Dorothy Duke ne mâche pas ses mots

A compter de la mission Apollo 16, les chaines de télévision américaines imposèrent des réductions budgétaires drastiques, tronquant la retransmission en direct des sorties sur la Lune, alors même que les astronautes John Young et Charles Duke doivent explorer les hauts plateaux de Descartes dans un véhicule équipé d’une caméra, dont la qualité des images sera bien meilleure que les missions précédentes, en raison d’un traitement informatique inédit.

Lors d’une interview exclusive de la femme de l’astronaute Charles Duke, réalisée par Walter Cronkite, Dorothy Duke n’a pas hésité, en direct, à déplorer l’absence de couverture télévisuelle des trois explorations prévues. Cette manifestation de sa très grande déception en des termes courtois mais très fermes, a quelque peu décontenancé Walter Cronkite, lui-même un pro-spatial, qui a dû, tant bien que mal, justifier ces non-retransmissions, qu’il désapprouvait à titre personnel.

La sortie spatiale d’une heure et 24 minutes, effectuée par Ken Mattingly sur le trajet retour, fut retransmise en direct !

Charles et Dorothy Duke (circa 1972)

Apollo 16 et le traitement d’images

Pour Apollo 16 (puis pour Apollo 17) la NASA a passé un contrat d’un montant de 46 000 dollars (270 000 en dollars constants) avec une société californienne fondée par John Lowry (1932-2012), qui n’existait que depuis 3 mois, pour retravailler les images reçues depuis la Lune afin d’en améliorer la qualité.  Ainsi les images arrivant à Houston étaient immédiatement retransmises à Image Transform, Inc. qui les traitait en temps réel, et les renvoyait aussitôt sur les écrans de la NASA, qui elle-même les retransmettait aux réseaux de télévision. La nature de ce traitement informatique, resté secret pour protéger 9 brevets d’invention dont deux en instance d’homologation, a grandement amélioré la qualité des images.  Le délai d’affichage n’était augmenté que de 200 millisecondes.

Le but premier de l’opération était bien évidemment de permettre aux géologues de mieux conseiller les astronautes quant aux échantillons à collecter.  Ces derniers étaient ravis du résultat.

Et bien évidemment, les téléspectateurs en ont également bénéficié.

En 1988 John Lowry fonde la Lowry Digital Images qui s’est spécialisée dans la restauration de vieux films pour leur commercialisation en DVD… En 2009, la NASA a fait appel à cette société pour restaurer les séquences vidéo de la mission Apollo 11, en très mauvais état.

Charles Duke et Mary Typhoïde

Lorsque le dimanche 16 avril 1972, Charlie Duke s’apprête à s’installer dans le siège droit du module de commande d’Apollo 16, il découvre sur ce dernier une affichette, avec une inscription en gros caractères : « Typhoid Mary seat ». (Siège de Mary Typhoïde)

Cette blague est l’œuvre de Fred Haise, le commandant de réserve de la mission. On se souvient que deux ans auparavant, Haise avait fait partie de l’équipage d’Apollo 13, dont l’un des membres, Ken Mattingly, avait été remplacé 3 jours avant le lancement, car soupçonné d’avoir attrapé le virus de la rubéole (German measles – La rougeole se dit simplement measles) dont le délai d’incubation est d’une quinzaine de jours, et comme il n’avait jamais eu cette maladie, son sort fut rapidement scellé. C’est Charlie Duke, le pilote du module lunaire remplaçant, qui l’avait contracté par l’intermédiaire de l’un de ses fils, et qui avait, sans en avoir conscience, contaminé plusieurs personnes. Il faut savoir que la période de propagation du virus commence 7 à 10 jours avant l’apparition des sympômes physiques (éruption cutanée)… Au final Mattingly ne développa pas la maladie !

Duke avait également fait un séjour à l’hôpital en janvier 1972, pour une pneumonie d’origine bactérienne, deux mois avant le lancement d’Apollo 16, qui était prévu pour le 17 mars à l’origine .

Mary Typhoïde ne fait pas référence à la super-vilaine, ennemie de Daredevil, de l’univers Marvel Comics, puisqu’elle n’apparait qu’en 1988, 16 ans après Apollo 16, mais à Mary Mallon (1869-1938), qui a occupé des emplois de cuisinière à New-York, et qui fut le premier cas authentifié aux Etats-Unis de porteur sain de la typhoïde. Au moins 51 cas de cette maladie, dont 3 décès, lui sont directement imputables, d’où son surnom. Mary Mallon est née en Irlande du Nord… à Cookstown (cela ne s’invente pas), elle sera confinée une deuxième et dernière fois à l’isolement 23 ans durant, et mourra en quarantaine d’une… pneumonie !

Depuis, aux Etats-Unis, on surnomme « Typhoid Mary » toute personne porteuse d’une maladie contagieuse, ou qui répand quelque chose d’indésirable, et plus généralement, qui porte la poisse.

En tout cas, cette petite blague de Fred Haise a bien fait rire Charles Duke et les personnes présentes…