L’exploration lunaire de la mission Apollo 12 touche à sa fin. Il est temps de remonter dans le LM. Avant de grimper à l’échelle, Charles « Pete » Conrad salue son père, qui est quelque part parmi les étoiles. Son père est décédé quatre mois plus tôt.
Sur le porche, il se retourne une dernière fois, et regarde les montagnes, la sonde Surveyor, le drapeau qu’ils ont planté, ses empreintes de pas et celles de Al…
« A bientôt » murmure-t-il en entrant…
Au moment du décollage Pete Conrad demande à Alan Bean qui regarde à travers le hublot, perdu dans ses pensées : « Tu veux le faire ? »
Bean : « Faire quoi ? »
Conrad : « Nous faire décoller d’ici. Tu es le pilote du LM ! »
Bean : « Certes, mais tu es le commandant ! »
Conrad : « Tu préfères que je t’en donne l’ordre ? »
Lorsque le compte à rebours arrive à zéro, Alan Bean presse le bouton de mise à feu du moteur de remontée, qui les propulse en silence vers Dick Gordon, qui les attend en orbite lunaire à bord du module de commande « Yankee Clipper ».
Alan Bean n’oubliera jamais ce geste de Pete Conrad, ce fût la seule et unique fois durant tout le programme Apollo qu’un commandant laissa les commandes à un « bleu » !
Le 19 août 1966, le vaisseau spatial 012, le premier vaisseau Apollo conçu pour un vol spatial habité, la mission Apollo 1, est prêt pour le Contractor’s Acceptance Readiness Review (CARR).
Il s’agit d’un événement majeur dans le vie de tout véhicule spatial. C’est au cours de cette réunion, que la NASA détermine, si ce dernier est conforme au cahier des charges, et qu’il devient officiellement la propriété du gouvernement des Etats-Unis.
Le « CARR » du vaisseau 012 a lieu dans les locaux de North American à Downey, qui se trouvent à environ 15 kilomètres de l’aéroport international de Los Angeles.
C’est Joseph Shea, directeur du Apollo Spacecraft Programme Office (ASPO), qui préside la réunion. Sont présents, les principaux responsables de la Division Espace de North American, dont bien évidement Harrison « Stormy » Storms son directeur général. Pour la NASA, il y notamment Maxime Faget, Christopher Kraft, et bien sûr les trois astronautes qui voleront à bord de ce vaisseau, Virgil Grissom, Roger Chaffee et Edward White.
La réunion se déroule dans une atmosphère très détendue, et durera plus de six heures.
Avant de prendre congé Virgil Grissom le commandant de la mission Apollo 1, demande la parole et sort deux photos d’une enveloppe. Il en donne une à Stormy Storms. «Nous en avons une pour Joe Shea aussi» et il fait passer la deuxième photo à Shea assis en bout de table, en ajoutant :
« Joe nous a conseillé de travailler nos procédures de secours de manière religieuse et comme vous pouvez le voir, c’est ce que nous faisons ».
Storms et Shea éclatent de rire.
La photo, signée par les trois astronautes, les montre assis autour d’une maquette du module de commande, la tête baissée et les mains jointes en forme de prière.
La légende sur la photo de Shea: « Ce n’est pas que nous ne te faisons pas confiance Joe, mais cette fois nous avons décidé de nous adresser à ton supérieur.»
La légende de la photo donnée à Storms : « Stormy, cette fois nous n’appellerons pas Houston ! »
Edward White – Virgil Grissom – Roger Chaffee
La photo remise à Harrison Storms. « Stormy, cette fois nous n’appellerons pas Houston ! »
Comme pour l’insertion en orbite lunaire, LOI (Lunar Orbit Insertion), les astronautes d’Apollo 8 doivent effectuer l’allumage du SPS (Service Propulsion System) pour l’injection sur une trajectoire qui les ramènera vers la Terre, TEI (Trans Earth Injection) alors que le vaisseau spatial se trouve derrière la Lune.
Le centre de contrôle de Houston ne peut rien faire, si ce n’est attendre avec impatience et anxiété le rétablissement des communications avec le vaisseau spatial. Nous sommes le 25 décembre 1968 vers 1 heure du matin. La tension est à son comble, car si le moteur ne s’allume pas les astronautes resteront en orbite autour de la Lune…
Soudain, 40 minutes après la perte de tout faisceau de communication « loss of signal », James Lovell brise un silence de plomb et pour annoncer le succès de la manœuvre dit : « Houston, Apollo 8, sachez que le Père Noël existe ! » (“Houston, Apollo 8, please be informed there is a Santa Claus”).
Mission Control laisse éclater sa joie et son soulagement. Kenneth Mattingly, le CapCom, leur répond : « Vous êtes mieux placés que nous pour affirmer ça ! »
Cette petite phrase fait référence à un célébrissime éditorial paru dans le New York Sun le 21 septembre 1897.
Le rédacteur en chef avait reçu une lettre d’une fillette de 8 ans, Virginia O’Hanlon : « Cher Rédacteur en chef, j’ai 8 ans. Certains de mes amis prétendent que le Père Noël n’existe pas. Papa m’a dit que ce qu’on lit dans « Le Sun », c’est la vérité. Alors dites moi la vérité, est ce que le Père Noël existe ? »
L’éditorial de Francis Pharcellus Church est resté dans toutes les mémoires et est l’un, si ce n’est, le plus célèbre éditorial jamais paru aux Etats-Unis, voici ma traduction :
Oui Virginie, le Père Noël existe.
Virginie, tes amis sont dans l’erreur. Ils sont affectés par l’incrédulité d’une ère dominée par les sceptiques. Ils ne croient que ce qu’ils voient. Ils pensent que rien ne peut exister au-delà de la capacité de compréhension de leurs petits esprits.
Tous les esprits, que ce soit ceux des adultes ou des enfants sont limités. Dans notre immense univers, l’homme n’est rien de plus qu’un insecte, avec le cerveau d’une fourmi si on le compare avec l’intelligence qu’il faudrait avoir pour comprendre l’univers infini qui nous entoure.
Oui Virginie, le Père Noël existe. Il existe aussi sûrement qu’existe l’amour, la générosité et la spiritualité, et tu sais bien que ces vertus sont nos raisons de vivre. Comme le monde serait triste sans Père Noël, aussi triste que s’il n’y avait pas de Virginie. Il n’y aurait pas de poésie, pas d’amour pour rendre nos existences plus supportables. Il n’y aurait plus rien pour nous passionner.
Cette lumière que les enfants irradient et qui illumine notre monde s’éteindrait à jamais. Comment ne pas croire au Père Noël !
Autant ne plus croire aux fées ! Tu pourrais demander à ton papa de faire surveiller toutes les cheminées le jour de Noël, pour que l’on attrape le Père Noël. Même si tu ne le vois pas, qu’est ce que cela prouve ? Personne ne voit le Père Noël, cela signifie-t-il qu’il n’existe pas ?
Les choses les plus réelles ne sont pas forcément visibles par les adultes ou les enfants ! Tu as déjà vu des fées danser dans les jardins ? Bien sûr que non, mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas là !
Personne ne peut concevoir ni même imaginer toutes les choses merveilleuses qui existent dans notre monde et que personne ne pourra jamais voir ! On peut casser le hochet d’un bébé pour voir ce qui provoque le bruit à l’intérieur, mais il y a des choses que même l’homme le plus fort, ni même l’union des forces de tous les hommes qui ont vécus ne pourra jamais révéler.
C’est la foi, la poésie, l’amour, qui permet de voir la beauté des choses. Est-ce que tout est réel ? Il y a tellement de choses insaisissables dans ce monde.
Le Père Noël n’existe pas ! Dieu merci il existe et existera toujours. Dans mille ans, Virginie, que dis-je, dans 10 fois 10 000 ans, il continuera de rendre les enfants heureux.
Francis Pharcellus Church (1839-1906)
Quelques pathétiques illuminés qui croient dur comme fer à la présence d’une base lunaire sur la face cachée de la Lune prétendent que le terme « Santa Claus » est un code secret qui désigne une entité extra-terrestre. Walter Schirra lors de la mission Gemini 6, et James Lovell d’ Apollo 8, auraient de la sorte prévenu le centre de contrôle qu’ils avaient vu quelque chose !