La vieille rivalité entre les astronautes diplômés de West Point et ceux d’Annapolis

La plupart des astronautes Mercury, Gemini et Apollo sont diplômés de l’Académie Militaire de West Point, ou de l’Académie Navale d’Annapolis, et en gardent bien évidemment une très grande fierté, et une loyauté à toute épreuve.

Lors des longues missions Apollo, le Capcom donne régulièrement aux astronautes, des nouvelles de ce qui se passe sur Terre.

Ainsi, lors de la mission Apollo 8, le Capcom Michael Collins rapporte les infos, et communique les résultats sportifs…

Pour taquiner un peu James Lovell et William Anders (Naval Academy), il leur rappelle les résultats d’un match inter armées qui s‘est joué des semaines auparavant et où la Navy avait perdu 14 à 21 contre l’Armée…

La réaction de James Lovell : « Il y a des interférences Houston, je ne vous entends pas, je vous rappelle l’année prochaine ».

Toujours sur Apollo 8,  Frank Borman de West Point, le commandant de la mission, n’a pas manqué de se faire chambrer par ses deux collègues de l’Académie Navale, qui lui faisaient de constantes allusions sur son passé de « terrien », qui sont si facilement sujets au mal de mer…

Borman avait été si malade (vomissements, diarrhée) lors des premières heures de la mission, que Houston avait même envisagé d’écourter la mission, de peur qu’il ne s’agisse d’une affection virale susceptible de contaminer le reste de l’équipage !

Apollo 12, un « bleu » aux commandes

L’exploration lunaire de la mission Apollo 12 touche à sa fin. Il est temps de remonter dans le LM. Avant de grimper à l’échelle, Charles « Pete » Conrad salue son père, qui est quelque part parmi les étoiles. Son père est décédé quatre mois plus tôt.

Sur le porche, il se retourne une dernière fois, et regarde les montagnes, la sonde Surveyor, le drapeau qu’ils ont planté, ses empreintes de pas et celles de Al…

« A bientôt » murmure-t-il  en entrant…

Au moment du décollage Pete Conrad demande à Alan Bean qui regarde à travers le hublot, perdu dans ses pensées : « Tu veux le faire ? »

Bean : « Faire quoi ? »

Conrad : « Nous faire décoller d’ici. Tu es le pilote du LM ! »

Bean : « Certes, mais tu es le commandant ! »

Conrad : « Tu préfères que je t’en donne l’ordre ? »

Lorsque le compte à rebours arrive à zéro, Alan Bean presse le bouton de mise à feu du moteur de remontée, qui les propulse en silence vers Dick Gordon, qui les attend en orbite lunaire à bord du module de commande « Yankee Clipper ».

Alan Bean n’oubliera jamais ce geste de Pete Conrad, ce fût la seule et unique fois durant tout le programme Apollo qu’un commandant laissa les commandes à un « bleu » !

Apollo 1, la voie hiérarchique absolue

Le 19 août 1966, le vaisseau spatial 012, le premier vaisseau Apollo conçu pour un vol spatial habité, la mission Apollo 1, est prêt pour le Contractor’s Acceptance Readiness Review (CARR). 

Il s’agit d’un événement majeur dans le vie de tout véhicule spatial. C’est au cours de cette réunion, que la NASA détermine, si ce dernier est conforme au cahier des charges, et qu’il devient officiellement la propriété du gouvernement des Etats-Unis.

Le « CARR » du vaisseau 012 a lieu dans les locaux de North American à Downey, qui se trouvent à environ 15 kilomètres de l’aéroport international de Los Angeles. 

C’est Joseph Shea, directeur du Apollo Spacecraft Programme Office (ASPO), qui préside la réunion. Sont présents, les principaux responsables de la Division Espace de North American, dont bien évidement Harrison « Stormy » Storms son directeur général. Pour la NASA, il y notamment Maxime Faget, Christopher Kraft, et bien sûr les trois astronautes qui voleront à bord de ce vaisseau, Virgil Grissom, Roger Chaffee et Edward White.

La réunion se déroule dans une atmosphère très détendue, et durera plus de six heures.

Avant de prendre congé Virgil Grissom le commandant de la mission Apollo 1, demande la parole et sort deux photos d’une enveloppe. Il en donne une à Stormy Storms. « Nous en avons une pour Joe Shea aussi » et il fait passer la deuxième photo à Shea assis en bout de table, en ajoutant :

« Joe nous a conseillé de travailler nos procédures de secours de manière religieuse et comme vous pouvez le voir, c’est ce que nous faisons ».

Storms et Shea éclatent de rire.

La photo, signée par les trois astronautes, les montre assis autour d’une maquette du module de commande, la tête baissée et les mains jointes en forme de prière.

La légende sur la photo de Shea: « Ce n’est pas que nous ne te faisons pas confiance Joe, mais cette fois nous avons décidé de nous adresser à ton supérieur. »

La légende de la photo donnée à Storms : « Stormy, cette fois nous n’appellerons pas Houston ! »

Edward White – Virgil Grissom – Roger Chaffee
La photo remise à Harrison Storms. « Stormy, cette fois nous n’appellerons pas Houston ! »