leur vaisseau « Molly Brown » Virgil Grissom et John Young avaient envisagé de le baptiser « Wapasha », du nom d’une tribu indienne qui a donné son nom à la ville de Wabash et à la rivière du même nom, qui traverse l’Indiana, l’état de naissance de Grissom. Un nom purement américain !
C’est alors que quelqu’un leur fit remarquer que la presse n’allait pas manquer de faire le rapprochement avec le « Wabash Cannon Ball », (le Boulet de Canon de Wabash est un train mythique dans la culture américaine, il faisait la liaison entre la côte atlantique et la côte pacifique) et de faire des jeux de mots « vaseux » ! Qui plus est, le père de Grissom travaillait dans une compagnie de Chemin de Fer, la « Baltimore and Ohio Railroad » ! L’idée fut donc abandonnée, c’est alors que Gus Grissom se rappela de cette comédie musicale à succès qui passait à Broadway : « The Unsinkable Molly Brown »…