Les astronautes et leur image vue par le New York Times.

« Sur les 73 astronautes sélectionnés, il n’en reste que 39.

Trois sont morts dans l’incendie d’Apollo 1, quatre dans des accidents d’avion, et un à la suite d’un accident de voiture. 26 ont démissionné pour passer de la gloire au secteur privé ou retourner dans l’armée.

Certains se comportent de manière excentrique et troublante, il y a dans cela un aspect quasi mythologique, le héros voyageur de retour dans sa tribu, après avoir volé le feu sacré et affronté de terrifiantes créatures.

Les gens considèrent les astronautes comme les Byrd et les Lindbergh de notre temps.

Comme les priorités du programme spatial changent, il se pourrait bien que les astronautes tels qu’on les connaissait, deviennent une espèce en voie de disparition.

Car il semble que l’astronaute, militaire et as du pilotage, est destiné à être remplacé dans les stations spatiales, par des scientifiques dont l’entrainement sera réduit au stricte minimum, juste pour les expériences et les tâches qu’ils auront à accomplir.

Les astronautes furent les héros voyageurs, essayant de nous unir avec leur vision de la Terre, sphère minuscule, flottant dans un univers infini, avec tous les Hommes comme passagers.

Mais les astronautes n’étaient pas des poètes, et ils ont effectué leurs vols spatiaux alors que la Terre était le théâtre de querelles intestines acharnées, et dont beaucoup de ses habitants décriaient le coût exorbitant de leurs odyssées.

Comme la plupart des héros, ils étaient des versions magnifiées de ce que nous sommes, des hommes audacieux et courageux, avec un féroce esprit de compétition, dont la perspective était plutôt corporatiste voire banale, et dont l’ingénuité était quelquefois profonde.

Leur image, de symbole réconfortant de l’Amérique moyenne, leur a causé du tort. »

Cet article date de décembre 1972 !

Eugene Cernan face à un crotale diamantin

John Young, Charlie Duke et Stuart Roosa acceptèrent de remplacer au pied levé les astronautes David Scott, Alfred Worden et James Irwin, l’équipage remplaçant de la mission Apollo 17, qui, empêtrés dans « le scandale des timbres » suite à la mission Apollo 15, furent relevés de toutes leurs fonctions au sein de la NASA.

Comme tous les astronautes remplaçants, ils n’arrêtaient pas de chambrer les « titulaires » Eugene Cernan, Harrison Schmitt et Kenneth Mattingly. On va vous rendre malade, vous casser une jambe ou un bras pour prendre votre place…

Un après-midi, alors que Duke et Roosa terminent un entrainement, ils voient arriver John Young, blanc comme un linge, à bout de souffle. Il vient de faire un jogging près des marais du Centre Spatial Kennedy.

« Qu’est ce qu’il t’arrive, John ? »

« C’est le plus gros serpent à sonnettes que je n’ai jamais vu de ma vie ! » dit-il en haletant. « Je lui ai balancé des pierres, mais je ne sais pas si je l’ai touché. »

Curieux, Duke et Roosa lui demandent à quel endroit exactement il a vu ce serpent.

Lorsqu’ils se rendent sur les lieux, ils entendent le bruit de crécelle caractéristique, de la cascabelle de ce serpent, mais d’une intensité inaccoutumée. Guidés par le son, ils s’approchent prudemment.

Ils aperçoivent alors un crotale diamantin, le plus gros qu’ils n’aient jamais vu. Sachant que cet animal est très dangereux, le taux de mortalité des morsures atteint de 20 à 30 %, ils décident de le tuer, à coups de pierres, pour rester à bonne distance…

Deux crotales pendant la période d’accouplement photographiés près du LC 39 au Centre Spatial Kennedy en 2008.

Le serpent fait 1m 90 de long, et aussi gros que la cheville de Charlie Duke… Il est énorme, avec une cascabelle composée de sept grosses écailles !

Ils mettent le serpent dans le coffre pour le montrer à tout le monde… En chemin, il leur vient une idée…

Alors que Eugene Cernan est dans le simulateur, les trois conspirateurs en profitent pour déposer le serpent sous son bureau.

Ils le dispose de manière à lui donner une posture agressive. Ils appellent ensuite leur secrétaire et la prient d’aller vite chercher Cernan, c’est urgent, on le demande au téléphone, c’est très important.

Quelques minutes plus tard Eugene Cernan accourt dans la salle, se précipite vers son bureau, s’assoit dans son fauteuil à roulettes. Alors qu’il avance son siège pour s’installer à son bureau, il jette un coup d’œil dessous et aperçoit le serpent. Il pousse aussitôt un hurlement à glacer le sang, propulse sa chaise, qu’il fait littéralement décoller, et se retrouve à l’autre bout de la pièce en hurlant « Qu’est ce que c’est que ça ? », et sort de la salle en courant.

Lorsqu’il entend des éclats de rire, Eugene Cernan comprend qu’il vient de se faire avoir, encore sous le coup de la décharge d’adrénaline, il jure à tout-va… Beau joueur, il se calme rapidement…

Le serpent lui a fait très peur, et rétrospectivement, Duke s’en voudra un peu : « Cernan aurait pu avoir une crise cardiaque. »

 

John Glenn Tiānshàng de rén

Le 2 février 1979, Deng Xiaoping (1904-1997), le dirigeant de la Chine, visite le Centre Spatial Johnson.  Le directeur du centre, Christopher Kraft (1924), lui présente John Glenn (1921-2016), en précisant qu’il est l’un des deux astronautes devenus sénateurs [(Le deuxième est Harrison Schmitt (1935), sénateur du Nouveau-Mexique depuis 1977 (à 1983)]

« Il fait maintenant partie des hommes célestes » lance Deng Xiaoping « mais il est mortel ».

« Il était très mortel lorsqu’il travaillait ici. » raille Kraft

John Glenn sourit à la remarque « céleste » du dirigeant chinois. « Mes électeurs de l’Ohio me donnent beaucoup de noms » plaisante t-il, « mais celui là n’en fait pas partie. »

En haut à gauche le sénateur John Glenn, au premier plan les mains jointes, Deng Xiaoping, à ses côtés sa troisième et dernière épouse, Zhuo Lin (1916-2009), en gros plan à droite Christopher Kraft.

 

John Glenn, sénateur de l’Ohio de 1974 à 1999, a fait son premier voyage politique en Chine en 1976, avec notamment le leader de la majorité du sénat Mike Mansfield. Il s’agissait d’une visite dans le cadre de la normalisation des relations avec Pékin, entammée en 1972 par Richard Nixon. John Glenn arrive en Chine le 21 septembre (Mao Zedong Le Grand Timmonier est décédé le 9 septembre, il avait exclu Deng Xiaoping du parti communiste chinois en 1968) et y séjournera deux semaines et demi. Il prendra part à d’importantes discussions au Palais de l’Assemblée du Peuple. En 1978 John Glenn devient membre de la commission des relations étrangères du Sénat et Président de la sous-commission des affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, dont fait partie « le Céleste Empire », nom que les Chinois donnaient à leur pays à l’époque impériale.

John Glenn Tiānshàng de rén = John Glenn l’homme céleste.

L'homme céleste : 天上的人