Walter Schirra… Un petit mot pour Jackie

Comme lors de la plupart des vols de longue durée, les astronautes de la mission Apollo VII,  qui s’est déroulée du 11 au 22 octobre 1968, sont régulièrement informés de ce qu’il se passe sur Terre…  Ainsi lorsque le 20 octobre 1968 le capcom apprend aux astronautes que Jacqueline Bouvier Kennedy, l’ancienne première dame des Etats-Unis, s’est mariée avec le richissime armateur grec Aristote Onassis,  Walter Shirra s’exclame : « Attention aux Grecs porteurs de cadeaux » (Beware of Greeks bearing gifts), faisant référence à la célèbre phrase prononcée par Laoccon, pour exhorter les Troyens de ne pas faire entrer dans la cité, le Cheval de bois offert par les Achéens. (cf Chant II de l’Énéide de Virgile).

Où est donc passé le Pudding au chocolat ?

Lorsque Walter Cunningham, au quatrième jour de la mission, presse sur le sachet en plastique pour déguster son dessert, un pudding au chocolat qu’il vient de réhydrater,  il constate que de la matière s’échappe au niveau des soudures et que du fait de l’absence de gravité, elle vient se coller le long des bords extérieurs du sachet, qu’il est hors de question de lécher de peur de se blesser… Walter Schirra, voulant éviter que du pudding se répande dans la cabine, suggère de mettre le tout dans un des sacs que les astronautes utilisent pour « récupérer » leurs matières fécales… (Fecal Collection Bag). L’idée est excellente et le tout est finalement  rangé dans le compartiment où sont stockés les autres « bags »…

Lors de la mission Apollo VII, les astronautes ont  utilisé 13 FCB.  Très utiles pour les médecins, ces « échantillons »  feront le voyage dans le même avion que les astronautes, pour le trajet retour d’environ deux heures entre le porte-avions de récupération et le Cap…

Aux premiers jours du débriefing de la mission qui dure une dizaine de jours, Rita Rapp, la nutritionniste responsable de la conception et du conditionnement des menus, chargée également de calculer le nombre de calories consommé par chaque astronaute lors du vol, s’adresse à eux pour leur signaler qu’il manque un sachet de nourriture. Ils sont perplexes… jusqu’à ce qu’elle leur précise qu’il s’agit d’un pudding au chocolat !

Lorsque les astronautes lui révèlent qu’elle trouvera ce qu’elle cherche chez les gars qui analysent ce qui est en rapport avec l’autre extrémité du système digestif, elle pousse un soupir ! Rita Rapp leur confirmera qu’elle a localisé le pudding dans le dernier des treize « sac ». Elle les avait examiné un à un…   Quelle conscience professionnelle !

Pudding au chocolat

Rita Rapp

 

La constellation d’Urion

Lors de la mission Gemini VI-A, qui s’est déroulée du 15 au 16 décembre 1965, l’astronaute Walter Schirra s’aperçoit qu’en évacuant les urines dans l’espace, le liquide se transforme en petits cristaux gelés que le soleil fait briller, et qui se confondent avec les étoiles. Jamais à court d’idées pour faire une petite blague, il s’empresse de prendre des photos de ce phénomène… De retour sur Terre, les pellicules sont développées et il mélange malicieusement les clichés ainsi obtenus avec les vraies photos astronomiques. C’est ainsi qu’à l’occasion d’un débriefing, le docteur Jocelyn Gill, responsable des expériences scientifiques menées dans l’espace à bord des vaisseaux spatiaux de 1961 à 1973, en compulsant les tirages, tombe sur l’une de ces prises de vues particulières, elle reste un moment dubitative, retourne la photo dans tous les sens,  et finit par demander à Schirra : « Wally, de quelle constellation s’agit-il ? »

« Jocelyn, ça, c’est la constellation… d’Urion ! » répond  l’incorrigible Walter Schirra, qui vient d’épingler une nouvelle victime de ses blagues à son impressionnant tableau de chasse !

Par une de ces coïncidences dont seul le hasard a le secret, il se trouve que le premier rendez-vous spatial de l’Histoire entre deux vaisseaux spatiaux, qui a eu lieu justement entre  Gemini VI-A et Gemini VII, s’est produit « sous » la constellation d’ Orion !

Lors du programme Apollo, il fallait attendre la sublimation des cristaux d’urine après une vidange dans l’espace pour effectuer un P52 (programme permettant la remise à zéro de la plate-forme inertielle) car sinon il était impossible de repérer les étoiles indispensables à cette opération.

Urion

Photo parue dans la revue « National Geographic » d’avril 1966 (page 548),  illustrant l’article sur Gemini VI-A et Gemini VII de Kenneth Weaver, intitulé « Space Rendezvous ». Il s’agit de l’un des clichés de cristaux d’urine dans l’espace pris par Walter Schirra. Ce dernier a collé  une étiquette sur la photo avec l’inscription « Constellation d’Urion » qu’il a présentée lors d’une conférence de presse… (Scan : Olivier COUDERC)

 Dr Jocelyn R. Gill

Dr Jocelyn Ruth Gill (1916-1984) dont la spécialité était l’astronomie.

 

 

Stage de survie au Panama

A l’occasion d’un stage de survie au Panama, (dans le cadre du programme Gemini), Walter Schirra et son binôme James McDivitt, sont héliportés en pleine forêt, à une vingtaine de minutes de vol de la base aérienne Albrook où se trouve le « Tropic Survival Center », pour subir l’épreuve en « conditions réelles ». Les astronautes livrés à eux même, doivent passer deux nuits dans la jungle et mettre en pratique ce qu’ils ont appris.

Leur régime alimentaire se compose essentiellement de cœurs de palmiers, dont Schirra gardera un certain dégoût par la suite. Ayant mal évalué la résistance d’un tronc d’arbre pour installer son hamac, il se retrouve au beau milieu de la nuit avec les fesses touchant le sol !

Ils tentent de pêcher du poisson, mais sans succès.

 

La rivière au bord de laquelle ils se sont installés ne leur apportant aucune nourriture, Walter Schirra a l’idée de signaler leur position en utilisant les sachets de colorant utilisés en mer pour aider à la localisation des capsules et des radeaux de survie. Chaque jour il en déverse un sachet, au grand dam des binômes se trouvant en aval. Ce colorant a une durée de vie dans l’eau de mer d’environ 12 heures avant de se diluer.

Ce subterfuge permet à l’équipage d’un hélicoptère de les repérer et de leur larguer des vivres et du matériel. Les équipes de récupération et de recherche, à l’entrainement également, ne connaissent pas la position des « naufragés » qui n’ont pas de radio pour communiquer.

Peu à peu, les autres binômes quelque peu contrariés remontent la rivière jusqu’à l’origine de la «coloration», tels Thomas Stafford et Eugene Cernan, plus intrigués qu’en colère lorsqu’ils ont vu l’eau se colorer en vert chartreuse alors qu’ils étaient tranquillement en train de pêcher !
 
 
 

Le test d’accélération de la Shelby GT350

L’astronaute Virgil Grissom était ami avec Carroll Shelby le célèbre coureur automobile et préparateur de voitures de sport. Lorsque Ford sort sa Mustang, Shelby répond à l’offre du constructeur, en développant la Shelby GT350 basée sur la Mustang afin de concurrencer les Corvettes de Chevrolet, sportivement dans les courses automobiles, et commercialement sur le secteur très à la mode des voitures ultra puissantes basées sur des moteurs V8 survitaminés.
Il se trouve que Shelby possédait entre autre une GT350 de plus de 320 CV avec un couple monstrueux, qu’il avait accepté de prêter à Grissom.
 
Ce jour de l’année 1966, Virgil Grissom, Alan Shepard et Walter Schirra se trouvent dans les locaux de North American à Downey, le constructeur du vaisseau spatial Apollo. Durant la pause déjeuner Grissom leur propose d’aller essayer le bolide pendant qu’il règle une affaire personnelle.
Ne se faisant pas prier Shepard prend le volant, et Schirra le siège du co-pilote. Dans la banlieue de Downey, ils arrivent sur une large avenue à six voies, bordée de commerces et de voitures garées de part et d’autre de la chaussée. A cette heure, le trafic est pratiquement nul. L’endroit parfait pour un petit test d’accélération de 0 à 100. Aussitôt dit, aussitôt fait !
« Prêt » annonce Schirra les yeux rivés sur le chronomètre de sa montre, pendant que Shepard chauffe le moteur. « Attention… Partez ». Shepard démarre en trombe, faisant crisser les pneus, et juste au moment où ils atteignent les 100 km/h il s’exclame : « Oh Merde ! », et freine prestement. Derrière eux, arrive une voiture de police avec sa rampe lumineuse allumée. Shepard se gare et sort lentement de la voiture. Les deux policiers sont hilares : « Vous êtes Alan Shepard, n’est-ce pas ? »
– « C’est exact »
– « Et dans la voiture, est-ce Wally Schirra ? »
– « Oui monsieur. »
– « Vous venez de faire un truc plutôt idiot M. Shepard. Si vous souhaitez faire le test de 0 à 100 d’une Mustang Shelby, ne le faites pas lorsque vous êtes juste à côté d’une voiture de police ! »
Les policiers laissent partir les deux pilotes-astronautes sans même leur mettre de contravention !
 
Concentrés sur le chronomètre, la route devant eux, et le compteur de vitesse, ils n’avaient pas vu la voiture de police stationnée à proximité, et les deux officiers qui avaient tout observé !

Carroll Shelby et sa Ford Mustang Shelby GT 350

 
 

PS : Une Shelby GT 350 passe de 0 à 100 km/h en 6 secondes !