Apollo 12, un atterrissage de précision

La précision de l’atterrisage sur la lune du module lunaire d’Apollo XII, Intrepid, a été décrit par le journaliste écrivain Henry S. F. Cooper, Jr. (1933-2016), dans le cadre d’un article publié dans le magazine The New Yorker. Après la mission, Cooper avait discuté avec le contrôleur du groupe « Dynamique de vol », David Reed (Flight Dynamics Officer – FIDO), responsable de la trajectoire du LM pendant la phase d’atterrissage. Reed et les autres ingénieurs de vol ont été tellement précis dans leurs calculs que le pilote Charles Conrad a dû modifier le point d’atterrissage à la dernière minute. David Reed précise : « Il allait se poser sur le Surveyor en continuant ainsi, en suivant la trajectoire préétablie, c’est ainsi que plus tard, lorsque les données du LM furent transférées vers un ordinateur du Centre de Contrôle de Houston, nous avons découvert que si Conrad avait continué ainsi, il serait entré en collision avec la sonde. »

Charles Conrad s’éjecte de son T-38

Le 10 mai 1972, Charles Conrad aux commandes de son T-38 revient des locaux de ILC Industries, le fabricant des combinaisons spatiales de la NASA, situés à Dover dans le Delaware, il effectue une escale à la base aérienne Dobbins à Marietta en Georgie, puis reprend l’air à destination de la base aérienne Ellington située à 11 km du Centre des Vols Spatiaux Habités, près de Houston.

Alors qu’il commence son approche sur Ellington on lui indique que le plafond est trop bas, les conditions météorologiques sont défavorables, on lui transmet alors les vecteurs pour un atterrissage à l’aéroport William P. Hobby à 11 km de Houston. Alors qu’il entame son approche finale à quelque 250 mètres d’altitude sur la piste de Hobby dans l’obscurité et sous un violent orage et des éclairs, une panne électrique provoque l’extinction des lumières du cockpit et de certains instruments de navigation (ça a du lui rappeler des souvenirs !). Aussitôt Conrad annule son approche et essaye de remonter au-dessus des nuages, ce faisant le circuit électrique se rétablit, tout redevient normal.

En raison des problèmes rencontrés, Conrad souhaite relier un aéroport permettant l’atterrissage en visuel, il est de ce fait dérouté vers la base aérienne Randolph de San Antonio. Lorsqu’il s’avère qu’il n’aura pas assez de carburant pour ralier Randolph, il est dirigé vers Bergstrom, une base aérienne située à une dizaine de kilomètres au sud-est de la capitale du Texas…

L’appareil tombe en panne d’essence alors qu’il arrive sur Bergstrom, il s’éjecte à 1 100 mètres, à environ 20:45 heure locale. Son T-38 s’écrase à environ 3 km de la base sur une zone inhabitée.  Conrad est sain et sauf. Après un examen médical il est autorisé à rentrer chez lui, le soir même.

La commision d’enquête, dirigée par l’astronaute Stuart Roosa, a déterminé qu’un circuit imprimé insuffisamment protégé contre l’humidité, a provoqué la panne du générateur d’électricité gauche. Ce circuit imprimé fait partie d’un régulateur de tension et d’un circuit de protection, qui permet de passer sur le flux électrique du générateur opposé lorsque l’un des deux tombe en panne.

Décidément Charles Conrad n’a pas eu beaucoup de chance avec les orages et les éclairs, heureusement, dans les deux cas, tout s’est bien terminé ! La première fois c’était lors du décollage d’Apollo XII !

 

Le syndrome du commandant de mission

L’astronaute John W. Young n’a pas eu le « syndrome du commandant » lors de la mission Apollo 16, c’est-à-dire l’astronaute dont la fréquence cardiaque est la plus élevée lors du lancement. Comme le rappelle le Dr Charles A. Berry, alors directeur des sciences de la vie à la NASA (Director of Life Sciences) : « Le commandant a la plus grande responsabilité et a habituellement le pouls le plus rapide. Or, lors du lancement d’Apollo 16 c’est le pilote du module lunaire, Charles M. Duke, qui a eu le rythme cardiaque le plus rapide, avec 130 battements par minute, vient ensuite celui du pilote du module de commande, Thomas K. Mattingly, avec 115.

C’est John Young, le commandant de la mission, qui effectuait son quatrième vol spatial, et deuxième mission vers la Lune, qui a eu la fréquence cardiaque la plus basse, avec 108 pulsations par minute.

Le record du rythme cardiaque le plus rapide est détenu par Charles Conrad Jr, dont le pouls a atteint 166 battements par minute juste avant le lancement de Gemini 11, le 12 septembre 1966.

Le pouls de John Young lors du décollage de la première mission de la navette spatiale n’a jamais dépassé 85 !

Le rêve récurrent de Charles Conrad

Charles « Pete » Conrad, le commandant de la mission Apollo XII, avoue avoir rêvé, à de nombreuses reprises, à l’un des objectifs de sa mission, atterrir le plus près possible de la sonde Surveyor.  Sa femme, Jane, est un peu plus diserte : « C’en est arrivé à un tel point que s’il rêve d’avoir raté Surveyor, il se réveille avec des sueurs froides, comme s’il avait fait un cauchemar. »

 Le 19 novembre 1969, Pete Conrad fera atterrir le module lunaire Intrepid à environ 200 mètres de la sonde Surveyor 3 arrivée sur la Lune le 20 avril 1967. Une trajectoire tellement précise, qu’au dernier moment Conrad a dû la modifier car il arrivait  droit sur la sonde et l’aurait percutée !

Pete Conrad commente la phrase de Neil Armstrong

Au Centre de Contrôle des Missions dans la banlieue de Houston, personne n’est surpris lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin demandent à modifier quelque peu le plan de vol en sollicitant la permission d’effectuer leur sortie sur la Lune avant leur période de repos et non pas après, arguant que de toute façon ils n’arriveraient pas à dormir.  Tous les astronautes et contrôleurs de vol se précipitent dans le MOCR (Mission Operations Control Room) pour assister à cet événement historique. Chaque console ne possède que 4 prises jack pour connecter un casque audio, et rapidement tous les emplacements sont occupés.

Pete Conrad, qui doit commander la prochaine mission lunaire, ne trouve pas de place à la console du CapCom, aussi Jerry C. Bostick le responsable de la section « Dynamique de Vol », qui fait partie de l’équipe blanche de Gene Kranz (celle qui officiait lors de l’atterrissage sur la Lune),  lui propose de venir brancher ses écouteurs sur la console  FDO (Prononcer FIDO – Flight Dynamics Officer), dans la « tranchée ».  A ce moment-là, c’est Philip C. Shaffer de l’équipe verte de Clifford Charlesworth qui fait office de FDO.

Conrad et Bostick sont assis juste derrière la console, lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune et annonce : « C’est un petit pas pour un Homme, un bond de géant pour l’humanité ». Pete Conrad se tourne vers Jerry Bostick et lui demande : « Qu’est ce qu’il a dit ?

–  Un grand pas pour l’humanité  ! »

  Conrad reste pensif quelques secondes et lance : « C’est bien le genre de Neil de dire un truc aussi profond. Si cela avait été moi, j’aurai probablement dit : nom de Dieu, cette surface* merdique est glissante ! »

*Charles Conrad parle de la « semelle » de 94 cm de diamètre placée à l’extrémité de chaque jambe, qui doit limiter l’enfoncement du LEM sur le sol lunaire et sur laquelle Neil Armstrong  doit sauter, du dernier barreau de l’échelle, avant de se stabiliser et poser un pied (le gauche en l’occurence) sur la surface de la Lune.