Apollo 13 on s’ennuie à mourir !

A 46 heures 43 minutes et 38 secondes dans le déroulement de la mission Apollo 13, le CapCom de service, Joe Kerwin, annonce à l’équipage qui vient de se réveiller : « Tous les systèmes du vaisseau sont OK. On s’ennuie à mourir ici. »

Apollo 13 est la troisième mission à destination de la surface de la Lune, à ce moment-là, les astronautes sont en route vers l’astre des nuits, c’est déjà la routine…

Effectivement, Apollo 13 ne passionne pas les foules, si la mission Apollo 11 a été suivie depuis le Centre des Vols Habités de Houston par quelques 693 journalistes accrédités, pour Apollo 12 l’effectif est réduit de moitié, 363 exactement, et pour Apollo 13, il n’en reste plus que 250 !

Les grandes chaines nationales ont d’ailleurs renoncé à diffuser en direct les retransmissions prévues à partir du vaisseau spatial…

Les mots de Joe Kerwin « on s’ennuie à mourir ici » vont être brutalement démentis quelques 9 heures plus tard.

Après l’explosion, une course contre la montre pour sauver les trois astronautes va s’engager, et les journalistes vont affluer, dès lors, la mission fera la une des journaux du monde entier !

Une « banale » mission vers la Lune va se transformer en un des plus grands « succès » de la NASA !  « Un échec réussi » selon les mots mêmes de James Lovell !

Apollo 7 ou une injustice enfin réparée

Une longue injustice a enfin été réparée, à l’occasion du quarantième anniversaire de la mission Apollo 7, en 2008.

En effet, alors que tous les autres astronautes Apollo et Skylab ont reçu la « NASA Distinguished Service Medal », Walter Schirra, Donn Eisele et Walter Cunningham ont dû se « contenter » de la « NASA Exceptional Service Medal ».

Un « cran » en dessous, dans la hiérarchie des médailles de la NASA.

Les tensions et heurts lors du déroulement de la mission, en sont bien évidemment la cause. Christopher Kraft, hors de lui, fera en sorte qu’aucun ne revole jamais, une sanction qui n’affecta pas Schirra, puisque ce dernier avait fait savoir qu’Apollo 7 serait son dernier vol.

Seul Cunningham, le dernier survivant, a pu recevoir la médaille des mains de Michael Griffin, l’administrateur de la NASA.

C’est l’ancien astronaute d’Apollo 8, Bill Anders qui a accepté la distinction au nom de la famille Schirra (1) et c’est la veuve de Donn Eisele, Susan, qui a accepté la médaille au nom de son époux (2).

La cérémonie s’est tenue au « Frontiers of Flight Museum » de Dallas, Texas où le CM Apollo 7 est actuellement exposé.

Parmi les visiteurs de marque, Eugene Kranz, Alan Bean, Buzz Aldrin, et Neil Armstrong qui  a déclaré : « Nous tous, sur les vols qui ont suivis, avons été redevables du travail accompli par l’équipage d’Apollo 7».

Christopher Kraft, quelque peu adouci, après toutes ces années, eut ces mots à l’intention de Cunningham: 

« Vous avez accompli un travail formidable, tous les objectifs de ce vol ont été atteints, ce qui nous a permis d’aller de l’avant, et de planifier le premier vol vers la Lune… Jadis, nous vous avons donné du fil à retordre, mais vous avez surmonté cette épreuve avec brio… Vous avez fait de l’excellent travail et franchement je suis très fier de pouvoir vous considérer comme un ami. »

NASA Distinguished Service Medal (Type II) and NASA Exceptional Service Medal

Apollo 12, quels indicatifs choisir ?

Lorsque les astronautes d’ Apollo 12, Charles Conrad, Alan Bean et Richard Gordon ont commencé à recueillir des suggestions d’indicatifs pour leur LM et leur CM, quelqu’un a suggéré, le plus sérieusement du monde, « Lem et Abner ».

D’après le titre d’un célébrissime feuilleton radiophonique humoristique créé par Chester Lauck et Norris Goff, intitulé « Lum et Abner » qui a été diffusé de 1932 à 1954. Chester Lauck jouait le rôle de Columbus « Lum » Edwards et Norris Goff celui d’Abner Peabody, les copropriétaires d’un magasin, le « Jot’em Down Store » (astuce avec shoot them down).  Une « série » qui est devenue une véritable institution aux Etats-Unis.

Conrad rejeta d’emblée cette proposition farfelue, basée sur le jeu de mot entre « Lum » et « LM » que l’on prononce « Lem ».  Il voulait quelque chose de résolument plus digne.

Quelqu’un d’autre proposa Vénus… Conrad, séduit, alla consulter une encyclopédie : « Non ça ne va pas ! »

En effet, il découvrit que la Vénus pompéienne, la divinité protectrice de Pompéi, a quelquefois été associée à la prostitution.

Il s’intéressa alors aux noms que les britanniques donnaient à leur vaisseau, « Intrepid » l’interpella, car il aimait la symbolique véhiculée par ce nom; hardiesse, courage, vaillance. Il vérifia quand même la définition exacte de cet adjectif dans le Webster’s Dictionary, l’équivalent de nos dictionnaires Larousse ou Robert.

C’est ainsi que le choix d’ « Intrepid » fut arrêté pour le LM, quant au CM il s’appellera « Yankee Clipper ». Les Clippers étaient des voiliers très rapides, construits au milieu du XIXe siècle en Nouvelle-Angleterre, les premiers navires américains à faire le tour du monde.

Des noms tout à fait appropriés, pour le seul équipage 100% Navy du programme Apollo.

Pete Conrad et la NASA ne manquèrent pas de recevoir des lettres de protestation, l’argument étant bien entendu que « Intrepid » est un nom habituellement donné à des vaisseaux de guerre, et qu’en la circonstance ce choix était tout à fait déplacé !

Effectivement dans l’Histoire de la marine militaire américaine, au moins 4 navires ont été baptisés ainsi, dont un certain porte-avions, bâtiment principal de la flotte de récupération des missions Mercury/Aurora 7 et Gemini 3 !