Le rêve récurrent de Charles Conrad

Charles « Pete » Conrad, le commandant de la mission Apollo XII, avoue avoir rêvé, à de nombreuses reprises, à l’un des objectifs de sa mission, atterrir le plus près possible de la sonde Surveyor.  Sa femme, Jane, est un peu plus diserte : « C’en est arrivé à un tel point que s’il rêve d’avoir raté Surveyor, il se réveille avec des sueurs froides, comme s’il avait fait un cauchemar. »

 Le 19 novembre 1969, Pete Conrad fera atterrir le module lunaire Intrepid à environ 200 mètres de la sonde Surveyor 3 arrivée sur la Lune le 20 avril 1967. Une trajectoire tellement précise, qu’au dernier moment Conrad a dû la modifier car il arrivait  droit sur la sonde et l’aurait percutée !

Pete Conrad commente la phrase de Neil Armstrong

Au Centre de Contrôle des Missions dans la banlieue de Houston, personne n’est surpris lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin demandent à modifier quelque peu le plan de vol en sollicitant la permission d’effectuer leur sortie sur la Lune avant leur période de repos et non pas après, arguant que de toute façon ils n’arriveraient pas à dormir.  Tous les astronautes et contrôleurs de vol se précipitent dans le MOCR (Mission Operations Control Room) pour assister à cet événement historique. Chaque console ne possède que 4 prises jack pour connecter un casque audio, et rapidement tous les emplacements sont occupés.

Pete Conrad, qui doit commander la prochaine mission lunaire, ne trouve pas de place à la console du CapCom, aussi Jerry C. Bostick le responsable de la section « Dynamique de Vol », qui fait partie de l’équipe blanche de Gene Kranz (celle qui officiait lors de l’atterrissage sur la Lune),  lui propose de venir brancher ses écouteurs sur la console  FDO (Prononcer FIDO – Flight Dynamics Officer), dans la « tranchée ».  A ce moment-là, c’est Philip C. Shaffer de l’équipe verte de Clifford Charlesworth qui fait office de FDO.

Conrad et Bostick sont assis juste derrière la console, lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune et annonce : « C’est un petit pas pour un Homme, un bond de géant pour l’humanité ». Pete Conrad se tourne vers Jerry Bostick et lui demande : « Qu’est ce qu’il a dit ?

–  Un grand pas pour l’humanité  ! »

  Conrad reste pensif quelques secondes et lance : « C’est bien le genre de Neil de dire un truc aussi profond. Si cela avait été moi, j’aurai probablement dit : nom de Dieu, cette surface* merdique est glissante ! »

*Charles Conrad parle de la « semelle » de 94 cm de diamètre placée à l’extrémité de chaque jambe, qui doit limiter l’enfoncement du LEM sur le sol lunaire et sur laquelle Neil Armstrong  doit sauter, du dernier barreau de l’échelle, avant de se stabiliser et poser un pied (le gauche en l’occurence) sur la surface de la Lune.

Pete Conrad ne peut plus avoir la grosse tête

Les astronautes Pete Conrad et Gordon Cooper sont dans l’espace à bord de Gemini V pour une mission qui doit durer huit jours. Leurs domiciles sont quotidiennement « assiégés » par des photographes, des équipes de télévision et de radio avec tout leur matériel…  Ils font régulièrement la une des journaux et des infos… Alors qu’ils en sont à la moitié de la mission, un employé chargé de l’entretien de la piscine se présente chez les Conrad pour sa visite hebdomadaire. Jane, l’épouse de Pete Conrad, vient juste de sortir de la maison et se dirige vers la voiture, accompagnée de Bob Gordon, un employé de la NASA chargé du protocole (Il gère notamment les relations des familles avec la Presse), ils doivent se rendre au Centre de Contrôle des Missions. Autour d’eux se presse une horde de journalistes et de photographes… Le gars de la piscine se fraie alors un chemin vers Bob Gordon et demande : « Excusez-moi, vous êtes M. Conrad ? »

Lorsqu’il apprend cette histoire, Charles Conrad déclare hilare : « Je ne pense pas avoir la grosse tête, mais si un jour je devais avoir le melon,  il suffirait que je me rappelle de ce gars chargé de l’entretien de la piscine. »

La bannière de Princeton sur la Lune

Lorsqu’à l’automne 1965 Pete Conrad se rend aux dîner des anciens de Princeton, il ne manque pas de faire don à son Alma Mater de la bannière qu’il avait emmenée dans l’espace lors de son vol Gemini V, qui s’est déroulé du 21 au 29 août, en contrepartie, le Président de l’Université lui remettra en guise de gag, un petit fanion en lui demandant de le planter sur la surface de la Lune…

Conrad Princeton gag Gemini 5

Quatre ans plus tard Pete Conrad marchera effectivement sur la Lune lors de la mission Apollo XII, du 14 au 24 novembre 1969… L’Histoire ne précise pas si le troisième Homme sur la Lune,  a effectivement planté ce petit fanion sur le sol lunaire, toujours est-il qu’il a emmené avec lui sur la surface une bannière de son Université, qui reste à ce jour l’un de ses biens les plus précieux !  Charles « Pete » Conrad le seul « alumni » de l’Université de Princeton à avoir marché sur le Lune !

Bannière Princeton sur la Lune

Gemini 5 et les objets personnels de Charles Conrad

Lors de la mission Gemini V, l’astronaute  Charles Conrad avait emmené dans son kit personnel, une médaille de St Christophe (le patron des voyageurs), une croix que sa mère lui avait confiée, une médaille représentant les Gémeaux (à la fois pour le programme Gemini qui porte ce nom d’après la constellation éponyme, et car il s’agit de son signe zodiacal), des drapeaux américains, la bannière orange et noire de son Alma Mater, l’université de Princeton, dont il sort diplômé en 1953, ainsi que ses « ailes d’or » de la Navy…  A l’issue de son vol spatial il sera autorisé à porter ses ailes d’astronaute en or !

Il avait également demandé à Faith Freeman si elle voulait qu’il emporte avec lui l’alliance de son époux. Théodore « Ted » Freeman avait été sélectionné dans le troisième groupe d’astronautes et est décédé l’année précédente, le 31 octobre 1964 à l’âge de 34 ans, dans le crash de son T-38… Elle avait bien évidemment été extrêmement touchée par cette délicate attention…