Le jour où Virgil Grissom et Gordon Cooper ont failli se tuer

C’est à l’Institut de Technologie de l’Air Force (AFIT – Air Force Institute of Technology) que les futurs astronautes du premier groupe, Gordon Cooper et Virgil Grissom, se rencontrent et deviennent amis. Ils volent souvent ensemble.

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Ainsi en ce 23 juin 1956, c’est à bord d’un Lockheed T-33 Shooting Star que les deux pilotes s’apprêtent à décoller de la base aérienne de Lowry à Denver, Colorado. La piste se situant à 1 500 mètres d’altitude, est beaucoup plus longue que la normale pour compenser une pression atmosphérique moyenne plus faible qu’au niveau de la mer. Alors qu’ils sont à mi-piste, l’avion a soudainement un problème de puissance, Grissom réalise très vite qu’ils n’arriveront pas à décoller et le fait savoir à Cooper, qui a déjà commencé à annuler la procédure de décollage en réduisant les gaz et en abaissant le nez de l’avion, mais ce faisant le train d’atterrissage avant heurte un peu trop brutalement le sol et se casse. L’avion glisse sur environ 600 mètres avant de se briser en bout de piste et prendre feu. Ils s’extirpent rapidement, par chance indemnes, l’avion lui, est complètement détruit.

Le 28 août 1956 ils obtiennent chacun leur diplôme d’ingénieur en aéronautique et continuent leur formation à la base aérienne d’Edwards en Californie, La Mecque des pilotes de chasse ! Ils feront tous les deux partie de la Promotion 56D, une dizaine de pilotes, dont quatre seront convoqués à Washington DC pour les sélections du programme Mercury…

L’insigne des astronautes

L’insigne d’astronaute (Astronaut Pin) a été imaginé par Wally Schirra et Gordon Cooper puis validé par les 5 autres astronautes. Il représente trois trajectoires qui se rejoignent dans l’espace infini, symbolisé par l’étoile, entourées par une ellipse qui figure le vol orbital.
Par la suite, l’US Air Force et L’US Navy, incorporeront cet insigne sur les « ailes » afin de distinguer, parmi leurs pilotes, ceux qui sont allés dans l’espace. Les « ailes » sont portées sur l’uniforme, « l’astronaut pin » uniquement sur des vêtements civils !
Lorsqu’ un astronaute est sélectionné on lui donne un insigne en argent , après son premier vol dans l’espace il peut arborer un insigne en or qu’on lui remet à l’occasion d’une petite cérémonie.
L’insigne des astronautes a été incorporé dans un badge de mission pour la première fois avec Apollo 14, en 1970. Il faudra attendre 1984 et la mission de la navette spatiale 41-G pour qu’il réapparaisse, depuis il a été incorporé sur environ 17 badges ce qui en fait le symbole le plus utilisé…

 

Anecdote dans l’anecdote : Alan Bean, (Apollo 12) a jeté son pin en argent en direction de la sonde Surveyor… Pendant qu’elle était en « l’air », il a pu voir son insigne briller comme une étoile sur le fond de ciel noir, la seule visible… Cet insigne restera sur la lune des milliards d’années à moins qu’entre-temps quelqu’un ne le trouve et le ramène sur Terre. (Alan Bean avait son insigne en or dans l’une de ses poches, mais ne sera autorisé à le porter qu’à son retour sur Terre- Tous les astronautes ont emmené leur pin en or lors de leur mission.)

 

Passage bas rapide

Il s’en est fallu de très peu pour que Gordon Cooper ne fasse pas son vol Mercury (le dernier de la série: MA-9, Faith 7) Deux jours avant le lancement, alors que les préparatifs vont bon train sur le pas de tir, il n’a rien trouvé de mieux que faire un « passage bas » avec son F-102 au-dessus du site avec les moteurs à pleine puissance. On imagine le bruit assourdissant et les vibrations… Furax, Walt Williams le directeur des opérations au Centre de Contrôle des Vols Mercury, appelle Deke Slayton, chef du bureau des astronautes pour lui ordonner de remplacer Cooper.
Après moult tractations il finira par se calmer et Cooper sera autorisé à faire son vol comme prévu…
On imagine la conférence de presse, avec Gordon Cooper, pour expliquer la situation !

 

Mode d’emploi

Gordon Cooper est bien évidemment présent à la cérémonie de la « roll-out » (lorsque la fusée fin prête quitte son hall d’assemblage) de « sa » fusée Atlas qui se tient à l’usine Convair de San Diego.
Il la regarde longuement, puis prend un marqueur et trace une flèche dont la pointe indique le nez de la fusée, il inscrit ensuite l’instruction suivante : « A lancer dans cette direction » et signe G. Cooper, pilote.

 

Nooon… Je ne veux pas y aller

Quelques temps avant le tout premier vol Mercury, Jack King, (Public Affairs Officer) avait autorisé la presse à venir filmer une reconstitution des derniers instants avant le vol, c’est-à-dire le moment ou l’astronaute prend l’ascenseur pour accéder à la capsule.
Le film devait passer à la télé le jour du premier vol. (Le jour J, les journalistes ne seraient pas autorisés à accéder au pas de tir).
Etaient présents, Bill Douglas, médecin, Joe Schmitt, responsable des combinaisons spatiales, Gordon Cooper, en combinaison et Guenter Wendt ! Tous les quatre quittent le Hangar S et montent dans un van de la NASA direction le pad…

« Voilà ce que nous allons faire » dit Cooper.
Douglas et Schmitt regardent Guenter Wendt éberlués lorsque Gordon Cooper leur annonce ce qu’il veut faire !
Guenter Wendt : « Tu vas tous nous faire virer ! »
Cooper : « Qu’est-ce qu’il y a Guenter ? Tu as les chocottes ? »
Guenter Wendt : « Allons-y ! »

Ils descendent du van, accueillis par de nombreux photographes et cameramen.
Jack King, fièrement, ouvre la marche et Gordon Cooper dans sa combinaison immaculée, portant sa « valise d’oxygène », joue son rôle d’intrépide astronaute. Tous sont déjà entrés dans l’ascenseur lorsque Cooper s’arrête, regarde la fusée Redstone de haut en bas, comme s’il la voyait pour la première fois, s’accroche à la porte et hurle : «Non… Non, je ne veux pas y aller ! ».
Guenter Wendt et les autres l’attrapent comme ils peuvent, le forcent à monter dans l’ascenseur et claquent le rideau métallique !
Alors qu’ils sont tous morts de rire, ils entendent la voix hystérique de Jack King : «Eteignez toutes les caméras, plus de photos ! »

Dans le numéro d’ « Aviation Week » paru quelques jours plus tard, les journalistes du magazine ont demandé le renvoi de Joe Schmitt et Guenter Wendt et ont proposé que Gordon Cooper et Bill Douglas soient dégradés, tous les deux étaient encore militaires.
A compter de ce jour, chaque fois que Guenter Wendt et Gordon Cooper se sont vus, ils se sont appelés : « soldat de cinquième classe ».

Pour ses vols MA-9 et  GT-5 lorsqu’il est entré dans la « White Room », Gordon Cooper s’est mis au garde à vous devant Guenter Wendt et en le saluant a dit « Soldat de cinquième classe au rapport ».

Gemini V Cooper salut Guenter Wendt

Gordon Cooper est mort le 4 octobre 2004.
« Who is the best ? »