Apollo 12, quels indicatifs choisir ?

Lorsque les astronautes d’ Apollo 12, Charles Conrad, Alan Bean et Richard Gordon ont commencé à recueillir des suggestions d’indicatifs pour leur LM et leur CM, quelqu’un a suggéré, le plus sérieusement du monde, « Lem et Abner ».

D’après le titre d’un célébrissime feuilleton radiophonique humoristique créé par Chester Lauck et Norris Goff, intitulé « Lum et Abner » qui a été diffusé de 1932 à 1954. Chester Lauck jouait le rôle de Columbus « Lum » Edwards et Norris Goff celui d’Abner Peabody, les copropriétaires d’un magasin, le « Jot’em Down Store » (astuce avec shoot them down).  Une « série » qui est devenue une véritable institution aux Etats-Unis.

Conrad rejeta d’emblée cette proposition farfelue, basée sur le jeu de mot entre « Lum » et « LM » que l’on prononce « Lem ».  Il voulait quelque chose de résolument plus digne.

Quelqu’un d’autre proposa Vénus… Conrad, séduit, alla consulter une encyclopédie : « Non ça ne va pas ! »

En effet, il découvrit que la Vénus pompéienne, la divinité protectrice de Pompéi, a quelquefois été associée à la prostitution.

Il s’intéressa alors aux noms que les britanniques donnaient à leur vaisseau, « Intrepid » l’interpella, car il aimait la symbolique véhiculée par ce nom; hardiesse, courage, vaillance. Il vérifia quand même la définition exacte de cet adjectif dans le Webster’s Dictionary, l’équivalent de nos dictionnaires Larousse ou Robert.

C’est ainsi que le choix d’ « Intrepid » fut arrêté pour le LM, quant au CM il s’appellera « Yankee Clipper ». Les Clippers étaient des voiliers très rapides, construits au milieu du XIXe siècle en Nouvelle-Angleterre, les premiers navires américains à faire le tour du monde.

Des noms tout à fait appropriés, pour le seul équipage 100% Navy du programme Apollo.

Pete Conrad et la NASA ne manquèrent pas de recevoir des lettres de protestation, l’argument étant bien entendu que « Intrepid » est un nom habituellement donné à des vaisseaux de guerre, et qu’en la circonstance ce choix était tout à fait déplacé !

Effectivement dans l’Histoire de la marine militaire américaine, au moins 4 navires ont été baptisés ainsi, dont un certain porte-avions, bâtiment principal de la flotte de récupération des missions Mercury/Aurora 7 et Gemini 3 !

 

Irving le gorille

Charles Buckley, le chef de la sécurité du Centre Spatial Kennedy et Pete Conrad étaient amis avec Peter et Julie Firestone, un couple qui avait la particularité de posséder un véritable gorille naturalisé.

Un animal impressionnant, que Conrad, totalement fasciné par ce singe anthropoïde, avait baptisé Irving Glick *.

Nous sommes à quelques heures du lancement d’Apollo XII,  il est temps de préparer une petite farce…

Comme convenu Charlie Buckley se rend chez Peter et Julie, récupère Irving, l’installe précautionneusement sur le siège avant de sa voiture, et prend la route pour le centre spatial.

Bien qu’étant leur chef, il est prié de fournir quelques explications aux gardes de la porte d’entrée principale, avant de pouvoir faire entrer l’animal sur la base.

A deux heures du matin, il  traverse un long couloir avec Irving dans les bras, lorsqu’il croise un technicien, à la vue du gorille ce dernier se met à hurler, fait demi-tour et se réfugie dans la première pièce qu’il trouve en claquant précipitamment la porte.

Au petit matin les astronautes d’Apollo XII, Pete Conrad, Alan Bean et Richard Gordon, entrent dans la salle à manger, pour prendre le traditionnel petit déjeuner d’avant vol composé de steak, d’œufs, de jus d’orange de café et de toasts.

Dans la pièce il y a déjà Tom Stafford, Jim Irwin, Jim McDivitt, Paul Weitz, Chuck Tringali, le responsable des entrainements, et, assis à la table, vêtu d‘une blouse blanche et d’un casque de technicien, la mascotte de l’équipage, Irving, le gorille préféré de Pete Conrad…  Le repas commence dans l’hilarité générale !

Pete Conrad et Irving Glick

* L’excentrique Irving Glick, un homme d’affaire, qui est à l’origine du célébrissime « Belmont Tunnel » entre les villes de Charlotte et Belmont, en Caroline du Nord, avait participé à une émission sur la chaîne de télévision WBTV au cours de laquelle il s’était battu avec un figurant déguisé en gorille.

Le message sur la Lune de Léopold Sédar Senghor

LSSSi la France n’a pas eu le temps d’envoyer un message de bonne volonté pour être gravé sur le disque de silicium d’Apollo 11 (Cf  Tous les espoirs de l’humanité sur un minuscule disque de silicium/) en raison de la toute récente élection à la présidence de la république de Georges Pompidou, notre pays peut s’enorgueillir d’y trouver celui de Léopold Sedar Senghor (1906-2001), un des plus grands poètes francophone du XXe siècle, élu au fauteuil 16 de l’Académie Française (qui en compte 40) le 2 juin 1983. (Succédant ainsi au duc Antoine de Lévis-Mirepoix)

Son télégramme, en date du 1 juillet 1969, alors qu’il est Président de la République du Sénégal, rédigé en français bien évidemment, est le suivant :

 « Ceci est un message des militants de la négritude.
C’est un message de solidarité humaine, un message de paix. Dans cette première visite à la lune, nous saluons moins une victoire de la technologie qu’une victoire de la volonté humaine : volonté de recherche et de progrès, mais aussi de fraternité. »