John Young ne veut pas qu’on le prenne pour une poule mouillée

Lors de la mission Gemini X, (du 18 au 21 juillet 1966) une expérience consistant à étudier les radiations ultraviolettes émises par les étoiles (expérience  S13 UV) doit être effectuée lors de la première EVA de Michael Collins. Cette première sortie spatiale qui doit se faire de nuit, est ce que les américains appellent une « stand –up » EVA, qui comme son nom l’indique, consiste à se tenir debout dans le vaisseau spatial (sur le siège), l’astronaute n’ayant alors que le buste dans le vide de l’espace…

Maurer 70 mmCollins muni de son appareil photo, un Maurer 70 mm pourvu d’une lentille UV,  doit viser le sud de la Voie Lactée et photographier une série d’étoiles, entre  Beta Crucis (Mimosa – la seconde plus brillante étoile de la constellation de la Croix du Sud) et Gamma Velorum (« Le Joyaux du ciel austral », dans la constellation des Voiles à laquelle l’astronaute Virgil Grissom donnera le nom de Regor*). Il prend 22 photos.  Après le lever de soleil, il doit également photographier 9 fois une mire constituée de 4 couleurs (rouge, bleu, jaune et gris), maintenue par une baguette d’un mètre de long, pour déterminer si une pellicule du commerce enregistre fidèlement les couleurs dans l’espace. (Experience MSC8)

Si la première expérience se déroule sans anicroche,  la dernière est interrompue après la quatrième prise de vue, lorsque les deux astronautes présentent une irritation des yeux entraînant un larmoiement.

John Young : « Il y a une drôle d’odeur, ça irrite les yeux et les fait pleurer ».

Au départ les astronautes suspectent la solution anti-buée appliquée sur la visière du casque, puis à cause de l’odeur, une fuite d’hydroxyde de lithium, qui sert à purifier l’air… Ce sont finalement les ingénieurs au sol qui trouvent la solution : les astronautes ayant enclenché les deux systèmes de ventilation de leur combinaison spatiale, c’est ce double flux d’air qui provoque l’irritation des yeux, la désactivation de l’un d’eux résout le problème.

Sans se départir de son sens de l’humour  John Young  ajoute : « J’avais déjà les yeux qui pleuraient cette nuit, mais je n’ai rien osé dire, je ne voulais pas que l’on me prenne pour une poule mouillée. »

* cf : https://www.anecdotes-spatiales.com/dnoces-navi-et-regor/

Anecdote dans l’anecdote :  C’est le Dr Karl G. Henize qui est à l’origine de l’expérience S13 UV. Mathématicien et docteur en astronomie, il sera sélectionné comme astronaute scientifique en août 1967, groupe 6. Il ne fera qu’un vol spatial en 1985 (Challenger – Mission STS-51F – Spacelab 2 – du 29 juillet au 6 août 85). Il décède le 5 octobre 1993, à 6 400 mètres d’altitude, d’un œdème pulmonaire de haute altitude, alors qu’il tente l’ascension de l’Everest.

Frankenstein rencontre le Loup-Garou

Lorsque Jane Conrad, la femme de l’astronaute Charles « Pete » Conrad, qui suit à la télévision le retour sur Terre de son mari et de Gordon Cooper après une mission de plus d’une semaine dans l’espace à bord de Gemini 5, voit la scène où Pete Conrad tire sur la barbe de Gordon Cooper, alors qu’ils se trouvent sur le porte-avions Lake Champlain, elle s’exclame : « Frankenstein rencontre le Loup-Garou ».

Je suppose que c’est Pete Conrad qui tient le rôle du Loup-Garou, et Gordon Cooper celui de Frankenstein !  🙂

Cooper-Conrad

« Frankenstein rencontre le Loup-Garou » (Frankenstein meets the Wolf Man) est un film de Roy William Neill, sorti en 1943.

Pete Conrad ne peut plus avoir la grosse tête

Les astronautes Pete Conrad et Gordon Cooper sont dans l’espace à bord de Gemini V pour une mission qui doit durer huit jours. Leurs domiciles sont quotidiennement « assiégés » par des photographes, des équipes de télévision et de radio avec tout leur matériel…  Ils font régulièrement la une des journaux et des infos… Alors qu’ils en sont à la moitié de la mission, un employé chargé de l’entretien de la piscine se présente chez les Conrad pour sa visite hebdomadaire. Jane, l’épouse de Pete Conrad, vient juste de sortir de la maison et se dirige vers la voiture, accompagnée de Bob Gordon, un employé de la NASA chargé du protocole (Il gère notamment les relations des familles avec la Presse), ils doivent se rendre au Centre de Contrôle des Missions. Autour d’eux se presse une horde de journalistes et de photographes… Le gars de la piscine se fraie alors un chemin vers Bob Gordon et demande : « Excusez-moi, vous êtes M. Conrad ? »

Lorsqu’il apprend cette histoire, Charles Conrad déclare hilare : « Je ne pense pas avoir la grosse tête, mais si un jour je devais avoir le melon,  il suffirait que je me rappelle de ce gars chargé de l’entretien de la piscine. »