La mariage de Calio

Lors du dîner donné en l’honneur de la mission Apollo 14, le lundi 1er mars 1971, dans la Salle Est de la Maison Blanche, le président Nixon rend hommage au docteur en physique Anthony Calio, 41 ans, le directeur du département sciences et applications au Centre Spatial Johnson.

On lui avait rapporté que Anthony Calio avait avancé la date de son mariage afin que sa femme Cheryll puisse assister à cette cérémonie.

Le couple a convolé en justes noces la veille.

Nixon demande aux jeunes mariés de se lever pour les féliciter et déclare devant l’assistance : « Et dire qu’il a sacrifié quelques jours de liberté supplémentaires ! »

 
Anthony John Calio (1930-2012)

Des marins sur l’océan cosmique

Avec trois représentants de l’aéronavale à bord d’Apollo 12, cette deuxième mission lunaire ne peut être que fortement imprégnée de la culture navale.

A commencer bien entendu, par les indicatifs choisis pour le module de commande et le module lunaire, respectivement Yankee Clipper et Intrepid, deux célèbres navires. Ainsi que le badge de la mission aux couleurs de la Navy, or et bleu, sur lequel un gréement trois mâts, un Clipper, vogue vers la Lune.

La vie des marins sur un navire de guerre est rythmée par divers signaux sonores (clairon, sifflet, sirène, klaxon…) Chaque instrument a bien évidemment plusieurs sonneries en fonction de l’information à transmettre.

Ainsi, un matin, les astronautes sont réveillés par la sonnerie du clairon (Reveille bugle call). A l’heure des repas « Mission Control » leur passe l’appel au clairon correspondant (Mess call).

Les astronautes entendront également le son du sifflet, qui donne l’ordre de nettoyer le pont de la proue à la poupe et de se débarrasser des déchets (Sweepers, man your brooms )

En atteignant l’orbite lunaire, Pete Conrad annonce : « Yankee Clipper avec Intrepid en remorque, sont arrivés à bon port ».

Quelques temps plus tard Conrad rapporte : « Nous sommes tous les trois collés aux hublots à admirer la Lune », il ajoute : « Ce n’est pas l’endroit idéal pour passer son temps de repos».

Pete Conrad utilise le terme vernaculaire liberty qui signifie que le marin n’est pas en service, il est en repos, mais  doit rester « disponible » par opposition au terme leave qui correspond à la permission.

 
[U.S.Navy Slang – NAVSpeak]

Apollo 11, on enferme les héros

A leur retour, les premiers explorateurs de la Lune de la mission Apollo 11, ont été littéralement traités comme des pestiférés.

Avant de s’extraire du vaisseau spatial, ils ont dû revêtir une combinaisonétanche et un masque, qui les isole biologiquement du monde extérieur, puis s’asperger copieusement d’une solution antibactérienne (à base d’hypochlorite de sodium ou eau de Javel).

Après avoir atterri sur le porte-avions USS Hornet, l’hélicoptère 66, avec les astronautes et le médecin de la NASA Bill Carpenter toujours à bord, est descendu dans le hangar numéro 2, et remorqué à quelques mètres du MQF (Mobile Quarantine Facility). Une sorte de mobile-home Airstream, dans lequel les astronautes vont passer les trois premiers jours de leur quarantaine, ils y resteront confinés jusqu’à leur transfert vers Houston.  

Un observateur présent sur les lieux fera la remarque suivante : « Jamais des héros n’ont été accueillis de la sorte ».

Aucune accolade, aucune main serrée avant de prendre leurs quartiers dans le MQF.

Sur la porte de leur nouveau cocon, ils purent lire sur un écriteau: « Merci de ne pas nourrir les animaux »

* Biological Isolation Garment (BIG). Pour certains scientifiques, même si fort peu probable, il n’était pas impossible que les astronautes ramènent des agents pathogènes de la Lune.

Devant la vacuité de ces mesures préventives, les quarantaines seront supprimées après la mission Apollo 14.

Apollo 11 Le Retour
Pendant que les astronautes attendent dans le radeau de sauvetage, (de g à d  Collins, Armstrong, Aldrin) le Lt Clancy Hatleberg ferme l’écoutille et applique une solution à base de Bétadine.
Les astronautes d'Apollo 11 sur le Hornet descendant de l'hélicoptère
Les astronautes dans leurs combinaisons isolantes descendent de l’hélicoptère (de g à d  : Aldrin – Armstrong -Collins)
Les astronautes sur le point de pénétrer dans le MQF
Les astronautes sur le point de pénétrer dans le MQF.

Anecdote dans l’anecdote : On aperçoit sur chaque combinaison (photo n°2)  l’emplacement vide, au niveau droit du torse, où le  badge de la mission aurait dû normalement se trouver, fixé par du Velcro. Il se trouve que juste avant de quitter l’hélicoptère les astronautes ont donné leur badge à l’équipage du mythique Helo 66  [Un Sikorsky SeaKing SH-3D] en guise de reconnaissance et de remerciement.

L’équipage de Recovery One était composé par :

Le pilote : Don S. Jones

Le co-pilote : Bruce A. Johnson

Deux « Premiers Maîtres » (pour prêter assistance aux astronautes dans l’hélicoptère) :  Norvel L. Wood et Stanley G. Robnett.

3 badges pour quatre personnes !