Une expédition au Pôle Sud, pour briser la glace !

 Le 26 décembre 1966 Wernher von Braun et Ernst Stuhlinger quittent Huntsville à destination de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui est la base de départ des expéditions antarctiques américaines.
En effet, ils sont invités par la National Science Foundation pour participer à une expédition de sept jours au Pôle Sud, pendant l’été austral.
Le but de ce voyage est d’étudier les conditions de survie en milieu hostile afin d’accumuler des connaissances qui pourront servir à l’installation de bases sur la Lune et sur Mars. (En 1967 règne encore un optimisme à toute épreuve concernant le futur du programme spatial…)
Robert Gilruth et Maxime Faget font également partie du voyage, une lumineuse idée des responsables de la NASA, visant à « réunir » les deux directeurs de centre, qu’une certaine inimitié sépare, afin d’améliorer leur relation.
Wernher von Braun est directeur du Centre Spatial Marshall, Huntsville, Alabama ; Robert Gilruth est Directeur du Centre des Vaisseaux Spatiaux Habités (Manned Spacecraft Center), Houston, Texas.
Von Braun et Stuhlinger partis quelques jours avant, en profitent pour faire escale à Hawaii, Tahiti, Bora Bora et Fidji avant de rejoindre Gilruth et Faget à Christchurch, le 1er janvier, comme prévu. Deux jours plus tard, ils embarquent dans un avion Constellation pour se rendre à la station McMurdo située dans le sud de l’île de Ross.
Wernher von Braun, pilote émérite, s’assoit à la place du copilote, et prend les commandes de l’avion pendant la plus grande partie du trajet.
Au cour de leur périple, ils visitent les différentes stations américaines et ne manquent pas de participer au fameux rituel consistant à tourner autour du Pôle Sud géographique, vêtus simplement d’une paire de chaussure et… d’une serviette, ce, par une température de -28°C. (L’emplacement du pôle Sud géographique est indiqué par un petit panneau et un pieu dans la glace, repositionnés chaque année au nouvel an pour compenser la dérive glaciaire)

Von Braun en antarctique 1967

Von Braun est à l’extrême gauche

Ils quittent la base de McMurdo le 10 janvier et sont de retour aux Etats-Unis le 13.

Cette expédition marqua profondément ses protagonistes. A leur retour un Ernst Stuhlinger euphorique déclara : « Nous avons battu un record spatial de vitesse, en tournant autour de la Terre toutes les trois secondes ».
Il semble qu’après ce voyage l’animosité entre Von Braun et Gilruth ait laissé la place à une sorte… d’Entente cordiale !

 (De gauche à droite) Maxime Faget, Robert Gilruth, Wernher von Braun, deux scientifiques du Projet Deep Freeze, et Ernst Stuhlinger.
(NASA Photo 11-12818)

Wernher von Braun

Wernher von Braun et la « fusée lunaire »

Wernher von Braun n’aimait pas du tout que l’on qualifie la Saturn V de « fusée lunaire » (Moon Rocket). Il trouvait cette appellation beaucoup trop restrictive.

Wernher von Braun et la Saturn V

« Nous n’avons pas construit la Saturn V uniquement pour aller sur la Lune, nous l’avons construite pour explorer l’espace et atteindre les étoiles. » rappelait Wernher von Braun.

Le journaliste Gene Bylinski a surnommé la Saturn V « La machine spatiale à tout faire du Dr Wernher von Braun ».

Lorsque Wernher von Braun a tenu ces propos, il était loin d’imaginer que la Saturn V ne volera en tout et pour tout que 13 fois (entre le 9 novembre 1967 et le 14 mai 1973) et ne servira bien, en définitive, que pour le programme lunaire Apollo.

Exception faite de son dernier vol, en réalité une variante avec uniquement deux étages propulsifs (au lieu de trois) qui porte le nom de code  « Saturn INT-21», qui a permis la mise en orbite de Skylab.

Et Skylab n’est « rien d’autre » qu’un troisième étage de Saturn V modifié en station spatiale !  La boucle est bouclée !

Gordon Cooper pilote avant tout !

Charles Buckley (1923-2009) qui était le responsable de la sécurité du Centre Spatial Kennedy, depuis les premiers vols Mercury jusqu’en 1981, et Gordon Cooper ( 1927-2004) étaient de grands amateurs de courses automobiles.

Ils s’étaient d’ailleurs associés pour participer aux 24 heures de Daytona dans la catégorie GT.

Ils avaient une superbe voiture, une Mercury Cougar, d’excellents préparateurs, et s’étaient longuement entraînés. Buckley avait même fini quatrième lors des qualifications.

Deux jours seulement avant le début de la course, la NASA interdit à Gordon Cooper de participer à la course : « Aucun astronaute n’est autorisé à participer à une compétition dangereuse, l’agence spatiale a beaucoup trop investie pour risquer un accident. »

Gordon Cooper était alors le commandant suppléant de la mission Apollo 10.

Buckley et Cooper ont très mal pris cette décision de dernière minute, Cooper déclara même à la presse : « Je suppose qu’ils préfèrent que les astronautes jouent au jeu de puces ! »

Cette déclaration déplut fortement en haut lieu… Et pourtant, quelques temps plus tard, la NASA assouplit considérablement les règles en édictant cette nouvelle règle : un astronaute pourra participer à des compétitions potentiellement dangereuses si et seulement si,  il n’est pas affecté au prochain vol. (Équipage titulaire, suppléant et de réserve.)

 Gordon Cooper à Indianapolis en juillet 1967.