John Glenn Tiānshàng de rén

Le 2 février 1979, Deng Xiaoping (1904-1997), le dirigeant de la Chine, visite le Centre Spatial Johnson.  Le directeur du centre, Christopher Kraft (1924), lui présente John Glenn (1921-2016), en précisant qu’il est l’un des deux astronautes devenus sénateurs [(Le deuxième est Harrison Schmitt (1935), sénateur du Nouveau-Mexique depuis 1977 (à 1983)]

« Il fait maintenant partie des hommes célestes » lance Deng Xiaoping « mais il est mortel ».

« Il était très mortel lorsqu’il travaillait ici. » raille Kraft

John Glenn sourit à la remarque « céleste » du dirigeant chinois. « Mes électeurs de l’Ohio me donnent beaucoup de noms » plaisante t-il, « mais celui là n’en fait pas partie. »

En haut à gauche le sénateur John Glenn, au premier plan les mains jointes, Deng Xiaoping, à ses côtés sa troisième et dernière épouse, Zhuo Lin (1916-2009), en gros plan à droite Christopher Kraft.

 

John Glenn, sénateur de l’Ohio de 1974 à 1999, a fait son premier voyage politique en Chine en 1976, avec notamment le leader de la majorité du sénat Mike Mansfield. Il s’agissait d’une visite dans le cadre de la normalisation des relations avec Pékin, entammée en 1972 par Richard Nixon. John Glenn arrive en Chine le 21 septembre (Mao Zedong Le Grand Timmonier est décédé le 9 septembre, il avait exclu Deng Xiaoping du parti communiste chinois en 1968) et y séjournera deux semaines et demi. Il prendra part à d’importantes discussions au Palais de l’Assemblée du Peuple. En 1978 John Glenn devient membre de la commission des relations étrangères du Sénat et Président de la sous-commission des affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, dont fait partie « le Céleste Empire », nom que les Chinois donnaient à leur pays à l’époque impériale.

John Glenn Tiānshàng de rén = John Glenn l’homme céleste.

L'homme céleste : 天上的人

Jacques Tiziou colle John Glenn

Lors d’un voyage en train pour se rendre à Angers, alors que John Glenn, sa femme et sa fille sont en compagnie du journaliste Jacques Tiziou, ce dernier pose une question à l’ancien astronaute :

« Colonel, savez-vous combien la Saturne V a de moteurs, au total, y compris les petits moteurs-fusées de stabilisation du vaisseau Apollo ?

– Non, répond le colonel, j’avoue l’ignorer. Si l’on ajoute aux cinq « F1 » de 680 tonnes de poussée du premier étage, aux cinq « J2 », du 2ème étage et au « J2 » du troisième, le moteur du module de service, et tous les petits moteurs de pilotage et de stabilisation, cela doit bien faire une cinquantaine ? Non ?

– Vous en êtes loin ! Il y en a quatre-vingt-quinze ! Pas un de moins ! Vous savez, personne n’avait fait le compte. Et si je connais ce chiffre, c’est tout simplement que les services du Dr von Braun me l’ont fait savoir, pas plus tard que hier matin !

– 95, répète John Glenn… Oui c’est impressionnant ; il faudra que je pense à caser ce chiffre dans ma conférence de ce soir à Angers. »

 

Le 26 mai 1966, John Glenn est venu à Angers à l’invitation de la municipalité et de la Société angevine de géographie et d’ethnographie. L’astronaute a été fait citoyen d’honneur de la ville.

John Glenn à Angers le 26 mai 1966. (Crédit photo : Le Courrier de l’Ouest)

John Glenn à Angers le 26 mai 1966. (Crédit photo : Le Courrier de l’Ouest)

« Le colonel Glenn qui devait donner à 18 h 30 une conférence au cinéma Les Variétés, à l’époque l’une des plus grandes salles obscures de France avec 1 500 places, était arrivé en gare Saint-Laud par le train de 11 h 23, en compagnie de son épouse Ann et de sa fille Lynn âgée de 19 ans. Massée sur les trottoirs du boulevard Foch, la foule des Angevins allait lui ménager un véritable accueil de chef d’État, sur le bref parcours menant à l’Hôtel de Ville où le maire Jean Turc l’accueillait au son de la Musique de l’Air américaine » (Le Courrier de l’Ouest)

John Glenn a visité le Japon en 1963 et a effectué deux voyages en Europe, en septembre-octobre 1965, et en mai-juin 1966, avec son épouse et sa fille. Son fils David n’est pas des deux derniers voyages, il fait ses études à Harvard.  Du 24 au 27 mai, John Glenn est en France.

La famille Glenn visite la Tour Eiffel, à gauche René Legrain-Eiffel, petit fils de Gustave Eiffel, le 24 Mai 1966. (Crédit photo : Pierre Godot – Associated Press)

Alain Bombard (1924-2005), Jacques Tiziou (1939-2017) et John Glenn (1921-2016) à La Tour d’Argent. (25 Mai 1966)

John Glenn dans le téléphérique de l’Aiguille du Midi (1966)

« Lyn », « Annie » et John Glenn à l’Aiguille du Midi (1966)

Friendship 7 et les Leprechauns

En ce matin du 20 février 1962, Thomas Joseph O’Malley (1915-2009) qui dirige l’équipe de lancement de la General Dynamics, le constructeur de la fusée Atlas, se trouve dans le blockhaus situé à quelques dizaines de mètres du pas de tir 14, où John Glenn dans sa capsule Friendship 7 attend le lancement (Mission Mercury-Atlas 6).

Thomas J. O’Malley (1915-2009), John H. Glenn (1921-2016) et Paul C.Donnelly  responsable des tests du vaisseau spatial sur le pas de tir. (1923-2014) – Crédit photo : NASA – 24 janvier 1962

 

T. J. O’Malley vérifie la check-list et annonce « T-18 secondes, allumage des moteurs » en appuyant sur le bouton noir * de sa console, démarrant ainsi la séquence de mise à feu de la fusée Atlas LV-3B 109-D.

En réponse, son supérieur, Byron MacNabb responsable des opérations du programme Atlas, assis dans le Centre de Contrôle Mercury dit alors : « May the wee ones be with you, Thomas« . Il s’agit d’un vœu de bonne chance qui fait référence aux leprechauns, sortes de lutins du folklore Irlandais. « Que les petites créatures (leprechauns) soient avec vous Thomas ». (« Si jamais il se fait capturer, le leprechaun peut exaucer trois vœux en échange de sa libération. »)

 ← Byron MacNabb (1910-1997)

 

En entendant cela O’Malley fait le signe de croix et ajoute : « Que le bon Dieu nous accompagne tout au long du vol » (« Good Lord ride all the way »).

C’est après avoir entendu ces diverses invocations que Scott Carpenter prononce la phrase mythique : « Godspeed John Glenn »

 

Anecdotes dans l’anecdote :

  • Thomas O’Malley fera monter le fameux bouton noir sur une plaque en bois, souvenir qu’il conservera précieusement toute sa vie.
  • T.J. O’Malley et Paul Donnelly étaient d’origine irlandaise, Byron MacNabb et John Glenn d’origine écossaise !

Le Leprechaun, créature féérique du folklore irlandais

Godspeed John Glenn

Le dernier astronaute encore en vie du mythique groupe 1, « Les Sept Premiers », nous a quittés à son tour ce jeudi 8 décembre à pratiquement 95 ans et demi. Un héros national entré dans la légende de la conquête de l’espace.

Son premier vol spatial, le premier vol orbital américain, a été une « catharsis nationale sans précédent » selon les termes de l’historien Walter McDougall.

Ce premier vol de John Glenn est le troisième vol spatial orbital après celui de Youri Gagarine le 12 avril 1961 et celui de Guerman Titov le 6 août 1961. A la différence des deux premiers qui s’éjectent en parachute (« détail » sur lequel les soviétiques ont menti), John Glenn revient sur Terre dans sa « capsule », il est donc en réalité le premier « astronaute orbital » selon la règle de la Fédération Internationale d’Astronautique qui stipule qu’un pilote doit atterrir dans son vaisseau spatial pour que le vol soit homologué !

Le titre choisi pour évoquer la disparition de John Glenn n’est pas très original c’est le moins que l’on puisse dire. Cette phrase très largement reprise ces deux derniers jours, contient les trois mots parmi les plus mémorables du programme Mercury, elle fut prononcée par Scott Carpenter, la doublure de Glenn pour cette mission, ce matin du 20 février 1962 quelques secondes avant la mise à feu de la fusée Atlas. Bons vœux que John Glenn n’a pas pu entendre, il les découvrira à l’issue du vol en écoutant les enregistrements des conversations.

La formule godspeed est issue du moyen anglais « god spede » (god = dieu – spede vient de speden = réussir)  qui signifie littéralement : « que Dieu fasse que tu réussisses » ou « que Dieu te vienne en aide » selon l’expression consacrée. En anglais moderne speed signifie vitesse.

Voici l’explication de Scott Carpenter sur sa remarque : « Les deux vols Mercury précédents ont été lancés par des Redstone, une petite fusée pas assez puissante pour donner à John la vitesse lui permettant de se propulser sur orbite. Ce dont il avait besoin, et ce que tout le monde attendait de l’Atlas, c’était de la vitesse. Je n’avais pas du tout prémédité cette phrase, elle est sortie comme ça. Il avait besoin de vitesse, il s’appelait John Glenn, c’était une sorte de salut à un ami, une supplique adressée à la puissance supérieure. Godspeed. »

Scott Carpenter et John Glenn

Glenn et Titov débattent à la télé

Le dimanche 6 mai 1962, la chaine de télévision NBC diffuse son émission hebdomadaire « The Nation’s Future » enregistrée le vendredi précédent, dont le thème est : les défis liés à l’espace (The Challenge of Outer Space). Une émission diffusée au départ le samedi soir, qui ne durera qu’une saison ; du 12 novembre 1960 au 16 septembre 1961.

Les invités, au nombre de deux débatent dans un premier temps, puis sont soumis aux questions du public équitablement répartis entre les « pour » et les « contres ».

Ce soir là, il y avait exceptionnellement quatre invités : le Dr Hugh Dryden, administrateur adjoint de la NASA, John Glenn, le premier américain à avoir effectué une mission spatiale orbitale, (20 février 1962)… mais également le soviétique Gherman Titov qui a effectué le deuxième vol orbital de l’Histoire (6 août 1961) et Anatoly Blagonravov, scientifique russe qui a représenté l’Union Soviétique lors des pourparlers de l’utilisation pacifique de l’espace qui se sont tenus aux nations unis. Il a travaillé en étroite collaboration avec Hugh Dryden pour promouvoir la coopération internationnale dans l’espace et sera déterminant pour la signature des accords qui ont mené à la mission conjointe Apollo Soyouz…

La délégation soviétique est aux Etats-Unis du 29 avril au 12 mai 1962 dans le cadre du troisième symposium international des sciences spatiales qui se tient en même temps que la cinquième réunion plénière du Cospar (Committee on Space Research).

Le présentateur/médiateur de l’émission est le journaliste Edwin Newman. Il a fallu six mois de tractations à la co-productrice de l’émission, Lucy Jarvis, pour que les autorités soviétiques donnent leur accord.

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John Glenn, Gherman Titov, Lucy Jarvis, Edwin Newman

Pour l’anecdote, les russes ont refusé de participer à l’émission sans contrepartie financière, payable d’avance. La même somme a été proposée à Glenn et Dryden qui ont refusé.

Avec diplomatie mais fermeté John Glenn a évoqué la question de la fiabilité du programme spatial russe. Amorçant habilement la question en évoquant les problèmes rencontrés lors de sa mission il s’étonne que personne n’ait jamais entendu parler de ratés dans le programme spatial soviétique, alors que les américains n’ont jamais rien caché.

Titov a nié tout accident mortel lié au programme spatial habité. Ce à quoi Glenn a répondu que partager les problèmes rencontrés, même ceux qui ne sont pas des échecs complets, permettrait à chaque partie de tirer un bénéfice certain de l’expérience de l’autre.

Titov affirme que son vol s’est déroulé sans anicroche mais acquiesce sur le fait que les problèmes devraient être partagés.

Lorsqu’un journaliste du public lui demande combien il y a eu d’échecs, Titov répond qu’il y en a peut-être eu, mais que lui n’est concerné que par le vaisseau spatial et que pour savoir il faudrait demander aux experts qui s’occupent des fusées… De toute évidence Titov n’était pas autorisé à révéler quoi que ce soit « d’intérressant ».  Glenn a su mettre en exergue, un point incontestable, le fait que les américains oeuvrent au grand jour alors que les soviétiques travaillent dans le plus grand secret.

En dépit des sourires et de l’humour de façade, personne n’a été dupe des subtiles manœuvres politiques sous-jacentes.

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John Glenn, Edwin Newman, Gherman Titov